TOV
sence *• L'intelligence que n'habite point la vérité n'est ni véritablement ni mètne simplement intelligence. Chercher la vérité en dehors de Tlntelligence, et dire que celle-ci n'en possède que l'image , ce n'est pas seulement détruire la connaissance vraie et intime des choses ^ c'est détruire l'intelligence elle* mêmet
Ce principe posé , Plotin inten*oge successivement toutes les facultés perceptives de l'âme , l'imagination, le raiaonnement, la raison , l'intelligence pure , et découvre que cette dernière faculté est la seule qui contienne la Condition essentielle de la vraie connaissance $ à savoir, l'identité du sujet et de Tobjet de la pensée. Ainsi le sens ne peut être considéré comme une source de vraie connaissance ; l'objet de la représentation sensible étant extérieur au sujet, le sens ne connaît point K Dans l'imagination , l'objet n'étant plus la simple réalité matérielle , mais une forme déjà intelligible de cette réalité , la distinction entre l'objet intelligible et le sujet intelligent n'est plus aussi profonde. Mais enfin cette forme n'est pas un pur intelligible ; elle conserve quelqiie chose de la réalité extérieure. 11 y a dualité dans la connaissance ; il ne peut donc y avoir vérité ^. Quant au raisonnement, sa fonction est de discourir, et non de penser ; loin de replier et de concentrer l'âme sur elle-même , il la disperse
« Enn. V. V, ^.
2 Edd. V, V, i.
' Bon. V, III, 2. Tb <î' cv aynTi ^XV Xo^tÇo/aiMOv , itotpô? rSv
pfv<jv , xV< «w«7W, %9\ «îtoetpovv, f %y) iK\ Tfov èx Totî vov (ovrtov Ifoca oTov Tiw; ryicov;» xa'i tyti x«'t ircpt tovtov; riv otvtrjv i^'jvoLfJn-» •
et la répand au dehors. Il ne peut donc atteindre k la vraie connaissance K L'âme connaît et se connaît en tant que raison. Mais même la raison n'atteint pas directement son objet ; elle ne l'atteint que par l'intermédiaire de l'intelligence , dont elle est distincte et différente. Elle ne se connaît point en soi , mais en tant qu'elle vient d'un principe supérieur ; elle ne se voit qu'à la lumière de l'intelligence , et alors elle se voit comme intelligible et non comme àme ou comme raison 2. Là encore nous ne trouvons point la connaissance une et simple que nous cherchons.
Ce n'est que dans l'intelligence pure que la connaissance est absolument simple et intime. Là, le sujet qui pense et l'objet pensé se confondent. L'intelligence seule perçoit intérieurement ; l'objet intelligible n'est pas hors d'elle , mais en elle ; elle le comprend et le possède réellement , tandis que l'objet sensible échappe aux prises du sens. C'est là ce qui fait que le sens et tout ce qui s'y rattache , l'imagination , le raisonne-
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Edd. V, III, 4. û- rbv ytyvwffxovxa iouTov ^irrbv cevac , Tt> fxVy ycyy»OTiovTa rtiÇ ^(ovocaç t^ç ^I'v^cx^ç fù^tvy tW ik uircpovw tow- Tou , tÔv ycyvûoxovra éourôv xarot rov vow cxcTvov ycyvoptcvov , x^iW cauTÔv vocrv au, cC»;^ wç âyd/xairoy frcy oXXàt irorvTcXwç S^wyMfuicvov *
ment, est sujet à Terreur, tandis que rintelligence ne Test point. Elle a de Tintelligible une connaissance vraie et infaillible , parce qu'elle en a réellement conscience *. Elle en a conscience , parce qu'elle le porte dans son sein , ou plutôt parce qu'elle est l'intelligible lui-même. Les essences intelligibles, les idées, ne sont ni des principes abstraits de la pensée , ni des êtres supérieurs et extérieurs à l'intelligence ; c'est le fond même de l'intelligence \ En les pensant, l'intelligence se pense elle-même. Voilà ce qui fait qu'elle n'a besoin, pour apercevoir les idées , ni de symboles ni de démonstrations ; elle n'a qu'à regarder en elle - même. Elle n'est pas sujette à oubli , ni fortuite ou passagère, comme la mémoire ou l'imagination ; en elle la vérité est immanente et nécessaire , parce qu'elle lui est innée ^ C'est sa vie, aussi bien que sa pensée. Il ne faut pas chercher les êtres intelligibles hors de l'intelligence, ni dire qu'elle en possède seulement les formes (tuw>vç). En soutenant qu'elle en ignore Teasence, on la prive de vérité, on la détruit. La vraie intelligence (i^YiOivoç voGç ) comprend en soi l'être et la vie ; il n'y a qu'une fausse intelligence qui n'en comprenne que les simulacres ^. La vérité habite l'intelligence ; elle y est comme le fond même des choses et non comme une simple forme; elle y vit, elle y
i Enn. V, V, 4,2, 3.
2 Enn. V, V, 2. Où yàp fe irporot^ccç, ov^ ôc^iûf/ara, ou«îk
^ Enn. V, V, 2. Outo» yàp ov xai tlitivi^ xoti akvfitvi^ ci^caj, xak cvi* àv cirrXaOocTO, oû^ ov TicpccX9o( C^rwv, xae i oÀriOcca iv ocvrro xott r-îpa cçac rotç ouat, xat Çrîacrat xori vor,(Jti,
* Enn. V, V, 2. (X» tocVjv èit outc fÇw xà votqtqi Çï»tiÎv, ovtc
371 ANALYSE. LIVKE ï.
pen^c^ Pour y croire , il ne faut à rintelligence ni témoignage, ni démonstration ; car elle la sent en elle , ou plutôt elle se sent elle-même et se reconnaît dans rinlelligible , avec lequel elle ne fait qu'un. Elle voit en elle même toute vérité; elle se reconnaît dans son principe ; elle se retrouve également dans son produit*. Qu'a-t-elle donc besoin d'apprendre par d'autres ce qu'elle sent par elle-mômeî
Dans cette théorie de la connaissance , si profonde et si élevée, Plotin s'est efforcé de démontrer : i* que la vérité est une , simple , universelle ; quMl n'y a pas ici une vérité sensible, là une vérité morale, ailleurs une vérité intelligible , mais simplement la vérité , laquelle , comme la lumière , pénètre et éclaire les^ objets les plus divers, sans cesser d'être la même. 2° Que l'intelligence est la seule faculté de l'àme à laquelle il appartienne de percevoir cette vérité. Maintenant il va rechercher quelle est l'origine de cette faculté qui possède une vertu si merveilleuse. Est-elle humaine? I l'âme ou relève-t-ell( s'explique clairemen pas un simple attril que la raison , et reg jouit et tantôt elle n absolument nôtre ; c est de résider en i
TJTTOU; tv Tw vwTwv ovrwv ).cyi«v cTvat, ovrc r^; aXioOcca; airoçfpwv" Ta; oÙTOv , ôyvwaixv rc twv v917Twv iroc cÎv , xa\ drvuTroepç/ocy , xat if c otvrcv tov voOv devofcocîv.
1 Enn. V, V, 2.
» Enn. V, m, i.
Aiusi ta sensation est nôtre *, l'imagination est nôtre, la raison est nôtre ; 1^ exercice constant et durable de ces différentes facultés est le signe certain auquel nous reconnaissons qu'elles nous sont propres. L'intelligence, au contraire, est un hôte passager qui nous visite de temps en temps; la pensée est un acte isolé, un éclair rapide qui brille par moment dans cette nuit épaisse de la vie sensible. L'intelligence est indépendante de nous : ce qui le prouve , c'est que ce n est pas elle qui incline vers nous , mais nous qui iœlinons vers elle. L'âme laisse venir à elle la sensation ; mais elle va chercher Tintelligence , en élevant ses regards en haut : comme le dit Plotin , l'une est notre roi , tandis que l'autre n'est que notre messager 2. L'intelligence communique sa royale vertu à tout ce qu'elle touche ; c'est par elle que l'âme se connaît, et, de raison qu'elle était, devient intelligence. La lumière qui éclaire nos diverses facultés n'a poiqt son foyer dans les profondeurs de notre nature ; elle vient d'en haut , de l'intelligence pure
• Enn . V , m , 3 . Ov y«p vovç rtyLst ç* xa't yàp alaBocviyLtva. St * aÎ90ri^c«d?, xocc -hfMtç Q( ottaOorwofACvoc Ap' ouv xott èiœfooxtixtBot ourcd , wt lcav9oûfirv oOtMf , j ocOro'c fùv XoyiCofACvoc , luà vooùfMv rà cv rfi ^cavotot voYif*«Ta otÙTOt (tovto yoip Yifutç , rà ^ toû voù cvipy/j^ata v^aBcj ovTwî, wç Ta Ix rr^ç a?c6ri7£6)ç xartoôr^); toOto ovtcç to jwp£Ov Tn; xjar^^ç, fûaoj «îuvfffJicwî^tTT^ç» 5^ctj50voç Ml (3cXtjovo;, ^etoov^ç fiK 'f,; atM,(jtu>;, j3«).Tt'ovo; oï rovi voO.
^ Enn. V, ni, 3. ÀXk^ cih^ot; ph àù y^jjitrcfîov ^oxc7 çvyxt;(w- ,c>îf»f\ov, àti yàp aKGoevô/iiOa, vouç ^tOLUx^ii^xurat^ xz'î otc pj aùrfV» (ii(, xat 0T( pfwpeçôç* ^^wpcçbî ^ Tw /ly» Tr/ii^r^cûiev avrôv, dtXX 'h^yi.^ \nLÙ.Vi TTC^; avTÔv, cî*; to avo) (3)iîCovTaî' aTaQyjTt; A to^Tv ayfù'j'^ ,
37G ANALYSE. LIVRE l.
et suprême ^. La raison , illuminée par ce principe divin , se change et se transfigure en intelligence ; c*est alors qu'elle se soulève vers les régions supérieures , et y attire la meilleure partie de Pâme \
Le caractère propre de Tintelligence est de connaître toute vérité, en se connaissant elle-même ; elle est la seule faculté qui possède cette double vertu. Du reste , penser la vérité et se penser elle-même est pour rintelligence une seule et même chose ; elle ne pense la vérité qu'autant qu'elle se pense , et elle ne se pense qu'autant qu'elle pense la vérité. Mais il reste à savoir comment l'intelligence se pense elle-même. Est-ce en contemplant une partie d'elle-même, au moyen d'une autre partie, qu'elle se connaît? En ce cas, elle serait en partie le sujet, en partie l'objet de la contemplation : ce n'est pas là se penser soi-même \ Ne serait-ce point que l'intelligence est composée de parties absolument semblables , de telle sorte qu'elle se voit tout entière, en voyant telle ou telle de ses parties? Ce ne serait pas alors en vertu de l'identité , noais seulement de la similitude de l'objet et du sujet de la contemplation, que l'intelligence se verrait. Cette hypothèse est absurde , par cela seul qu'elle représente l'intelligence comme composée de parties ^. La dîffi-
• Eun. V. m, 4. Kac yevwoxofov Sk cs^vtovç tw toiouto» ôpary, Tot àX).a fAotOcTv Tw toioutu '
^ Edd. V, m, 4. Kal ffuvocpTraaotvra conirbv ùç ro d»«^, povov lycXxovra to tÎîç >jai^ç ajuiccvov, ô xoïc ^vapac /jiovov nrt^Z^ou irpoç voY}7(v, (va Tfç ixu TrapcacaraOtrro, a itit-
' Edd. V, m, 5. Ap' oùv SXktù ficpff coturou SXko fii^ç avrov xa9op^ * «XX' ouTo) TÔ pb ïçat ôpwv, TÔ 9t ôfufttvov . T9vro ^, oint aOro coeur ^.
* Enn. V, iiiy 5, Aroiroç ô pcpc^ftoç «utov.
culte reste donc tout entière. Il s'agit toujours de comprendre ce mouvement de la pensée qui se replie sur elle-même , et se pose à la fois comme sujet et comme objet. Comment le sujet de la contemplation se conna!tra-t-il lui-même , s'il s est placé dans Tobjet de la contemplation ? On a beau réunir le contemplant et le contemplé dans un même principe, il y aura toujours une dualité impossible à détruire ; il semble que le principe pensant ne pourra se connaître à la fois comme sujet et comme objet de la contemplation ^. Il se connaîtra bi^n comme intelligible, mais non comme intelligence , et dès lors il ne se saura pas tout entier. Où est la solution de la difficulté ? Plotin l'indique d'une manière profonde, mais obscure. Dans la pensée imparfaite , telle que la comporte la nature humaine, l'identité du sujet et de l'objet de la contemplation n'est jamais complète. Gela vient de ce que ni l'un ni l'autre n'est parfaitement en acte. Le sujet est encore une faculté , une puissance ; il peut penser, il ne pense pas nécessairement et essentiellement. L'objet n'est également qu'une matière à penser, une simple puissance intelligible, tant qu'il ne tombe pas sous l'action de la pensée. Les deux termes sont par eux-mêmes distincts et séparés ; ils ne se réunissent et ne se confondent que dans le résultat de leur rencontre, dans la pensée. Dans la pensée pure et parfaite , au contraire , l'intelligence et l'intelligible sont également en acte ^. L'intelligence n'attend pas une excitation
i Enn. V, III, 5.
2 EoD. V » m , 5. Kac yàip ^cX^dcTan^ voi^c ; Sk tocoÛtv} xot'c
^vofui, ov^' tTi^ç pcv avToç, Yi tk voi}acç iXXo* oCtw yàp âcv waXtv
:m ANALYSE. LIVRE I.
d'en haut pour entrer en action ; l'énergie est sa nature propre. D'un autre côté, l'intelligible n'a pas besoin d'une lumière étrangère pour devenir tel ; il est la vérité , c'est-à-dire la lumière elle-môme. Inintelligence parfaite et suprême se pense donc nécessairement ; donc elle est , il ne faut pas dire , elle devient nécessairement intelligible. Gomme il est dans sa nature de se penser, il est dans sa nature d'être intelligible. On peut donc dire qu'elle est en même temps, et par une égale nécessité de sa nature, intelligence et intelligible* : intelligence en tant qu'intelligible, intelligible en tant qu'intelligence. L'intelligence n'est que l'intelligible lui-même dans son expansion extérieure. Ainsi la pensée de la justice est la justice elle-même rayonnant à l'extérieur. L'intelligible est par rapport à l'intelligence comme une statue qui, sans sortir de son immobilité, projetterait la lumière au dehors 2. L'intelligence possède l'intelligible plutôt qu'elle ne le contemple *. On comprend dès le tout ( comm de l'ij penseï
To oùjce ev xac TC
c V oifAa 1
' Enu. T , 111, o.
^ Enn. VI, VI, 6. AXX' oîov àyorX^à rt vocpbv, oTov cÇ wtotÏ ca- Ti9xc;, xac irpo^avK cv aûr^, /aoXXov Sk çv Iv «ûr^-
Enn. VI , VI , 7. Ëvof^ Sk aura xa u tw v« xoi t^ ovaî^ ô
PI.OTIN THEOLOCilE. 379
et en tant qu'intelligible. C'est donc elle-même que rint^lligence pense tout entière par la pensée *.
Par cette démonstration Plotin vient de prouver qu'il y a un principe dont l'essence propre est de se penser soi-même \ Dans l'âme , ce principe se pense partiellement et en vertu d'une lumière supérieure ; dans ! intelligence pure , il se pense par lui-même et dans la plénitude de sa nature *. En voyant l'intelligible, l'intelligence pure se voit elle-même, et se voit tout entière; en elle, l'intelligence, l'intelligible et la pensée ne font qu'un acte simple et indivisible. La nécessité est le caractère de Tintelligence, tandis qu'au contraire le caractère de l'âme est la foi ^. Dans notre misérable condition, nous cherchons plutôt la foi , par le raisonnement et le témoignage , (lue la vérité pure , par la contemplation *. Quand nous étions dans la région supérieure a l'âme , notre intelligence ne pensait et n'affirmait qu'elle-même, c'est-à-dire l'intelligible pur; l'âme vivait en paix, cédant à l'action de l'intelligence^. Mais depuis que Pâme est tombée dans ce monde sensible, elle cherche
' Eno. V, III, 5. KaO éxarcpov opa éavtov vovi^K , xoid ' ot( xat ri voij^iç avToç îv, xai xaÔ' OTt to vorixhv avroç * oKtp tvocj tç vorjjce, 0 rci aO-oç. — Enn., V , m, 6. Nouç yoep xott vorlcxi;, cv, xat oXoç oXw, où ficp«t «XXo fxépoç»
* Enn. V, III, 6.
3 Enn. V.iii, 6.
^ Enn. y, m, 6. Ka< yà^ r, fiiv ôvayx») cv rrô vo , r, ûï ttccOci) cv
5 Enn. V, m, 6. Eki'i Sï èvraûOa yeytvri/xcOot , TtaXtv au x«c cv ^r/f, 7rc(9(tf Ttvotycvc^a» Çr^roûfxtv, oiov cv cîxovt rh ^pjfCTUitov 3«wpity èOjXovrcç.
« Enii. V, iii,«.
la foi j et ne regarde plus Texempiaire que dans la copie.
Ainsi ni le sens , ni l'imagination , ni le raisonnement, ni la raison, ne connaissent véritablement. L'intelligence seule connaît, parce qu'en elle seule se confondent absolument le sujet et l'objet de la connaissance. Pour elle, connaître l'intelligible, c'est se connaître soi-même. Or le monde intelligible se compose des âmes, des idées, et du principe suprême des unes et des autres. Dieu. L'âme peut connaître toute vérité, l'àme universelle et les âmes dont elle est le centre; l'intelligence universelle et les idéees dont elle est le foyer, Dieu enfin, source unique des êtres intelligibles comme des êti se confond avei l'âme universe Dieu même. L science ; pour I en elle : la vra
Mais comm( qu'a notre âme intelligible tou tient réellemei tiquement ave saisir la pensé pensée , l'âme l'âme et de n'en sont ni s< humaine est ; individuelle pi qui tient au c
gence^. L'homme est distinct et séparé du monde intelligible ; maisTâme proprement dite et Tinteiligence viennent s*y confondre. Toute âme, toute intelligence est un point dans lequel le monde intelligible se reflète tout entier , et une sorte de microcosme intelligible. Voilà ce qui fait que Tâme n*a qu'à regarder en elle-même pour y voir toute vérité. En un mot , l'âme humaine n'est ni simplement l'image du monde intelligible, ni le monde intelligible lui-même ; elle en est une partie inséparable , et c'est sur ce rapport que reposent la vérité et la certitude de la connaissance.
Maintenant, s*il ne faut que regarder en soi pour y découvrir la vérité intelligible , comment reste-t-elle étrangère à la plupart des hommes, et si difficile pour les autres? Comment l'homme possède- 1- il de tels principes à son insu? Gomment languit-il dans un indigne repos? C'est qu'il est arraché sans cesse ao sentiment des choses divines qui sont en hii par les impressions extérieures^. La vie humaine eitjun concert de voix diverses qui s'élèvent en mêve temps; dans cette variété de sons qui se disputent son oreille^ i'âme souvent n'entend pas les accents de ces voix divines qui retentissent dans les profondeurs de son être, sans pénétrer jusqu'à sa conscience. Il faut donc que l'âme ferme l'oreille aux bruits de l'extérieur, et n'écoute que les sons d'en haut ^ Issues d'origine
> Enn. y, V, 42. H on iroevrc irpoorlÀdcç, ta\ oux Cpcivoç Iv |A(pcf avroû» où^ tdwç ov^ av, roTouroç ff|uu, àfùç & roaoOroy, yc- ^ovoç nct^j xairot Mit irporcpov r^^^ irol;.
2 Bnn. V, I, 11.
^ Enn. V, 1, 12. Outo» toc xat cvraO^a ^n ràç fàv al^nTOti
382 ANALYSE. LIVRE l
divine et filles de Dieu , nos âmes devraient connaître intimement leur prirxipe ; mais elles ont dans leur égarement oublié leur origine *. Elles ont fait comme les enfants qui , séparés dès leur bas âge de leurs parrents , ne connaissent plus leur voix. C'est pour cela qu'il leur faut indiquer la route à suivre pour retrouver la trace perdue ou effacée des essences divines.
La vraie méthode consiste donc à fermer les yeux au monde extérieur et à regarder en nous-mêmes. Bien que le monde sensible soit un symbole du monde intelligible, l'âme aurait beau y regarder, elle n'y pourrait rien voir. La nature ne révèle son origfine divine et sa beauté tout intelligible qu'à l'œil habitué par la contemplation intérieure à voir les types mêmes du Beau, du Vrai et du Bien qui se manifestent a l'ex-^ térieur; pour tout autre ^ elld reste muette et obscure. Il faut que l'âme se recueille en elle-même , et s'observe avant tout. Mais il ne suiBt pas qu'elle regarde à ta surface de son être. Là encore elle ne verrait que le monde des sens et de l'imagination. Il faut qo'eUe -écarte ces fantômes qui lui cachent sa vraie nature, etdescende graduellement jusqu'au fond de son essence. Alors elle verra face à face la lumière inlelligible ; alora elle entendra celte divine harmonie qu'étouffait tout-à-l'heure la voix despassions^ Ainsi, séparer d'abord l'âme du éorps, puis l'âme proprement dite de l'âme sensible, pleine de passions et de désirs 2, jusqu'à ce qu'on arrive à cette essence pure et limpide qui laisse voir le monde intelligible tout entier, tel est
» Enn. V, I, r
2 Enn. V, III, 9. — V, k, 14.
PLOTIN. THÉOLOOre. 383
le premier eflbrt de la méthode philosophl(|Ue. Mais il faut aller plus loin encore ; il faut que Tâme, parvenue à la connaissance du vrai, s'élève par un nouvel effort jusqu'au principe même du vrai , et jusqu'au sommet du monde intelligible. Quand l'œil veut voir, nott plus l'objet lumineux, mais la lumière même, il contracte et resserre ses paupières*. De même quand l'âme Veut voir, non plus les choses intelligibles, mais l'intelligence suprême qui en est la lumière , il faut qu'elle se contracte , se retire et se concentre dans les profondeurs de son être. Alors elle ne perçoit plus aucun objet même intelligible, mais Tintelligence elle-même dans toute sa pureté et toute sa splendeur ^. D'où sort cette lumière qui éclaire le monde intelligible? Elle ne vient pas à l'âme ; elle ne s'en approche, ni ne s'en éloigne : elle paraît et brille tout-à-coup sans s'annoncer. On ne peut la chercher , car elle n'habite nulle part. Il faut que Tàme l'attende en repos comme l'œil attend le lever du soleil qui , selon les paroles du poëte , s'élance de l'Océan *. Le point invisible et à jamais
' Enn. V, V, 7. H orotv im^'* cÔcXrIca; twv oXXwv pXcicctv , irpo- ÇâXX>jTac irpb oûtotl tyjv twv pXcfa&wv yutfry, Tb ^Gç Ofiwç irj50fc^, tÎ 7a\ it(£C3ryT0Ç ToO ?;fOvToç tb iv fltùrâ) y5>; T^ol * xixt yxp ov>j( «^o^v hùo.^ %9l ftaXiça tcti ôpf > f éo; yàf épa ' r« ^ ' A/^.a y wtociW fib rrty fcoç $k «vx m *
^ Enn. V, V, 7. (JOtcj ^é xa't voO; aJTOv oticb twv oXXov xoXu- \lac, xoec ow«yo7o«v tiç to cTau» pt^v ôfo^v ^ca^CTai oux âX).9 cv a)Ac^ yi^ • àXX' avTO xaO' iauTo fxovov, xaôa^^v cf * touTow cÇouynrTfjç yavrv.
^ Eon., V, V, 8 , 9. Ov ^« Çi9Tc7v, iccÔ<v> ov yàf fçc to icô^cv ' ovTt yàp cp^CTotc, ouTi âfTCiocv «ù^Sci^oî», àX>it yoicvcTou Ti xa« où çac- »fTac • ftà ov xf'î ^««««v, ffXX' TQffv^^ ficvfw, ?«ç ov yotvj, irotfaaxiwacovta iavrly J^faw iT/^c, w-ircp ôf OotXuoç, û-^xToXit; liXtov irc,oc-
inaccessible d'où jaillit la lumière , Tâme peut le deviner sans pouvoir le contempler : c'est le principe supérieur à l'intelligence , c'est le Premier, c'est Dieu. L'âme ne l'apercevoit qu'à travers la lumière qu'elle en reçoit. Ce n'est pas hors de nous que nous devons chercher Dieu, c'est en nous-mêmes. Dans le monde, nous n'en pourrions voir qu'une bien faible image ; Dieu est comme le soleil , immobile et fixe au sommet du monde intelligible, partout et nulle part. Quand nous ne le sentons point, ce n'est pas lui qui nous échappe, cest nous qui le fuyons^. Il est présent à tout, mais plus à l'âme qu'à la nature, plus à l'intelligence qu'à l'âme. L'âme donc, par cela même qu'elle porte en soi le monde intelligible, porte Dieu. « Ne cherchez pas Dieu dans les choses extérieures ; là, vous ne trouverez que sa trace ^. »
Dieu étant l'Un *, l'âme parvient à la conscience de Dieu par le sentiment de l'unité. Malheureusement, le spectacle des choses extérieures fait perdre à l'&me ce sentiment. Nous ressemblons à ces figures qui, uniformes à l'extérieur et par leur sommet, présentent à l'intérieur un aspect varié. Mais si l'âme pouvait se replier vers l'intérieur de son être , et y pénétrer assez avant pour en sentir la profonde unité , elle retrouverait en soi l'universel et le divin , ou du moins se confondrait tout d'abord tellement dans l'universel et
/^f vtf , 0 ^c ûirtf ^ovnç toO ôec Ccvto; , iÇ «l»xcavov faoh o*i irofitrai ,
1 Enn. y, y, 10. KxcTvoç A cx^cûÇcroti, ^aoXXov A 9v avr^. Enn. V^ V, i 0. AXXà ou f«} juioi et ' irc^w avT« o^a * tî ^ jnij (f;(voç àv V^i;, ovx oùrô * 3 Enn. VI, Y, 7.
le divin, qu'elle n'aurait plus conscience de son individualité *.
L'intelligence est présente à l'âme de deux manières : par les lois, principes, et axiomes qui la manifestent, et par elle-même. Dans ce dernier cas seulement , elle pénètre intimement l'âme , et la connaissance est directe. En vertu de cette présence de l'intelligence, l'âme devient intelligence elle-même; c'est alors seulement qu'elle se connaît *^. Toutes les fois qu'elle se détourne du spectacle des choses extérieures et qu'elle se replie sur elle-même pour se contenipler, elle sort de cette contemplation, transformée en intelligence *. Telle est la doctrine de Plotin sur la vérité de la connaissance. L'intelligence seule peut connaître, parce qu'en elle seulement la pensée et l'objet de la pensée ne font qu'un. L'intelligence humaine connaît le monde intelligible, non point par analogie, ni parce qu'elle en est la simple image, mais parce qu'elle en fait partie ; elle le connaît donc intimement et infailliblement. Cela posé, quand la philosophie spécule sur l'àme universelle , sur Dieu , sur un être quelconque du monde intelligible, elle n'a pas
• Enn. Vf, Y, 7. K?«.> tih vr* ô&'ivTcr t? oOr/ iÇr'^ufOa , ayvôov-
To A^ijh fxtQc^' Eê ^i Tt; firt^jsot^vae ^ûvatro , >i wotp a'jToO , r< t^;
o^rac * 8>j^rraf 9k rà uh Trpwrx , ov;^ w? H irav, tTr * oînt f^Mv ottij a-jTov çi'raç opccT, xat fif^i tî'voç CiyTcç cç-cv otfttç ircptyps^n^ àiro ToO ovTo; aJTOvToç orjTÔv , ci; airacv to Triv ^Çcc ic^coiÀOwv ov^aucy , àXX avroO /uutvaiç, o'j t'oovTot» t6 ttÎv.
» Enn. V, III. 4.
3 Knn. V, III. 4.
38« ANALYSE. LIVRE l
besoin de sortir de la sphère de la consdeiice ; elle n'a qu'à s y enfermer et à y plonger ses regards aussi avant que possible , elle y rencontrera toujours Tobjet de ses spéculations. La science de l'être n'est pour l'âme humaine que la conscience de sa propre nature ; la psychologie se confond à une certaine profondeur avec l'ontologie.
I^ science , cherchant le principe des choses , ne s'arrête point à la nature multiple, aveugle et esclave. T^ nature regarde et aspire vers l'unité dans son pénible travail , mais elle ne l'atteint jamais complètement *. L'âme connaît ; elle est simple , intelligente et Hbre ; mais elle ne tient pas d'elle-même l'unité *. Elle lie fait donc qu'en participer ; elle est une , mais non l'unité même. En soi , elle est multiple , non pas , il est vrai , h la manière des choses corporelles qui ont des parties; mais elle a diverses puissances, la sensation» l'imagination, le désir, la volonté, la raison \ Quand on admettrait qu'elle est simple par essence , que la sensation , l'imagination et le désir ne lui sont point propres , et qu'en soi elle n'est que volonté et raison, il serait encore impossible de s'y arrêter ; car elle ne pense qu'en tant qu'elle participe de l'intelligence. Donc l'intelligence est quelque chose de meilleur que l'âme. Et qu'on ne vienne pas dire que c'est l'âme qui, étant
t Enn. VI, IX, 4. Kac rccl; rb cv ^Xitrou^ov h fxaçov iroe«rv.
^ Elui. VI, IX, 1.
' Enn. VI , IX , 4 . Kai en %a\ ^v)^ frcpov oy^a toO boç fMAfcry ï-/ti x'/Ta tIv Xôyov tov fxâXXov, xa'i outwç cTvat to ^oXXov Iv, oλ utv aÛTÎ) TO îv xtwp^À yàp p.idt, xae cu]uiÇc&<xoç tcwç x\ fv xotc ^uo raOr^, \}>u;^ï; xa\ fv, uiires ^wua xac cv. — Ibid., infrà. tloXXj; % "^iX^, xa"' r, ^('a, xorv il p:f7 ex ficpcî)v.
PLOTIN. THÉOLOGIE. ni
moins parfaite que rintelligence , engendre TinteHi^ gence; car elle ne pourrait T^gendrer que comme la puissance engendre Tacte ^. Or, l'âme est un acte et non une puissance. D'ailleurs ^ Tâme subit la passion ; rintelligence est impassible. Enfin , si Tâme est dans le monde et qu'il existe quelque chose hors du monde » ce quelque chose est supérieur à l'âme K S'il n'y avait rien hors du monde, le monde ne serait ni stable t ni un^ ni permanent ; car ce n'est pas l'âme qui fait la stabilité, l'unité et la permanence de la. nature : ce sont les raisons séminales dont le principe est l'intelligence* L'âme y répand le mouvement et la vie ^.
Ainsi , dans la recherche du premier principe , la science va de la Nature à l'Ame, de l'Ame à rintelli-* gence« Doit-elle s'arrêter là? Aur<lessus de rintelligence, sommet du monde intelligible, centre des idées qui illuminent l'Ame , y a-t-il encore quelque chose ? Pour en juger, il reste à considérer de plus près l'intelligence^ et à voir si dans sai nature rien ne répugne au caractère de premier principe.
Pour se faire une idée vraie et complète de l'intelli** gence, il faut la dégager des conditions auxquelles elle se trouve enchaînée sous la forme humaine ; it faut faire abstraction des sens et de l'iffiaginaUon , qui gênent son libre essor et la condamnent à fettre eflfort pour passer à cet acte qui est sa vie naturelle et
« EûD. V, IX. i.
* EoD. V, u, 4. Fi 6t èii xflM tfATToôèç ^u)(ii ^ ètï ^ rt iticoi&iç ccvat,..* ««« ce cv xiofM» >|^Î7, ixToç ^ ôtT ri x*!ajuwv lîveii , xa\ ravrn icpb ^l'u^; in XI cTvdct.
3 Eon. V, IX, 4.
constante dans lYtat de pureté et de perfection qui lui est propre , à la contemplation. L'intelligence pure est simple et libre. Parce qu'elle contemple les idées, (ju'on ne croie pas qu'elle se divise et se développe dans cette intuition ; elle les contemple comme un seul et même intelligible et par un acte tout-à-fait simple. Mais même à ce degré de perfection, l'intelligence réunit-elle tous les caractères d'un principe que nous puissions considérer comme premier? Est -elle absolument simple, absolument indépendante, absolument universelle ?
V Simplicité. — L'intelligence est simple en ce sens qu'en elle le sujet et l'objet se confondent et qu'elle est à la fois l'intelligence et l'intelligible. Mais il n'y a pas simplicité absolue là où on peut distinguer deux termes. Or, l'esprit a beau faire abstraction de l'intelligence humaine et s'élever jusqu'à l'intelligence pure et parfaite, il ne la conçoit point sans intelligible *. Il est vrai que cet intelligible, c'est 1' pense : mais s'il n'y a p; toujours une distinction fois l'intelligence et Tir donc pas absolument ur suprême degré , il est pensée ; mais la dualité
cessaire. Si fintelligence et l'intelligible étaient deux essences distinctes et séparées, sans retour à l'unité,
* Enn. III, VIII, 8. Kac ovts; voO< x«c voijtÔv apa, wT* ^* Xjuw * îc Sk ^0, ètï 70 TCfo ToO ^uo XaÇcTv. Te ovv ; vsw; p6vov; a)}.à ifoéTt vS cvvcÇcvxTat To vor,Tov * n 9uv ùtt fATfi TJvtZt^yBat tô vcifjTÔv, ovôc voO; tçùLt... Te ovv xuihjtt tV/o>îtov 'X'jrh tTvo» ; % ?tc na: rô vir,T'.?
il n*y aurait pas de pensée. Si Tunité de rintelligence et de rinteliigible était telle quMl ne fût pas possible de les distinguer, il n'y en aurait pas davantage ^ Sans doute il ne faut pas oublier que c'est de rintelligence pure et parfaite qu'il s'agit et non de rintelligence humaine, qui n'en est qu'une ombre. L'intelligence pure ne pense qu'elle-même ; essentiellement une et simple , c'est elle-même qui , dans l'acte de sa pensée, se distingue et se divise; elte va de l'unité à la dualité ^. L'intelligence humaine, qui n'est que Tâme illuminée par l'intelligence , pense autre chose qu'elle-même, quand elle pense l'intelligible. Pour qu'elle devienne intelligence, il faut qu'elle se confonde avec l'intelligible qui est au fond de sa propre natme, et qu'elle ne peut dégager que par un effort d'abstraction. En tant qu'âme , elle reste distincte et séparée de cet intelligible ; elle est donc en soi multiple , et quand elle pense, elle va de la dualité à l'unité ^. En un mot, l'intelligence divine est une unité qui se divise ; rintelligence humaine est une dualité qui s'unifie. La différence est profonde; mais la dualité n'en est pas moins la loi de toute pensée parfaite ou imparfaite. Telle est la nature de l'intelligence représentée dans les symboles de l'antique théologie par le règne de Saturne^ : c'est l'immobilité, l'éteniitc,
1 Enn. Y , vi , I. tifitîç ju«v ouv tw Xv^<ù sx «Jûo cv ittn'it'f.x^fAiy Tô o' àvaira/.rv tÇ cvoç èçc èôo , ot( voi7 itotow «urb ido , ^aîaXov $i ou, oTi voiT, ^0, xat otc owtô fv.
2 Enn. V, vi, 4.
' Enn. V. VI, 1.
* Enn. V, I, 4. Eir'e to à^j^<Tuirov otùrou xa\ xo à).>>0ry«Tf^9v àvo^àç) T.7%t7 frdtvTot tiirta vor^ri, xat Trao «jT'λ ^i^iot, cv çTxcta ffy-
ruflilé, la parfaite sagesse, la pure divinité, la suprême félicité. L'acte de l'intelligence n'est pas multiple ni successif comme l'action de l'âme; il est simple et simultané ; mais enfm il n'y a pas de pensée sans différence et sans identité^. L'intelligence, en tant qu'intelligence intelligible, est donc à la fois unité et dualité, identité et différence, repos et action.
Mais , dîra-t-on , rien n'empêche que le premier principe ne soit multiple. C'est ce qu'on ne peut supposer , le multiple lui-même n'étant pas possible sans l'unité dont il vient et dans laquelle il est '. Si Ton dit que l'un coexiste au multiple, il restera toujours à en déterminer le rapport et à expliquer comment ce qui n'est pas simple peut être premier. Si , tout en coexistant au multiph par lui-mê impliqué di ni substant fasse, on eî cipe *. Si r< multiple dfl soit une et I
vc^et xae ^taf, âpyîjfavo , xcti
' Enn. V, I, 4. AÀXà èùo ovt«, touro to cv ôpoO voOç, xa\ ov, Ttai vooOv, X7i\ vooûfuvov ' 0 fiiy voOc, ftarà to vocn»* to St ov, taxa rô y>oi>pcvov ' oit yào oof ycvoiTo to vocTv, kxtporytxoi i/-ri ^tiqc, xcc rcnàrir- TYjTo; ô:.
^ Enn. V. VI , 3. Où «Jûvarae yàp tcoXXor , ftij tvo; ouroç , itf* w, i cv w, rt oXwç cvôç.
3 Ênn. V, VI. 3.
. < Enn. V, ni, U.
sesce est idmtique avec Taete, ou elle en est disltiiete. Si elle ra est distincte, eik n'est plus qu'une simple poéssance ; elle est àaoc primitivement moins, parfetite et ne devient absolument parfaite que par Pacte ,. ce qui répugne k la nature du premier principe» Si elle se confond avec l'acte, elle est donc multiple ellemême. Dès lors elle n'est plus le premier principe, car le multiple a sa raison dans l'un ^. Quant au principe de la préexistence de l'un , si on objecte qu'il est vrai pour les nombres qui sont des compostions de Tunité, mais qu'il en est autrement des choses ^; nous répondrons que , l'unité ne présidant pas à l'ordre universel , il y aura dispersion de toutes choses et chaos ^ On peut soutenir, il est vrai, que d'une seule intelligence peuvent provenir des actes multiples; mais alors c'est admettre quelque chose d'un et de simple avant les actes : seulement, ce quelque chose serait l'intelligence. Ensuite il faut supposer que ces actes étant permanents ne sont pas de vraies hypostases. Mais ces hypostases doivent diiïérer de<;e dont elles viennent , puisque autre chose est le principe , autre chose sont les actes K
2^ Indépendance. — Le premier principe doit se suffire pleinement à lui-même. Dr ni l'intelligence ni l'intelligible ne se suffisent , l'intelligence ne pouvant
' Enn. V, III, 42. A)A' tr fjiiv at tvif,yuat aurou p^ oùjt'at , à).X' ex ^vapcw; tlç htpyttct-i fpyiTat^ où îc).^9oç juiv, cfetcXè; ^ Tip'tv htf>yîi^at rfi oÙ7(ot. Et 9k i, o'j^ia owrou cvECycea» t, fe vjiç,yti:t ùxtTO'j rb 7r).%6d<, TOTfltOTyj içjtt -h ovcta otùroSy ocrov tô tcXyÎÔo;-
» Enn. V, m, 12.
» Enn. V, 111,411.
^ Enn. V, lii, 42.
penser que par l'intelligible, el Tintelligible ne devenant tel que par Tintelligence K II est donc nécessaire qu'un terme supérieur intervienne pour que Tintelligence se pense. Car ce n'est pas d'elle-même qu'elle se pose comme intelligible; elle s'aperçoit comme telle en vertu d'une certaine lumière qui vient d'ailleurs. Réduite à elle-même, elle ne se verrait point intelligible; elle ne serait donc pas intelligence; car elle n'est intelligence qu'en tant qu'elle se voit intelligible. Donc elle n'est pas absolument indépendante : elle ne l'est que relativement au monde intelligible et au monde sensible ^.
3** Universalité. — L'intelligence n'est pas le premier bien. Il y a encore un bien supérieur à la sagesse, à la vie, à l'intelligenc tous les êtres désirent l( l'intelligence *. Il y a d^ l'intelligence, et par C( premier bien. D'ail leur pire et compète. au biei produire ensuite ; elle I a donc besoin du bien
' Enu. V, VI, i. O, rtv aveu ro\» XaScTv xat iXttv ro vo
^ Enn. V, VI, 2. Èâti ^ irpb tou voccv tcXcoO tît-éai trop' yjTri xr,ç o{»9cgt; ' o) cïo7. ro rcXcov ûiropÇct, nfi tou voccv rcÙTi cçoic *
i Enn. III. VIII, 10. Ô fik^ yotp vov; roO àyaOoO, rb i' èyyfh* cùocrratt tacvou ' oôcv, xai Tuy^^dtvor/ toû ayaôoû âyocOdCc^c yiyvrratt, x>t TcXr(9urote ita^ tou àyaScO*
* Enn. V, VIII, 10. Oçc h uké tm vw iJ Ifcatç* ïtorc ifnfi.v^; frf'« . toi'. 9t\ rvy^ocvw^ '
PLOTIN THÊOUKHE 39.1
inférieure. Sans doute , elle est la première , la plus belle et la meilleure des essences ; elle est le type et la lumière du monde intelligible. Mais si elle est première comme essence, elle ne vient qu'en second lieu comme principe. Telle est la nature de Tintelligence; essence simple, indépendante et universelle, elle n'a pourtant pas cette simplicité, cette indépendance, cette universalité absolue sans lesquelles on ne peut concevoir le premier principe. Pour arriver à Dieu , il faut s'élever encore plus haut.
Quelle est donc la nature du premier principe? Dire qu'il n'a ni grandeur, ni quantité, ni figure déterminée que l'imagination paisse saisir, qu'il est indivisible, immense, éternel en essence, ce n'est pas le faire connaître en ce qui lui est propre ; car Tftme aussi possède tous ces attributs* Dire qu'il est indivisible , immense, éternel , infini en acte comme en essence , c'est le distinguer de l'âme qui subit la loi du temps, de l'espace et du nombre, dans son développement et son action sur la nature ; mais c'est le confondre avec l'inteltigence , qui est également immense , éternelle, infinie, simple en essence et en acte. Il faut aller plus loin pour caractériser la nature propre du premier principe. Il faut s'élever au-dessus de la nature, de l'âme, de l'intelligence, au-dessus de toute essence *, c'est-à-dire de tout ce qui a un caractère déterminé, quant à l'être ou à l'action *. Il faut atteindre jusqu'à l'absolue unité *. C'est là le seul prin-
1 Enn. V, III, 13.
^ Eno. V. y, 6.'
^ Enn. V, V, 4. Ort fth ôvv ^T t^v wv«iywyiïv rro(iq'4«90«f
cipe qui soit parfaitement simple, cpiî se suffise pleinement à lui-même , qui n'existe ni dans autrui, ni par autrui, qui n'ait rien au-dessus de soi ; c'est le principe par excellence ^ , le principe au-deUt duquel il n'y a plus rien à chercher.
Lui attribuer l'être serait le définir et le limiter ^ La vie ne peut être non plus considérée comme un attribut de la nature divine; car elle n'est pas le Bien, mais seulement la première émanation du Bien* Elle n'est donc pas quelque chose de premier et de suprême , quelles que soient l'excellence et la dignité de sa nature. Dès lors elle n'entre point dans la naturt même du premier principe des choses. Toute vie, même purement intelligible, n'est encore que l'image du bien , et comme telle , est un principe inférieur à Dieu^ La beauté la plus pure, la beauté intelligible, m convient pas non plus à la nature divine. Dieu est le principe de la beauté, comme il est le principe de l'essence pure et de l'intelligence ; mais il n'est par lui-même ni beau, ni la beauté , car il est absolument avei^soç. Toute forme vient de lui, même la forme par excellence, l'intelligence, mais il n'est lui-même au-
îv, xoet ^r,9«5; h , âïXci fiii eS^trcp Ta ^XXoi 'èf , éf 7CoX>.oe OTrrat pr» y)fi ÎWçftr. — Enn.. V, i?. 4.
1 Enn., II, IX, r E( tw fmft trop' âXXot>> fttA «v AXm^ piA ovvdcffcç ^jcfAca, Qtvoyxv} piAv (jiùp ovto slvac
2 Enn., V, V, 6. TaOra ^ rot Svt« xac to ov * lircxctv« ^ ovTo; •
« Enn. VI , VII , 4 8. Kai yàp -n Ç«ïî îv âyoSév, wx àwïâiç , <U>' 0T( cXtycTo ôXiQÔrvîj, xat Zrt ïrotp' ixctvov^ xac vovç ô Syrwc, i» Ti tov oturoO ht ocvroTç opaaOcu*
PLOTfîf . THÉOLOGIE. 39B
cune fovme ^ Lui ittU*ibuerA-t-an l'îiiieUîgetioe? On yieat de voir d^k ooffîmeoi et pourqud elle répudie k la nature du premier principe. Platon, en parlant de ressenee* dit qu'elle pensera, et que, dès lors, elle ne sera point ce qu'il y a de plus excellent. Il y a donc quelque chose qu'il regarde comme supérieur à Tintelligence ^. Non seutenent Dieu ne peut être l'inteiligence, ainsi que nous Tavons montré, mais encore il ne peut être intelligent. L'intelligence répugne à la nature divine en acte aussi bien qu'en essence ; car, par cela même que Dieu pense , il se distingue et se divise ^. Le multiple peut bien se chercher lui-même et se recueillir pour avoir conscience de aoî; car pem^er et connaître , c'est pour le muUiple revenir i l'unité. Tout être complexe {ait effort pour se connaître, et cet effort est uji retour au principe simple de sa nature. C'est par la conscience que l'Âme retourne à l'isitelligence, et l'intelligence à Dieu. Mais comment ce cpà est absolument un aspirerait-il vers l'unité ^? Gmdment ce qui ne sort pas de ruoité cliercherait-il à y
* Enn. VI , VII , 32. Kay^h ^ tô ovci^ov, où t6 fwpf^; ico/iiivov, dtXX i'^' ov irScjot ^opy)ï3 voipa. — Infrà , ibid. Ayvafxcç ouv 'TcofvTÔ; xoiXoO ovSoç CCI xâXXouç xa^Xoiroi^. Kat yàp ycwS ocÙtô *at xoXXtov ivoiu T^ irap' aÛToO trcpiovvca toO xoXXovç, wçc à?X^ xoXXouç xa\ in^ç xoXXouc»
i Enn. VI. vu, 39.
^ Enn. V, m, 4 3. IIoXù yxp oùtô 7c©coufav yv«ç^>, xou yvmtvâ
* Enn. V, Yi , 5. Étc t© woXù Znw otv coeur^, xac èrcXoc Stv wvvtu««v xflù auvflu<70avc^ou outou- O ^' cç-t ledtvni cv, ir«u yt^pvt^txmi «pôç otuTC ; fcoû 6' ov JioiTo OTivouoOviatuç ; àXX îçt t^ «vrè xae «i*-
rentrer? Que peut être la conscience dans un principe absolument simple? Il est donc évident que toute conscience et toute connaissance, étant un retour du multiple à Tunité, répugne à la nature du premier principe- Mais quand Dieu pourrait connaître, comment en aurait-il le besoin et le désir? On conçoit que l'intelligence n'étant le premier ni en être ni en dignité , puisque le multiple est inférieur à Tun, aspire nécessairement vers ce qui vaut mieux qu'elle. C'est ainsi qu'elle est provoquée à penser; car, penser pour elle, c'est se tourner vers le bien *. Mais le premier principe, étant comme tel, le bien suprême, n'aspire point vers un bien supérieur ; il n'a donc ni le besoin ni le désir de penser. Le don de l'intelligence paraît avoir été accordé comme un organe nécessaire aux divines essences, qui ne renferment point en elles le principe même de la pensée. Mais si elles possédaient ce principe, à quoi leur servirait l'organe? L'œil sert à l'élre privé du pi la lumière ; viendrait ii lumière, et ne cherche
' Bon. V,
xtvifjgcç irpôç à
V17T1, jca't ouvj
2 Enn. Vï
'•vTo; «Sv; h ^
PLOTIN. THÉOLOGIE. 3gf
la lumière intelligible elle-même , ne la cherche point et n'a pas besoin d'un organe, rintelligence , pour la contempler. Il ne pense rien , parce qu'il n^a ni besoin ni désir d'aucune chose ; il ne se pense pas , parce qu'étant l'unité même, il n'a point à se contracter pour revenir à l'unité ^. Notre âme a besoin de se connaître , de rentrer en elle , de s'unir avec elle-même en quelque sorte , parce qu'elle n'est pas essentiellement simple et une. Le yvôdi <TEauTov convient à toute nature complexe, parce que toute nature complexe éprouve le besoin et le désir de revenir à l'unité de son être. Mais une nature absolument simple est trop excellente pour aspirer ù se connaître et à se sentir ^.
Maintenant peut^on lui attribuer l'activité, la liberté, Ja volonté, la providence? Ici , il ne suffit pas d'affirmer ou de nier simplement ; il faut user fl» réserves et de distinctions. De quelque façon qu'on l'entende , l'intelligence répugne à la nature du premier principe , et doit en être niée sans distinction et sans restriction. Mais il n'en est pas de même de l'activité, de la liberté , de la volonté et de la providence. Ces attributs, plus généraux et moins définis que l'intelligence, ne répugnent point absolument à la nature divine. C'est là ce qu'il s'agit de faire voir clairement.
Que faut-il entendre par l'activité du premier principe? Il est évident que, pour créer et pour produire,
I Enn. V, VII, 44.
^ Enn. V, VII, 44. Éicù »»« r"o y^wOc ato^rlv Xiytrat tovto(; , ^c ôtù To TcXy|9o; tTtMTw fpyov t^oxf^t ètoi^Sfitly' courovç, %oil ftcAth ica xai noia 5vtc;, ov towth f^JOf^'v, ri ov^v... Kl Si xi Jçry avri* ^ccÇôvcaç, èç'tv, Ci xoixà yvw^ev xoii vwï^iv x«» <Twou'j0ifj7ry orfiroO. tntt ^'iik icfxtrCi crvdry içcv. OWb ■yao thoiytt tt; owtî», oikkà. «cxeî owt6.
398 ANALYSE. LIVKE I.
Dieu n'a pas besoin d'agir et n'agit pas réellement ; car toute action , même celle de la pensée pure , répugne à l'absolue simplicité de sa nature. Mais il est la cause des causes * , le principe et le type suprême de Faction, en un mot l'acte même, l'acte absolument simple, immanent, dans lequel vient se perdre toute distinction de la puissance et du mouvement , de l'essence et de l'action ^. Dieu n'est pas actif à proprement parler : il est un acte , c'est-à-dire qu'il n*est point une simple puissance qui, pour créer et produire, aurait besoin de passer à l'acte. Donc ce n'est jamais que dans ce sens qu'on peut lui attribuer Tactivité. L'activité ou plutôt Tacte n'est point un attribut de la nature divine : i) en est le fond et la substance même. En Dieu il n'y a pas lieu de distinguer l'essence et l'attribut \
* Enn. VI, VII, \S. Acnov $t ixu-^o toO oùrtoxt ' fxccCôvcj; o^x oTov odrrcatarov noLt êJ^rfiiçtpov alrioc.
' Son. yr, viH, 48. Koet {çi ^ov ovj^'w^ OTroxcc/jtrvov , àïX' «ç hiçytta izfMtvi ' toùto iauTtjv ix'fiiva^ot, OTrtp titt. Ouru yip otvrov Xryitv, a^votToûvra ).cyc(v oç tiç cGAci.
' Edd. VI, viu, 29. Où yàp doo, àW cv ' o\iSk yàp <f^r,ri99 ivipyicav riv Tvpwngv TéôcTÔoii «vtv ovviot; * ot).À* œjxb toOto ri.» ot©v •iànàçaon ^trtoy. Ei $k ùiroçiao.v uva» cvf&yit'ot; it; 5nT«, c/./ftrtiÇ ii àpyh xai d^rcXnç ri xtkttor^rrt troawv frac.
* Enn. VI, vni, 7.
PlOnN. THÉOLOGIE. 999
mdépendant^ ; Tâme relève de rintelligence, et celle-ci de Dieu. Mais la liberté s'entend encore d'une autre nianière. Être libre , dans le sens humain du mot, c'est être maître de soi-noême ^ ; ce qui suppose d'abord une action et une aspiration vers autrui. D'ailleurs « ce pouvoir d'un être sur lui-même suppose deux termes : un principe qui exerce l'empire et un autre principe sur leqoei l'empire est exercé , on sujet et on objet de l'action ; il n'est donc pas pos^ble dans un être absolument simple. Pour qu'un être soit réellement maître de lui-même , il faut que , dans sa nature y l'essence et l'activité soient distinctes; alors il sera libre, si en vertu de son essence il gouverne son activité ^. La liberté ici n'est donc que le pouvoir de l'essence sur l'activité. Or, en ce sens, évidemment Dieu n'est pas libre. Toute distinction répagnant h la simplicité absolue de sa nature , il n'est point à la fois essence et activité ; il est un acte indivisible et immanent, supérieur à la liberté \ Du reste, s'il n'est pas libre , il est principe de toute liberté ; car la liberté étant le pouvoir de l'essence sur l'activité dans un être quelconque, et l 'essence étant toujours ou le principe
* Enn. VI, VIII, 7. Uîâ; 6ri aùro rb xû;i(Ov «icavTwv twv f*CT * otÙTÔ TCfii^uv xat h Trptanp Pip^t ov , tt^o; ô ta oX^a ovotCsîvco S'Ait
TÔ iit* avtoTc, fx^t-j^ nuiç Stv tcç et; tè cir' ètwl îh int 99t oyw ;
' Eau. VI , Tiii, 8. jimrStftsvot^ ik iravta xai t^ hf'cmn^ ùq uçfpov , jtai rb au rcÇovviov. M^ïj yotp clç 5XXo hiçyttouf \iyu , mi Ctt dcvc/iirG^içuç, xoie ovtcov a^lotv rwv ic; aura aouaXxtxfù;»
5 Bdd. VI, fin. «2.
* Enn. VI , viii , 42. (îirou ^ où ^wo, «ç r/o; , àÀX« îv, (t> y^ cvcpycta pôvov, 7) 9vJ' o)w; ivipyiia) ov^l tb xvpcev otvTov bo&^.
même d'où vient Têtre on question , ou identique avec ce principe , il s'ensuit que toute liberté, pour cet cire, lui vient du principe * supérieur d'où il relève. Ainsi l'âme est libre en vertu de l'intelligence ; celle-ci , libre par elle-même , est le type et l'idéal de la liberté. Mais l'intelligence vient de Dieu : donc Dieu est le principe de toute liberté ^. Ainsi Dieu est libre, en ce sens qu'il est indépendant. H est libre encore en ce sens qu'il esl le principe et le type même de la liberté. Mais il n'est pas libre dans le sens humain du mot , c'est-à-dire en tant qu'il serait maître de lui-même et de ses actes.
D*un autre côté, Dieu étant absolument simple , sa nature et sa volonté ne font qu'un ; la nature du Bien est la volonté de Dieu *. Or la nature de Dieu esl immuable ; donc sa volonté aussi est immuable , et ne peut se révéler, comme la volonté humaine, par le choix , puisque le ch it. Si
Dieu changeait de vc turc.
Dieu ne peut pa^ faii larce
qu'il est le Bien ^. La Dieu
n'admettent pas les ci qui
est le Bien absolu , la erail
une imperfection, lift lique
« Enn. VI, VIII, i.
* Enn. VI , VIII, 7. Tiytrat o5v \|«i;^ f*iv iXcMoa om vov Kf^i t6v ôyaOov 9ircv^uaa àvtfin^tçw;* xac ô ità toûto iroar, If* («vri* NoO; St il * otvTdv • Y, ^ T&O ûty 0«O ^ocç crùro to rftrèv, x«â oth Ta