‹ Histoire critique de l'école d'Alexandrie (volume 4)Chapitre 28 sur 34 · I E«». VI, V, 7, S · texte numérisé non relu

I E«». VI, V, 7, S

' fiao. VI» ^» S. EfiXoytv y^ikx^ jtay9iaTftye7|«$^piMif^é«Mif C(dê»v X^P'^> ^'^ ^ ^^ vXy}ç iro(ipwOcV) ovci^Ocv iro9cv Ttiv f)Aacp\j/(v cc^ ocuTr^v yiyovtva».

< Knn. IV, IV, 44.

468 ANALYSE. LIVRB I.

nous en donner une idée ^. La vie sensible circule dans le corps, sans qu'on puisse la fixer ni la circonscrire dans une partie ; elle reste simple , une » infinie, dans un corps multiple 9 composé, fini. Or, Tètre intelligible aussi est une vie , mais parfaitement pure, dont la vie sensible n'est que l'image.

Il ne faut pas oublier que, dans la pensée de Plotin, créer , former et faire vivre ne sont des actes distincts que dans l'ordre logique , et qu'en réalité ces diverses fonctions se confondent dans un acte chronologiquement simple et indivisible. Mais PloUn n'en

sur l'acte par lequel TAme meut et fait vivre le monde, cette priorité ressort clairement, de sa doctrine sur le Démiurge et TÂme du monde. Le Démiurge, en effet, forme le monde, sans sortir du monde intelligible qu'il habite toujours ; l'Ame du monde se répand dans la nature entière K II suit de là, quQ non seulement elle est inférieure au Démiurge, mais qu'elle le présuppose, et que, logiquement parlant, l'Ame forme le monde, avant de le faire vivre.

On vient de voir comment l'&me produit et forme ; il faut la suivre dans sa nouvelle fonction de puissance motrice et vivifiante. L'Ame communique le mouvement et la vie à la matière, tout en restant immobile et inaltérable. Ce n'est pas de sa propre substance et de la matière qu'elle forme les êtres vivants et les corps ; elle ne mêle rien d'elle-même à la matière ; elle anime les êtres, comme le soleil illumine les corps, sans passer dans les choses qu'elle fait vivre. Il suffit qu'elle projette son image dans les corps, qui la reflètent comme autant de miroirs ^. Ce serait se faire une fausse idée du rapport de la puissance et de l'essence relativement à l'Ame, que de le comparer au rapport de l'image et de l'exemplaire *. L'image n'est pas l'acte pur et simple de l'exemplaire dans le monde sensible ; elle suppose, en outre, une puissance créatrice et une matière. Quand donc l'exemplaire a disparu , il reste encore

I Enn. IV, IV. 40.

* Enu. I, 1, 8. Ettcc xac 'rô icocvt*! oXw oSflrqj fita^ ^ Zxt tpûrjrâ-

oinc i$ avT^ç xoù atùfiaxoç, ak)à /jKvouvat fttv otùrÇ, if^Xoc A aur^ç ^i^Oaoc, ù>antp trpô'HùKOv iv troXXoTç xaroirr^i;. ' Enn. VI, IV, 9, 10.

470 ANALVAB. U\^U I.

tantôt la manière feule, tewidt il'acte 4e l'aitiéte et ta mati^e *• Mais la puismftce 4e Vkme pow fi^dnire n'a besoin de rieù autre dioee que de i^eiftetice ; eHe estfacte de reseeM», é,^ smm» ce rapport » «Ile m eet rimage , mais une iiMge dont f exemplairt pfoêiM à la fois coBORM Vf^M cMime puissaiièe ^ L^cte, (a puissance et Tessence se confondent doM dans TAfiie, en soit révèle qoitéd il faut corps I combii sensibl nètre i perdre pénètn rètre ( sensati dans l compir toutes indivis Aini essenc dana t

< En t fia

^ En * En « En « En

PLOïlN. COSMOLOGIE. 471

tendre, elle fembrasse el reniretq)pe dans sa fotafîté î ette est dans le monde, cemme l'unité dan» feâ nombres, comme le centre dans la circonférence , comme la lomière dans les objets, comme le son dans l'espace *. L'unité se retrouve dans chAque nombre, el pourtant ette ne se partage pas ; le centre répond à tous les points de la circonférence , sans se développer ni s'étendre } le son traverse l'espace sans se diviser ; la lumière édaîre les objets les plus divers et les lieux les plus distams, sans se briser en fragments. De même l'Ame est , par rapport à l'Univers, comme un centre lumineux rayonnant dans une immense sphère qui Fenveloppe de toutes parts. «Toute âme doit penser, s'écrie PloUn , que c'est l'Ame qui a créé tous les êtres sensibles * ; car c'est elle qui a répandu partout la vie sur la terre, dans la mer, dans l'air et dans le ciel ; c'est elle qui a formé le soleil et tout le système des astres, et qui le gouverne avec une sagesse admirable, et tout cela sans abaisser son auguste nature, ni se mêler aux êtres auxquels elle communique la forme , le mouvement et la vie , et sans jamais cesser d'être ellerméme , c'est-à-dire toujours essence et vie étemelle , tandis que tout le reste naît ou meurt, selon qu'elle donne ou ôte l'être et la vie. Mais commentla vie se répand-elle à la fois dans le tout et dans chaque être en particulier? Toute âme qui a quelque noblesse et qui est digne de contempler les choses tfen hatit , si elle s'est affranchie de Terreur et s'est dérobée aux objets qui fascinaient les regards des

• Enn.VI, IV, 9,10, II, 12.

* Etin. V, t, 2.

47Î ANALYSE. LIVRE l.

^mes vulgaires, se représente la grande Ame du monde rentrant dans le repos, et le monde agité et tumultueux retombant tout-à-coup dans le silence et l'immobilité. Alors qu'elle contemple TAme débordant de toutes parts dans cette masse immobile, la vivifiant, rilluminant et l'ornant , comme les rayons du soleil éclairent et dorent les épaisses ténèbres, et relevant ce grand cadavre de la *" . . -«

immortelle. Tout a ( par faction de Tâni plein de vie et de fé fait un tout plein de auparavant qu'une la matière et du noncomme dit le poète.

TArae se révèle enc vernement du mond les parties de cet ii être grand ou petit a son âme propre. ( divise pas pour pén vivifie tout en même entière, indivisible, l'Intelligence, elle i monie et de l'unité i variété infinie. C'esl un Dieu , que le so

Et nous, que serions-nous sans l'Ame? Si nous sommes quelque chose, c'est par elle. Et un cadavre n'est-il pas plus vil que le vil fumier? Mais puisque c'est l'Âme qui des êtres fait des Dieux, il faut qu'elle soit elle-même un Dieu , mais plus auguste. Or, notre &me est faite

à rimage de l'Âme universelle. Et si vous la considérez dans toute la pureté de son essence, vous la trouverez semblable à la grande Âme et supérieure à tout c» qui est corps. Sans V&me, tout corps se réduit à la terre ; et on aura oeau y ajouter le feu, Tair ou Teau, que sera-ce encore? »

L'Âme universelle produit donc , forme et vivifie le monde. Mais en vertu de sa nature, elle ne peut opérer qu'universellement, et tout ce qu'elle engendre , matière , forme , vie , porte le caractère d'univacsalité. C'est le Tout qu'elle produit, forme et fait vivre*. Mais que deviennent les parties , et quelle puissance leur donne le corps , la forme et la vie? Il faut nous rappeler que l'Âme est comme l'Intelligence, une et multiple , et qu'en elle coexistent distinctement les âmes individuelles, conune les idées coexistent dans l'Intelligence. Or, tout de même que l'Âme universelle tend irrésistiblement, en vertu de sa puissance interne, à sortir de son essence et à se répandre au dehors, pour porter dans tous les corps la forme , la vie universelle, de même chaque âme, étant de même nature que l'Âme universelle , tend à sortir aussi de son essence et à se répandre dans un corps , pour y produire une forme et une vie qui lui soient propres; de là ce qu'on nomme la descente des âmes.

Pourquoi l'âme individuelle se sépare-t-elle de l'Âme universelle , avec laquelle elle était primitive^ ment et essentiellement confondue? C'est là un point difficile et sur lequel les plus grands philosophes ont hésité. Pythagore , Heraclite , Empédocle , Platon ,

« Enn. IV, III, 10.

474 ANALYSE. LIVRE l.

ont émis des opîfiJons fort diverses sor la descente

des âmes dafts Un cofps. On trouve dans Platon

deux* doctrines différentes, î'utîe qui eonsiste à dire

que là descente de f*ânie est Une chute , et que le

cofps est pouf elle un tombeau ; Tautre (exposée dans

le Timée;, que Dieu , après avoir créé les âmes , les a

laticées dans le monde, pour y f épaftdf e la forme et la

vie ^. Il he faut pas s(*étonner de là descente de Tâme

dans un corps, ni gémir deô misères cfui Fattendent

dans sa ftouvf

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même que l'A

tend a se déve

mais comme (

» Efia. IV, vin,

2 Enn. IV, VIII.

^ Enn. IV, VIII irocv, xac t^ itcttptoi voficvT}, povo^Ta( TC

PLOT*!. GOSMOLOG**. 47Ô

cette 'dîMiAotioli -, déjà réelle m {principe > <sé marque davaMikge et éfiMent une vra»e séparation •dans le dé^ veloppement^ «Eft «ela, les ftmefe ne font que suivre la loi oooimutie/Totit principe fécoiië tend iDViDeft>tement à se dëvelepper. (Test ^he inëcessité à la^fueMe oMiH^ sMt !*AfAe imiverselie, 4'f Melligenoe et l'Un M»m%m^, Êecmtons t^lottn raèonter t)oétft}Uenleiit ia «tesoentutles âmes. « Les toies des botttmies, ayunt vu ^ images dam le monde sensible, coinnie dans i|e «)iroirde Ba^ chus, s'élancent d*en itaut sur ia terre, éans èe séparer toutefois en eesefite de TAme et de fintettigefiM^ L*ïntettigence qui les domine ne descend point avee elles ; en sorte ^ue, tandis €[u'eHes plongent ^sque dans les abîmes de la tnaUèfe, letfr tête se tient «kCMfessos du ciel. Elles descendent d'autant plus avant, que le sujet tmatérid sur le€(uel eHes ont & veiller 4 fUm be-soin de leur action et de leurs soins. Mais Jupfter, le père des âmes , prenant pitié de leurs peines , 4 fait leurs liens mortels •, il ieur accorde un repos à de «ertains Intervalles, les délivrant du cbrps, afin qu'elles puissent revenir habiter l'Âme universelle, et partager sa vie bienheureuse et pure de tout sood des choses d'ici bas. Et, en eflfet, le monde sur (eqfuei Ykme a pow fonction de veiller se suffit à lui-même , puisqu'il est éternel et inimuable dans sa forme et dam son mou«

e^To$ ly 9iùf^ fs^vQW ^ i3vi' m th irXii9^c (v mtw* ovfH^ c#vc«iv Twv â«r^ TW h^ yt!^yrfit)tr^f ^q xw fAIT ' autà rîjy npioiov XctÇôv- T«*v, a y^}r)çur^ cTXif}^c raÇtv. Tbv cwriv rpéicov ouA ^X^^ ^^" fAÔvov trvac fn} t«v ^c ' ouràç ycvofAtvcw focvrvTa>v , ifircp cxaçr» yv^« tovto

vemenL Ainsi, tout dans le monde étant soumis à une commune mesure par une raison unique , les mouvements des &mes , soit qu'elles descendent , soit qu'elles remontent , rentrent dans Tordre universel. Ce qui le prouve , c'est la symétrie parfaite qui existe entre les mouvements des âmes et les autres mouvements de la vie universelle : ainsi les actions , les fortunes » les destinées , trouvent toujours leurs signes dans les figures et les mouvements des astres ; admirable accord que les anciens avaient observé et qu'ils exprimaient I si toute glées pa mouvem et au-de L'Intellij sortir de sible pai sion de I Puisq dans l'o] sur la te sont ré{ âme son s'élancei à les rec si elles g magie fa temps d corps es

1 Ënn.

libre et spontanée. Car, bien qu'elle n*ait été ni choisie ni consentie par les âmes, elle est libre » en ce qifô nulle cause extérieure ne vient la déterminer, et qu'elle n'obéit qu'à une impulsion intérieure et naturelle qui est, il est vrai , irrésistible *. Qu'y a-t-il de plus nécessaire que la vie de l'Intelligence et que l'acte par lequel elle rayonne vers l'Ame ? Et pourtant l'Intelligence est le type suprême de la liberté K

Mais la descente des âmes n'explique pas complètement leur contact avec le corps. Pendant que l'âme descend vers la matière , celle-ci , de son côté, sort de rabtme où elle était cachée , et où V&me ne peut descendre , pour s'élever vers le principe dont elle attend la forme et la vie. Or, pour que la matière, incapable de mouvemafit par elle-même , a^ire vers l'âme et s'en rapproche, il faut que déjà elle en ait de loin senti le souffle et contracté l'empreinte. Alors , de pure matière, elle devient corps et s'élève vers Fâme, qui, entraînée de son côté vers elle , par un mouvement irrésistible, la rencontre, l'occupe, et lui communique la forme et la vie *. Mais d'où vient cette première transformation de la matière pure? De l'Ame, principe

xiçMioç xoXoOvToç , xarca^c, t»\ tlaii» cSç rh irp^opov oiàfia , e#ç cexaaai xà yiyvofova olov iur^âfuot fiaywv» xac ôXxaTç Ttffcv co^paTç, xtvcTsOat Tf xac fpiptçBat.

^ Enn. IV, III, 43. la^c A odrt fxouaoti, otSrc ircfi^crsrai o^tc t^ ixovacev TOcoOrov, «>ç irpocXc90acf , &XXd a>c rh irv}j^ xarèi ^U9iv, v) icpof ydlfiMv tfoctuàç icpo6c9^ac, 4 a»ç irp^ç np^J^uç rivlç xoiX«îv, wïo" ytfffiû xcvoûfMvoc.

» Enn. IV, III, 43.

Enn. lY, m, 46. loc^i ik honr^aom roû voi9Tov, cU oupavov ftkv irpwTov ' xaî ffé5|Aa IxtT ttpocXaSwfjai., ât* outou Wq x**?®''^' ^^^ *'^' TA yttaSéçtpa Wftaraf ccç S90V àv ùç p^xo^ iuxtSuat.

il» màhum iiVVB t.

«Hai^tie de«<0ul^for4i)e €A (h toute vie. G'e^tc rAme^nM^ vierseUe cfàly i^ant la desoeote de Viim pftrtieulière 4w^ la imti^efd'eUe doit, habîter, illiunîM toul de ses Fay QMS et péiiè^e jusque daw les plw obdeiirsa pi^ fiMideuiis de lu masse ns^téfielle« Dès Ipi:^ setta masse eemmenoe h, se mourir et &;se foptnev ea ospps, fiti sfélèveai d'aulanli j^lus bout c^'iis ont fesseiti^cb» pkis près rinfluejioedesra45oas de KAi»e^

Yoii^ co]0weiAt TAji^.répafid dans le BMMide laifctfme ^ la vie. Pair eUe^m^fi^ elle, fevim et fisjAYÎvpe le Tout ;

PW)f IN. ÇOiMQfcOftIE. ^?

iottUs ^'ncréteot 494tô les mémos l^auf^ T<a#|toi^ tes 4wes, ^îMant )e tBO^de intellpigible , v-o^ d'abord ckns 1^ xiel , el y prennent ua cwps k tf ^yers lequel pasaei^ celles q4â clescendent plus ba3 ^Me le ciel ^, I^ ^Mre^ s'y prêtent et s'y ijixefit irréy^K^ablesnejat. P^ffiii felkjf qui desceijKl^nt jusque dans la régiw terrestre , U y eq a q^l 4em§ur^t à la surface de la matière» prêlçe ^ remonter vc^ le ciel et vers le n^Micie intelligible-; il y en a d'autres qui s'enfonoeut dans les profondeurs dk la matière, et dont les ailes, f^pesanties par les épais^ vapeurs qui s'exhalent de ce séjour, ne peuvent pli^le^ porter au séjour divûii \ Alors se manifestent le$. xliSé^ renées entre les âmes^ soit q^'eU^ viennent d^ corps, ou des destinées diverses, ou du gei^e de vie^ou enûq de la nature primitive des âmes^. Les unes vivent à l» merci du destin, les autres y succombent^ d'autres virent pa^ elles^poômes, libres du destin : mais toutes sont également aoun^ises à l'ordre universel. Car tout rentre da^is cet ordre qui dérive 4' une c^^use.et d'une raison unique, et qui est \fl, même pour tous les â(re3« 11 n'y a point dans l'univers une série d'êtres qui obéisse à l'ordre, et une autre série qui reste ab;^n4o^ née au bas^ard et au caforice : seulement il faut tou-r jours considérer l'ordre et le bieq, non par rapport aux individus, mais.par ra|>port ^v tout K

t Eau. IV, ui. ♦^.

' Enn. IV, 111, 4 5. Kai al pK an' oupor/oO tlç a^iiotra va xocrw- %UMy aï ik çtK * oXIhiv «l( ikka ù^^vêi^zk * mf^^ i Maay^ç o((x ^pxc-

' Enn. IV, m, 4 5. nyvovrac ^ ^(Ofopoc, ij p^ifi^vm <(( »l^a^- Ois'rxv icapoXXotyarçy i) %ai TU)^a(Ç, ^ xsc Tpof a?;;

* Enn. IV, m, 4 6. Qy yàp xà juiK Jc7vo/juÇccv ouvrcrot^Oac, rà A

Mais quelle raison a-t-on de croire que les âmes vont d'abord du monde intelligible dans le ciel? Si le ciel est le meilleur lieu du monde sensible (et qui pourrait en douter?), il doit être le plus voisin du monde intelligible. Les corps célestes sont donc les premiers qui doivent recevoir les âmes, étant les plus propres à les recevoir. Le corps terrestre n'est constitué que pour recevoir une âme inférieure, par cela même qu'il est plus éloigné de la nature incorporelle du monde intelligible K Toutes les âmes illuminent d'à* bord le ciel : il y en a qui s'y fixent irrévocablement ;

PLOTÏN. COSMOLOGIE. 484

en est plus proche ; voilà Timage de TAme K Comme une grande lumière, elle rayonne de toutes parts, sans sortir de son repos et selon une loi immuable '. Quant aux âmes particulières, elles rayonnent chacune dans la sphère étroite du sujet matériel qu'elles ont pour fonction d'animer et de faire vivre , et le gouvernent avec peine et fatigue. De même que le pilote dirige sonn avire sur les flots agités, et, dans l'effort de son travail, s'oubUe au point de ne pas voir qu'il s'expose à être confondu dans le naufrage ; de même les âmes sont enchaînées à la destinée des corps qu'elles gouvernent*. Si chaque corps était parfait comme le Tout, l'âme qui l'occupe pourrait le former et le gouverner comme fait l'Ame universelle, sans quitter les hauteurs du nttonde intelligible ; c'est ainsi que, dans le ciel, les âmes veillent sur les corps qu'elles habitent.

Il y a diverses opinions sur la nature des corps célestes. Platon , d'après la doctrine d'Heraclite , pense que ces corps sont soumis comme les autres au flux universel *. Aristote, ayant imaginé un cinquième élément, admet l'immutabilité des astres; et c'est en effet l'opinion la plus raisonnable. Seulement, si on

' Eon. IV, m , 47. K^t yàp ti oWj xivtôov, tict A to*jt'.i r.ux).o? «tr' avToO kxXifiKwy, ini ^ Toyrotç aX).o;, ywç ex waré;» 2 Enn. IV, m, 17.

5 EoD. IV, ui, il. Etra oto^«v<«>v twv fXXa^ïco^W.» icÀttovG?

T^ TfXc'ov TTt Twv vtwv tf^O'jxi^i, xoii o^iAcXricavTc; avTwv, V.'xBtv w; x(v- ^/cuttv <n«iircffîroPî6r[va( 7co)Aaxtç t7) tSv vtwv 'jœjocy'.tû, fpôC\|;av rt irXf'o» xai ovrac xa't rotç cautclîv* circcra Si xaTC9)jiO>/îav, Tzi^n^tTccti yoTjTCfac hofAotÇy ay^Stt'Jott ^Stswç xr/'îfwovî'a * Enn. Il, I, 2.

suppose que les corps célestes ne changent pas, il Aiut

PLOTlN. tîOSMOLOdtË. kSi

lestes sont formés par Dieu lùi-môme, tahdië qiic les êtres sublunajres sont formés par les Dieux, ministres du Dieu «uprême. Les corps célestes sont4ls uniquement composés de feu ? Platon regardé \6 feu comme néc^essaire aux corps , qui , sans cet élément , ne seraient pas visibles, comme sans la terre, ils ne seraient pas tangibles ^ Platon veut parler de la lumière i c'est elle , et non le feu , qui est la condition de la visibilité. Tout comme il est à croire qu'il n'y à poihl de feu dans les corps terrestres , il est vraisemblable que les (îorps célestes ne contiennent point de terre , car ils ne forment point une masse solide et à trois dimensions. D'ailleurs, dans cette hypothèse, on ne pourrait expliquer la rapidité des mouvements du ciel K

Le ciel est un tout parfait qui se suffit à lui-même ; rien n*y entre , rien n'en sort * t aussi Platon le représente-t-il sans organes. Le mouvement dd dd est circulaire , parce que ce mouvetnenl est le plus parfait symbole de l'action de l'Ame. Il est supérieur à tous les autres mouvements en unité , en universalité , en Indépendance ^ ; il est propre à Tuniversel ; c'est parce que l'Ame est universelle, qu^elle le possède. Dans les corps célestes, rien ne fait obstacle au mouvement circulaire ; dans les corps terrestres , il est contrarié par un mouvement d'un autre genre .. qui a pour cause la nature grossière des corps ^ Mais il n'en est pas

1 Eon. II, I, 6.

* Enn. II, I, 6.

3 Enn. II, I, 8.

* Enn. Il, II, 4.

^ Enn. H, ii, 2.

moins inhérent h l'essence de l'Ame. L'Ame gravite autour de l'Intelligence, comme l'Intelligence gravite autour du Bien ^. Le ciel est donc éternel, immuable, souverainement heureux , non seulement dans son ensemble, mais encore dans chacun de ses individus.

Il n'en est pas de même du monde sublunaire. Si le tout y est éternel, immuable, impassible, sans organe, se suffisant à soi-même , libre et heureux, l'individu y est passager, mobile, sujet au devenir, ayant besoin d'une cause étrangère pour vivre et se développer, et possédant des organes par lesquels il subit l'action de cette cause. Dans le monde céleste, les corps n'op-

- linn. IV , IV, zz.

3 Enn. FV, iv, 25.

PLOTIN. COSMOLOGIE. Uo

d'ailleurs conforme à la croyance générale. La religion nous représente les astres comftie des Dieux qui nous entendent, nous voient et exaucent nos prières. 11 en est de mên)e de la terre, qui est bien nommée Déesse*. Ce qui prouve d'ailleurs que la terre a une âme, c'est le développement des pierres vives et des plantes : quand on les détache de la terre, elles meurent ; la terre est donc pour elles un principe de vie. C'est ce que les oracles et les mystères indiquent, en appelant divinités terrestres Cérès et Vesta 2.

Maintenant, ce monde si parfait, comment l'Ame divine le conservera-t-elle ? C'est ce que Plotin regarde comme trop évident pour avoir besoin d'explication. En effet, la création étant immanente et continuelle, créer et conserver se confondent dans un seul et même acte , simple et étemel.

Plotin aborde enfin le problème de la Providence. Une école célèbre, les Gnosliques, avai^soulevédJ^ graves diflicultés sur l'origine et la nature de la création, ainsi que sur l'importance, la beauté et la perfection de l'œuvre créée. Plotin s'applique à les résoudre. L'Ame divine gouverne le monde , non par la prévoyance , Tinlelligence et le raisonnement, mais par la seule vertu de sa présence *. Elle ne le forme pas successivement ; elle l'illumine tout entier, et toujours par la lumière qu'elle puise dans la contemplation incessante du principe supérieur. Elle le gouverne comme elle le crée, toujours par illumination. Ce serait se faire une bien fausse idée du monde que de croire qu'il

« Enn. IV. IV, 46.

2 Enn. IV, iT. 27.

5 Enn. IV, IV, li.

486 ANALYSE. LIVHE I.

^it été créé et qu'il soit gouverné p^r 3.ccident« H y a

contingence dans la création et ]e gouvernement des

individus; mais la création et le gouvernement du

monde , en tant que monde , est nécessaire. D'où vient

cette nécessité? de ce que TAme est essentiellejfnent

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PLOTIN. C08M0L0Gi£. 487

11 serait d'ailieurs absurde d'assigner à la création dy inonde toute autre cauae que la nécessité même de production inhérente h ia nature de l'Ame. Dira-tr*on que c'est pour sa gloire qu'elle a créé le monde *? C'est prêter à la divinité les sentiments et les desseins des hommes, et assimiler la création à une œuvre d'art qu'un artiste aurait pu ne pas faire , mais qu'il a faite pour acquérir de la gloire. Enfin, si le monde est Teffet d'une chute, l'Âme doit se repentir, et alors pourquoi tarde*t-elle à faire rentrer dans le néant son (wvre de folie et de malheur ^ ? Dira*t^n que le repentir a fait place h un sentiment d'indulgence et de pitié pour le fruit de sa faute ? Cette hypothèse t qui refiréseate le monde comme l'effet d'une chute de l'Ame, «t si absurde qu'on a senti le besoin de la modifier. On a fait une nouvelle hypothèse^ d'après laquelle , soit qu'elle l'ait fait de son propre mouvement, soit qu'elle y ait été déterminée par la raison , elle aurait incliné vers les régions inférieures; ce qui a enUratné les autres âmes à descendre '. Cette descente est pour elles une véritable chute, vu la triste condition qu'elles ont à sid>ir. Quant à l'Ame divine , on M dit pas qu'elle ail failli, mais seulement qu'en ioelinaiit vers la terre , elle a fait pénétrer la lumière dans Ua ténèbres de la matière ^. De cette première ilIuaûnatioD est résultée une première image de l'Ame, laquelle en a produit une autre plus pâle, qui est

I BlIB. li , (X , 4 TtXorov yètp^ H nr« ttficvto, itat fitro(fi|io*T«*v àîrô Twv ayatkfiaxonoitùr^f t«v èvroiOOa.

^ Enn. II, IX, 4. El y%û |t«iTcyvw> rt ovofKvct; ^ Enn. Il, IX, 10.

» Enn. Il, IX, 10.

i8s ANALYSE. LIVRE L

le monde ; eu sorte que ce monde si beau , si parfait, si heureux, ne serait que la copie d'un simulacre de rAme divine. Cette hypothèse ne peut se soutenir. D'abord, si l'Ame ne faillit pas, comment peut-on prétendre qu'elle incline vers les régions inférieures*? Ensuite, si c'est en illuminant les ténèbres que l'Ame crée le monde , à quoi bon lui supposer une inclination vers les choses inférieures? Quand l'Ame illumine, elle le fait sans changer de nature ni de position, sans incliner. En outre, pourquoi l'Ame seule illumine-t-elle , sans que les principes supé^ rieurs fassent de même ? En attribuant l'illumination h l'Ame seule, on n'en montre pas la nécessitée Enfin pourquoi l'Ame ne produit-elle pas immédiatement le monde? C'est assigner une bien misérable origine au monde que de le dériver d'un simple simulacre, et non de l'ex l'illumination e d'en faire sort culte. L'Ame , rieures; mais nation? Ëst-el le premier cas ainsi , et pourq éternité? Dans que l'Ame, s' Bien \

1 £dd. II, IX. 1 àv ôp6câ; XcyocTO viv

2 Eno. H, IX, r ^ Ënn.ILu, t

» Enn. II. 11. I

Ces hypothèses et beaucoup d'autres non moins absurdes qu'on met en avant, ont pour origine la nécessité d'expliquer le mal et l'imperfection qui se rencontre dans le monde ^. Mais d'abord, en admettant ce mal et cette imperfection , faut-il en conclure , comme on l'a fait, que le principe du monde a failli en le créant? Pienons garde d'exiger de ce monde des conditions de perfection qui répugnent à la natm*e des choses. Parce qu'il n'a pas la perfection du monde intelligible, on le trouve mauvais. Mais il n'est pas dans sa nature d'être parfait comme l'intelligible pur, dont il n'est que l'image , il est vrai , la plus parfaite possible 2. De là la nécessité de l'imperfection et du mal. Mais où donc est le monde qui offre une plus fidèle image du Bien et de l'Intelligence? Et s'il n'y en a pas un autre plus parfait, comment pouvons-nous voir avec dédain ce qu'il y a de plus grand et de plus beau après l'Ame et l'Intelligence? Dans ce vaste univers, on ne veut voir et estimer que l'homme; on reconnaît qu'au milieu des misères qui l'accablent, il s'élève jusqu'à l'intelligible, et on soutient que, dans le soleil , dans les astres, dans le ciel tout entier, il n'y a rien qui approche de l'intelligible * ? Comment refuser l'immortalité à une substance céleste, quand on l'accorde à la nature humaine ^ ? Comment ce monde , où

1 Bon. H. IX, 4.

2 Eon. II, II, 4. Ovoj To xTixiai ytyojiyat rôv^f tov xôofA9v ^rc'ov, TÔî iroXXot ctvai èv ovr^ Sj^y^ifffi ' to-jtî yàp à^tcof/a jmT^ov ici icipcn- OrvTiTi/ fltvTw, c( o^coCkt rbv ocvr&v cTvotc t(^' vc»rw, de)^.3c jav} tlxova Ixf cvoi» vj te; orv èymro m/^.v) XTàXUtr/ ftxii»v cx<!vov;

* Eun. Il, IX. 5.

* Enn H, ix, 5.

m ANALYSE. Lïym 1.

règne uu ordre admirable , où il est iniposôible d'observer la plus faible trace d'irrégularité, ne serait-il pas une image de rintelligible, lorsqu'on accorde cette vertu au monde sublunaire, si pleip de tumulte et de désordre, de Tavis même de nos adversaires? On méprise ce monde, et on en imagine un autre, modèle et type de celui-ci, après lequel on soupire. Mais comment peut-on tant désirer ce monde qui n'est que le modèle de celui qu'on méprise * ?

PLOTIN. COliMOLOGl£. 491

septç diu^cu^er sana cesse le monde, de voir partout le iqal, excepté en soi, de se croire meilleur même que les Dieux, et d'aflirmer que, de toutes les choses de ce monde, Tâme est la seule dont les Dieux prennent sovici ^ Plus de modestie sied h la nature humaine en général , et k chaque homme en particulier. On se re^ garde soi-mêipe comme fils de Dieu ^ et on refuse ce titre àun anciens Dioqx. On veut s'élever aurdessus des Dieux sans intermédiaire et sans effort, on parle mémç de s'élever ftu-dessus de rintelligence. Mais quand on refuse ainsi de pi*endre pour guide TAme et Tlntelligence, on risque de s'égarer loin de la région qu'ha-r bitent les Dieux et loin de Tlntelligence ^.

D'ailleurs, ce dédain des choses de ce monde pro^ duit un (àcheqx effet moral. Il y a deux doctrines h suivre dans la pratique : celle d'Épicure, qui propose le plaisir coipme destinée, et la vraie doctrine qui fait de la vertu la f\w de la vie, Ita ^ecte dont nous parlons ici n'admetni Tvinepi l'autre ; elle professe pour le plaisir et poqr la vertq une absolue indifférence , et pour la, vie elle-n^éme un parfait mépris. Toute sa doctrine B^orale se réduit à cette maxime : k Contemplez Dieu \ » On oublie donc que c'est la vertu qui nous mène à comprendre et à sentir Dieu , et que sans elle pieq n^est qu'un wot ^.

' Eq^. Il» IX, 9.

^ Doctrine des Gnostiques.

3 Ena. n« II, 9. Tb A \m\f v^v ^h cçiv (|i« vou irutcnu

< Çûn. H, IX, 45.

s Enn. II, tx, 4 5. Apcrv) fà^ ouv tU rtkoç irpoioO^a^ laà c^ ^M^f

49i ANALYSE. LIVRE h

Il ne faut pas mépriser les Dieux inférieurs qui habitent ce monde ; car ce sont autant d'intermédiaires, sans lesquels nous tenterions vainement de nous élever vers les Dieux intelligibles. Comment peut-on dire, en effet, qu'on aime Dieu, si on n'aime pas les Dieux? On n'aime pas le père sans aimer les fils *. Or les âmes qui sont dans les sphères célestes sont plus voisines eu parenté des Dieux intelligibles que les nôtres. Ceux qui

PLOTIN. COSMOL()(;iE. 493

professé le mépris du monde sensible , en condamnant le corps? 11 faut bien comprendre l'opinion de Platon : il y a dans le corps la matière et la forme : la matière est digne de tout mépris ; mais la forme est la raison séminale elle-même contenue virtuellement dans Tàme qui la produit ensuite au dehors, et la dépose dans la matière. Elle a donc une origine divine : elle tient à Tâme, laquelle tient à Tintelligence; c'est ainsi qu'elle manifeste le monde intelligible. Si on se bornait à mépriser et à condamner ce qui, dans le corps , entraîne l'âme aux actions mauvaises et honteuses , rien ne serait plus sage ^ ; mais on se fait gloire de dédaigner le beau dans le corps. C'est là une étrange erreur ; car le beau est le côté divin du monde^. Mais, pourrait-on dire, si dans le corps l'extérieur est beau, l'intérieur, c'est-à-dire l'essence même du corps, est laid et misérable. Gela est impossible; car, dans tout être, l'extérieur ne fait jamais que manifester l'intérieur. Une belle forme n'est donc que la représentation d'une beauté intérieure, et il est impossible qu'une nature difforme produise jamais la beauté \ On soutiendra peut-être qu'en méprisant le monde, on exhorte l'âme à rompre tout commerce avec le corps, tandis qu'en l'admirant , on la retient dans les liens de ce honteux esclavage ^. 11 n'est point nécessaire de rabaisser le monde pour élever l'âme. Ne

• Enn. II, IX, 47.

2 Enn. II, IX, 47.

* Enn. II, IX, 47. Mt)<îc icotc ^c ov<îi içev ovtcjç t( xtJJv, Iv rà l?o» alo)^ fTv3M ré^Sof» K«c yip ro 1 5*» irav xaXov Kf^ni^ct/rô; èç^ tov

« Enn. ll.it, 18.

494 ANALYSE. LlVhË I.

ftiuUl pasd'ailleui'S) quoi Qu'on fassiez y i*eâtef ? C'est donc comme si deux hôtes habitaient la marne maison, tous deux devant y tester également > avec cette diffé-

k corps. La première eist indépendante du monde , et loin qu'elle y soit enchaînée , c'est elle qui enchaîne le monde ; la seconde, au contraire, sans être Tesclave du corps, en dépend et ne peut s'arracher à cette dépendance que par un effort. L'Ame du monde ne subit jamais , même indirectement , les impression^ sensibles K L*âme particulière sent et imagine , bien que sa nature propre soit la pure pensée ; ce qui prouve que, si elle ne pâtit pas hnmédiatement, elle subit pourtant l'influence du corps.

Comment donc faut-il entendre le gouvernement de la Providence ? Soit qu'il s'agisse du Démiurge , soit qu'il s'agisse de l'Ame du monde, aucun de ces deux principes ne procède par réflexion, par pure délibération et par décision dans la création , comme dans le gouvernement de l'univers. Chacun n*a qu'une pensée , qu'un désir , qu'un acte *. Quand la Providence conserve , corrige et perfectionne , elle n'opère pas comme Tart du médecin , qui va de Textérieuf à l'intérieur, et qui se fait jour à travers une épaisse et obscure enveloppe jusqu'à l'organe malade , & force de tâtonnements et d'efforts. Le principe qui crée et gouverne procède comme la nature , qui va de l'intérieur à l'extérieur, et par cela même opère à coup sûr. Comme la nature encore , la Providence reste une et indivisible, bien que ses œuvres soient diverses et successives K La Providence ne raisonne point : raisonner, c'est chercher la sagesse. Or Jupiter la possède et ne la cherche pas. Il connaît Pavenir sans mémoire

i Enn. rv. tr, 6, 7.

» Enn. IV, IV, 40.

3 Bon. IV, IV, 41.

et sans induction ; sachant la cause de tout , il sait comment tout doit arriver*. Quand il crée, il n'hésite et n'essaie pas comme l'artiste; sa création n'est point un travail, car le travail vient de la nécessité où est l'artiste de dompter les éléments dont il se sert. Mais le Créateur suprême façonne les éléments à son gré et sans trouver de résistance. Pour cela , il n'a besoin que de sa volonté , c'est-à-dire de sa sagesse '. Qu'est-ce que la sagesse divine? Qu'est-ce que la sagesse en général? La nature, bien qu'elle soit supérieure à l'art, n'est pas encore la sagesse; elle n'en est que l'image, et même une image pâle

elle n'est point incertaine comme l'art ; elle est sûre, intelligente, immuable, comme la sagesse avec laquelle elle se confond. En contemplant l'œuvre divine, notre raison s'évertue h en deviner les fins ; et cette recherche n'est pas illusoire , car elles y sont réellement K Mais il ne faudrait point en conclure pour l'Ame divine, comme pour l'artiste , qu'elle s'est proposé un but en créant. Il n'y a dans sa pensée ni conception d'un plan ni combinaison des moyens propres à le réaliser. On peut chercher pourquoi la terre est placée au centre du monde, et pourquoi elle est ronde. Mais dans la pensée divine , il n'y a pas eu d'intention : il ne faut point chercher dans quelle fin elle agit 2.

En résumé , la Providence , par rapport au monde, ne ressemble en rien à la prévision de l'artiste qui conçoit son œuvre d'abord et l'exécute ensuite. Le monde est une œuvre coéternelle à son auteur. L'idée qui a servi de modèle n'est point distincte de Dieu , mais est Dieu lui-même ; en sorte que la création du monde n'est que le développement nécessaire de la nature divine *.

Le monde sensible , n'étant que l'image et la représentation du monde intelligible dans la matière , ne possède en propre aucun des caractères de ce monde ;

' Enn. V, viii, 7.

* Enn. V, VIII, 7. Tovto i-n to irocv ciceticcp ov^^w^ov^o irap' aXXw aÙTÀ fTvac, xat toioOtov cTvar, aça olf'ouSa rbv TPonQrJiv avrov im^OYiOai Trop' ocutÔ) yriv, x»c Toivry,v tv pfVw iiiv çv}vai, tTroc u^p, xotî iiTî T^ yÇ TovTO, xotc TOI &\}.a £v rà^u , "«Xp* fov ovpotvoO, iTra ^wa irovra... AXX' outt -fi iirevoeot à'jvaryi ri Tocotwnj.

' Enn. III, II, î. Y^iVarat yovv tx toO xo9U'/v tqv oàrt^ivorihut'' v3w<aic>oçxo^aî: 0 vtoç

498 ANALYSE. LIVRE l.

il ne fait qu'y participer. Ainsi , il renferme de l'ordre, de la beauté , de la vie ; mais l'ordre, la beauté et la vie n'existent que dans le monde des idées *. De là le mélange d'ordre et de désordre, de beauté et de laideur, de lumière et d'ombre, qui fait le caractère propre du monde sensible. Donc, quand le mal existerait dans le monde , il ne faudrait point en accuser la bonté de Dieu, le monde étant un acte nécessaire et spontané, et non l'œuvre d'un dessein réfléchi et prémédité. Mais il n'y a point lieu d'accuser la Providence, même en la prenant dans le sens humain du mot ; car il ne faut juger, dans ce monde, de toute chose, que par rapport au tout et à l'ensemble. Autrement c'est juger la forme humaine par Thersite -. Plotin fait parler le monde lui-même dans un accès d'enthousiasme : tt Si nous prêtions au monde l'oreille attentive « de rintelligenco , nous l'entendrions sans doute s'é- » crier : C'est un Dieu » je suis sorti parfait, » les êtres animés , me » ni besoin ni désir, pi » plantes, les animaux jo gendres , le cortège »des démons, les àr » heureux par la verti « la terre qui est ricl » toute espèce ; la mer

i Enn. IIL n, 2.

2 £na. m , ii,%. Ûvr,

(cod. Vatic.) Xaft^oc; r, (

3 Enn. 111, II, 3.

» et l'âme est partout dans l'air, dans l'éther et dans le » ciel tout entier. Là aussi habitent des âmes d'une na- » ture excellente, lorsqu'elles conmiuniquent la vie aux ©astres et à toute cette révolution pleine d'harmonie, » qui imite le mouvement de l'intelligence par la régu- » larité et l'éternité de ses mouvements autour d'un » même centre, et qui, comme elle, ne cherche rien en )• dehors d'elle-même. Tout ce qui est en moi aspire vers D le bien, et chacun l'atteint selon sa puissance ; car le )>ciel tout entier est suspendu au bien : à savoir, mon » âme , les Dieux qui l'habitent, mes diverses parties, » les animaux , les plantes , et tout ce que je contiens » d'êtres qui paraissent inanimés. Et dans cette totalité » d'êtres , les uns semblent participer de l'être seule- » ment, les autres de la vie , les autres de la sensibilité, » les autres de l'intelligence , les autres de toutes les » puissances de la vie à la fois ; car il ne faut pas de- » mander des facultés égales pour des organes diffé- » rents, par exemple , la vue pour le doigt. Quant au » doigt, pour être lui-même et remplir sa fonction , il r> lui faut autre chose. »

Mais , enfin , comment concilier la providence de Dieu avec l'existence du mal ? Qu'appelle-t-on mal ? Les changements , la douleur, la mort, la faute, le malheur. Tous ces accidents, étrangers au monde intelligible , sont inhérents à la nature même du monde sensible. Demander pourquoi il y a du mal ici-bas , c'est demander pourquoi les êtres de ce monde ne sont point purs et parfaits comme les essences intelligibles*. Est-ce le changement , est-ce la mort qui doit nous

' Enn. Il, II, 4.

500 ANALYSE. LIVRE l

surprendre? Mais ce qui n'existe pas par soi , ot tel est le caractère des êtres sensibles ) , ce qui a commencé d'être, ne doit-il pas finir ^? Est-ce la douleur? Mais elle tient à l'imperfection de notre nature ^. Est-ce !e malheur? Si nous l'avons mérité, nous ne devons pas nous en plaindre ; et s'il nous arrive, sans que nous l'ayons mérité , il faut s'y résigner, aussi bien qu'à la douleur, comme à un accident qui vient de notre imperfection ^. On s'étonne de la perversité de la nature humaine ; mais il faut songer qu'elle participe à la fois do l'être intelligible et de l'être sensible ^. D'ailleurs, le mal ne va jamais seul : le plaisir est étroitement lié à la douleur, aii suivie de l'expiatioi mort engendre la y 11 y a plus, la Provi même du mal, et, pa l'amour du bien ^

Mais comment e:

la Providence l'inéi maux, le bonheur bons ^ ? Quand on distinction : il y a 1 corps. Les biens de qui les mérite , et d

1 Enn. m, II, i. O^jt » Enn. m, u, 4.

3 Enn. III, II, 4.

* Enn. III, II, 8. AvO & Enn.IH, ii, 4 5.

« Enn. m, II, 4.

' Fnn. II, II, 9.

PLOTIN. COSMOLOGIE. bOI

rite *. Quant aux biens et aux maux du corps , qu'importe au sage ? Et encore qui peut alïirmer que c'est le hasard qui en règle ia distribution? Enfin, quand il arriverait quelquefois que les méchants triomphent, n'est-ce point parce qu'ils sont supérieurs aux bons en prudence, en courage, en activité? Il ne suffit pas d'être bon et de faire des vœux pour mériter de réussir ^. C'est le plus souvent la faiblesse des bons qui fait l'empire des méchants.

Mais pourquoi la Providence laisse-t-elle l'homme faillir? La Providence fait pour l'homme tout ce qu elle peut faire sans gêner sa liberté ^. Elle l'éclairé et l'inspire ; mais elle le laisse agir. Si , outre la lumière et le désir, il en recevait encore la volonté, elle se substituerait entièrement à l'âme. Une action aussi absolument universelle supprimerait non seulement toute liberté, mais encore toute vraie Providence. L'homme est ainsi fait qu'il peut vouloir le mal , mais non le désirer ^. En le créant avec le désir du bien , Dieu a voulu qu'il fût bon ; en le créant avec la volonté , il a voulu qu'il le fût librement ^. Dieu ne fait point entrer violemment les âmes dans l'ordre du monde ; il les y place et les y dispose selon leur convenance, en respectant leur liberté. Le monde est comme une pièce de théâtre , où le vice et le mal jouent

* Enn. 11, IX, 9.

> Edd. 111, II, 8.

* Enn. III. II. 9.

* Enu. m, II, 10.

* Enn. m , Il , 9. Où >àp iri oGtw rriV 7r/;ôvo!av cTvat ott, &çt frriitv r,fjii.i «Tvai ' TTovra ^ wTfiç irpovoî-yç, xat f<ovy,ç «ûtîîî où^* àv

no2 ANALYSE. LIVRK î.

leur rôle à côté de la vertu et du bien , où Tesclave est à côté du héros*. II est aussi comme un tableau, dans lequel l'ombre fait ressortir la lumière -. Pour apprécier la justice de Dieu et Tordre de ce monde, il faudrait embrasser la série des destinées de chaque être. On comprendrait alors comment celle -ci est tantôt l'expiation , tantôt la récompense de celle-là. Autant la raison divine est supérieure à la nôtre , autant ses œuvres sont supérieures à nos œuvres. Pour découvrir Tordre et la justice , c'est l'ensemble qu'il faut considérer et non les parties *.

Quoi qu'il en soi Raison, tout y a sa i ou qu'on l'ignore, le:

les guerres ^. Ce q fléaux , c'est la mori mélamorphose pour monde est une scon cesse de costume, sai divine est une et sin^ l'image , doit reproi il est, par sa nature

1 Ënn. 111, II, it. li iv aitxfo^ à'.Âà xat oixcrr^ç,

2 Enn. ni, II, W.liy.

TtwvTa;, wç b\i xot/.i ^^ Xf*

^ Enn. III, m, 13.

* Enn. IIÏ, II, 13 ^ Enn. m, II, 13. il

y.cxi of/jt'oywv 'jn'jy.y.'jet; ^' Enn. III. II, 16.

ne peut reproduire qu'une unité qui suppose une variété, une unité de concert et d'harmonie. Voilà ce qui fait que l'ordre est la loi essentielle du monde ; il représente autant que possible Tlntelligence *• La Raison divine assigne à chacun un but bon en soi et conforme au tout. Elle met dans l'agent le désir constant et invincible d'y parvenir 2. Mais là s'arrête l'action de la Providence. Chaque être tend à cette fin selon sa nature , et joue dans la vie universelle le rôle que Dieu lui a assigné *. Alors commence la fortune et la fatalité ; un acteur peut mal jouer le rôle excellent qui lui a été confié par le poète. La Raison divine est le poëte qui distribue les rôles dans l'univers. Si un être s'en acquitte mal , en quoi peut-on en accuser la Providence ^ ? Le monde est un drame dont l'idée est une, ainsi que l'action, et dont les rôles sont différents , suivant la nature de chaque être. C'est à la fin de l'œuvre qu'il faut sans cesse s'élever pour en comprendre tous les détails ^.

Maintenant en quoi consiste et d'où vient le mal? Il est difficile de définir le mal , parce qu'on ne voit pas par quelle faculté l'âme pourrait le connaître. La condition nécessaire, en effet, de toute connaissance, c'est l'identité ou tout au moins l'analogie du sujet qui connaît et de l'objet connu ^. Ainsi , notre âme peut

' Enn. 111. 11, 16.

Enn. III, 11, 17. Kat y, ttftat; ûï tcv fiif.ovç wp'o; to oXov cXxci ci; aùrb, ô ixrjaroit.

* Enn. m, 11, 17,

* Enn. \\\, 11, 17.

* Enn. m, III, 1.

* Enn, I, viii, I.

50 4 A^ALVSE. LIVRE l.

connaitre le bien , rintelligence « les idées » Pâme , les raisons , les formes , parce qu'elle a pour principe le bien, et que sa nature contient l'intelligence , l'âme, la raison, et même la forme des corps. Mais comment peut-elle connaître le mal ? Le mal , étant contraire au bien , est contraire à tout ce qui en vient et à tout ce qui y ressemble. Si donc il peut être connu , ce n'est que comme contraire du bien. De là la nécessité de définir le bien pour connaître le mal *.

Le Bien absolu est ce qui se suffit pleinement à soimême, ce qui ne ce qui produit toi ment, sans être h Bien n'est pas Vi de l'être. L'être, n'est plus le Bien, Plus l'être est par plus il est 1 on. L' l'Ame universelle celles-ci meilleur meilleurs que les leurs que la mati( du bien, et que pli moins on renconti lement h la derni( appelons le non-êl qu'à la limite du matière n'est pas contraire du bien

> Enn. I, VIII, 2.

2 Enn. I. VIII, 2.

PLUTIN. COSMOLOGIE. 505

le plus faible, ii est vrai, puisqu'elle est le dernier degré de l'être. Il n'y a donc pas la mêine opposition entre l'être et le non-être, le bien et le mal, qu'entre le repos et le mouvement, l'excès et le défaut, le plus grand et le plus petit ^.

Le Bien est partout avec l'être , depuis le principe même de tout être , jusqu'à la matière ; le mal ne commence qu'avec l'imperfection de l'être. Rien n'est mauvais dans le monde intelligible habité par des essences pures et parfaites K L'âme humaine aussi et toute âme qui habite le monde sensible , est essentiellement pure du mal ; elle ne le renferme que par accident, et en vertu de son contact passager avec le corps ^. Le mal de l'âme , c'est l'erreur , la passion, lesdésirsdelachair, le trouble, toutes choses qui lui viennent du corps ^. Par elle-même , l'âme est pure et incline vers l'intelligence; si elle fléchit, si sa vue se trouble et s'obscurcit, c'est parce qu'elle a abaissé ses regards sur la matière ; le mal de l'âme vient de ce qu'elle ne dompte pas le mal qui lui vient du corps '. Mais si le corps est le mal par rapport à Pâme , il est encore un bien pai* rapport à la matière.

' Enn. 1, VIII, 3. Mr, o^ <î>, ou tc tI TravTcÀw; pyj ov, otXX' cxcp'iv ^r-ov tou ovToj. Ox)'^ ouTco 9k firi ov, wç xtvtjatç %a\ ça^t; tJ ntft TÔ ov, â)À* wç it/wv Tov ovTOÇ, ri xac ïrt fwéWov fir, ov.

* Enn. I, VIII, 2. Kac ti tvTaû9a(cv ^yr,) içri» xaxôv ov^v àv îv. ^ Enn. I, VIII, 4.

* Enn. 1, VIII, 4.

* Enn. I, VIII, 4. Eirctra A xotc to XoycÇô/icvov et pXotirrotTO, ôp^iv x«).vcT5ti , %jt ToTç itoGtoc , XOTC Tw ImoxoTttaBat rç uXy) 9 xat irpb; Oijv vcvtuxtvotc, xac oXw; où n(Àç ovffCi>v , aX>.à irpoç yvfiotv opfv , r,; ofX^ -n vkYéi (fxtatç outw; ou-ra xœo}, ^ mi to fAritroi cv arivri fiôvov ^ pXt\J/otv tiç aÙTtïv ocvociriptrÀovai xaxow towTxfç.

La matière , étant le non-être , est le vrai , l'unique principe du mal , intérieur ou extérieur, physique ou moral.

Platon avait bien compris la nature et l'origine du mal, quand il a dit que le mal existe nécessairement *. Selon lui , en effet , le mal n'habite ni chez les Dieux , ni dans le ciel , mais sur la terre. Il faut donc fuir d'ici-bas, ce qui ne signifie pas qu'il soit besoin, pour éviter le mal, de quitter cette terre ; il suffit, tout en y restant, d'y purifier son âme des souillures de la matière qui l'entoure et de la laisser ainsi libre et pure , prendre son essor vers l'intelligible ^. Lorsque l'interlocuteur de Socrate lui objecte que, si les hommes faisaient ce qu'il prei la terre, Socrate répi (jue le mal est néce bien *. Comment fa IMaloii ? Comment le Platon dans ce pass bien, le contraire du pas le bien en soi , ir a-t-il opposition entr toute opposition sup de ce monde , un elle se produise, e entre les qualités, Or le bien n'est poi

* Enii. I, VIII, 6.

* Enn. I, VIII, 6.

' Enn I, viii, 6.

* Enn 1, VIII, 6

PLOTIN. COSMOLOlilE. «07

une qualité contraire ; le bien est l'être même de toute chose, comme le mal en est le non-être. Si donc il y a opposition entre le bien et le mal, il est clair que c*est une opposition d'essence et non de qualité , par conséquent une opposition qui ne ressemble en rien à toutes celles dont le monde sensible nous offre l'exemple*. Mais il faut comprendre que, lorsque nous par^ Ions du bien, nous sommes fort au-dessus des catégories ordinaires que renferme le monde sensible ; nous sommes dans l'universel , là seulement où , entre le bien et le mal , une opposition d'essence est possible. C'est même celte opposition qui devient le principe nécessaire et suprême de toutes les oppositions de qualités ^. Voilà dans quel sens Platon a pu dire que \e mal est nécessaire , en tant que contraire du bien. C'est qu'en effet, sans cette première opposition du bien et du mal , il serait impossible d'expliquer toutes les autres ^ Platon indique encore clairement que la matière est l'origine du mal , quand il fait dire au Démiurge dans le Timée : « Vous êtes nés, donc vous ne pouvez être immortels. » C'est en effet parce que l'être est formé de matière qu'il est né *. Ainsi, le mal n'est point un accident, il est nécessaire , comme la matière elle-même, dont il est une conséquence rigoureuse ^.

• Enn. I, VIII, 6.

2 Enn. I, viii, 6.

3 Enn. I , VIII, 6. K^^/ai yàp aifx(^ , y, /jlcv xaxc»v, ri ft dtyotOàiv rat tc<ivTa toc Ïj xt tfi\)^tt txarcpot èvavrca* wçt x«! rà oXa ivovTtat xocc ^îXXov ètovTta, r, rà 5X).at.

< Enn. I, VIII, 7.

* Enn. I, VIII, 7. Kv.: 'JTr< y, v^àyrr, tov xocxqù.

508 ANALYSE. LIVRE l.

On pourrait objecter contre cette opinion sur l'origine du mal que ce n'est pas la matière elle-même , mais tel état ou telle disposition des corps qui est le principe du mal. Mais si c'est tel état du corps qui produit la passion ou la sensation mauvaise, d'où vient cet état, sinon de la matière ^ ? Bien plus, ces états ou dispositions qui engendrent le mal ne sont que des formes du corps. Or, en tant que formes, elles viennent, non de la matière, mais de l'àme ; elles sont donc par leur principe et par elles-mêmes pures de tout mal, et ne peuvent produire aucun mauvais effet. Toute forme est bonne par elle-même ; toute disposition du corps incline au bien ; mais survient la matière qui corrompt toujours plus ou moins la forme, l'état, la disposition du corps, par l'excès ou par le défaut 2.

Le mal étant la matière elle-même, nous ne connaissons pas plus l'un que l'autre; nous ne connaissons que tel mal, ainsi que telle matière. Quant au mal et à la matière , nous en connaître. Ayant tel 1 l'image du mal, nous appelle ce procédé L'intelligence connaît I voit les ténèbres, par

Maintenant si la mi peut-elle être mauvais

1 Ënn. I, VIII, 0.

2 Enn. I, viii, 8.

^ Ënn. 1 , vin, 9. Acb xac vov; ôéXXoç ouroç, ov voOç, roXpiVo^ litïv rà lAY, aùroû ' taaKtp cpjuta ànoçviccn aùro ^roç, fva têri rô CTtorôç, xac ft-n ?Ap, rw xaTat).cTcc'v tô f^;^ rvx ê^ip t^ oxoto;, fuB ov

PLOTiN. COSMOLOdlE. 509

qu'elle est le mal *. Mais, pourrait-on dire encore, le bien étant la forme, le mal doit être la privation, principe contraire de la forme : or la privation suppose toujours un sujet ; donc le mal n'existe plus par luimême , mais dans un sujet 2. S'il en est ainsi , le mal moral ne serait qu'une privation dont le sujet serait l'âme même. Or la privation étant tout autant que la forme, essentielle au sujet, le mal sera essentiel à l'àme. Mais cela répugne h la nature de l'âme qui possède par elle-même le bien, l'être, la vie ; donc le mal ne peut pas lui être essentiel ; donc elle n'est pas, par rapport au mal, un simple sujet, et le mal n'y est point une simple privation du bien ^ Enfin, si le mal n'est point la privation du bien , ne sera-t-il point simplement un obstacle au bien? Nullement. Autre chosfe est le vice et la vertu , autre chose le bien et le mal. La vertu est un moyen dont le but est le bien ; le vice, de même, est un chemin dont le mal est le terme ^. On commence par le vice, on finit par le mal. Le vice a un caractère humain; c'est un faux mouvement de l'âme , un mouvement vers le mal , il est vrai , mais qui témoigne encore de la vie de l'âme. L e mal pour elle ne commence qu'au moment où, par le vice, elle s'est abîmée dans la matière *. Le vice n'est donc pas

* Enn. I, VIII, 10.

* Enn. I, Vf!!, M.

■* Enn. I, VIII, H. AXX' ù y, çiçinctç ciri^ocXXovToç c^.* tC'xptTyyt cfi'jvç Tivbî, cî Tî»0 ôcyaOov çipti^tç h >|'«X^9 "^^ ^ xoottotv h otvr^ KOttT rto Xiyta rw iorvr^?, ri ''^'v^y, cv^v i^tt oyaObv, oh tocvuv cv^ C<^f}v, ovact ^JX^^'

4 Enn. I, VIII, 4 ).

4 Enn. 1, vm, U.

le mal. Mais, dira-t-on encore, à quoi bon supposer un mal absolu, la matière, pour expliquer le vice? Ne suffit-il pas de dire qu'il est une certaine faiblesse de l'âme? Sans doute on peut ainsi définir le vice ; mais il ne faut pas moins rechercher d'où vient cette faiblesse. Si elle ne vient pas de l'âme, et elle n'en peut venir, puisque toutes les âmes pures de matière sont exemptes de faiblesse, elle vient nécessairement de la matière *•

Il reste à expliquer comment elle en vient. Quand 011 dit que l'âme entre dans la matière ou qu'elle en sort, il faut bien comprendre qu'il n'y a pas un lieu pour l'âme et un autr est saint, car il est p même pour l'âme ei L'âme n'y entre ni n ou s'en affranchit ; ell distingue, sans chang n'a pas besoin d'un s son développement ^ le besoin et le désir Elle vit alors libre et Mais l'âme n'est pas encore une puissance

* Enn. 1, VIII, 54.

' Enn. I, VIII, U. nàî

3 Edd. I, VIII, M. Oit y

* Enn ï, vni. U. À».' •'• Enn. I, VIII, 4 i. To\

Oar.

PLOpN. COSMOLOGIE. 514

au développement extérieur et k la production ^ C'est alors qu'elle a besoin d'un théâtre, c'est-à-dire d'un corps, et qu'elle rencontre la matière. L'àme ne peut toucher à la matière par son essence, mais elle y touche par sa puissance , et c'est par ce côté seulement que la matière peut solliciter, troubler, séduire et entraîner l'âme avec elle. C'est l'existence du mal qui révèle la matière : comment la nier , quand tout nous la rap* pelle, le désir du bien, la répugnance du mal, la douleur , la crainte , toutes les passions de la sensibilité, toutes les erreurs du jugement? Comment croire que dans l'homme il n'y a que l'âme 2? S'il en était ainsi, l'ànie étant essenlicllement lil)re, pure, impassible, iinmuable , tant de niieèi e resterait un inexplicable énigme ^. Mais si le mal est dans le monde, il n'apparaît point à l'âme dans toute l'horreur de sa nature. I/àme ne le voit pas ^ ; elle le conçoit et le devine sous la forme corporelle qui le couvre ; car cette forme est encore un reflet du beau. Le mal est comme un esclave que la beauté enveloppe de ses chahies d'or. Tant il est vrai que, même en le contemplant, l'âme a encore sous les yeux l'image du bien ^ !

' Enn. I, VIII, i 4. Auv<yu£t; «Jl •â/^j'/r/; iro).).»{ ' xa\ OLoyrr^ xa\ u-iia

ciç T9 iVaw icapcXôcTv iBù.u-

^ Enn. I, VIII, I0.

^ Enn. H, vin, I o.

* Enn. I, VIII, 15.

Enn. 1 , Tiii, 15. Tô fk xaxôv ou juiivov ïçi xaxbv ètà «îvvotfjKv àryaOoîj xat yuacv , circtircp tfwvYt ?J dr/oyxy/Ç rsptX'/iyÔVy 0^7^01; xtat xoi).oTç, ola êt^iuaxai revf; Xf^'*?*' xpvirTiTai toutoiç, ha ctloft, fAr, oowTo ToTç ^tfjTç, xoti a/0pci)77C{ fjfotcv, ;jiY) an to xazlv p)cVciv, i/X OTav xot'{ K^XcTTW^tv, cè^Xoi; T9\» xaXov C(ç ava^vyjytv Twwaev.

512 ANALYSE. LIVRE l.

Après avoir fait connaître les caractères généraux de la Providence, Plotin entre dans les détails de son gouvernement. Gouverne-t-elle le monde tout entier par elle-même ou par des intermédiaires ? Qu'est-ce que le Destin ? En quoi diffère-t-il de la Providence, et comment se concilie-t-il avec elle ? En quoi consiste rinfluence des astres? Comment les êtres que le Destin ou la Providence gouverne conservent-ils néanmoins la liberté et la spontanéité de leurs mouvements? Il est certain qu'il y a des causes à tout ce qui arrive. Ces causes sont prochaine ou générales ^. Notre € causes prochaines et pari imaginer aucun individu dépendamment de cette c conduit à supposer des ci car s'il n'y a rien au-delà ticulières, pourquoi les i elles pas toujours les mêi monter à des causes d'un l'action des premières 2.

Sur la nature de ces opinions. Les unes, posan principes des choses, ex ment naturel des atomei cessité *. Les autres, ren immédiatement de sa n dividus comme l'ensemh

1 Enn. m, 1, 4.

2 Enn. III, 1, 2.

Enn. III, I, 2.

comme la vie universelle *• Selon d'autres , ce n'est plus Dieu qui produit directement toutes choses, ce sont les astres , ministres et organes de la puissance divine K D'autres enfin supposent un enchaînement inflexible de causes , qui détermine fatalement tout effet *. Toutes ces hypothèses ont cela de commun qu'elles soumettent les êtres et leurs mouvements h, une invincible nécessité , et s'expriment par un seul mot, le destin. Dans toutes ces doctrines, il s agit de savoir s'il est possible d'expliquer par une seule cause ou un seul ordre de causes tous les êtres de ce monde, et dans chaque être tous les actes de la vie *.

Dans l'hypothèse des atomes ou autres principes matériels , c'est la nécessité qui règne , et encore une nécessité aveugle qui exclut tout plan , toute direction constante dans l'univers , et supprime toute possibilité de prédiction et de prévoyance ^. Du reste , il n'est pas plus facile de concilier la liberté des mouvements individuels avec cette nécessité de caprice et de hasard qu'avec une nécessité d'ordre et de raison. Comment expliquer, par un concours d'atomes, les actions et les affections des âmes , leurs mouvements impétueux , leurs retours imprévus , leur résistance aux impulsions du corps, les diverses vocations des hommes, souvent en contradiction avec les lieux , les corps, les circonstances^? Tout cela échappe à l'action des causes

< Edd. III» 1, 3.

2 EnD. m, I. 2.

» Bnn. m. I. 2.

« Edd. m, I, 2.

5 Edd. IH, i, 3.

« Enn. ni, I, 3.

6U ANALYSE. LIVftK I.

purefment matéridlles. Mais Uù po(urràit-dn pas supposer tfne certaine Ame qui. répandue parioat, ferait vivre et agir chaque êtffe en particulier? Le mondé entier alors serait un grand Animal ddnt chacurt de nou* ferait partie , et dans lequel il vivrait, commd chaqtre ôrgariè rit dalns l'animal hurinraîn. Nous n' aurions I propre Dans ( partiel l'être i raison I ne soîi sens d pensée pothèé rtoas c se pasj agissel pensée Si 0

t Eni

2 Eni t6 irîv, dtvaycùyj]

fcyov * 0 /cupara ôXk* iiii

3 En

$ci; , irc

PLOtlN COSMOLOGIE. tun

inflexible de causes , il sera tout aussi difficile dVxplîquer la liberté ; car, de ce principe que tout phénomène est invariablement déterminé par ce qui précède , il suit que tout arrive et devait arriver de telle manière plutôt que de telle autre ^. Le monde n'est plus qu'une série de mouvements produits par une impulsion primitive. Les Ames , même les âmes des hommes, quelle que soil leur activité , ne sont pas plus libres que les ettfants ^ qtte led fous eox^mêmes , que le feu ou la l)ierre '.

Mais n'est-ce pas au cours des astres qu'il faut rapporter tout ce qui arrive? D'abord cette hypothèse soulève les mètnes difficultés que les précédentes; elle détruit la liberté des êtres individuels. Les âmes roulent comme tout le reste, comme la plante et la pierre, entraînées par le courant irrésistible de la vie universelle ^. Il est impossible, d'un autre côté, de nier entre le monde sensible et le ittonde céleste une constante tîorrespondance , qui fait que les mouvements et les actions des êtres individuels suivent ou accompagnent ïes mouvements des astres ; en sorte que , lorsqu'on connaît les uns , on peut prévoir et prédire les autres. Cette observation a conduit à supposer que les astres sont les causes des phénomènes qu'ils précèdent et annoncent. On a donc attribué aux astres une influence

• EnB. lïî, I, ».

* Eon. III, I, 7. TotowTov t« to iQ^aripov tçai^ oîov toi tô twv £XX«M C<0«i>v xa< TO Tc5v vviixltavt xaO' oppÀ; ru^Xà; lovrc^vy x<sc ro téSv patvofi^fliiv * opfûâ^i yàp xat ou roi , tat vy) Aioc a\ Itvp^c ^ff^^i xat iravr»y Zaa ^XcuovToe r^ aOrb>v xattt'Txcu^ ^iptrat xutà rau-

TïJV.

3 Enn. m, I, 5.

m G ANALYSE. LIVRE L

sur tous les phénomènes du monde que nous habitons , sur les désirs , les sentiments et les volontés de rame , comme sur les mouvements des corps , sur la bonne et sur la mauvaise fortune , sur les vertus et les vices ^. L'influence des astres , si elle «iste , ne va point jusqu'à tout produire , le mal comme le bien, dans le monde. Les astres sont des êtres composés , comme nous, d'âmes et de corps. En tant qu'ils agissent comme âmes , ils ne peuvent produire que du bien ; en tant qu'ils agissent comme corps, on ne comprend plus leur influence sur l'âme ^. On conçoit qu'en agissant en vertu de certaines propriétés physiques , ils déterminent tel ou tel acte physique dans le corps ; mais qu'ils influent sur le talent et la vocation d'un homme , et même qu'ils fassent qu'il a un frère ou qu'il n'en a pas, qu'il est riche ou pauvre, c'est ce qu'il est difiicile de comprendre '.

Mais si les astres , é produire le bien, ne diversité d'influence q rence des lieux qu'ils décrivent dans leur m à admettre ; car les liei astres que des incidei nature ni modifier e

astres n'agissent poini , , ,

indépendamment de l'Ame universelle; ils ne font

' Enn. II, m, 4.

* Enn. II, III, 2.

5 Enn. II, III, 2.

* Enn. II, III, 3.

qu'en transmettre l'action K Les astrologues se trompent à cet égard. Les astres n'entretiennent aucun commerce avec nous ; ils sont pour nous tout au plus comme les oiseaux pour les augures ; c'est à leur insu qu'ils annoncent l'avenir. Ils sont signes et non causes des événements ^. Cela est si vrai qu'ils annoncent que tel effet aura telle cause ; donc ils ne sont point causes eux-mêmes. Ce n'est point à eux qu'appartient le gouvernement du monde ; c'est à Dieu ^. Les astres n'ont réellement pas d'influence sur notre vie; le rapport entre eux et nous n'est autre que le rapport entre les parties du tout *. En vertu de l'ordre parfait et de la merveilleuse symétrie qui règne entre toutes les parties du monde » tout changement qui survient dans ime partie a son contre-coup dans une autre partie ; tout mouvement dans une sphère coïncide avec un mouvement dans une autre , et c'est là ce qui fait que tel phénomène du monde sublunaire peut être signe, sans avoir été cause *. Voilà comment les astres peuvent annoncer la destinée, la bonne ou la mauvaise fortune, la paix ou la guerre, la naissance ou la mort*.

Maintenant il reste à savoir s'ils interviennent réellement dans le gouvernement du monde que nous habitons, et dans quelle mesure ils y interviennent. Les êtres du monde sublunaire sont des âmes ou des corps. Les

1 Enn. II, m, 3.

2 Edd. III, I, 3.

' Enn. II, III, 5.

* Enn. Il, m, 6.

* Enn. II, III, 6.

** Enn. II, m, 5, 6.

ol8 ANALYSE. LIVRE I.

âmes sont elles-mêmes causes des mouvements et des actes intérieurs ^. La, vertu vi^nt de leur essence ; le vice dérive de leur commerce volontaire avec les corps : elles se gouv^nent donc elles-mêmes. Elles ressentent Tinflqence d'un principe supérieur, qui ne gêne en rien la liberté , qui inspire ^ éolaire la volonté sans la contraindre ; mais ce n'est point aux astres qu'il convient d'attribuer oette influence , c'est k l'Ame divine, à. l'Intelligence, au Bien. Quant aux corps, c'est encore verne, puisqu'elle | vivifiante de l'Ame les hommes comme I fluence est nuisible ( et la disposition des très ne sont responsi nécessité matérielle à sa suite : les Dieux L'action des astres e comme celle de l'Ar immédiate l'harmoni de l'Ame divine, et c êtres correspondent sent les uns sur les [ truise la liberté et la intérieurs ^.

1 Enn. II, m, 8.

» Enn. IV, IV, 32, 33.

3 Enn. IV, IV, 38, 39.

* Enn. IV. IV, 34, 35.

5 Enn. IV, IV, 32, 33.

« Eun. IV, IV, 3î, 33.

PLOïI?î. POSMOLOGÏE. 519

L» mftp» r§po§e tppt çnti^$ ^\ff icet^ corr^^n- 4aqce 4 «j^ petlç inOuQfjpQ ijo^yisrpellô ; r«rt fn»grquç

la n^inf^ ^ ét^lies aq^r^ las ^v^, C'est là p§ /^ §|.pUqM^ ^^ vi^ d^ç telisi^aw, 4e« BWUyemgftts, 4e^ 6003^ (di$^ j^o}^. (votre l$9 divers^^ PftrMiW c|u ffîQQde comipe eotre )â9 p)eip))rç9 4^ çp^^ps» il o^i^ ijia lien sympathique qui fait que cellerpi est ému^ de ci qpi 4e passe dans celle-là. (/)iniver$ est comiqe un^ lyre dont il suffît de faire vibrer une corde pour ébranler tout le sy^me^. La vraie magie a pour principe Tamour et 1^ haine ^ qui se dis^nitent l'empire du monde. Mais quand la magie invoque les Dieux célestes f et par là prétend obtenir des faveurs partir culières, indépendantes de Tordre éternel et immuable du monde, elle tombe dans la superstition ou dans le mensonge^. Le9 faveurs des astres se distribuent con-i* formém^pt aux lois de Tharmonie universelle» et non au gré d'une volonté capricieuse K Tout ce qui dans le monde est corps ou eptre en contact avec le corps, est sujet aux influences magiques. L'âme y échappe

1 Edd. IV, IT, 44. £•: A «a h BXt^ Xxfa ^ xiwi^tç an' £khiç

^ Enn. lY, it, 49. Tàç St yd^Ttta; irw;; ii t$ 9Uf»7nE0ft<jc xal rôî ircY-uxeva! ou^i^vfav ftvat ôpotV^t xal fvotvT{w9(v avopo(fa>v, xqtc tÇ tcS/ tnnifxtoarj Tov 'TroXXé5v votxtXia ti; h Cwov ouvtiXouvtwv ' yuxi yip uror/oç SX^oM p}^ocvci>ucv9u, ircXXà cXxrrai xac yor^rcucrai • xai iô i)if}8cv^ I*ayti0(, ri cv xio irovri ytXca, xat To vcrxoç ou.

• Enn. IV, IV, 42. Oçc o*5tc pnô^n}; ità toOto ^cr^vci Tofç Jçpot;, tXintÇi yjxu-j tut raOra iriTrpayfiarriTai, o^ti «ît^Î^coiv àvaTrc^iropcvcw* &ÔTI £Wtvcu7C(; Tovrov rbv rporrov fi»X«î» » **? oTovraé tivc; , irpoaip«T«xa5 rivaç, àXXà xat fux ' cvj^ç ycyvccda^ Tc JoTtov, x«\ «v/iiÇ ôvcu TTotp' avTwv ip fupi) xac ivôç.

dans tous ses actes intérieurs, et, retirée en elle-même, en brave toutes les séductions ^. Mais dans ses actes extérieurs, elle retombe sous Tempire des puissances magiques. La raison en est que, dans Tacte intérieur, dans la contemplation, par exemple, Tâme ne sort pas d'elle-même, et n'aspire pas vers un objet qui lui soit extérieur ; elle n*est donc point soumise à l'attraction naturelle et nécessaire que l'être extérieur exerce en vertu de l'harmonie universelle : elle rentre en elle-même au contraire , et s'enfonce dans les profondeurs de son essence. Or nulle cause extérieure ne peut produir Voilà pourqi vie de l'âme gique *.

En résum astres. S'il s' seule qui le d'intermédia l'Ame qui gc organes et k se bornent d rieurs: ils ce selle, h, les ce qu'il faut même le mei

» Enn. IV. I

^ Enn. IV, I oTi iim^ttç irplç aÙTOç iç(i mai h t Ç«ï)v tai xh tpyy

^ £nn. Il, 11

raisons séminales. Elle n'a besoin ni de produire ellemême les choses sensibles, ni de provoquer les raisons séminales à les produire. Elle veille d'une manière générale à ce que la matière ne triomphe pas et ne trouble point l'ordre général du monde. Pour le reste, elle le laisse faire à ses ministres, aux astres ^ L'action des astres ne crée point les êtres; car elle ne produit ni la matière ni la forme. Elle ne fait qu'aider au développement de la raison séminale, qui est le vrai principe producteur de la forme. Elle est toujours bienfaisante ; car c'est l'âme sidérale elle-même qui agit , et non le corps ^ • Mais , en tombant dans le corps et dans la matière, elle se corrompt et s'altère. Ainsi nos corps ne reçoivent jamais des astres que des impressions pures et de légitimes désirs ; mais ces impressions et ces désirs se transforment et se dénaturent dans le commerce avec la matière \

Si on veut ne rien laisser sans cause , et tout faire rentrer dans l'ordre universel , sans détruire la liberté et la personnalité des êtres individuels, on reconnaîtra deux principes auxquels on ramènera tout ce qui arrive dans le monde , l'un pour les âmes , qui sera la Providence, l'autre pour les corps, qui sera le Destin*. Au fond, la Providence et le Destin ne sont pas deux principes différents, mais deux modes distincts d'un même principe, l'Ame divine *. La Providence gouverne les âmes par une action

1 EoD. II, 111, 46.

s Edd. II, m, 42.

2 Edd. II, m, 44.

* EnD. III, 1, 9.

i Enn. m, I, 9.

qui éclaire, persuade» inspire , excite, mais n'enchaîne et ne contraint pas. hd Pesti,n goijvjsrne par une action qui enchaîne et coQiffûnt. Un même être peut obéir h la 4oubIe action de la Providence et di^ Destin. C'est le cas de h P^tur§ hua)aine, qui est libre et esclave tout ^nsemb^e ; libre quant k r^e qui obéit sans contr^QbQ et volont^irepuent à Taction de subit la loi mén^e les ment de D palité^L'.

vidence et oudescorp Dieux; le La distinct exactement C'est tpiyo à propos d nées , il fail opération :

»tion; Clôt 9 les distin^

D charge ^t dans l'homi tandis que point la loi de rhomme supérieure (

> Enn. III,

2 Enn. II, 1

3 Enn. II, I

PLOTIN. LOGIQUÇ. 523

monde; n'est qu'un Démon ; comme âme sHpérie\ire, il est un Dieu K (ù'çst ajnsi qu'il est à Ifi fpia §ou|nis à la Providepçe et au Destin,

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