‹ Histoire critique de l'école d'Alexandrie (volume 4)Chapitre 4 sur 34 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

3^ Période de régénération. Tel est le caractère de l'école d'Athènes , laquelle s'efforce de restituer au Néoplatonisme sa rigueur spéculative et ses ten-dances platoniciennes.

Avant de transporter brusquement le lecteur dans lanalyse des monuments de cette école, il nous a semble nécessaire , V de remonter aux origines du Néoplatonisme; ^^^ de retracer les circonstances philosophiques , politiques j religieuses, qui en ont précédé ou accompagné l'apparition. Cette dernière partie de l'introduction n'était point indiquée dans le programme de TAcadémie, et ne figurait pas dans le mémoire ; mais elle se rattachait trop intimement au sujet pour ne pas trouver place dans le livre. Pour saisir le rôle que joue l'école d'Alexandrie dans ce grand drame de l'esprit humain j dont le triomphe du Christianisme fut le dénouement , il fallait évoquer toutes les grandes écoles qui y figurent à la suite de Platon, telles que Philon , la Gnose , la philosophie des Pères de l'Église. Ici , nous le déclarons sans hésiter, notre profond respect pour le Christianisme n'arrêtera ni ne généra jamais le développement de notre pensée. La philosophie doit être libre dans Thistoire comme dans la science pure ; elle n*a pas , comme la politique, ses questions délicates et réservées. Son droit , comme son devoir, est de tout comprendre, de tout expliquer, de tout juger dans la mesure des forces que Dieu a départies à l'intelligence humaine. Tel est l'esprit de ce livre, dans l'histoire aussi bien que dans la critique des doctrines. Toute étude qui peut jeter quelque lumière sur le sujet on fait

PREFACE, vn

nécessairement partie ; à ce titre, ni la philosophie des Pères de l'Église , ni le Christianisme , ne pouvaient être oubliés.

On connaît la destinée historique de Técole d'Alexandrie. Elle essaya de ranimer de son souTfle encore puissant, une religion morte et une civilisation expirante. Elle s'assit sur le trône avec Julien, le dernier héros de la noble antiquité. Mais Tancienne société qu'elle voulut défendre et transformer, l'entratna bientôt dans sa chute , et l'ensevelit encore vivante sous ses ruines. La destruction du Sérapéum , le massacre d'Hypathie, Texil des derniers philosophes de l'école d'Athènes, sont les tristes épisodes de sa défaite. La clôture des écoles païennes, par Tédit de Justinien, anéantit l'école d'Alexandrie, mais non ses doctrines. Le Néoplatonisme, recueilli dans d'obscures compilations, passa à travers les Écoles du Bas-Empire dans la philosophie du moyen-âge, et inspira tous les esprits rebelles au joug d'Aristote et de la Scolastique . les mystiques , comme Scot , Erigène , Hugues et Richard de Saint- Victor, Gerson; puis à la renaissance , cette philosophie , retrouvée tout entière dans ses principaux monuments , devint la source de toutes les doctrines idéalistes ou mystiques du xvi<^ siècle. Nous suivrons cette longue et profonde trace des idées néoplatoniciennes depuis les premières écoles chrétiennes jusqu'aux temps modernes.

Cela fait, il resle à apprécier toute cette philosophie. Qu'y a-l-il de solide au fond de ses spéculations hardies? Qu'y a-l-il de fécon»! dans ses subli-

viu PRÉFACE.

lités ? Dans une doctrine dont les méthodes et le langage répugnent tant à nos habitudes modernes de rigueur et de précision , discerner le vrai du faux , dégager la pensée des formes qui en voilent l'immortelle vérité» devient une tâche difficile.

Ce plan , qui n'est que le développement du programme de l'Académie, comprend donc quatre parties bien distinctes : l'Introduction , l'Analyse , l'Histoire et la Critique. Les deux volumes que je publie contiennent l'Introduction et l'Analyse ; le troisième comprendra l'Histoire et la Critique.

Qu'il me soit permis de rappeler en terminant combien ce livre doit aux conseils de M. Damiron, aux savants travaux de M. Cousin sur TËcole d'Alexan-^ drie.aux critiques de MM. Barthélémy St-Hilaire et Kavaisson y et surtout à la science profonde de M. Berger, maître de conférences à l'Ëcole normale. De toute cette science dont j'ai tant profilé, pour l'analyse de la philosophie de Proclus , il est à regretter que le public ne connaisse encore qu une excellente thèse. '^

HISTOIRE GRITIQDE

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