‹ Histoire critique de l'école d'AlexandrieChapitre 14 sur 29 · CHAPITRE IH · texte numérisé non relu

CHAPITRE IH

Ihriielii». Théologie.

Hiérarchie des hypostases. Rapport du producteur cl des piodulls. Théorie ■ du Ternaire. Saccessioii des Triades. Theoi-ie de l'Intelligence. Théorie de TA me.

Plotin avait réduit à la Trinité de l'Un, de l'Intelligence, de l'Ame, tous les principes des choses. L'Être , la Vie , le Paradigme , le Démiurge rentraient dans cette division. Porphyre est le premier qui ait

I Dix doutes y %.

PROGLUS. THÉOLOGIE. 269

posé ces essences intelligibles comme des hypostases distinctes, soit de Tlntelligence, soit de TAme, Jamblique exagéra cette distinction et multiplia indéfiniment les hypostases. Il restait à convertir eh une théorie vraiment systématique cette doctrine vague et incohérente des premiers Alexandrins. C'est ce que fait Proclus. Il expose la hiérarchie complète des hypostases émanées de TUn , indiquant avec précision les différences qui séparent et les rapports qui rap-* prochent chaque principe supérieur du principe inférieur, et n'omettant aucun intermédiaire*. Tout corps est inférieur à Tàme ; toute âme est inférieure à Tlntelligence; toute intelligence vient après F Un. Tout corps peut être mû par un autre, et ne peut, par sa nature, se mouvoir soi-même ; mais quand le corps participe à Pâme, il se meut, il vit par Tâme, et tant que Tâme est présente en lui, il est en quelque sorte mobile par luimême ; si rame en sort, il ne peut plus être mû que par un autre ; mais le mouvement que Faîne communique au corps, en vertu de son essence, est inférieur à cette essence même, laquelle est d'être une puissance mobile. Donc le corps est inférieur à Tâme. A son tour, Tâme qui se meut elle-même occupe une place inférieure à Pintelligence qui meut tout en restant immobile. C'est en effet de l'intelligence que l'âme, par participation , reçoit la faculté de toujours penser, comme le corps reçoit de l'âme la faculté de se mouvoir. Car si la faculté de penser toujours était essentielle k l'âme comme la faculté de se mouvoir, la pensée serait commune à toute âme , aussi bien que le mouvement. Donc

» Éiém. théol.f prop. ÎO.

S7û ANALYSE. UVRB tu.

Tâme partidpe de l'intellig^ce » donc die lui ost in*-

férieure.

Après avoir indiqué la hiérarchie des hypostases ^ Proclus les considère à piu't, et montra comment chacune contient un ordre tout entier d'intdUgibles semblables à elle-même. 11 étend à tous les principe du monde intelligible et du monde sensible la méthode qu'il a tout d'abord appliquée au Principe suprême, et remplit le monde intelligible d'essences pures, comme il avait peuplé le monde divin de Dieux de toute espèce K Tout ordre, ayant pour principe Tunité, se développe en un nombre qui s'ordonne avec l'unité, et tout ordre développé en nombre se ramène à Tunité. Toute unité supposée principe engendre un nombre qui lui est propre. Ainsi une seule série , un seul ordre. 11 n'y aurait ni ordre ni série, si l'unité restait inféconde et stérile en soi. Tout nombre de son côté se ramène à l'unité , seule cause commune de tous les êtres coordonnés sous elle, £n effet, ce qui , dans tout nombre, reste le nn^e, ne tire pas son origine de l'une des unités qui entrent dans ce nombre. Ce qui découlerait d'une piortie de tel nombre ne saurait être commun à tous les nombres, et ne peut qu'être attribué particu» tièrement à l'individu qui l'a fourni. Puis donc que, dans tout ordre , il existe une certaine communauté ^ une certaine cohésion» une certaine identité en vertu de laquelle on peut dire : voici des êtres du même ordre ,011 bien : ces êtres sont d'un ordre différent; il est clair que c'est l'unité seule qui communique à cet ordre son identité. Donc, avant tout nombre, dans

» Éiém. théoL, 21.

PH0CLU9. THÉOLOGIE. J74

teut ardre , il y a nne unité qui fait que tous les fttrtss qui entrent dans ce nombre participent à une même nature , ont une certaine place dans la série « et dépendent de la série qui les enveloppe tous. Chacun des êtres qui sont dans la même série peut bien avoir une cause différente ; mais la cause qui fait qu*ils sont tous de la même série est nécessairement antérieure à eux tous; elle les engendre tous en tant qu*êtres de la même série , mais non en tant qu'ils sont tels ou tels en particulier.

De tout cela , il est facile de conclure que Téssence corporelle renferme l'unité et le nombre, une unité d'essence remplissant la pluralité des êtres, une plura-^ lité d'êtres impliquant l'unité d'essence. De même l'essence animée suppose une Ame première qui se développe en une pluralité d'&mes , et une pluralité d'âmes qui se ramène à cette Ame. L'essence intellectuelle a pour principe une Intelligence première qui se développe » et pour développement une pluralité d'intelligences qui se ramènent à cette Intelligence. Enfin l'Unité en soi se développe en un nombre d'unités qui reviennent s'y confondre. Ainsi , après l'Un en soi, les unités; après l'Intelligence première, les intelligences; après l'Ame première, les âmes ; après la Nature universelle, les natures.

Chaque ordre inférieur s'engendre de Tordre supérieur par la participation. La Nature s'engendre de l'Ame, l'Ame de l'Intelligence, l'Intelligence de Dieu. Mais ce n'est point du principe même de l'ordre inférieur que l'être inférieur participe, c'est d'un terme quelconque de l'ordre supérieur. Le principe, quel que soit l'ordre auquel il appartienne, reste impartici-

tn ANALYSE. LIVRE IIL

pable^. Ainsi, ce n'est pas de Dieu^ mais d'un Dieu que rinteUigence participe; ce n'est pas de l'Intelligence, mais d'une intelligence que TAme aussi participe. La Nature, FAme, l'Intelligence, l'Un, en tant que principes d'un ordre , sont împarticipables K Seulement il y a celte différence entre l'Un en soi d'une part , et l'Intelligence, l'Ame, la Nature de l'autre, que l'Un ne peut ni participer ni être participé, tandis que l'Intelligence, l'Ame et la Nature participent, tout en restant imparticipables.

Tout imparticipable est principe d'hypostase pour les participants ^ ; tout participant est inférieur au participé, lequel lui-même vient après l'imparticipable. En effet , l'imparticipable qui , de sa nature , est unité, puisqu'il existe par lui-même et non par un autre, engendre les hypostases capables de participer, en vertu de sa fécondité naturelle. Or toute bypostase engendrée d'une autre par participation est inférieure à l'hypostase participée, puisque d'imparfaite qu'elle était , elle est devenue parfaite par la participation. D'un autre côté ^, l'hypostase qui se communique à tel être et non à tous, est inférieure à celle qui se fait sentir à tous sans se communiquer ; car celle-ci n'est plus voisine de la cause universelle. Donc l'imparticipable est supérieur aux hypostases participées et celles-ci aux hypostases participantes. En d'autres termes, l'imparticipable est l'unité simple (t6 !v) qui précède le nombre; l'hypostase participée une

* Éiém, théol.^ prop. 23.

î Prop. 99.

* Prop. 23.

* Prop. 23.

PROCLUS. THÉOLOr.IE. 273

unité multiple ( &v apia xm où^ ev ) et toute substance participante une multiplicité une (oùj^ ev ifk% >wn

Proclus ayant surabondamment expliqué la distinction et le rapport des participants, des participés et des imparticipableSy expose les principes de la génération des êtres dans la hiérarchie universelle. Il n'est pas difficile de découvrir la raison de la création en Dieu. Il produit parce quMl est le Bien ; voilà tout ce qu'il faut dire. Mais ce qui vient après Dieu n'est pas le Bien. Comment a-t-il la vertu de produire? Tout parfait produit, en tant que parfait, à l'imitation du Bien dont il émane 2. De même que l'Un, en vertu de la bonté qui lui est propre , est la cause productrice de la substance de tous les êtres et de leur unité , de même les êtres qui viennent après le premier principe, en vertu de la perfection qui leur est propre , engendrent des êtres inférieurs à leur essence. Or la perfection est comme une partie du bien, et le parfait , en tant que parfait, imite le Bien en soi ^. Donc le parfait aussi produit , en vertu même de sa nature , les êtres qu'il est apte à produire. Il y a plus ; dans tout producteur, la puissance productrice est en raison directe de la perfection. La cause en est facile à comprendre. Plus le producteur est parfait , plus il participe du Bien en soi ; or, étant plus voisin du Bien en soi, il touche de plus près à la cause de tous les êtres et par cela même produit un plus grand nombre d'essences. D'où il résulte que l'être

i Élé/PK théol., prop. 23.

* Pron. 55.

Prop. 25.

Prop. 25.

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