II
le plus éloigné de la cause universelle est absolument infécond *.
Toute cause productrice produit en restant soimême et en soi-même ^. Car, si cette cause imite VUn {en 5of), elle fera comme TUn qui produit tout, sans sortir de son repos et sans changer de nature. Le producteur, quel qu'il soit, produit de même, sans sortir de soi et sans rien perdre de son essence. Mais alors comment peut-il produire ? Il produit en vertu de sa perfection et d'une surabondance de puissance *. Si ce n'était pas en vertu de sa perfection, mais' au contraire en vertu de son imperfection, il ne conserverait ni sa nature ni son rang dans la hiérarchie des êtres. Car tout ce qui engendre par défaillance et par faiblesse change et s'altère dans la génération. Or, le producteur restant ce qu'il est dans l'acte de production, il est clair que ce n'est qu'en vertu de sa perfection et de sa plénitude qu'il produit. Le produit , en effet, n'est ni une partie séparée du producteur, ni une transfusion du producteur, lequel deviendrait alors la matière de son produit. Le producteur reste en soi, et le produit subsiste en dehors K Mais que produit le producteur immédiatement ? Il produit les êtres semblables "à lui , avant de produire les dissemblables ^. Puisque tout producteur est nécessairement supérieur à son produit , jamais ils ne pourront être absolument identiques en essence ni égaux en puissance ; ils sont donc diffé-
1 Élém, theol.^ prop. 26.
î Prop. 25.
3 Prop. 26.
^ Prop. 26.
* Prop. 28.
PftOCLlîS. THÉOLOGIE. 275
J^ents et inégaux. Maïs d'un î^utre côté cette différence et cette inégalité ne peuvent être absolues ; car Têtre participé communique toujours au participant quelque chose de lui-mêipe. L* effet resseml^le donc à la cause, sans lui être identique , et cette ressemblance est la mesure et le signe de la participation immédiate. Le produit semblable et différent, annonce une participation à la fois directe et indirecte ; le produit différent , une participation indirecte seulement ^. Ce n*est pas seulement à, un individu que le producteur participé communique sa ressemblance 2, c'est à Tordre tout entier ; car ce qui constitue la série , c'est précisément la ressemblance entre eux des êtres qui la composent ; or, cette ressemblance vient du producteur ; donc le producteur communique sa ressemblance à chacun des individus du même ordre et dans la mesure même de la perfection de chacun ^.
Il reste à voir comment le produit se comporte visà-vis du producteur. Tout produit immédiat reste dans le producteur et en sort tout à la fois ^. En effet, puisque le produit a quelque chose de commun avec le producteur , il faut bien qu'il y demeure au moins en partie. Mais s'il y demeure sans en sortir, il ne diffère plus en rien de sa cause et n'en est pas distinct. Or, il est nécessaire qu'il en diffère et s'en distingue. Donc, en tant que le produit est semblable au producteur , il y demeure ; en tant qu'il est différent , il en sort. Mais
ï Élem. théol,^ prop. 28.
2 Prop. 29.
3 Prop. 29.
f Prop. 30.
276 ANALYSE. LIVRE IIL
comment y peut-il rentrer , après en être sorti? Tout être qui tire son essence de Têtre dont il sort * peut se replier sur cet être. Car le principe d'où il vient étant le Bien en soi ou le bien par rapport à lui, il est nécessaire que le produit désire le producteur, c'est-à-dire le bien, et par cela même qu'il se replie vers l'objet de son désir. Cette conversion se fait par la ressemblance 2, dont la vertu est d'unir, tandis que la différence sépare et divise. Elle a pour loi le mouvement circulaire propre à tous les êtres qui remontent vers leur cause. Ainsi tout produit demeure dans son producteur *, en sort et y rentre.
Mais parmi les êtres qui se replient vers leur principe , il en est qui le font sous l'influence d'une cause étrangère; il en est d'autres qui se replient d'euxmêmes. 11 importe donc de savoir quels sont les êtres qui ont la vertu de se replier spontanément, d'où cette vertu leur vient , et quelle est l'essence et la nature propre de ces êtres ^. Tout être (sauf l'Un qui n'est ni l'Être ni un être) est subsistant ou non subsistant par soi-même. Tout être subsistant par soi-même (aÙTapr/;;) n'a besoin d'aucun sujet ; il se contient , s'engendre et se conserve lui-même. Quand nous disons qu'il s'engendre, il faut entendre par là qu'il est le principe de son hypostase, c'est-à-dire qu'il se développe par luimême, mais non qu'il est le principe de son essence ^ Car nul être ne se donne l'essence; tous la. reçoivent
» Été m, t/iéoL, prop. 31.
2 Prop. 33.
3 Prop. 35. '
4 Prop. 35.
5 Prop. 41.
d'un principe supérieur *. L'être âurap^r,; n'est donc pas celui qui se suffit quant à l'essence, mais quant à l'hypostase seulement. Voilà pourquoi l'Un n'est pas simplement aùrâpr/); , mais supérieur à l'être qui a ce caractère. Maintenant tout être qui subsiste par soimême a la puissance de se replier vers soi-même. Car s'il se bornait à. sortir de soi , sans y revenir, il n'aspirerait jamais à son propre bien ^. Or, toute cause qui se donne l'être peut aussi se donner le bien, lequel est identique à l'être. Réciproquement , tout être qui se replie vers soi-même , subsiste par soi-même *. Car s'il se donne son bien, il faut aussi qu'il se donne son être. Il est donc le principe de sa propre hyposta^e. Mais l'être qui se replie vers soi-même le peut-il selon son action seulement ou en outre selon son essence * ? S'il pouvait se replier selon son action et non selon son essence, l'action serait en lui supérieure h l'essence; ce qui est impossible, puisque ce qui est par soi-même est supérieur à ce qui est par un autre.
Pour achever la théorie de l'être aùrapxviç, Proclus énumère les attributs essentiels qui lui sont propres ^. Il est inengendré , car la génération implique l'imperfection et le besoin d'être perfectionné par un autre. Il est incorruptible, car tout être qui se corrompt ne se corrompt que parce qu'il est séparé de sa cause ^. Or, pour l'être qui subsiste par soi, être séparé de sa
. i Élém. thévL^ prop. 40.
2 Prop. 42.
3 Prop. 43.
* Prop. 44.
^ Prop. 45.
^ Prop. 46.
278 ANALYSE. LIVRE IlL
cause, c'est être séparé de lui-mênie. D'ailleurs, quelle cause étrangère pourrait opérer cette séparation? 11 est indivisible * , car par cela seul qu'il çubsiste par soi-même , aucune cause étrangère ne peut le diviser. Il est simple, car s'il était complexe, il y aurait du pire et du meilleur en lui 2. Mais le meilleur viendrait du pire , et le pire du meilleur, puisqu'il sort de soi tel qu'il est^ c'est-à-dire tout entier. Il est éternel* ; car ce qui fait qu'un être n'est pas éternel , c'est qu'il est un composé, ou bien qu'il existe dans un autre. Or, l'être subsistant par soi-même est simple , et n'a point d'autre sujet que lui-même.
Proclus , après avoir considéré la cause par rapport à son effet immédiat, la suit dans ses effets indirects et ultérieurs. Le monde intelligible forme une chaîne non interrompue d'êtres, disposée hiérarchiquement ; dans cette chaîne, chaque être qui précède engendre toujours l'être qui le suit immédiatement. Mais là ne se borne point son action productrice ; elle embrasse la série entière des êtres qui suivent. En sorte que si l'on considère une série entière , on verra que le premier terme et le dernier comprennent chacun d'une manière différente tous les termes de la série. Le dernier les comprend en raison de sa complexité ; le premier les comprend en raison de l'étendue de son action productrice. Tout être produit par les seconds l'est aussi , à plus forte raison , par les premiers , causes plus énergiques des seconds \ Si le producteur est
> Élém, théol.jproip. 47.
2 Ibid.
3 Prop. 49.
< Prop. 56.
PR0CLU8. JHSQLOOIE. i7»
un second » il tient toute son essence de celui qui \» précède : et de là vient sa puissance de produire ; car dans les producteurs, les puissances productrices produisent selon Tessence, et cotnmuniquent aux produits leur essence. Si donc c'est d'une cause supérieure qu'il a reçu la faculté de produire, c'est d'elle qu'il tient d'être la cause des êtres dont il est la cause, puisque c'est ce qu'il a reçu d'elle qui détermine la quantité de puissance qu'il possède. Ce qui fait que les produits du producteur immédiat sont aussi les pro^ (Juits des êtres supérieurs à ce producteur.
Maintenant, si toute cause donne quelque chose à son effet, plus l'effet aura de causes , plus il recevra de dons, plus il sera complexe ; moins il aura de causes, moins il en recevra, plus il sera simple*. Mais d'un autre côté, plus l'être produit aura de causes, plus il sera inférieur ; moins il en aura, plus il sera supérieur, en sorte que la supériorité et l'infériorité sont en raison inverse de la complexité et de la simplicité. Toutefois cette simplicité de l'être peut être entendue autrement. Le dernier des êtres est sans doute le plus complexe , en tant qu'il résume toutes les puissances des êtres qui le précèdent ; mais il est aussi le plus simple, en ce qu'il les résume au plus faible degré. Car alors il est la moins riche, la moins féconde, la moins énergique des hypostases; et il est vrai de dire ^ , en ce sens, que plus un être est simple, plus il est inférieur dans la hiérardiie.
Il suit de là que la vraie supériorité a pour mesure ,
^ Éié/n, t/iéoi.y prop. 58.
2 P..nrx KQ
Prop. 59.
non la complexité des éléments que réunit un être dans son sein , mais l'étendue et le nombre des effets quMl produit , et par conséquent la généralité de l'essence et de l'action productrice ^ ; car plus un être a de puissance , plus il se rapproche de la cause universelle et du bien 2. Ainsi tout producteur, c'est-à-dire tout imparticipable ( puisque l'imparticîpable seul , en tant qu'il subsiste par soi-même , est essentiellerhent pro^ ducteur) , produit deux sortes d'effet, un effet immédiat et un effet ou plutôt une série d'effets ultérieurs. L'effet immédiat est un ordre d'hypostases existant en soi. L'effet ultérieur est une variété d'illuminations appartenant à des ordres différents , mais ayant toutes leur hypostase en d'autres êtres. Et il est nécessaire qu'il en soit ainsi ; car dans la hiérarchie des êtres , c'est toujours le terme immédiatement supérieur qui engendre l'hypostase même du terme inférieur K Les causes supérieures et plus générales qui projettent leur action jusque sur les derniers êtres, trouvant une hypostase déjà créée , ne peuvent plus que lui communiquer leurs illuminations.
Toute cette théorie , si compliquée et si subtile sur les rapports du participant au participé, du produit au producteur, paraît nécessaire à Proclus pour expliquer le système de la génération des êtres. Elle nous conduit enfin au point le plus important de la théologie de Proclus, à la célèbre Théorie du ternaire qu'aucun Alexandrin n'avait conçue nettement avant lui. Jus-
1 Élént^ théol.y prop. 62.
2 Cette doctrine de Proclus est bien plus conforme à la philo* sophic de Platon qu'à celle de Plotin.
3 Prop. 64.
PROGLU8. THÉOLOGIE. 284
qu*ici l'école néoplatonicienne avait traité de l'être et du devenir, ^ns chercher la loi nécessaire et universelle qui préside h tout être et à tout devenir. Elle avait bien distingué nombre de triades dans le monde intelligible ; mais elle n'avait pas su rattacher toutes ses distinctions à un principe unique. Elle n'avait pas vu que tout être intelligible ou sensible est complexe , et qu'en le décomposant on arrive toujours à y reconnaître trois principes, dont la nature et la fonction ne varient point, quel que soit le sujet de cette trinité. Voilà ce que va établir Proclus *.
Toute puissance est parfaite ou imparfaite. La puissance qui fait passer à l'acte est parfaite. En effets par sa propre action , elle perfectionne d'autres êtres ; or, ce qui perfectionne a en soi-même le principe de perfection. Quant à la puissance qui a besoin d'un autre être en acte auquel il lui faut participer pour être une puissance quelconque, elle est imparfaite. En d'autres termes, la puissance parfaite est celle de l'être en acte ; la puissance imparfaite est celle de l'être en puissance -. Cela posé , tout ce qui arrive à l'être est engendré par les deux puissances. Il faut , en effet , que le produit ait aptitude à être, qu'il ait la puissance imparfaite. Il faut, d'un autre côté, que le producteur, qui est en acte par cela même que le produit est en puissance , ait la puissance parfaite. Si le producteur n'avait pas la puissance parfaite , comment entrerait-il en acte *? Comment agirait-il sur un autre? Et si ce qui arrive n'avait pas l'aptitude à devenir, comment
' Prop. 78.
2 Prop. 78
3 Prop. 79.
282 ANALYSE. L1YH£ ili,
deviendrait-il ? Le producteur n'agit point sur un être quelconque , mais sur celui qui est prédisposé naturellement à recevoir son action. Cette distinction nécessaire de la puissance parfaite et de la puissance imparfaite se retrouve également dans le rapport du participant au participé. Le participé ne communique l'être au participant qu'autant qu'il est lui-même l'être en acte, c'est-à-dire une puissance parfaite. Le participant ne reçoit l'être du participé qu'autant qu'il est déjà l'être en puissance, c'est-à-dire une puissance imparfaite. Ainsi, pour expliquer, soit le rapport de création , soit le rapport de participation , il faut toujours reconnaître deux termes concourant à produire ce rapport , la puissance parfaite et la puissance imparfaite K
Maintenant, quel est le rôle de chacun de ces termes dans le rapport? Il est clair que la puissance parfaite dans le producteur ou le participé agit comme principe d'essence, d'unité, de fornae, c'est-à-dire comme fmi; que la puissance imparfaite , au contraire , intervient comme principe de substance et de réceptivité, de variété, d'expansion, c'est-à-dire comme infini. Le fini et l'infini , dyade mystérieuse reconnue par Pythagore , par Platon , est la loi de toute génération dans le monde sensible , de toute hypostase dans la monde intelligible ^. Le fini et l'infini ne sont point des hypostases proprement dites, mais les principes constants et universels des êtres. Ils n'ont point une nature propre et déterminée ; ils sont partout où l'être paraît,
^ Prop. 78.
2 Corn. Parrr^.^ vi, 98.
PEOCLUS, THÉOLOGIE. 2S3
et revêtent les formes les plus diverses *. L'infmi est caractérisé dans la matière par l'indétermination, l'absence de forme et d'idée ^ ; dans le corps, par la divisibilité * ; dans la catégorie de qualité, par le plus ou le moins; dans la connaissance, par la diversité et la succession des pensées ^ ; dans la cyclophorie céleste, par la force infinie du moteur ; dans l'âme , par son mouvement éternel ^ ; dans le temps qui mesure les révolutions de l'Ame, par la puissance et le nombre illimité de ses périodes ; dans l'intelligence , par son éternité , par sa haute puissance^ ; dans l'éternité même, par sa compréhension , qui embrasse toute l'infinité mte/ïectuelle 7. On remonte ainsi jusqu'à l'infini en soi, c'està-dire, à la simple puissance ou possibilité ( SuvajjLtç ) ^. Le fini , à son tour, se manifeste dans la matière par l'idée qui la contient et la détermine ^ ; dans le corps ( abstraction faite de ses qualités ) , par la propriété
* Corn. Farm, y 11, 99, 404.
^ Ibid. Tiiv Toivw airecpiow, fva xaTc*Ôtv irotts^copcOa r^v àp/riVi S'caTcev fà» xcà Ira ryiç uXijç, èi6ii àoptçbç xad' aûriiv i£i H^pfoi xat àvcé^coç.
' Ibid. Garcov xac tire to3 Ôttoiou awpiaToç xarà t>îv itatpcacv.
^ Ibid. Otareov ik xarà ràç rctfi rh airttpov Trpwraç vipiçofiivaç irocoTisTOç, cv atç rb piaXXôv ici xat Îttov irpuracç*
5 Ibid., 4 00. Ettj tîc ^x^^ç to aTrcfpov Xyjtttcov • /Acra&rcxwç yàp voouoa, duvoepy àivralço\j mv-riattùç s^ti.
^ Ibid. 6eu piQC TO aTrcipov in ' av>Totj roO vou x«( ty}ç votpoiç Çtt>î}c * OEUTi] yàp àiuxiSaroç xac âtc iraora xocc Qidpôa Tràpeçcv, âcwvcoç ^e xat àircipoiuvocptoc.
^ Ibid. Oc (à(wv âirfipoç) xac iraffocv irfpccp^cc t>7v vdepav âirctptav.
8 Ibid., 101. É7c'avT>ïv in t>3i» irpa)T£ç>îv in^yviv tîjç âirccpcaç âva^pafxc Xocttov, tocoutov yàp, to avro «TTCcpov
» Ibid., 102.
Î8i ANALYSE. LIVRE 111.
qu*il lui donne d'être un tout (oXov) ; dans les éléments du corps, par la limitation de leur nombre (ttocov); dans les idées prises à l'état de pureté et d'indépendance , par la persistance de leur hyposlase; dans le tout , par la constance des révolutions de son cercle supérieur ; dans l'âme , par la régularité de son mouvement circulaire , qui est la mesure du mouvement de tous les phénomènes ; dans le temps , dans l'intelligence, dans l'éternité, il est tout ce que ces divers actes contiennent d'un , d'immuable , de déterminé. On peut remonter ainsi jusqu'au fini en soi ( to aùrorépaç ). En résumé, au sommet de Têtre, le fini en soi, principe de toute détermination ; à l'extrême" limite de l^'être , l'infini en soi , principe de toute indétermination *.
L'Iîsscnce (l'Être en soi) est le premier mixte. Plotin dit que l'être résulte de la forme et de la matière intelligible, rapportant le nombre à l'unité et à l'essence, et la variété et le développement à la matière. Au sens de Platon , dans le monde intelligible, l'infini n'est pas la matière du fini, mais sa puissance; le' fini n'est pas la forme de l'infini , mais son essence : l'être résulte des deux 2. L'Éternité elle-même (non pas l'éterneH
• Cvfff, Parm.y vi, 4 01. To ^ yà^i trpwT&)ç aireepov, xat juovo); a-c.r.^v, xae TTr^y// Tra9>îç dtTrecptotç, vo>jt^;, vospoéç, i^u;ftxrîç, aw^a* Texv^ç, iJ).cx^ç. — Ibid., 102. IIpÔTOv yk'^i ouv Wpa; to auTSTrcpotç, TtY/y/î %(xl oztyixa irdtvrwv ici twv Tcrpartov, vor;Té5v, voepvv, urrcoxoT' pi'wv, èyxo7pt(iiv, ^érpov aùrô twv iravTo>v xoc( opoçTrpou^op^^ov.
3 Plat., Théol.^ III, 9. Ec «Te rb ircpaç fwv ?vtwv ?v irtpa;, xa? to
&Xtryj'j T»V OVTdW aTTCtpOV, XŒt ?^t xà C$ OtUL(f>iV)f Ï^OVTa TTiV (7VÇ0L9tJ
z'x ovToi, xocOocTTcp auTÔç 70'^u>; SwxpaTriç âva^.'W^Jzer, <5^Xdv on r'i r,o-.)T!7&v TWV pixTwv, TT^.wTirôv £Ç! TWV ovTwv. ToOto 5t où^tv a)v.'>
PBOCLUS. THÉOLOr.rE. 285
participe du fini et de Tinfini ; du fini, en tant que mesure intelligible ; de Tinfini, en tant que puissance incessante de durer*. L'Intelligence est finie, en ce qu'elle comprend en soi tous les paradigmes de ses inférieurs, et possède une vie simple , unique , toujours la même ; elle est infinie , en ce qu'elle produit , vivifie, ordonne tous les êtres dont le type est en elle 2. L'Ame, en tant que sa vie est mesurée par des retours périodiques , tient au fini ; en tant que le mouvement de cette vie est incessant et illimité, elle tient à l'infini *. Le ciel doit la mesure de ses mouvements, l'ordre et le nombre de ses périodes à sa participation au fini ; il doit la puissance et la variété de ses expansions à sa participation h l'infini^. Enfin la génération tout entière, grâce à l'unilé des types qu'elle réalise, à la stabilité des lois qui président à son développement, est finie; mais aussi par la variété des individus qu'elle produit, par l'instabilité des formes qu'elle parcourt, ellç est une image de l'infinie En outre, il faut ajouter que chaque
içh r/ TO «xûOTaTov cv roTç oS^t» xxi o i^iv oOrooy» xa« ov^v oXXo 5 5v.
* Plat., TJicol.^ m, 8. -— Conf. Parm.^ vi , 102. Acwv yàp ôaoO xat aîTSfpoî fç-tv, xat Wpot; ' xa9ô m^v yàjj âvîxXftTTTou Ccoyjç c^cv otîreoî, xat w; ^vo-ji/fç tov ôéci X^p>îyoç, ârrttiSo; cçc ' xof9b Si ^crpov £C* f^oiçr,^ 'jotpa; htç,ytiyç. xac Scoç rriç tot3 voO Ç«Î;, oyeaQcv avr^v
2 Plat., T/tvol.^ m, 8. -^Com. Parm., vi, 4 03. T6 ircp<x; cv
T^ vôj B'carfov * xaSo yàp sv auTÔ> picvic xoctoc ik*. v^Yijfftv, xoie p»ayxat «£î xat Tïjv WTïjv îy^ii Cwv5v, (açAt^ai x«t ircTTcpgtç-at.
3 Com. Parm*^ 403. IlepTrrov lirt rovrot; "h tÎ; v^uj^iÇ itcpjc5oç, xa? ô xuxXo? cD^auTcoç dttroTcXouftcvoç, (uitrpov iç-tw a^o»k; irawy Twv ^tvQfxevcov xivgacw».
^ Plat., 7y/<?o/., m, 17.
^ Élém.phrs»^ ii, 11, 12< 13.
produit de la nature, par sa forme, tient du fini, et pa? sa matière , de l'infini.
Mais la dualité du fini et de l'infini, qui est la loi de tout être dans le monde intelligible, et de toute génération dans le monde sensible, ne sulflt pas pour produire tout ce qui est, ou engendrer tout ce qui devient. 11 faut remonter à un troisième principe. En effet, nul fini ne peut subir l'action d'un infini ^ ; nul infini ne peut revêtir la forme d'un fini. Donc il faut, au moins pour le monde sensible, un principe supérieur, au sein duquel s'opère cette communication. Le fini et l'infini parleur union produisent le mixte, non comme causes, mais comme éléments et comme conditions 2. La vraie cause du mixte est au-dessus du fini et de l'infini *; c'est ce que Platon a clairement exprimé. Timée , enseignant que le Démiurge fit FAme du monde d'un mélange du divisible et de l'indivisible , distingue par là même le fini et l'infini. Si le Démiurge forma l'âme d'un mélange du même et du divers qui préexistaient, il est donc vrai de dire que l'Un forme la première essence d un mélange de fini et d'infini. Ainsi tout être est triple ; il participe du fini qui Iqi donne son essence , de l'infini qui lui donne sa puissance, et de l'unité qui fond en un seul être l'essence et la puissance. Le principe supérieur qui opère leur union n'est pas un principe distinct et différent soit de l'infini, soit du fini ; c'est la cause d'où ils découlent tous deux, et qui, par cela même qu'elle les contient virtuellement
* Élém . phys.^ n, H , 4 2, 4 3.
^ Plat., Théol.y III, 9. Kcàtixat fàv ouv iravT«^o\i ptxrbv, ôç h TTCparoç, xa( ôcTTiipiaç ûicoçav.
^ Plat., Théol,^ III, 7. Kcà'h\à'i ^«aeçroTç irSffivIxToOffpwrov,
d'abord dans son sein, les combine et les unît dans Tacte de production. Le résultat du mélange est un produit mixte, à la fois fini et infini, mais qu'il ne faut pas confondre avec le principe d'où il vient. Le principe et le résultat ont tous deux un caractère mixte, fini et infini ; mais ce caractère, le résultat le tient de la participation au fini et à l'infini, tandis que le principe ne le tient que de sa propre nature. Il faut ajouter toutefois que dans la doctrine de Proclus, et en général des Alexandrins, le mixte est considéré tantôt comme le résultat, tantôt comme le principe même du mélange, et souvent comme le résultat et le principe tout ensemble. C'est qu'en effet le mixte est résultat en tant qu'il est l'œuvre de l'Un combinant le fini et l'infini ; mais en tant qu'il manifeste l'Un, il est principe par rapport au fini et k l'infini *.
Il y a donc ici à distinguer : 1^ deux principes constituants, le fini et l'infini; 2* le mixte ; 3* un principe supérieur au fini et à l'infini, qui, en les réunissant, forme le mixte. Telle est l'explication complète du Ternaire , objet mystérieux des méditations de tous les sages et de tous les inspirés des anciens temps. Après avoir défini la nature des principes du Ternaire , Proclus indique la fonction propre de chacun. Quel est le rôle du fini, de l'infini, et du mixte? Proclus s'explique très clairement sur ce point ; dans le fini, l'être se détermine et se pose; dans l'infini ^
< Plat., Théoi,^ III, 9. Ouata rotvuv iç\ vonrh rh ficxrôv, xac xjipiçarai irpuTo); ^h ành roû 3*100, irap' ou xcù rh airctpov, xoà rh Tzipaç* AcuTcpcdç Sky àno rûv furà rbv cvcaToy B'cov ^pxâ>v, tov «TTctpou Xrycj, %oà rcZ ircparoç. H yàp reroLpxYi alrca, ri rrîç pÇcejç iroïKjfixiî, iraXtv «ôré; tçtv h ^toç,
288 ANALYSE. LIVRE IIL
il se distingue et se détache de son principe ; dans le mixte , il y revient. L'existence propre et . indépendante, la séparation, la conversion (uTcop^ic, ;:rpoo^o;, 8m<7Tpo<pyi) , OU bien encore l'unité, le développement, la concentration, tels sont les trois moments de l'être considéré sous toutes ses formes; et même il ne serait pas exact de dire que la loi du ternaire n'atteint que l'être ou le devenir. Le ternaire n'est pas plus que le fini et l'infini , et l'unité qui les comprend, l'être, ou tel ou tel être. Il est la loi de tout être et de tout devenir. Et même il ne serait pas exact de dire que cette loi n'atteint que l'être et le devenir. Qu'elle n'atteigne pas l'Un en soi, c'est ce qui est évident, puisque l'Un est absolument simple. Mais l'unité divine, la bonté, première émanation de l'Un , n'y rentre-t-elle pas jusqu'à un certain point? Sans doute, quand l'Un passe à l'Unité divine, il n'y a point encore pluralité, mais il y a déjà nombre et développement. L'unité divine n'est plus qu'une image de rUn en soi ; donc, tout en étant une et simple par elle-mêjne, elle est déjà multiple par rapport à l'Un. Dès lors, elle subit la loi de tout multiple, et devient une triade \ dans laquelle on peut déjà distinguer le fini, l'infini et le mixte. Proclus le dit formellement : « Tout ordre des Dieux est composé des premiers principes, le fini et l'infini 2, » La différence et l'inégalité des ordres divins tient à ce que dans tel ordre
* Les mots ^T/iatre et triade sont employés ici dans uo sens différent. Ternaire exprime la loi constante , uniforme, universelle du fini ^ de Y infini et du mixte; triade exprime les diverses applications de cette loi.
^ Élém. thcnl.^ <H9. nSaot T<y$«; 3<«v ex T«y irpforwv \çrè ol^"
domine le fini, tandis que dans tel autre, c'est Finfini. A parler rigoureusement, ce rfest donc pas l'être en ôoi qui forme la première triade ; c'est le nombre divin. Dans la triade divine *, le fini, c'est l'existence substantielle de Dieu; l'infini, c'est la puissance d'engendrer ; le mixte , c'est le rapport de la puissance à la substance divine, ainsi que l'essence qui en résulte. Cette triade est exprimée tantôt par les mots de bontés de volonté et de Providence, tantôt par ceux de bontés de sagesse et de beauté. En outre , chacun des termes de la triade, considéré à part, est multiple lui-même (puisque tout est multiple en dehors de l'Un), et devient une triade.
La théorie du ternaire est , en quelque sorte , la clef de la philosophie de Proclus. Elle explique cette myriade de triades qu'il a semées dans son vaste système. On comprend alors pourquoi la triade est partout, dans l'ensemble et dans les détails. Rien de plus simple ; toute essence, par cela même qu'elle est complexe, tombe soiis la loi du ternaire, et par suite peut être conçue comme une triade* Les éléments eux-mêmes du composé étant jusqu'à un certain point complexes , il arrive qu'une triade peut en engendrer beaucoup d'autres. Vue de ce côté , qui est le seul sérieux , la doctrine de Proclus a plus de sens et de portée qu'on ne serait tenté de lui en attribuer au premier abord.
ySv, irfpaTo; xa\ âtrctpfac AXX' -h f^sv irpb; tî; toO TrtpxTOç aîrc'a? fiSXXov • Y, Sk, irpoç T^ç (XTcetp^aç.
* Plat., Théol., III, 25, 26, 27. ToO ixh tti/Jotoç, triJ v/roçScv tr«v i^eiav , t^ç ft àntipiaç , tyîv ycvvYîTtxiîîv ^yv^jiAtv , tov St fAexToO ,
TYiV oMw TY}V «7C' «VT^Ç WuXVUjUC'vog.
ir. 19
280 ANALYSE. LIVRE l^.
L Théorie du monde intelligible. La triade qui vient immédiatement après la triade divine est l'Essence intelligible , l'Être en soi , la première , la plus complète , la plus pure image de Dieu. Ce principe touche aux unités divines , mais il n'appartient plus au monde divin , par cela même qu'il est une essence , c'est-à-dire une unité déjà complexe K Quels sont, dans ce premier ternaire, les deux principes constituants , et quel est le principe qui les unit , c'est ce qu'il importe avant tout de déterminer. L'un des principes constituants 2, l'Être, c'est la nature toujours une et immobile, uniforme, compréhensive de l'Un; l'autre , la Vie , c'est la puissance surabondante de l'Un qui s'épanche et se divise en s' épanchant ; quant au mixte, l'Intelligence , c'est ce qui résulte de l'union des deux autres. Le principe de cette union est l'Un en soi *. Dans l'Être proprement dit , l'essence se tient dans son unité, toujours immuable et uniforme; dans la Vie , elle se répand et se développe ; dans l'Intelligence , elle se recueille et revient à son principe.
Mais cette première triade en comprend beaucoup d'autres. Il faut donc rechercher quel est le nombre et là nature des essences qu'elle contient. L'Être intelligible, en tant que manifestation de l'Un, est susceptible de degrés. Au premier degré, il est l'Être en soi ; au deuxième, la Vie; au troisième, l'Intelligence. Dans
* Elém, théoL^ 138. Docvtwv twv fii£Tc;^ovTwv tÎîç S^etaç l^co-nj- TO;, cx9coufievo>v, -TrpwTjç-ov ïçi xat àxpoTacTov tô ov.
2 Plat., ThéoL^ m, 9. — j^/e/w. théoL^ prop. 4 03.
« Plat., ThéoL^ IV, \. EÇippîQTat Sk -h oujia tuv Xocirwv. (VIcW i\ fXotxev fi Çwi TaÇcv. Ta Sk irjpaç vriç rptà^oç TauT>?ç, tniçpifti irpbç rîîv âpp(V2v ô voOç
PftOGLUS. THÉQLOGIE. t04
l'essence comme dans Taction, TinteUigence suppose la vie, la vie l'être, et l'être vient de l'Un *. Du reste , il ne faut pas croire que l'être subsiste sans la vie et l'intelligence , la vie sans l'être et l'intelligence , l'intelligence sans l'être et la vie. Toute essence intelligible est à la fois être, vie, intelligence : être, en tant que permanente et identique ; vie, en tant que puissance expansive ; intelligence, en tant qu'elle revient sur ellemême. C'est ainsi que l'essence intelligible est une dans sa triplicité et triple dans son unité. L'être en fait le fond, la vie le centre, l'intelligence le terme ^. L'être est donc, pour toute essence intelligible, principed'unité comme la vie est principe de variété , comme Tintelligence est principe du retour de la variété à l'unité. Les proportions de l'être ^, de la vie, de l'intelligence varient dans chaque triade. Dans l'Être en soi , c'est l'essence qui prédomine ; dans la vie, c'est la vie ; dans l'intelligence , c'est l'intelligence. Mais il n'y a dans le monde intelligible, ni être pur, ni vie pure, ni pure intelligence, parce que tout être intelligible est une triade. Donc l'être est vie et intelligence , comme la vie est essence et intelligence, comme l'intelligence est essence et vie : seulement, chaque triade convertit en sa propre nature les deux autres. Ainsi l'essence est vie et Intel -
* Plat., ThéoL, m, 4,9, 41, 42, \Z. — Dental.^ 4. iWàrà làv CwvTa tcavTa, xac ohijiav (-/tt, xai to 8v. Ta ^c SvTa iroXXaj^ov xac Coy?; tçty afxoipoL.
* Plat., Theol,, m, 9. Xl^Ttaç 5i, xac ouatw^cS; èv tw 5vt? icovra irfoyTrop^ctv. ExcT yàp xac i ovaia, xac -h C(*>^» ^'^t ^ vovc, xal yj ix^vnç Twv ovToiv* H Sk QûV) xh fxiaov xcvrcov toO ovro;* O ^ vov^, TO wipaç ToO oyroç.
^ Plat., Théoi., III, 9.
293 ANALYSE. LIVRE IIÏ.
ligence essentiellement ; la vie est intelligence et essence vitalement; l'intelligence est essence et vie intellectuellement^. En résumé, la triade suprême, l'essence intelligible comprend une première, une seconde, une troisième triade. Première triade dont la nature propre est l'être , comprenant la vie et l'intelligence comme principes inférieurs; deuxième triade dont la nature propre est la vie , comprenant l'essence comme principe supérieur et l'intelligence comme principe inférieur; troisième triade dont la nature propre est l'intelligence , comprenant l'essence et la vie comme principes supérieurs. On voit que chaque triade comprend les trois termes , être, vie, intelligence, mais que ces termes changent de rôle suivant la nature de la triade. Dans la triade de l'être, la vie, principe supérieur à l'intelligence, est le fini, l'întelligence est l'infini, l'être est le mixte. Dans la triade de la vie, l'être est le fini, l'intelligence l'infini, la vie le mixte. Dans la triade de l'intelligence, l'être est le fini, la vie l'infini, l'intelligence le mixte. Ainsi l'être , la vie , l'intelligence sont les principes de toute nature intelligible , ils se retrouvent partout dans le monde intelligible avec des proportions infiniment diverses. Non seulement ils constituent les trois triades qui sont à la tête des essences, des vies et des intelligences, mais encore chaque essence , chaque vie, chaque intelligence particulière ; ce qui donne lieu à un nombre infini de triades. Après avoir déterminé le nombre, le rang et la na-
I £lém. thcol. , prop. 1 03 . Ilavrot h Tracr; • ocxcïw; ft cv ïxâutfù ' xa( yip iv T&> ovrc xat ri Çwi xa? h voviç, xa\ cv tÎ ÇwÇ to cTiotc xoe\ xh voir/, xoti h rtù v^i 16 cTvat xa» to Ç^v. AXX' ortoO plv .ocoôç, orro'i
ft ÇcoriXWpTVJ ft $VT«Ç OVTOC 7C«VT«.
PROCLIS. THÉOLOGIE. 393
luredes triades contenues dans l'essence intelligible, Proclus en expose les propriétés.
1° Toute intelligence, c'est-à-dire toute essence intelligible *, est uniforme et par conséquent parfaite. Mais en tant qu'elle participe immédiatement à la bonté divine , elle est la première Intelligence , et , comme telle, engendre les autres intelligences.
2° L'Intelligence première est imparticipable , par cela même qu'elle est première. Les intelligences qui viennent ensuite sont nécessairement participées 2. Les unes illuminent l'Ame supérieure au monde et imparticipable elle-même, les autres l'Ame connexe au monde. Celle-ci ne saurait être immédiatement reliée à l'im participable ; car les progressions se font du semblable au semblable et en passant par tous les intermédiaires.
â"* Toute intelligence se comprend soi-même , mais la première Intelligence se comprend elle seule, et en elle l'intelligence et l'intelligible sont une même chose ^. Chacune des intelligences qui viennent après se comprend elle-même , et en même temps ce qui est avant elle; pour elle l'intelligible est en partie ce qu'elle est , en partie ce dont elle vient. Car toute intelligence comprend ou soi-même , ou ce qui est au-dessus, ou ce qui est au-dessous d'elle^. Pour
> Élcm. t/téol,^ prop. < 60. H y a dans le texte voOç J^cw;; mais" il est évident qu'ici Proclus n'entend plus Tintelligence comme troisième terme delà grande triade intelligible, mais comme Tessence intelligible en général , comprenant l'être en soi , la vie , l'intelligence.
Prop. 161. Ilav xh ^vtc*; ov, t6 twv Bitâj è^r^^ivov, 3ï{6v tçt '/Oit àfjieOcxTov*
Prop. 1 67. riàçvoOç eauTÔv vocr, à>.X' ô fi«v Trpwic^oç L.vTbv ,w.ôvvv. * Prop., ibiJ.
É94 ANALYSE. LIVRE lU.
comprendre ce qui est au-dessous , il faut qu'elle se tourne par conversion vers l'inférieur, toute intelligence qu'elle est. Mais elle ne peut connaître ce vers quoi elle a fait sa conversion , n'étant point en lui, et ne pouvant d'ailleurs connaître que ce qu'elle est ou ce qu'elle éprouve. Si elle connaît ce qui est au-dessus d'elle , elle ne pourra le connaître que par l'intermédiaire de sa propre pensée , et alors elle se connaîtra en même temps qu'elle connaîtra ce principe supérieur ^. Autrement il faudrait dire que, connaissant autre chose qu'elle-même, elle ne se connaîtra pas même en tant qu'intelligence, ce qui est impossible. D'ailleurs, puisqu'elle est supposée connaître entièrement ce qui est avant elle, elle sait qu'il est cause et de quoi il est cause; car si elle ne sait pas cela, elle ne connaît vraiment pas ce qui est avant elle, elle ne sait pas ce qu'il produit en vertu même de son être. Si elle connaît de quoi est causé ce qui est avant elle, elle saura qu'ellemême vient de cette cause ; elle se connaîtra. Ainsi toute , intelligence est intelligible , et tout intelligible est intelligence : seulement, l'Intelligence première est ab-, solument identique à Tlntelligible , tandis que toute intelligence inférieure est identique à son intelligible en tant qu'elle en vient, mais en diffère en tant qu'elle lui est inférieure K
1 Élem. théoL^ prop. t67.
2 Prop. 467. OAwç ^t rb Tcpô aOtov ytvwoxwv, oWev âpa ore xAi aiTtov crtv exen;o, xat wv afrtov. Eî yàp rayra àyvoioaet, xçcxrcvo oyv9Tfî«t To, Tw cTvae icotpayov, a irapdîye?, xat a Trapayct, fXYj ytvwwùw» • ô ^ x)(fiçio'Jtf xac «V «Trtov to irpb avrou ytvwTXWV, %<xt covtôv ixttOtv uiro<ravTa yv<07crcx(> Ilavrci); apa tô 7rp6 «vtoO yjvwffxwv yvci^crac xa( éauTÔv*
4* Toute intelligence est éternelle en essence, en puissance; et en action*. En effet, si l'intelligence et Tintelligible sont identiques , l'acte intellectuel qui est l'intermédiaire entre ces deux termes , sera identique avec eux. Il sera donc éternel comme l'intelligence elle-même. Et si l'acte est éternel , à plus forte raison la puissance le sera également.
5* Toute intelligence connaît tout en même temps; mais l'Intelligence imparticipable connaît simplement, et les intelligences qui viennent après connaissent individuellement ^. En effet , si toutes les intelligences comprenaient semblablement, elles ne différeraient pas les unes des autres , elfes seraient toutes semblables, puisqu'elles sont ce qu'elles comprennent. Si elles étaient toutes semblables, il n'y aurait pas une intelligence participable et une Intelligence imparticipable, puisque dans toute intelligence l'essence est identique à l'acte. Reste donc que chaque intelligence, ou ne comprenne pas semblablement toutes choses, mais seulement une ; ou en comprenne plusieurs, mais non toutes ; ou enfin les comprenne toutes, mais particulièrement. Or, si l'Intelligence première ne comprend pas tout à la fois, elle est transitoire et successive, elle n'est plus l'Intelligence pure et immobile ^. Mais si toute
' Prop. 4 69. nSéç voûç Iv alwvt niv rt ovatav ?;^if, xa2 riv ^afifv, xa^ TJ]v cvcpyetov.
> Élém tfieol,, 4 61. Ilaç vou; irovra Sifxa vocT. AXX'ôjuiiv àpi'- OcxToç àirXwç iravra. Té5v ^ {xtr ixc7va>v rxaço; xaô h airotvTa.
3 Prop. 470. El yàp utraSriatrat %a\ voyÎ-tcc, oû;^ afji«, àïkù nf>6^ TCGOv xat uç-£pov, àxcvijTOÇ wv (xat) tçat y^)(yiç y^tiçMv, TÎjç èv tS x(- •inToBai irovta voouotîî, 9tà tô fxivuy fv |u6vov voSv. llé\tTa 5fa và-nctt
296 ANALYSE. LIVRE IIL
intelligence connaît tout en même temps comme l'Intelligence première, et que pourtant elle doive en différer par quelque côté , il reste à dire qu'elle connaît toutes choses dans leur variété et leur singularité, tandis que l'Intelligence première les connaît dans leur unité et leur identité *.
6° Toute intelligence est une essence indivisible 2. Tout divisible l'est en raison de sa grandeur, de son nombre ou de son mouvement. Or, l'intelligence est un nombre sans doute , mais un nombre unifié , antérieur au nombre divisé , incorporel et immobile.
T Toute intelligence est contiguë aux éternels , et constitue en substance les essences immuables ^. En effet , tout ce qui est produit par une cause immobile est immuable dans son essence. Or l'intelligence, étant éternellement immobile , produit toujours et uniforniément ; elle n'est donc point cause d'êtres qui tantôt sont et tantôt ne sont pas , mais d'êtres qui sont toujours,
8° Toutes les essences intellectuelles sont les unes dans les autres, et chacune en soi séparément ^. En effet, si l'ordre intellectuel est simple et indivisible, toutes les
1 Prop. 170.
^ Elém, théoL^ prop. M\ . ïlàç vous o^eptç-è; tç"tv ouata. Et yàp à^tyiBriç xoLt àacôaazo; x>t àxtvyjroç, à^ipiçbif ici, Ilav yàp to Ô7r«- GoOv /jicpcç"6v, ri xaToc fxtytdoçy ^ xaroc ttXîîÔoç, ri xaxà ràç hspysiaç CCI ixzptçQV èv Jfpôvw yfpojuicvjtç * ô ^ vouç xarà iravra «loivfoç, xae cttcxctva çtafJMTtùVy xai f/vwTott to îv avrw tu\ridoç* Apff^cçoç apa £ç"tv.
3 Prop. 172.
* Prop. 176. Ilavra là vocpà ti^n xoti b àXXrîXotç tiat xae xa9 ' auTO cxaçov. Et yàp à|jieptç-o; iraç vouç, xat y,vto|:A£vov Stà ttiv vorpoev à^i^iioM TO £v oÙTO) irXri6o;> cv evi Travra, xac àf»£(>y) yjvwTat âXXriX9(; *
XX'S yOtT^C TrdévTOC ^«à 7f«VTWV,
PKUCLIS. THEOLOGIE. 297
essences qui le composent sont dans chacune, et réciproquement. Mais, d'un autre côté, si toutes sont immatérielles , elles ne peuvent se mélanger les unes avec les autres; elles existent séparément, et chacune, conservant sa pureté, demeure ce qu'elle est. Ce qui annonce certainement que les essences intellectuelles ne se mélangent pas , c'est la participation toute spéciale et toute singulière des êtres participants; car, si les participés n'étaient distincts et séparés les uns des autres , ceux qui participent à chacun d'eux n'y participeraient pas d'une manière distincte et particulière , et il y aurait dans les participants encore plus de confusion que dans les principçs qui sont d'un ordre plus élevé.
9" Dans l'ordre intellectuel * , telle intelligence comprend les formes les plus universelles , telle autre les formes les plus particulières, en raison de leur supériorité ou de leur infériorité ; et ce que comprennent le plus universellement les intelligences supérieures, les intelligences inférieures le comprennent aussi, mais plus particulièrement 2. En effet, les plus élevées ont des forces plus grandes, étant plus semblables à l'Un que leurs inférieures. Les moins élevées , étant plus divisées en nombre, énervent les forces qui leur ont été ti'ansmises. Les premières peuvent donc produire des effets plus nombreux et plus énergiques, en vertu de la concentration de leur puissance sur un plus petit nombre
< Élcm, M6W.,prop. Ml.
2 Prop. 4 77. Tla; voO;, T/vip&Yia wv stowv, ô f»£v ôXwwrcpwv, 6 5s fxtf>t:i<û7tç.MV ïçi Tttptsxxtxb^ etocov * xa'« ot fùv ocvttiTtÇitù vocç ôXcxwtfpov tj^oufftv, oau {jtcp<xcoTcpov et fier' aOroù;* oi ^ï xxTcoTcpo) fuptxcÛTipov,
070) ci/t/.wTîpov q\ nçi'j ftOro);.
«98 ANALYSE. LIVRE IIL
de formes. Au contraire , les secondes produisent des effets plus rares et plus faibles , par la dispersion de leur puissance en un plus grand nombre de formes. Or, dans ceux qui produisent plus, par moins de formes, les formes sont plUs universelles ; dans ceux qui produisent moins par plus de formes, les formes sont plus particulières ; d'où il résulte que ce qui est engendré au moyen d'une seule forme par les supérieurs. Test au moyen de plusieurs par les inférieurs , et réciproquement *. L'universel et le commun arrivent d'en haut à tous les participants ; l'individuel et le différent viennent d'en bas. En sorte que les intelligences secondes affaiblissent en quelque façon , par la destruction et la décomposition , les formes générales, pleines de vertu et d'énergie , des intelligences premières.
Cette théorie de l'intelligible ne diffère pas seulement quant aux détails de celle de Plotin ; elle en diffère encore quant au principe. Plotin considère Tintelligence comme le type le plus parfait de l'être et de la vie. S'il lui arrive d'identifier l'intelligence, soit avec l'être, soit avec la vie, c'est qu'alors il prend l'être et la vie à leur plus haut degré de perfection. Mais nulle part il ne reconnaît, sauf l'Un, de principe supérieur à l'Intelligence. Proclus, au contraire, dans sa première triade intelligible, relègue l'Intelligence au troisième rang , et s'applique à démontrer la supériorité de l'Être et de la Vie. Cette différence grave dans les résultats tient à une différence non moins grave dans les méthodes. Plotin et Proclus cherchent tous deux , à l'exemple de Platon et d'Aristote, ce qui constitue
Prop. ^77. Kaj To psv oXov xat xotvbv Tra^t toTs ynzt^orjfftv ôtyca- 9£v 7r«paytvea0at ' to 5c fxmt^iafAî^o'é xat to îJtov èx twv &uTcpwv.
PROCLUS. THÉOLOGIE. J9d
Texcellence des êtres; mais il est évident quMIs ne s^arrêtent pioint aux mêmes caractères. Plotin, dans sa théorie de l'essence, s'attache à l'acte le plus pur et le plus parfait de l'être et de la vie, à Tintelligence. Proclus , dans cette même recherche , se préoccupe plus particulièrement de la vertu compréhensive des principes, et mesure leur valeur et leur dignité à leur degré de généralité. Pour Plotin, l'intelligence est supérieure à l'être et à la vie, parce qu'elle les surpasse en perfection; pour Proclus, elle leur est inférieure en tant qu'elle y est comprise. La méthode du premier embrasse les êtres dans leur étendue : la méthode du second les atteint dans leur point culminant. Dans le point de vue de Plotin, on pourrait retrouver l'esprit d' Aristote , et dans le point de vue de Proclus, l'esprit de Platon.
IL Théorie de l'Ame. Entre le monde intelligible et le monde sensible, entre l'intelligence et la nature, il n'y a nul rapport ; il ne peut y avoir qu'opposition , et dès lors toute communication devient impossible. Il faut donc qu'il y ait entre ces deux termes * extrêmes et entièrement contraires un terme interïnédiaire qui ne soit ni l'un ni l'autre, et se rapproche de tous deux;
* Com, Tim.^ 479. McVa ^'ouv rourew iç\ twv âxpwK, rh oûx
OVTb>; OV, X,OtrTTOV fàv ÙV TOÛ fii OVTOÇ, \JffUIJ£VOV ^ TOU OVTblÇ OVTOÇ.
To xar' ovatav pcv» irri ov dctwvcov, rotç tc cvcpyicaç cv XP^'^V iroiouftt- VOV9 TO ôc^ucptçov jixlv, xarà t6 Iv aurai Bttôzarov» MrpcÇofACvov Sk xarà T^ frotvrocav tc5v Xôywv Trpoc^ovj rh aura cauTo x(vo\iv, tc5v ^v CTCpoxfvioTcav &ffiroÇov, twv Sk àxcvi^Twv u^stjuitvov. Tô picrà rriç ôXo- TïjToç xoLi xh fjitpixîùç tfXifOLÏvov- R jcrà jutcv TO iravTot; lyttv auTÔ Xoyouç ZXov irwf ov, xarà Sk tyjv xtftctv xat rb |jie|»t9^ôv, xal t^v futa^a^tv ryjç ivtpydaç fuptxov yatvo|Jiivov, Tb xac êauTo tiXkîOv xott utto twv 'TTpb aVTOV TcXfcov/Jicvov.
qui soit inférieur à l'être véritable , et supérieur au non-être ; qui ait une essence éternelle , et ne puisse agir que dans le temps ; indivisible quant à sa nature toute divine, et divisible quant à ses opérations ; cause de son propre mouvement, supérieur aux êtres qui ne peuvent se mouvoir, inférieur aux êtres qui sont naturellement immobiles ; universel et particulier tout à la fois ; universel en tant qu'il réunit en soi des facultés diverses, particulier en tant que le développement de son activité implique succession, division, changement de lieu ; travaillant de soi-même à sa perfection , perfectionné aussi par les émanations de ses supérieurs, et plus parfait que les êtres qui ne peuveiit se perfectionner eux-mêmes; essentiellement vivant, mais comme première émanation de la Vie en soi ; supérieur à ceux qui ne font qu'y participer, mais inférieur à ceux qui la possèdent par eux-mêmes, sans l'avoir reçue; enfin entièrement distinct des êtres matériels, et pourtant coordonné avec eux. Ce principe intermédiaire est l'Ame. L'Ame représente avant tout l'Intelligence dont elle est fille; mais elle représente aussi tout ce qui est contenu dans l'Intelligence, la vie, l'être et même l'Un *. Elle est une certaine unité triple, une triade qui a son essence , sa vie , son intelligence, ou plutôt elle est tout à la fois essence, vie et connaissance 2.
Proclus énumère et démontre les attributs et les
1 Élém, théol., ^94. —De mal., 4. — Corn. Parm.^ vi, 224.
2 Élém. théoL^ prop. 197. Ilàja tj^i^^ ouata Ici Çwtuïî xat yvwçcxïî, xotc Çj)Yî ouTcco^yjç xart yvw^exY), x«i tî); yvwJiÇ o-j^ta x«« Çwfl, xat ajiA» h aÙT^ Tcavrot tô oÙ7«w<ΣSî rà Çwrtxbv, tô yv&x^aôv, xai uavra iv irà-t, xac 5(Wf>'(; exarov.
propriétés de l'âme en tant qu'âme , sans considérer tel ou tel ordre d'âmes en particulier.
!• L'Ame est une substance incorporelle et séparée du corps *. Supposez qu'elle se connaît elle-même : •tout ce qui se reconnaît soi-même se replie vers soimême; ce qui se replie vers soi-même n'est ni corporel (car aucun corps ne peut se replier vers soi-même), ni inséparable du corps (car ce qui serait inséparable du corps ne pourrait se replier vers soi-même, puisque en cela il se séparerait du corps) 2. Maintenant qu'elle se connaisse elle-même, cela est évident; car si elle connaît ce qui est au-dessus d'elle , elle est en mesure de se connaître bien mieux par la connaissance des causes qui sont avant elle.
8* L^^Ame est immortelle et incorruptible ^ En effet, tout ce qui peut se dissoudre est ou corporel et complexe , ou bien a sa substance dans un sujet différent. Ce qui se dissout se corrompt comme composé de parties. Ce qui est dans un autre sujet disparaît dans le non -être aussitôt qu'on le sépare de son sujet. Mais l'âme est incorporelle, et existe en elle-même, hors de tout sujet : elle est donc immortelle et incorruptible.
« Ibid., prop. 4 86. .
*'* Elém. théoi, f'prop, 4 86. Ua9oi '^X'^ ot^w/iaTÔç tçrj ouat'a xac 'jçtoùiçTii cwuïTo; * cl yàp y(vw7xçe cotwTYîvi "ïtav «5i xb coiuro ytvwTxov * TTCoç cotuTo imçpifftraij to ^î trpô; cauTo èrrfçpE^ov ourt (Ttôfxa Içt (irav yàp ç5f*a orjz-KiçpO'^TJ irpoç èouTo) ourc cw^uïtoç d^^wpjçov. Ko^ yotp TO GciyLCiLTOi ojfwpeçov o\» icc^xe irpo; taoro ÏKtçpé^tvj ' ^çwf (Çotro ^àp «v TotiTtî aa>piaroc. Da^a apa ^^^^ o\5ri owuaTtxYj içrj o\i<ria, ovTt awjjiaTo; ôe/tAptço; ' àXXà iiY,if on yntacxtt eavTyjv, yavtpôv. E! yàp xac rà xjnïp owrtiv yvju>cxtt, xott cavTïjv m<fyjxt ytvwcrxcfv, troXXéa jUfeÇ^vw? œtt' aÎTiwv twv 7rp6 «ÛT^; yiv«crxw7« i vrrlv.
^ Prop. 187.
&"* L'âme est la vie et tout ce qui vit K Ce k qucû l'âme est présente vit nécessairement ; et ce qui vieni à être privé de l'âme l'est en même temps de la vie. Or l'âme est participée par ce à quoi elle est présente, et le participant de l'âme est dit animé. Donc, ou l'âme est la vie elle-même , ou elle est le vivant , ou elle est tout à la fois la vie et le vivant. Si elle est seulement le vivant sans être la vie , elle sera composée de vie et de non-vie , ce qui l'empêchera de se replier vers ellemême et de se connaître ; car toute connaissance est vie , et réciproquement. Mais si l'âme est seulement la vie , elle ne participera point à la vie intellectuelle , toute participation supposant un sujet. Or l'^ipe ^ en tant que principe inférieur à |a vie et ^ l'intelligepce , y participe nécessairement. Elle est donc jiussi le vivant ; elle est donc tqut à la fois la vie et le vivant. Bien plus, l'âme pouvant se replier yer^ elle-même, subsistp par soi. Or, comme être et vivre sonj; pour e)le une seqle et même cho^e , il s'ensuit que l'âme e^t vivante par ejle-même ^.
4"" jp'âme tient le milieu entre les essences indiyi-
^ Êlém, théol.y prop. 188. îlaétTa x^u;^ xaj Çwyî ici xai Çwv ' w yàtp av irocpayevTQTae ^^X^'i '^^'^^0 Cç «5 Qcvjiyxviç ' xol\ to ^{'w^ç tçcpvj^evov ^oiYiÇ eOOù; afxotpov ànoXtirttvat,
^ Élém. t/iéol., prop. 4 89. Uoluol ^v^h auTot^wç Içiv. Ec yàp iTTCçpcTTTtxîî icpoç cauTïjv, TO Sk TPpo; eauTO €Trt<rpeimxèv icav auôyicoç-arov, %a\ cautiîv ûytçyjciv. AXXà /liv %ai Çwïj Içt, xai Cwv, xan5 vYCOpÇcç ayjzrtç xarà xh Çcurtxov. Kori yàp, oT; av irap^, C<>>^> fÂtraèiiaatv aÙTÔ) tw cTvat..* Tb apa sTvac aÙTÎjç raurov tw J^r^v. E( ouv t6 cTvo« irap toPiTTiÇ f^«!, ToOto 51 tw Ççv raÙTov, xa\ ^ccxar* ovaiocv TÔ ÇÇv, xa( Tijv Cw'îiv àv caur^ Trope^f ot xa\ irap ' Îowt^ç f;(Oc . El ^ toOto, «vtoÇwç av «17 r/x|/u;^r;.
PROCLIS. THÉOLOGIE. 303
sibles et les essences divisibles qui habitent les corps. En effet, si elle est vivante par elle-même , et que d'un autre côté elle ait une essence séparée du corps , elle est distincte de tous les principes divisibles qui sont dans les corps ; car ceux-ci sont tout-à-fait inséparables de leurs sujets. Us subsistent dans la vie , dans la forme , dans Tessence ; mais ils n'ont ni vie , ni forme, ni essence propre*. L'âme, au contraire, a une vie, une essence, une intelligence à elle ; donc elle est différente et distincte des essences divisibles. Mais d'un autre côté elle a tout reçu de principes supérieurs ; elle n'est pas la vie, l'essence, l'intelligence en soi. Or tout participant est aii-dessous du participé. Donc l'âme est inférieure aux substances indivisibles auxquelles elle participe; donc enfin elle est intermédiaire entre les indivisibles intelligibles et les divisibles sensibles.
5" Toute âme susceptible de participation (j^gôejcrii) est éternelle quant à l'essence , et temporelle seulement quant à l'action; En effet, ou bien elle est éternelle , ou bien elle est temporelle quant à l'essence et à l'action tout à la fois , ou bien elle est éternelle en un sens et temporelle en un autre. La première hypothèse est impossible ; car alors l'âme serait une essence indivisible, et ne différerait en rien de l'hypostase intellectuelle. La seconde hypothèse est également impossible ; car alors l'âme serait un êlr$ engendré , et non un être vivant et subsistant par luimême* Reste donc la troisième hypothèse '.
6* Toute âme participe des substances qui possèdent
* Prop. 190.
' Élém. théol.y prop. 4 90.
en propre l'être et réternité , et en même temps elle est le premier des êtres engendrés ; car , étant éternelle en essence, elle possède l'être substantiellement, et le possède éternellement. D'une autre part, par cela même qu'elle tombe dans le temps par son action , elle est engendrée ; mais comme c'est par son action et non par son essence qu'elle tombe dans le temps , elle n'est engendrée que quant h cette action : elle est donc le moins engendré de tous les êtres susceptibles de génération, et, en ce sens, le premier des êtres engendrés *.
T Toute âme vient immédiatement de l'intelligence. En effet, si l'àme a une essence immuable et éternelle, elle procède d'une nature immobile ; car ce qui sort d'une nature mobile change sans cesse quant à son essence. Le principe de toute âme est donc immobile ^. Mais quel peut être ce principe, si ce n'est l'intelligence, puisque, entre lessence immuable et éternelle de l'âme, et la nature immobile de l'intelligence, il n'y a pas d'intermédiaire? D*un autre côté, si l'âme est perfectionnée par l'intelligence , si elle en participe , si elle se replie vers elle , c'est qu'elle en tire son essence. Dès lors l'âme contient toutes les formes que l'intelligence possède premièrement. L'intelligence produisant l'âme lui communiquera l'empreinte essentielle de tout ce qui est en elle ; car tout être qui produit en vertu de son essence même transmet à son produit ,
* Prop. 192. Xïàica^rjyrn /isGcxtj} twv rc «ce xai wtwç ovtwv Içl^ xac irwTTfj Twv yevvnTwv.
* Élém. théol.^pvoip, 192. Ilôé^a J/y;^// tr^ otc^^wç àirô voO vy/çrr XIV. El yap «fACTa6).ïîTov ï/tt rtiv oûc£«v x«j otfwvtpvi ôcirb ô(X{vr)rou
PROCLIS. THÉOLOGIE. 305
sous forme inférieure , ce que lui-même contient à un degré supérieur K
8*" L'âme susceptible de participation ( il ne s'agit pas de Tâme imparticipable , i^Lihtxvii , principe de l'ordre entier des âmes ) se sert d'un corps éternel , ayant une substance éternelle et incorruptible ^. En effet, si toute âme est éternelle quant à son essence, et que par son être même elle anime un corps , il faut qu'elle l'anime toujours ; car l'être de l'âme est inamuable. Or, ce qui est toujours animé vit toujours , et ce qui vit toujours est éternel. Mais par cela même que le corps qui participe premièrement de l'âme est éternel , il est inengendré et incorruptible quant à son essence*
On a vu que l'âme, éternelle quant à son essence, appartient au temps par son action. Avant de la suivre dans le temps , il est nécessaire de définir la nature de l'éternité et la nature du temps , et de montrer le rapport de l'un à l'autre. L'éternité est la totalité de la durée concentrée en un point indivisible; le temps se développe en une succession de points divisible et infinie. L'éternité est la mesure des êtres intelligibles; le temps est la mesure des êtres sensibles. L'éternité et le temps ont des caractères absolument contraires; tout ce qui peut être affirmé
» Élém. théoL, prop. 194. Ilôéja ^^^ iravroe i;çci rà £?^>î, a h vovç irj)wT«ç ^C(. Et yàp àirb toO voû irpoctor, xoù voûç 6 ôiroçatTîç tJAi;(V);, xotc aOroî Tà> etvae dex/vYjrof cov Trâvroe ô voOç napoyeti ^ônatt xa{ tÇ ^j^X? tÇ ^ftçafxivri Twv èv avr^*» ttocvtwv oùfftw^ctçXôyouç. Ilàv yoip rh Tw iTvai irotouv, o tçt irpcorcaç, roi yivo/utcva» itxtr tptaç ^trciL$t~ <îwa(. Tôiv vocpwv &ca tiiw ^y/i ocuTcpcaç tytt ràç tfAfaatts.
^ Élém. théoL, prop. 196.