CHAPITRE IV
Froelii»* Pkjstologlc.
CttUM fnale. Paradigme. Démiurge. Idées. Nature.
Proclus a jusqu'ici considéré Dieu , les êtres divins et les êtres intelligibles ; en traitant des âmes , il est descendu jusqu'à Textrême limite du monde intelligible, puisque l'âme, intelligible dans son essence, sensible dans son action , est le principe intermédiaire qui rattache les deux mondes l'un à l'autre. Il entre maintenant dans un autre ordre d'idées. Après l'Ame, le premier être que la science rencontre , c'est la Nature K La Nature est dans le monde sensible ce que Dieu est dans le monde intelligible ; elle le pénètre et le remplit tout entier ; elle en est le premier principe sensible. Mais qu'est-ce que la Nature ? D'où vient-elle? Jusqu'où s'étend-elle? C'est ce qui fera l'objet de cette deuxième partie de la philosophie, qu'on nomme physiologie.
Parmi les anciens, Antiphon confondait la Nature avec la matière , Aristote avec la forme , quelques philosophes antérieurs à Platon avec le Tout ^. Selon quelques Péripatéticiens , la Nature est l'ensemble des forces de pesanteur, de légèreté, de distension, de condensation ; d'autres définissent la Nature l'art de Dieu ; d'autres enfin l'identifient avec l'âme. D'après
Coffi. Tim., 4.
Corn. Tim. y 4.
110 ANALYSE. LIVRE ÎIL
les paroles de l'oracle, la Nature est une puissance infatigable à produire et à former, et qui entraîne le inonde entier dans un mouvement rapide et perpétuel *. Platon la place entre l'âme et la force purement corporelle , et en fait ainsi un principe intermédiaire qui tient à l'âme par son essence et au corps par son action. En suivant l'opinion de Platon (ce qu'il enteod toujours faire), Proclus la définit la dernière des essences incorporelles, la cause immédiate et sensible qui produit, conserve et dirige les être$ co^miqu^ç. La 3cience de la Nature , la physiologie , est la suite nécessaire de la théologie ^. En effet, la Nature, si on la rattache à ses causes, c'est Dieu, l'Intelligence, l'Ame, sortant des profondeurs de leur essence et se réalisant extérieurement par la vie , la forme , le mouvement et l'étendue ; c'est le monde intelligible, devenant le monde sensible et se manifestant successive*' ment par toutes ses puissances dans l'ordre mèrm de leur dignité et de leur importance ^. A ce point de vue, la science de l'intelligible et la science du sensible ont le même objet , l'intelligible , ici renfermé et commp condensé en lui-même, là répandu et développé dans le temps et dans l'espace: la physiologie n'est plus qu'une
^ Com, Tiin.y 4, 5.
' Com, Tim,, I, 63. Aeryàprifjv âcXijôcviov ^aioXoytav., è^airrtiv
xqtTot Tçcç oXa;. rdcÇctç wtwv.
3 Com, Tini.^ 36. Aa^ocç 5* àv ôtirb tout«^v ort jcat rà irpwra aTrtoe, CctWiç ovra tù.'fiçm xat yovt/jiou ^vocaeuç, Éaurà tc ffvvtj^tc xai picvct ^(0((b>vi(i>ç, xœi rà aXXa ^Kxpptovra. x(x\ <7xe^avvujEACva, xyiç iroep êauTbJv àÇeou cuvoyYiÇi wç xat to tou (7wt^,6oç ovo,uw, ^tTav xat sÇ>î|t*îptrvYjv., àirctxové^foOat irpôvotav, ây ru xat tv ^coTç itâat roTç vocpoTç xa\ Svifxtoxjpytxotç ahtotç iXkafxKtrat.
PttOCLUS PHYSIOLOGIE. 3 M
$urla de Ihéologie ^ Il faut donc bien se garder de |
f enfermer la physiologie dans la sphère qui lui est pro- j
pre, et de la réduire aux seuls principes du monde sen« I
sible, qui sont la matière, les idées engagées dans la {
matière 9 la force générale qui façonne la matière à !
rimage des idées. Il faut s'élever aundessus de. ces agents secondaires de la génération et de Torganisar tion du monde, et en atteindre la cause supérieure et purement intelligible , à savoir, la cause efiiciente, le pp,radigme , la cause finale ^.
Selon Proclus, cette tendance à rattacher les causes purement physiques aux causes intelligibles et celles-ci aux causes divines, et en général à s'élever en toute recherche des causes à la cause suprême , caractérise es* fi^ntiellem^nt laphilosophie de Platon, et la distingue de i
celle d' Aristote. Ce grand esprit embrasse la nature dans toute son étendue , et la pénètre dans toute sa profondeur, aussi bien que Platon : mais il aime à s'arrêter aux causes physiques , tandis que Platon s'élance jus* qu'au sommet du monde intelligible *. Aussi , tout ce que Platon attribue à l'Un , à savoir, le simple , le désirable, l'intelligible pur, Aristote l'attribue à Tin* telligence; tout ce que Platon explique par l'Intelli*
' Coin. Tim., 67. Eç-otc ouv aùrè ntft toO iravrô; ri ^ttùpiaxoB' 070V àiro Twv d'cwv irapoycrac to irSv- Ettci xac ttoXXoij^ôç àv rtç rbv xo9fAov. d'ea»p)3ce(cv , ri xocxà to fJtaïutrottStç , ^ xa6 ' oaov içkriptç içt r^}jf^txS>v rr xai ôXcxôJv, i xoS' oaov evvouc içiv. AXX o yt TîjtMtio;, ov xarot TovTouç /^lôvov voxiç rpôrrouç tntaxt^tTai tov toO iravTÔ; ^acv, âXXàe ^catt)cpôvrG>; xotrà tov ànb toO jrjjuiioupyoû irpooJov. Ou 6ii xod Yt ffiifTtokoyicti <paivtrat ^toKoyia reç ou<xot. Acort y^i rà y-iaci ^ecçura xa9' oorov tx ^cwv ârroycvvôtTai , ^tinv ittaç e^^cc w uicap^<v.
2 CoM. Tun., 4. 80, 81.
» Corn. TVw., 90.
31 î ANALYSE. LIVRE llf.
gence démiurgique , la Providence , la formation et l'organisation des êtres , Aristote le rapporte au ciel et aux Dieux célestes*. Il supprime donc l'Un d'abord, cause finale du monde, et l'Intelligible pur, principe supérieur à l'Intelligence, et qui doit être considéré comme le divin modèle , comme le Paradigme ; il ne reconnaît d'autre principe du monde que l'Intelligence, simple cause efficiente, vrai Démiurge -. 11 faut reconnaître avec Platon , pour principes cosmiques^ l'Un comme cause finale, l'Essence intelligible comme Paradigme, l'Intelligence comme Démiurge. La science de la nature comprend donc l'Un , l'Essence intelligible et l'Intelligence ; mais elle n'en parle pas comme la théologie , qui traite de ces principes en eux-mêmes. Elle ne peut les envisager que dans leur action sur le monde. Elle ne voit dans l'Un que la cause finale ^ , dans l'Essence intelligible que le Paradigme, dans Tlntelligence que le Démiurge ^, dans l'Ame que le principe de vie qui anime l'univers ^.
Proclus explique très clairement par là l'accord de la théologie et de la physiologie dans son système. Les principes de sa théologie sont, on l'a vu , l'Un , l'Intelligible en soi, l'Intelligence proprement dite, l'Ame.
* Com. Tim, , 90. Ooa yàçt tw li/t n^otrcov, Tovror tw vôi -Kiç^tzi- Qin^t ( ô AptçoTcXyjç ) , ro àîcXyîOuvTov , ro C'jjctov , to {JX/oh vocîv twv ôvjrt^v. 0<T(x «5c Tw 5/îutoupyw vw ô FlXaTWV raOra tm où|:avw x«r tuç oùpofvtotç 3toTç AptçoTfXr/Ç.
' Com. Tiw.^ 1.
^ Plat, thêni., m, 15.
* Plat. théoL, V, 12.
^ Plat, théoL, ï, 14.
PROOLUS. PHYSIOLOGIE 313
Proclus n'entend point poser de nouveaux principes dans sa physiologie quand il parie de la Cause finale , du Paradigme , du Démiurge , des Idées et de TAme du monde. Ce sont toujours les principes de sa théologie , mais seulement considérés sous un autre point de vue. Ajoutons que, dans la pensée de Proclus, ce point de vue est essentiellement inférieur au point de vue théologique. Les mots de Cause finale , de Paradigme , de Démiurge , d'Idées , d'Ame du monde , ne font qu'exprimer les fonctions de ces principes , dont la théologie a déjà contemplé la nature même.
I. Cause finale. On a déjà fait connaître , en traitant de la Providence , comment Dieu produit tout bien et toute perfection. Il est donc inutile d'insister. Il faut dire seulement que l'Un est pour l'être, en ce monde , un principe d'unité et de stabilité ; que toute loi , toute continuité , toute série , toute cause enfin d'ordre, de beauté et de vie, vient de lui. C'est ainsi qu'il est cause finale.
II. Paradigme (to 7:apa^ciY(i.a , ou bien encore to aùro- ^ûjov ). La nécessité d'un Paradigme universel est évidente. Le monde sensible n'existe qu'en vertu de sa participation au monde intelligible. Tout être sensible correspond à un être intelligible dont il participe ^. La relation du participant au participé est si intime qu'on
^ Plat. théoL, V, M. AcT yotp Kpvnyvi^on tb îv irotpa^etyi^a rwv irsXXwv, xaGcîircp ^y^ xae to e.» àyoi6ôv, tSv juicTijçojfjifvcdy otyttOéSv Ttpw- ^fçi^xi) xac tIv oXov xoj/tA&v ToO ivoç trotpa^ttyjîJLXTo; f è/ôv» , irpo twv iroXXSv. — Cam. Jfrib.^ui, 278. — De snrrtf. ctmagis. Agnovenint enim (sacerdotes) et in infimis suprema, et in supretnis infima, in cœlo quidem terrena secundum causant modoque cœlesti ; in terrA vero cœlestia , sed modo terreno.
314 ANALYSE. LiVRË UI.
petft (a^pontempler Tundan^ Tautre. Et en effet, si Le participant, entant qu'image, contientle participé» celui-ci, en (ant que cau^e, contient le participant L'être intelligible eat donc le type du sensible. Toute chose 90n^ble a son paradigme ^. Toute idée e§t comprime dans une idée supérieure, laquelle se confond elle-même dans une idée principale , jusqu'à ce qu*on arrive $1 upe Idée suprême qui soit le lieu et la substapce des idées , coRime le Tout est le lieu et la substance de» corps. Seulement , tandis que les corps coexistent distincts et séparés dans la totalité de l'univers, les idées coexistent distinctes , mais non séparées , dans l'unité ^in^le et indivisible de l'Idée suprême. C'est cette Idé^ qui est le Paradigme universel ^. Le Paradigme est l'Essence intelligible inférieure à Dieu ^ , mai$ supérieure à l'Intelligence ; il est unique, parfait, éternel ^ , toujours identique à lui-même , immobile dans son action , inépuisable dans sa production ^. Le Paradigme contient quatre idées, auxquelles peuvent se ramener toutes les autres : V l'idée des Dieux uniformes et célestes , produit de l'Un lui-même ; 2* l'idée des Dieux aériens, produit du fini ; 3° l'idée des Dieux
* Com. Parm.y v, 1 36. E' ^ #v} tôv xotrà ^u^rv èç-cv «tTca irot/ia-
* Com. Parm , v, 134. Eçt yàp rt; cvotç jtua twv i^tZvt àuf iç 7iait7ot.i irpp^XQov, tîc cttcxccvoc ÇyjTeîv aX)>îv où ^u- Tt yàp avtaripta W— varai X^pcTy rÇj; olxcioiç ivâ$oç\ outc yàp aut^a, eJw toO itotvTOî, outc rrpb T^ç otxeca; povà^uç, oÔté lîeà Trpo t^ç eva^oç twv t^ttôv.
Plat, théol.f Y, , Oç yoi^ To irpwTiçov twv Koi^uyfiaTàiyi ^ iv To) Vb> Tb> vov3Tb> ffuvuyc^xev.
* P/fl^ MeW.. ni, 15, 22, 27.
* Com. Pflrr/w.,20, 82.
PROCUîS. PHYSiOfJLWJlE 31 q
aquat|que«? ^ pf*oduit de Tinfini ; 4' i'idé^ des Dwfi terfe^tres , produit du mixte *. Le Paradigme comprend dans son unité indivisible ces qiiatre idée^, le3quelle» contiennent en essence l'univers tout entiej*, 1)63 ordres divine , démoniques $ mortels. Jl ne faut pM s'étonner que du même Paradigme sorte un Dieu, un déiTion , un mortel ; car ,plu3 l'image est éloignée 4u P;qixadigme , plus elle est faible et obscure* De là la supériorité de certains êtres et l'infériorité des autres. Du rieste , ces quatre causes n'agissent point séparément les unes des autres, et à part du Paradigme; elles se confondent dans l'unité de leur principe , en sorte que c'est toujours le Paradigme qui est la seule cau^e du monde ^.
La priorité du Paradigme sur ie Démiurge se trouve démontrée par l'existence des quatre idées dont on vient de parler. En effet, le Démiurge n'étant que l'intelligence qui contemple l'intelligible et illumine ensuite en vertu de cette contemplation la cause efficiente, le principe qui opère sur la matière suppose l'intelligible, c'est-à-dire les idées ^. Or, les idées elles-mêmes supposent l'Idée suprême dans laquelle elles viennent se réunir, et qui n'est autre chose que le Paradigme. Le Paradigme est supérieur à l'Intelligence proprement dite , mais il n'est pas au-dessus de l'ordre des intelligibles. Il n'en est même que le dernier terme ^. Quand Platon le nomme le plus beau des intelligibles, il parle des intelligibles vivants et non des vrais intel--
» Plat, théot., m, h^—Com. Tim., 280.
^ Plat, théoL, IV, 29; m, 19,27.
3 Corn. Tim., 98.
* Plat. théoL,y, SI.
3H ANALYSE. LIVRE lïL
ligibles K Maintenant, que produit le Paradigme ?| II est évident quMl produit des effets d'autant plus nombreux et d'autant pïus énergiques qu'il est une cause plus générale ^. C'est un principe qui a été suffisamment démontré ailleurs. Il concourt donc avec l'Un et avec l'Intelligence et l'Ame, avec ses supérieurs et avec ses inférieurs , à produire les différents ordres et les diverses parties du monde dans la mesure de puissance que lui assurent son rang et sa dignité. Mais en outre il a , par rapport au monde , une fonction qui lui est propre et qu'il ne partage avec aucune cause supérieure ou inférieure ; il est pour tout être le principe de la beauté ^ L'unité du monde lui vient de Dieu; l'ordre de l'Intelligence ; la vie et le mouvement de l'Ame ; mais il tient sa beauté du Paradigme seulement *• Cette fonction convient essentiellement à la nature du Paradigme ; car le beau est au bien comme le Paradigme est à Dieu. Il n'y a rien après le beau, si ce n'est le bien, de même qu'il n'y a rien après le Paradigme, si ce n'est Dieu ^
IIL Le Démiurge. Les Épicuriens n'admettent pas le Démiurge : selon eux, le monde est éternel et se suffit à lui-même. Les Stoïciens le reconnaissent, mais ils ne le séparent point de la matière. Aussi suppriment-ils le Paradigme et font-ils présider le monde par la Raison universelle. Aristote confond dans une
* Corn. Tim., 132.
2 £iêm. Meo/.,prop. 70,71.
3 Plat. théoL, VI, 3, 4.
< Ibid., m, 16. Év yotpTw vor/Tw fo xaXXoç. — Com. Tim., 82. Tô de Tcoepâ^iey|iia tou tc xaXXouç (aî:Tco;). > Com. Tim., 81, 8i.
PROCLIIS. PUYSI0LUG1£. M7
seule cause , qui est l'Intelligence , la cause finale ^ le Paradigme et le Déniiurge. Platon et les Pythagoriciens célèbrent le Démiurge distinct et séparé de l'univers , principe et providence immédiate du monde sensible ^. Platon a pu distinguer plusieurs causes démiurgiques , mais il n'a reconnu qu'un seul Démiurge. Le Démiurge est l'intelligence, non pas cette Intelligence en soi qui forme le troisième terme de la trinité intelligible (être, vie, intelligence), mais l'intelligence agissant sur le monde et l'illuminant d'une essence intelligible qui ne lui est point propre, et qu^elle reçoit de la contemplation des causes supérieures. Le Démiurge n'est que le troisième terme de la trinité intellectuelle \
Que l'Intelligence démiurgique, essence pure et immatérielle, bien supérieure au monde qu'elle a pour fonction de créer et d'ordonner , soit incorporelle et inétendue, c'est ce que Proclus ne prend pas la peine de démontrer ^ Il démontre seulement qu'elle est immuable en essence et en acte. Toute idée individuelle est éternelle; tout éternel a sa nature dans le repos, par cela même que tout changement en essence ou en acte suppose la divisibilité à un degré quelconque. Si donc l'intelligence démiurgique est indivisible, elle est éternelle et par suite immuable ^. Or toute intelligence est essentiellement indivisible, simple, engendrée; donc l'Inteliigence démiurgique est immuable, et elle l'est d'autant plus qu'elle est plus haut placée dans la hiérarchie des
* Plat. théoL, V, 12, 4 3. 16.
2 Plat, Mi'W.^v, 42. 4 3, 16.
3 Corn Tim.y 120. — Ibid.. 22. 24.
4 Cotfi. Parm., iv, 208.
3^8 ANALYSE. LIVKÈ Ht.
principes da monde. Mais, d'un autre côté, si elle est immuable en essence et en acte , il est nécessaire que , dans l'opération démiurgique, elle entre en mouvement. Gàr si elle crée le monde avec toutes ses parties et qu'elle communique à tout, au centre comme aux extrémités, la vie et la puissance , d'où peut-elle tirer tout ce qu'elle donne, si ce n'est de sa propre essence? C'est donc avec son être et par son être même qu'elle crée ; si elle produit la stabilité dans les êtres, c'est qu'elle est essentiellement immuable ; mais si elle produit le changement, c'est qu elle est aussi mobile *. Et en effet, puisqu'elle est intelligence, elle se pense ; or la pensée est un acte , un acte parfait , il est vrai. Le Démiurge ne ferait pas son œuvre entière, s'il ne réunissait dans sa nature les deux contraires, le repos et le mouvement. Car la fonction démiurgique ne se borne point à ramener à l'unité et à l'ordre l'expansion infinie de la vit universelle ; elle produit en outre la vie et le mouvement 2. En vertu du mouvement qui est inhérent à sa nature , le Démiurge se répand et pénètre partout ; en vertu du repos qui ne lui est pas moins essentiel, il impose sa loi immuable , inflexible , à tout ce qui est mouvement et vie. Maintenant, comment les deuk contraires, le mouvement et le repos, peuvent-ils
^ ConL Parm.^ iv, 209. ÀXX' orc /icv fctv mTxaj çaTtç xac xt»?-
vofi^fvç xaî rh trtç tr^Boveiiai; «epyiov, i^ ^ rb ose àixToeortàç tîÇç tvipytioLÇ ToO ^ulOMpyo^j , ypoupoOera tyjv ^paçriptov otuToO ^vafxtv ' $tà ri yàp fiypUTCvoç iç't xat àxfxaia x«c ^pûeç^pioç ri Yrpovoeot Toîi èriutovpyoxi TÔv oXwv, ^ «îtà xijv x«v>37«v; ètoi ri 9ï jutovepio; xott o^veÇctXXaxroç x«e dtxXtvxç, ri $ià Tïîv ç-aortv ;
2 CotN. Parm., iv, «08, 209, 210.
coexister dans le Démiurge , c'est ce qu'il importe de bien expliquer. Le repos et le mouvement considérés dans des êtres essentiellement distincts et séparés, sont vraiment contraires et n'ont absolument rien de commun. Dans ce cas , il est impossible qu'ils coexistent dans une seule et même essence. Mais dans le Démiurge, le repos et le mouvement ne sont plus des contraires * ; ils participent l'uli de l'autre en quelque sorte, le repos empruntant au mouvement l'acte producteur, et le mouvement empruntant au repos la persistance de la puis> sance productrice. En effet, si nous supposons le repos dans le Démiurge, sans l'acte et la vie , il faudra admettre dans le producteur quelque chose d'improductif. D'ailleurs, par cela même que le Démiurge est intelligence, il est acte et vie, et tout ce qui est en lui participe de l'acte et delà vie^. Autrement, comment constituer rintêlligence et la vie avec des éléments non intelligents et non vivants ? Donc dans le Démiurge, le repos est vie et acte, et par conséquent mouvement. Réciproquement, nous ne pouvons supposer qu'il n'y ait rien de persistant et d'immuable dans le mouvement du Démiurge; car si toute intelligence est un acte, elle est un acte immuable. Donc le mouvement dans l'intelligence démiurgique participe du repos, comme le repos
' Com. Pitr/n.j it, 240, 24 4. liât tpw yàp âvevépynjrov x«« ocC«i>ofv Tr«v çaffcv Troiri^o/icv, rj %ai raurr/ ^fiù-riç xat htpytiaç ixtr a^utao fity ; àXX cl jLiU ortitjtfr^roç içt xoct aZcaoç^ oure ytvvKjTcx») tiv^ç f^^'î ^^"f* f7(Sbc voip^. Uoct yùp TÔ èv v&> /kctc^^cc mai C«^Ç ' o^tc yàp iÇ avoiiruv r6v vovv, ouTC ex fiii Cc^r«*v ty}v Çomtv vftt^mai 5c)A(tov ' ce ^i ï^tt xoit ^Cdiôv xai cvcpyeiov ri ça^tç 9 t^tt %a\ xtvTjacv ' oftoîtaç iri xac riiif xivvja-fv .
' Com. Pnrm., 208, 209, 24 0,24 4.
du mouvement *. Voilà ce qui fait que le Démiurge produit tout dans l'Univers, le mouvement et la mesure, la vie et l'essence, le phénomène et l'être, l'individu et l'espèce, la multitude et l'ordre.
Au reste, le mouvement et le repos ne sont pas les seuls contraires que le Démiurge admette dans son sein; il comprend aussi l'unité et la variété, l'essence et la puissance, et d'autres oppositions encore K Cette dualité tient à la nature même du Démiurge qui n'est pas l'Unité pure et simple , mais une trinité composée d'un mélange du fini et de l'infini *. Le fini, c'est l'unité, le repos, l'essence; l'infini, c'est la variété, le mouvement, la puissance. L'antique théologie avait bien compris cette distinction, et l'exprimait par les noms de père et de créateur ( waT^'p , iroiTir/iç). Le Père est le fini, le créateur est l'infini, l'intelligence est le mixte. Proclus cite Platon à l'appui de cette opinion. Telle est la trinité démiurgique qui , à l'image des trinités purement intelligibles , se résout dans l'unité ^. Le Père en représente l'essence qui persévère en soi , le fils ou créateur la fécondité inépuisable, l'intelligence, la force d'attraction qui ramène vers le Démiurge les êtres qui en sont sortis; mais tous ces termes se confondent dans l'acte simple et indivisible du Démiurge , et c'est là ce qui fait qu'il est ineffable. Platon trouve audacieux ceux qui tentent
* Coffi. Tim., MO,
Com. Parm., \\ 31. Eirct yovv xai h èrifitoMpytxoç voû; pcxTo; 'T«>j «X**^ ^^ twT6* TTf'poeç xai arretpov, rotvTïi a> Xc'yoiTO xa't fv xoit
3 Com. Tint., 82.
* l^lat. théol,, \, I 4. ETvok |t*>v yàjS xa) Tj&/opîa 'iV/peo^jpyrxiv.
de Texprimer autrement que par des signes intelligibles et ne le fait comprendre que par des négations *. S'il en parle quelquefois affirmativement, c'est qu'il le considère dans son rapport avec les causes supérieures. Sous ce point de vue, le Démiurge étant compris et déterminé par ce qui le précède, peut être défini et positivement exprimé. Aussi Platon le nomme-t-il TcoivjTYiç, ayaôcx;, Tra-nîp, en tant qu'il participe aux causes supérieures; mais en tant qu'il est l'unité suprême (suprême par rapport aux inférieurs) dans laquelle se confondent Tessence , la puissance et l'intelligence , il est ineffable.
Voilà ce qu'est le Démiurge en soi ; il reste h le considérer par rapport à ce qui le précède et à ce qui le suit. Le Démiurge suppose le Paradigme comme objet intelligible de sa contemplation ^. Mais le Paradigme n'est point placé comme un spectacle en dehors de l'intelligence démiurgique et devant elle; il est au fond du Démiurge qui n'a qu'à regarder en soi pour le contempler *. Comment le Démiurge peut-il contenir le Paradigme? C'est parce qu'il est intelligence, et que toute intelligence est identique au fond à l'intelligible qui est en elle ; en sorte que connaître l'intelligible et se connaître soi-même est pour le Démiurge une seule et même chose ^. Le Démiurge est dans l'ordre intellectuel ce que le Paradigme est dans l'ordre intelligible. Le Paradigme étant le plus divin
t Plat. théoL, IV. 2.
* Com, TitN.j 81, 14 8. To èiofutoioç^ov tvvai tov icavroç eîç ira- ^aSttyiia (SlXtirovra.
3 Com. Tim,, 98.
« Com. Tim., 102.