Richesses naturelles appropriables et épuisables
Règne animal. }
Règne végétal, j Règne minéral. \
Règne animal. \
I Règne végétal. I
Règne minéral.
o) Poisson, perles, époDges, pêcheries en général.
b) Gibier, etc.
c) forêts, prairies naturelles, etc.
d) Le sol arable.
(?) Animaux fossiles ou produits provenant de ces animaux.
f) Gisements de végétaux fossiles :
houillères, tourbières , etc.
g) Gisements de métaux, de minerais divers, d’alun, de sel gemme, de chaux, de pierres, etc.
MO
Pais, il se prononce nettement contre la qualifî* cation de richesse , donnée à ce que les économistes ont appelé produits immatériels. Celte exclusion est elle juste?
Si, complétant la pensée de J. S. Mill, Tchernychewsky, Coureelle-Seneuil etc., on disait:
Le Capital est la somme des choses et des forces servant à la production , (l) les produits immatériels rentrent dans la catégorie des Capitaux , en tant qu’agents de production, ou forces productives; l’instruction, la moralité , etc. sont des forces productives. J’ai dit Capital, et non Richesse , car à mon sens:
La Richesse est la somme des choses et des produits servant à la consommation.
Cette distinction mène un peu loin.
11 n’est plus besoin maintenant de démontrer que le travail, pour être suffisamment productif, doit être eiïectué collectivement : l’emploi des forces économiques nécessite le concours.
Si les travailleurs sont obligés de se réunir pour
(I) Le capital est l’ensemble des forces et des insîrumeols nécessaires à 1’ exercice de l’activité productive des hommes. (Ch. Sarchi).
Les seules sources de la richesses sont la terre et l’homme. (Marx).
La seule matière première, c’est notre globe. (De Polter)-
produire, les Capitaux doivent être accumulés dans un môme lieu, pour une production déterminée.
A qui appartiendront-ils?
A un riche, qui commandera à des milliers de travailleurs? ou aux ouvriers eux mêmes?
Nous n’hésitons pas: les Capitaux doivent être possédés collectivement (l).
(!) Cette idée hante déjà la pensée bourgeoise.
Daus le grand Conseil de Neuchâtel, ( 1875 ) M. FriU Bsrthoud, T organe principal des adversaires du rachat des chemins de fer a écrit dans soq rapport ce qui suit :
« Uo ingénieur éminent, celui qui a construit en France la « grande ligne de Y Est, et qui a dirigé pour celte compagnie « les premières études de Besançon à Morleau, me disait, il « y a longtemps: L* avenir des chemins de fer est, sauf « quelques exceptions, celui des routes; ils deviendront des « capitaux sans intérêt, qui ne représenteront plus que la « prospérité générale. »
M. Lambelet a déclaré, de son côté, qu’ il partageait celle opinion, et que les chemins de fer devaient effectivement, à l’avenir, cesser d’être des entreprises rapportant des dividendes.
Cela n’aurait pas empêché l’un et Y autre parti de crier au scandaie, si un socialiste avait proposé d’appliquer ce principe à la question en discussion I
N* importe; le principe socialiste est si juste, que les bourgeois eux-mêmes, on le voit, sont obligés de lui rçndre indirectement hommage. A oous de nous organiser pour que Yavcnir dont ces Messieurs nous parlent devienne bientôt te présent. (Bulletin de la Fédération Jurassienne).
Le progrès n’a en somme d’autre but que l'expansion de l’individu, c’est à dire son bien-être moral et physique.
Si, pour arriver à ce développement et à ce bonheur , il est utile de collectiviser les moyens de production, il n'est pas moins indispensable d*individualiser les moyens de jouissance; car il est bon que dans tout ce qui n’est pas d’utilité générale, l’individu conserve sa plus entière liberté, (limitée, bien entendu par la liberté des autres).
En conséquence, les richesses , sauf quelques exceptions, motivées par l'intérêt public, devraient être laissées à la propriété individuelle.
Libre aux possesseurs de créer des sociétés libres, pour la cuisine en commun par exemple.
Mais revenons à l’économie politique: Les économistes disent encore :
L’ homme des professions libérales, un avocat, par exemple, qui a dépensé 20000 i. pour son instruction, doit gagner, outre son entretien, le revenu de ce capital.
Mais, messieurs, seriez-vous partisans de l’égalité des aptitudes? Si oui, nous en déduirons les conséquences; si non, quels logiciens vous faites!
En réalité, vous savez fort bien que tel homme* qui dépensera 50,000 f. pour son instruction, pourra fort bien savoir moins qu’un autre, qui n’aura
dépensé que 2000 f.? — Quelle rage de matérialisation! Vouloir estimer en écus comptants ce qu'il y a de plus immatériel au monde, le savoir et le talent !
Retournons la question et disons simplement:
Dans la société, quiconque est valide, et a beaucoup reçu de la collectivité, lui doit beaucoup; quiconque, en revanche, a beaucoup donné, sans recevoir, a droit à beaucoup.
Voici deux individus de 30 ans: l’un n’a fait encore que beaucoup dépenser, l’autre travaille depuis l’âge de 8 ans. Par quelle grâce d’état le premier aurait-il droit à plus que le second, quand c’cst le contraire qui devrait avoir lieu?
— Hasard de la naissance ...
— Alors, ne parlez ni de liberté, ni de morale, ni de justice distributive, ni de justice commutative.
Autre rengaine économiste :
Le fabricant expose dans une industrie des capitaux qu’il peut perdre; il est donc juste qu’il ait des bénéfices, pour compenser ses chances de perte.
Mais l’ouvrier , lui, n’a aucun intérêt engagé; c’est pourquoi ii n’a droit qu’à un salaire.
Il est vrai que le fabricant expose des capitaux, qu’il n’a pas gagnés lui-même, le plus souvent; mais l’ouvrier expose plus que cela: il s’expose, lui, il expose sa vie. Au simple point de vue économique,
sa 'force de travail ne représente-t-elle pas un capital? et qui plus est, un capital qui s'use, de sorte que, môme dans notre état de société, il devrait recevoir non seulement son salaire, c’est-à-dire son strict entretien, mais encore un surplus, pour compenser la déperdition de ses forces et lui permettre le loisir, quand le travail l’aura affaibli. Ceci n’est que de la justice élémentaire.
Que dire pour les ouvriers de métiers dangereux, comme: les maçons, les charpentiers, les mineurs, les marins, les chauffeurs, les doreurs, les peintres en bâtiment# les ouvriers de produits chimiques etc. pour ces millions d’ouvriers qui rencontrent si souvent, à la fleur de l’âge, une mort violente, quelque fois affreuse, (1) causée par leur dangereux travail ?
(1) Le Journal de Rouen dit qu’on a pu atteindre avanthier, vers trois heures de l’après-midi, la chambre de la marnière où étaieut ensevelis, à Criquelot-l’Esneval, depuis le 15 avril, les deux infortunés ouvriers Lnchèvre et Legrand.
Une communication a été ouverte aussitôt avec cette ch a mbre.
Les deux malheureux marneurs s’y trouvaient ; mais hélas! ce n’élaient plus que deux cadavres.
Ils furent ramenés en présence de M. Hommais, maire de Criquetot-l’Esneval, qui s’était fait accompagner d’un me* decin.
Celui-ci De put que constater le décès des deux ouvriers.
Un accident survient: ce sont des vies humaines perdues, des familles désolées.
A-t-on jamais bien pensé à la douleur d’une famille ouvrière, quand, le soir, celui qu’on a vu partir plein de vie pour le travail ne revient pas, ou est rapporté mort, ou mourant, dans une civière!
L’être aimé, le nourricier, est disparu! plus d’appui, plus de soutien; la misère, la désolation, la froide solitude, le désespoir, prennent place au foyer froid et vide. Femmes et enfants poussent des cris de douleur. Et demain, comment vivront ils?
Souvent, le fabricant refusera môme de payer la journée entière du blessé (1) et souvent les jour-
Ghose horrible à peuser 1 Lachèvre et Legrand avaient gardé dans leur bouche de la marne; ils avaient cherché à s’en faire un aliment.
Les constatations médicales apprirent un fait plus poignant encore: la mort de Lachèvre ne remontait qu’ à quarantehuit heures.
Quant à Legrand, le plus jeune, cet enfant de quinze ans, il n’était mort que depuis quatre jours. (Siècle, moi 1S76).
(1) J’ai vu bien des faits de ce genre et je demaude à en citer un, qui m’est personnel. En 1869, je travaillais dans une fonderie, à Pontoise ; un jour, que nous empilions des barres de fer, je fus, par la faute du fils du patron, blessé assez grièvement à la jambe, et pendant six semaines je fus incapable de travailler. Eh bienl quand j’allai chercher mou compte, le palion refusa - de me payer la journée entière. L’ ac-
riaux bourgeois supposeront l'imprudence de l'ouvrier, jamais ils ne flétriront ces oisifs rapaces, qui, pour épargner la dépense de quelques précautions, de quelques piliers dans les mines, d’un filet sous les échafïaudages, auront causé la mort d’honnêtes travailleurs; et les économistes rabâcheront de plus belle:
Le fabricant expose ses capitaux; l’ouvrier n’expose rien; donc... :
Taisez-vous, hommes pétrifiés, vous feriez haïr la nature humaine! (1)
cident m* était arrivé à 5 h. et quart du soir, la journée finissait à G h. et demie. Ou ne nie paya que jusqu’à 5 heures. Je fus longtemps sans retrouver du travail. Quand 3 * avais fait des représentations au patron, il m’avait répondu: Faites moi un procès — Pour faire un procès il aurait fallu de l’argent et l’ouvrier n’en a pas.
(i) La seule éuumératiou des professions dangereuses prendrait un petit volume; voici quelques doonées au hasard:
Polisseurs dCacier: sujets à la phtisie. Mineurs : explosions de feu grisou, éboulcments, etc. Fabricants de crochets émaillés, destinés à tenir les fils télégraphiques: accidents saturnicos. Ouvriers en produits chimiques: intoxications nombreuses. danger d’explosion. Affinage, alliage, fusion des métaux: dangers d’asphyxie et de refroidissement. Amidonncrm: émanations fétides, iusalubrilé. Argenture et dorure: vapeurs mercurielles. Rottagc, cardagc de la laine: poussière insalubre qu'on respire. Poterie : action des sels de plomb, quand on se sert d’un vernis plombique. Faycnces: emploi du minium. chapeliers : insalubrité de V arçoonage et du feutrage et pous-
Cette analyse du capital nous amène naturellement à parler des impôts.
Les impôts actuels ont été jugés par les économistes eux-mêmes. Deux citations entre mille:
sière noire des poils encore imprégnés de nitrate et de mercure. Céramique : danger d’incendie, radiation excessive de la lumière sur les yeux , de la chaleur sur le corps. Ouvriers de la grande industrie: ateliers insuffisamment ventilés, et remplis de miasmes, danger des machines. Boulangers, verriers : maladies engendrées par le feu des fours. Zingueurs, ouvriers en cuivre: coliques de plomb et de cuivre.
Bijoutiers, graveurs, dentelières conturièrcs : perte rapide de la vue, Maçons, charpentiers : chutes etc. Ouvriers en allumettes : carie des mâchoires. Ouvriers en caoutchouc: paralysie passagère, et impuissance. Ouvriers des chemins de fer : accidents de toutes sortes; en n’en finirait pas, s’il fallait tout énumérer.
« Il n'y a presque pas de métier qui n’expose le travailleur à quelque maladie particulière, ni de manufacture dont l’odeur le bruit, la température, ne causent quelques désagréments. » (E. Levasseur).
a II est démontré que beaucoup de difformités dépendent de l’inégalité d’action symétrique des muscles; la division et la spécifité du travail, si utiles en industrie, sont en général, nuisibles au point de vue hygiénique.
a Des observations de la plus grande valeur ont démontré la puissance de la gymnastique pour prévenir les affections, les plus redoutables. » ( Bouchardat, Rapport sur les progrès de l’hygiène). Voir aussi Vernois Hygiène Industrielle.
Dans les meilleurs grands ateliers do repasseuses, à Lon-
La plus grande partie des frais de rétablissement social est destiné à défendre le riche contre le pauvre, parceque, si on les laissait à leurs forces respectives, ie premier ne tarderait pas à être dépouillé. (Sismondi) (1).
Les impôts actuels nous conduisent:
1) A une immense extension du système militaire.
2) A une universelle et constante augmentation des dettes publiques.
3) A l’appauvrissement des masses. (Wa!kcr)(2).
Les socialistes ont longuement discuté sur r impôt progressif, que quelques économistes, comme J. B. Say, Stuart Mill, Courcelle-Seneuil, Horn, etc,,
dres, la chaleur est telle que trois ou quaire personnes s’évanouissent par jour, régulièrement.
Vapprêt, V encollage des chaînes et autres ateliers similaires nécessitent une température de 34 à 40 degrés centigrades ( de 27 à 32 Réaumur ): Affaiblissement constant des ouvriers et ouvrières ; pleurésies fréquentes.
(1) Que de fuis n’a-t-on pas reproché aux ouvriers les 3,000,01)0 de 1848, sur lesquels P État a perdu 330,000 U Mais les libéraux et les économistes, gardent un sileuce hypocrite sur les 30,000,000 de f. d’avances faites aux commerçants, en 4830, et sur lesquels l’État a perdu, Don pas 330,000 f., mais six millions de francs I
(2) M. Redeu a calculé qu’en 1850 la somme totale des dettes gouvernementales dépassait 46 milliards. Maintenant c'est bien autre chose. Un économiste anglais a calculé que les dettes actuelles des États s’élèvent à 117 milliards, il ajoute que si la progression continue ( et pourquoi non?) en 1920, la dette gouvernementale s’élèvera à 5UU milliards-
ont franchement adopté. L. Vaulhier en a très Lien décrit le mécanisme. Proudhon, avec sa précipitation habituelle, l’a condamné.
L/ origine de cet impôt est révolutionnaire: la Convention, en 1793, en votait d’enthousiasme le principe et en faisait, quelques mois après une première application. Plus tard, cet Impôt fut repoussé sur la motion de Cambon, qui tenait à rassurer,
Et P on ne compte pas les centaines de milliards de dettes communales, hypothécaires et chirographaires de toutes sortes. Metlous que toutes ces dettes réunies ne réprésentent qu’une somme égale aux dettes d’Etat. Nous aurons en 1920, 1930, si vous voulez, une dette totale de 1000 milliards, un TRILL10* Y ! ! ! Soit 50 milliards de ienle. Mettons, pour être modestes, 30 milliards pour l* impôt, moins l’intérêt de la dette publique; nous aurons un total de 80 milliards annuels, que les travailleurs devront payer à l’état et aux prêteurs, sans .préjudice de la rente des propriétaires et des profits du capitaliste .... Elles vont bien les bourgeoisies européennes!
Autre observation: D’après Ivolb (Statistique, année 1874 ) la somme des impôts perçus s’élève, en Europe, à 10 milliards, sur lesquels les frais de parceplion prennent 10. 0 0/o« soit 1,600,0(10,000, ce qui réduit la rentrée effective à 8,100,000,000. Sur ces 8,100,000,000, la dette publique prend 37. 23 ()y<j, l’armée 34.83 0/o, les listes civiles 26.3 (I/o =74. 69, soit les trois quarts; quand les prêtres catholiques et protestants et les juges, et les policiers, et les dignitaires, et tonie la séquelle, ont pris leur grosse part du gâteau, que reste-t-il pour les dépenses utiles; instruction, travaux publics, etc. '(
comme on sait, les capitalistes de la Révolution. Et, pins tard encore, il fut repoussé, en môme temps que l’exemption d'impôt en faveur des. pauvres, après quelques paroles de Robespierre, qui protestait au nom de l'égalité et de la dignité des citoyens (!) contre ces deux mesures.
Battu dans les* Assemblées légales, Y impôt progressif se réfugia dans les sociétés révolutionnaires; ii fut accepté par les babouvistes comme mesure transitoire excellente. J. B. Say, dans Olbie , le justifie ainsi;
Ce mode paraît le seul équitable, car les besoins de P homme ne s’étendent point en raison directe de l'augmentation de sa fortune; le superflu augmente dans une proportion progressive , à mesure que sa fortune s’accroît ;• or, l' impôt doit être en raison directe du superflu seulement ; car le nécessaire, c’est-à-dire cette portion de revenu sans laquelle on ne peut vivre, ne saurait être taxé; autrement, la taxe serait un arrêt de mort.
Il est encore plus équitable, par celte raison : que dans P état de civilisation . Y augmentation du revenu est d’autant plus difficile que le revenu est moindre.
Suivant un dicton populaire, les premiers cenl écus, sont plus difficiles à gagner que les derniers cenlmille francs. CVst à dire que lorsqu’on est arrivé à un certain degré de fortune, la facilité de gagner est augoien’ée dans la proportion de 333 à 1.
Dans son Cours (V Économie Politique , Say dit encore :
En effet t en supposant l’impôt purement proportionnel
au revenu, d’un dixième, par exemple, il enlèverait à une famille qui possède 300,000 francs de revenu, 30,000 francs. Celte famille en conserverait 270,000 à dépenser par an: et l’on peut croire qu’avec un pareil revenu, non-seulement elle ne manquerait de rien, mais qu’elle $e conserverait encore beaucoup de ces jouissances qui ne sont pas indispensables pour le bonheur; tandis qu’une famille qui ne posséderait qu’un revenu de 300 francs, et à qui l'impôt n’en laisserait que 270, ne conserverait pas, dans nos mœurs, et au cours actuel des choses, ce qui est rigoureusement nécessaire pour exister. On voit donc qu’un impôt qui serait simplement proportionnel au revenu, serait loin d* être équitable ....
Si l’on voulait asseoir l’impôt de chaque famille, de manière qu’it fût d’autant plus léger qu’il porterait sur un revenu plus nécessaire, il faudrait qu’il diminuât, non pas simplement proportionnellement, mais progressivement.
A un point do vue plus élevé, Vaulhier, un démocrate non socialiste dit:
Qui oserait prétendre qu’il tient la propriété en vertu d’un droit supérieur à ceiui que la société a sur toutes choses? Le globe avec toutes scs forces productrices appartient à l’espèce. . . . Comme tontes les institutions sociales, la propriété s’est modifiée avec la marche du temps. ...Si le respect de ce qu’on a nommé les droits acquis devait aller jusqu’à n’en jamais modifier l’exercice, il faudrait rayer le mot progrès des langues humaines et en éteindre 1’ instinct dans les âmes; car ce n’ est qu’en transformant ce qui a été antérieurement regardé comme un droit , qu’ un droit nouveau fait sa place et s’installe. Qui consentirait à se river ainsi au présent?
La société a donc le droit de modifier la forme de la propriété et de régler les questions d’impôts, comme
toutes les autres, au mieux de T intérêt de ses membres, et suivant ce qui lui paraît, à un moment donné, la conséquence la plus logique et la plus avancée possible de la loi de justice. Elle peut donc remplacer P impôt proportionnel (T) par l’impôt progressif.
Nous pourrions encore citer les saint-simoniens et J. S. Mill ; mais ce serait trop long pour le cadre de ce petit travail, et d’ailleurs les deux citations précédentes répondent suffisamment aux conservateurs.
Cependant, l’impôt progressif a d’autres ennemis que les Robespierre, les Armand Carel, les Charencey, les De Parieu, les Servière, les Thiers, et autres réactionnaires, qui l’ont tant combattu; ces autres adversaires sont des socialistes.
L’argument de ceux-ci n’est en somme que P objection proudhonienne et peut s’énoncer ainsi:
Tout impôt est en définitive préle\é sur le travail et que P impôt soit progressif ou non, c’est toujours le travailleur qui paiera. Si P impôt est progressif, le capitaliste augmentera ses pré'évements ; ce qu’il devra payer d’une main, il le prendra de P autre, et tout sera dit.
Les choses paraissent ainsi au premier abord; mais une analyse plus scrupuleuse nous les montre autrement.
(t) Dans l’état actuel, P impôt n’ est môme pas proportionnel, il est progressif dans le sens de la misère.
Les phénomènes sociaux, nous T avons déjà dit, n’émanent pas de causes abstraites, ou immodifiables , mais de réalités vivantes , changeantes et progressives ; c’est-à-dire de l'ensemble de V humanité. L'humanité se développe, et elle se développe en vertu de lois intellectuelles , doüt on peut modifier les effets, comme l’ingénieur modifie les effets des lois de la gravitation universelle et fait servir cette décomposition des forces à la construction des voûtes par exemple: La détermination de ces lois intellectuelles constituerait une théorie complète et bien précieuse de 1* action et de la passivité des forces morales dans 1' humanité. Celui qui, dans 1* étude d'un phénomène social néglige les forces morales se trompera sûrement. Or, la force morale joue un grand rôle dans la question qui nous occupe. C’est un fait reconnu qu’ une collectivité humaine donnée marche au progrès d’une manière intermittente ; quelquefois, quand le souffle révolutionnaire, après avoir renversé quelque tyrannie, souffle dans les âmes, on va au pas de course; puis, vient la lassitude, ou le manque d’horizons nouveaux; on marque le pas; enfin, l’esprit s’affaisse, les bas sentiments conservateurs reprennent le dessus et V on recule sur toute la ligne.
Une réforme sera plus ou moins efficace selon qu’elle arrivera à l’une de ces trois époques:
En période de réaction, ou d’affaissement, la réforme la plus progressive ne produira rien, ou pas grand-chose; en période révolutionnaire, ou progressiste, elle donnera plus qu’on n’ attendait d’elle et ce sera le contraire pour une mesure rétrograde.
Voici par exemple le droit de coalition ; il n’empêche pas les salaires de baisser aux époques de réaction; (1851-53 et 1871-1875) mais en revanche il contribue puissamment à l’amélioration du sort des travailleurs dans les époques de réveil ( 1862- 1869). Pourquoi cela? Parce que, en temps de progrès, les travailleurs se mettent à espérer; ils s’ organisent et ne craignent pas d’engager la lutte. De leur côté, les patrons deviennent craintifs et cèdent plus facilement. Dans les temps de réaction, c’est le contraire qui arrive.
L’établissement de Yimpôt progressif sur le revenu suppose une ère de réforme, c’est-à-dire un temps où les conservateurs de situation, c’est-à-dire les riches en général, sont tenus en échec, et où les révolutionnaires de situation, les pauvres en général, sont pleins d’espoir et de résolution.
Dans ces conditions, voici une nation qui produit dix milliards par an, ainsi répartis:
Quatre milliards aux travailleurs;
Quatre milliards aux capitalistes et rentiers de toutes sortes;
Deux milliards à l’État.
On établit dans cette Dation Yimpôt progressif sur le revenu ; c’est-à-dire on décrète que les charges sociales, dans un but d’égalisation des fortunes > seront exclusivement supportées par ceux qui (pouvant travailler et ne travaillant pas) vivent du travail des autres. L’ effet immédiat de cette mesure sera de porter à six milliard* la part des travail leurs, (les deux milliards de 1’ état étant pris exclusivement sur les riches).
Seulement, voici qu’en effet les détenteurs de Y avoir social, pour reprendre de la main gauche ce qu’ils payent de la main droite, augmentent: loyers, denrées, et produits manufacturés; mais les ouvriers, à leur tour, bien décidés à profiter des avantages qu’ils viennent de conquérir, et mieux organisés, puisqu’ils ODt une complète liberté d’action, répondent à ces augmentations, par de correspondantes augmentations de salaires, et les imposent. Le salaire étant presque toujours 1’ équivalent de ce que les ouvriers d’une nation regardent comme leur nécessaire, on est bien sur que ce n’ est pas dans un temps de réforme que les ouvriers laisseront réduire ce qu’ils auront une fois considéré comme leur nécessaire.
Eq conséquence, il est à supposer que les travailleurs garderont leurs six milliards et que la part des oisifs sera bien réduite à deux milliards, en attendant mieux.
Tout impôt est prélevé sur le travail, donc... disent les proudhoniens. Creusons encore cette objection:
Toute valeur étant le produit d’un travail, et l’impôt étant la part de valeur attribuée à l’état, c’est une vérité de la Palisse que cette part de valeur émane en effet des producteurs; mais qu’est-ce que cela prouve? La Société-doit elle percevoir une somme donnée de valeurs, pour subvenir aux frais des institutions et des travaux d’intérêt général : cela aussi bien dans les collectivités économiques de l’avenir, que dans les états politiques présents? Oui ou ml
Quelques anarchistes qui nient l’indispensabilité des services publics productifs, et répartitifs, répondent non; (nous tâcherons de les réfuter dans un travail qui suivra celui là) mais la majorité des socialistes répond oui : Dans ce cas, il y aura toujours une contribution sociale, et ce qu’on doit chercher c’est qu’elle soit le plus juste et le plus égalisante possible.
Or, dans l’état actuel des choses, on n’a pas trouvé de mode meilleur que celui de Y impôt unique et progressif sur le revenu. (1).
(I) Dans une société qui serait détentrice du Capital «<>• cial qu’elle coafierait temporairement à des groupes de Ira*
— L'égalité ne peut être réalisée que par la révolution sociale, et non par voie de réformes 1
— Qu’en savons-nous? Les évènements ne sont pas dans nos, mains et nous serions de piètres individus si nous disions: Que l’humanité se sauve de la manière qui nous plait le plus ou quelle périsse!
— En tout cas l ’impôt progressif seul ne suffirait pas à la réalisation de la justice sociale.
Peut-être; mais 1’ impôt progressif établi sur des bases sérieuses (car je ne veux pas parler des plaisanteries radicales sur ce sujet) ferait nécessairement partie d’un ensemble de mesures correspondantes au même but, et, comme tel, son efficacité révolutionnaire est incontestable.
Enfin, aucune réforme n’est à dédaigner; car même que la science appelle la science, qu’ une amélioration en appelle une autre, de même, toute ré-” forme appelle d’autres réformes.
Division et socialité du travail.
Smith : Les grandes améliorations dans les facultés productives du travail, et la plus grande partie de l’ha-
vailleurs, moyennant certaines charges sociales , il n’ y aurait pas besoin d’autre impôts; mais l'argumentation ci-dessus s’applique à la société actuelle et 5 toute société, si progressive soit elle, basée sur l’appropriation individuelle des Capitaux.
bileté, de l’adresse et de l’intelligence avec lesquelles le travail est dirigé ou exécuté, sont dûs à la division du travail. (Suit le fameux exemple de l’épingle) (l).
La division du travail est la conséquence nécessaire, quoique lente et graduelle, d’une certaine tendance aatureile à tous les hommes à trafiquer, à faire des échanges, pour une chose ou pour une autre...
Principaux avantages de la division du travail:
1. Augmentation de la dextérité de l’ouvrier, d’où augmentation du travail fait.
2. Epargne du temps qui sc perdrait, en passant d’une occupation à l’autre.
3. Invention, d’un grand nombre de machines qui facilitent, abrègent le travail, et rendent un seul homme capable de faire le travail d’un grand nombre.
Voilà pour les avantages ; il y a aussi des inconvénients que Smith a eu la bonne foi de reconnaître (2).
Ue homme dont toute la vie se passe à exécuter on .petit nombre d’opérations simples, n’a aucune occasion de développer son intelligence, ni d’exercer son imagination. Il devient, en général, aussi ignorant aussi sto-
(1) Il ne faut pas l’oublier, Xénophon dans ses Economique Platon, dans sa République , l’avaient observée et décrite. Plus tard, Beccaria. J. Stewart, W. Pelly, J. Bellers, Aaderson, Yaranglon, J. Harris, J. Wendcrlinl, en avait également indiqués les avantages. C’ est donc une idée courante que Smilti a vulgarisée en négligeant, comme le lui reproche Vü* liaumé, de citer ses prédécecseurs.
(2) Et que stigmatisèrent vivement Lemontey, de Tocqueville. lîrquhart entre autres.
piiîe qu'il soit possible à une créature humaine de le devenir . . .
L’uniformilé de sa vie corrompt la vaillance .de son esprit; elle dégrade môme l'activité de son corps et le rend Incapable de déployer sa force avec quelque vigueur et quelque persévérance, dans tout autre emploi que celui pour lequel il est élevé . ..
Or, dans toute société industrielle et civilisée, tel est l'étal où doit tomber nécessairement f ouvrier pauoie, c'està-dire la grande masse du peuple.
Mais c’est épouvantable ! L’application de la division du travail étant nécessaire, et celte division abrutissant nécessairement l’ouvrier, la production réclame donc, Moloch autrement dévorateur que l’ancien, le rabougrissement et l'abêtissement de la majorité des êtres humains!
Que propose Smith, que proposent les économistes pour rectifier cette loi effrayante, pour éluder celte fatalité mortelle? Rien! Ils ne s’inquiètent pas de cela. Et Fourier, qui proposera des séances courtes et variées et la pluralité des spécialités; et les internationalistes, qui réclameront ure instruction intégrale et professionnelle et la possession par le même ouvrier de plusieurs métiers s n’obtiendront d’eux que des moqueries, sinon des persécutions.
Qu’ importe la race humaine? C’est des bénéfices des capitalistes, appelés par eux la richesse des nations qu’il s’agit ; on ne sort pas de là.
En somme, la division du travail est aussi an-
eienne que la société elle même; elle date de la séparation des professions; la spécialisation, qui est venue Lien plus tard, est plutôt une subdivision du travail.
Au lien de s’en tenir à la constatation routinière de cette force économique et de prouver sa productivité par l’exemple des épingles (Smith) des cartes à jouer (Say) ou des montres (Michel Chevalier) si les économistes avaient eu véritablement le culte de la science, ils auraient observé la division et la socialilé du travail, non pas seulement dans ce qu'elles donnent, mais dans ce qu elles pourraient donner ; dans leur influence sur la civilisation, dans leurs rapports avec la morale, et la justice sociale.
Cela les aurait conduit à des considérations comme celles-ci.
1. Il y a une grande différence entre une journée de travail isolée, et une journée de travail divisée et combinée; car, grâce aux stimulants provenant de l’emploi de la division et de la socialité du travail, il se dégage une nouvelle force des efforts particuliers. Cette nouvelle force est productive, à qui doitelle profiler? En production capilaliste, ne profitteelle pas surtout aux oisifs qui commanditent et commandent le travail? (1)
Ne devrait-elle pas profiter aux travailleurs euxmêmes? Si oui, comment?
2. Dans la société actuelle, la division du travail est faite entre les hommes par le hasard de la naissance et des circonstances et, ni la vocation, ni la capacité, ni l’esprit de justice, ni futilité sociale, n’y sont pour rien. Dans un pays de manufactures, naîtra un fils de prolétaire, à qui le travail de la terre eût bien convenu ; il ira néanmoins s’étioler dans une fabrique.
Tel fils de paysan aurait été très propre à un métier d’adresse; il devra s’exténuer au dur travail de la terre; tel mauvais charpentier aurait fait un excellent jjijoutier, et vice versa; mais le hasard du lieu de naissance et autres circonstances l’ont atbitrairement jeté dans telle profession plutôt que dans telle autre fl).
(I) El l’on s'étonne de l’inégaKlé de capacité chez les ouvriers! On les entasse au hasard dans un atelier, dans une profession quelconque: le travail qu'on y doit faire plail aux uns, déplait aux autres, esl l’opposé de ce que pourrait le mieux faire tel autre. En outre, les uns sont instruits, d’autres igoorants; les uns ont fait un bon apprentissage, d’autres un mauvais; les uns sont jeunes, les autres vieux, que sais-je? Supposons, au contraire, uo atelier composé d’ouvriers qui auront choisi leur profession, qui travailleront avec goût, et entrain, qui auront fait tout uo apprentissage méthodique et complet, qui seront à peu-près également inslruits, également nourris — tons seront ce qu’on appel,c bous ouvriers, et si par
Ce n'est rien encore: la division des classes dé* termine à sa manière aussi la division du travail. Tous les fils des bourgeois, sans exception, sont voués aux professions libérales; tous les fils des prolétaires, presque sans exception, sont voués aux professions manuelles. Prétendre que la moitié des fils de bourgeois sont déplacés dans les professions libérales, est ce trop dire? On fait un notaire d'un brave garçon, qui est de vif argent, comme on dit, qui a besoin de mouvement à tout prix et ferait un excellent cultivateur; un avocat, de celui-ci, que la nature destinait à être mécanicien; un médecin de tel, qui était plus propre à être forgeron. Voilà au contraire des fils d'ouvriers, ou de paysans, qui feraient d'excellents ingénieurs, de grands mathématiciens, d'habiles chimistes, des penseurs remar-
exception il y en a quelques-uns plus foris et d’autres plus Uibles, les premiers, se suffisant abondamment par un travail ordinaire, prendront uu peu de bon temps, et les seconds se donneront un peu de mal, ce qui ne leur sera pas difficile, ayant un bien plus grand réservoir de forces que le salarié de l'état actuel. Ajoutons que la mécanique neutralise de plus en plus la différence de force chez les ouvriers de la grande industrie. Ainsi, celle fameuse inégalité de capacilés, qu : ou oppose comme obstacle à l'égalité sociale, n’est que le résultat do l’anarchie économique dout la classe ouvrière est la victime.
quables, de brillants littérateurs. A la charrue ! À l’établi ! A 1* usine !
Le fonds, le plus inépuisable de la richesse, étant en somme T intelligence humaine, fonds peu défriché jusqu’ ici, l’exercice normal de vos facultés aurait, ô fils du travail ! procuré à la société d’immenses richesses morales et matérielles; mais qu’importe? Le régime des inégalités sociales est sauf.
Que dire des souffrances individuelles et des extinctions de vie que produit cette singulière sélection sociale? Que de jeunes bourgeois, que le grand air et le travail mauuel auraient fortifiés et rendus heureux, meurent torturés, ou pour le moins souffrent. s’abrutissent, et s’étiolent sur les bancs des collèges! Que de travailleurs qui, instruits, auraient été des hommes remarquables, meurent d’ennui dans ces longues séances du travail sans espoir ! L’ennui, cette faim de 1’ intelligence qui lue comme l’autrj» qui dira ses ravages dans les rangs du peuple?®
Et le travail des femmes? Outre que la femme est dérisoirement payée, on l'applique souvent à des métiers trop pénibles pour elle, tandis que beaucoup d’autres, plus appropriés à ses aptitudes. Comme la cuisine, les emplois de commerce, la typographie, la peinture industrielle, la reliure, divers emplois de bureau sont pris par les hommes, qui u’ en ont pas assez pour eux.
Car les uns meurent par excès de travail et les autres de faim par manque de travail, dans Y'harmonique société qu’ ont chantée le sophiste Basliat et ses disciples.
Est-ce tout? Non.
La sélection sociale actuellement agissante a pour conséquence, ainsi qu’on Ta remarqué depuis longtemps, de fournir aux professions libérales vingt fois plus de sujets, qu’il n’en faudrait. Cet engorgement humain a produit l’épouvantable misère en habit noir qui couvre le pavé de nos villes; misère plus sentie et par conséquent plus douloureuse que l’autre. Par là encore, s’échappe et se perd un précieux réservoir de forces humaines. Quels gaspilleurs nous sommes !
De môme, au hasard des circonstances, certaines professions, certaines parties sont encombrées, d’au- 1res, celles qui nécessitent un sérieux apprentissage, uiànquent de bras.
N’y a-t-il rien à faire?
3) En production capitaliste, 1’ intérêt immédiat du patron étant de faire produire le plus possible, en payant le travail le moins possible, (1) à tel trait) La division du travail dans sa forme actuelle n’est qu’ une méthode particulière de produire de la pins value relalalive et d'accroître aux dépens du travailleur le rendement du capital, ce qu’ou appelle richesse nationale fWealth «f tNaliou. Marx.)
vail qui demanderait un homme robuste, on met une femme, ou un enfant (parce qu'on les paye moins). Ils en seront exténués et pendant ce temps, l'homme chômera, Yoffre de travail augmentera et les salaires futurs diminueront :
Première conséquence : les travailleurs se privent, 2 me conséquence; les produits n’ont pas de débouchés ,
3 m «: engorgement de marchandises,
4»‘e : crise industrielle,
5 m «: la faim désole une contrée, où tous les magasins regorgent, ^
prédominance du patron,
7 me : longues séances de travail, réglements de fabrique et autres abus,
8me : grève et quelquefois insurrections sociales, 9 me : implacables et sanglantes répressions,
10 me : misère en bas, égoïsme en haut, haine générale et menace permanente de conflagration sociale. Est-ce là une société ? .
4) Malgré Y anarchie industrielle, la division , la socialité du travail et le machinisme ayant centuplé la production industrielle, il est certain que si ces forces étaient appliquées à l’agriculture, la production agricole serait d’abord décuplée; de Gasparin lui-même l’a reconnu (1).
(1) Les progrès de l'agriculture ue dépendent pas seule-
C’ est donc une nécessité et une obligation pour la société d ’industrialiser l’agriculture, pour ainsi dire. Si cette industrialisation avait lieu au prolit du travailleur, le travail agricole diminuerait de moitié en durée et en intensité: le paysan lui même pourrait avoir des loisirs, s’instruire, progresser être heureux.. .. Quelle réforme désirable !
5) La division du travail est indispensable; mais s’ensuit-il qu’on doive enchaîner l’ouvrier à la même occupation ? Et n’est-il pas très nécessaire et très possible d’atténuer le mauvais effet de celte uniformitéusur le travailleur, en cessant de conCner l 5 ouvrier dans la même spécialité machinale ? Avec le machinisme moderne, la variété des occupations est non seulement possible, mais facile, et le deviendra toujours plus. (1)
ment des progrès de la mécanique cl de la physique, comme beaucoup d’autres industries, mais encore des progrès de la chimie, de !c biologie et de la sociologie elle-même; mai< cette dépendance plus grande, qui est la cause principale de son élat plus arriéré, plus primitif, fera précisément ss supériorité, lorsqu’elle aura reçu l’application de I’ ensemble des sciences inorganiques et organiques, et que le progrès de la science sociale, par i’entrée du sol à la propriété collective et l’application des capitaux au sol, l’aura débarrassée de toutes les entraves qui la gênent dans son essor. (De Paepe), (I) Tcbernychewbky.
Ne pourrait-on pas, afin d’éviter la dégénérescence de la race, prendre des mesures en premier lieu, pour varier le travail mécanique, et en second lieu, donner à chaque ouvrier plusieurs métiers?
Mais, pour répondre à ces questions, et à bien d’autres, il faut une science qui croie avoir autre chose à faire qu’à décrire comment les choses se passent (1) et qui ail un peu lo*sens de la justice. (2)
Les machines.
Les économistes ont chanté la gloire des machines sur tous les tons. Ceux d’entre eux qui affectent des allures démocratiques, disent que la ma¬
lt) J. B. Say.
(2) Ajoutons que si les économistes ont analyse la force productive nouvelle qui, comme la chaleur du mouvement, naît de la division et de la socialité du travail, ils n’ont pas vu la force activante et perfectionnante que reçoit le travail, par 1’ entrain des travailleurs. Il est vrai que cet entrain des travailleurs ne peut résulter que de la liberté effective des vocations et d’une sérieuse amélioration des conditions du travail — ce qui ne peut guère être obtenu en période de production capitaliste.
chine, dans son application actuelle, est favorable à l'ouvrier :
1. Ce n’est généralement qu’avec lenteur, affirmenlüs, contre l’évidence, que les machines s’introduisent, de sorte qu’avant qu’elles aient eu le temps de supprimer les ouvriers d’une industrie quelconque, ceux-ci ont eu le temps de se placer ailleurs.
±. On ne peut établir des machines sans donner beaucoup de travail, ce ,qui compense bien les travaux qu’elles suppriment.
3 Si l’ouvrier qu’une machine déplace e<t lé<é comme travailleur, il est favorisé comme consommateur par le bonmarché qui résulte des inventions nouvelles.
Ceux qui suivent de près le mouvement industriel savent à quoi s’en tenir sur cette lenteur et sur les facilités que trouvent les ouvriers à se placer ailleurs.
Cette lenteur se manifeste quelquefois par de brusques renvois de milliers d’ouvriers dans une seule ville, comme cela arriva à Roubaix, en 1867.
11 est vrai que pour réprimer les sentiments de solidarité que les ouvriers roubaisiens manifestèrent les uns pour les autres en cette occasion , on en condamna plusieurs à 4 et 10 ans de prison.
De 1813 à 1818, combien de dizaines de mille de tisserands anglais, sont-ils morts de faim , par suite de la brusque introduction du tirage mécanique ?
Quant à la compensation que le travailleur lésé
trouve comme consommateur , n’est ce pas charmant? Je ne gagne pas un sou; je ne puis pas acheter un morceau de pain, je vais, si cela dure, mourir d’inanition; mais les étoffes, mais les rubans, mais les velours, mais les objets manufacturés, que consomment les gros et les petits rentiers, sont meilleur marché. (IJ ,Vous voyez bien que je n’ai pas le droit de me plaindre.
A des arguments de celle sorte, les économistes démocrates répondent: Ah! vous ne voulez pas des machines 1 Eh! bien vous êtes rétrograde!
Ils se garderont bien de voir que ce qu’on attaque, ce n’est pas Vintroduction de la mécanique dans i industrie , mais son emploi capitaliste.
Sismondi a été vertement tancé par les théologiens économistes pour des hérésies de ce genre, bieu respectueuses pourtant:
Bien que les machines accroissant le pouvoir de l'homme soient un bienfait pour riiuroanilé, la distribution injuste que nous faisons de leurs bénéfices les transforme en fléaux des pauvres.
(1) On n’a pas assez remarqué que ce bon marché amené par le machinisme, (ne porte en somme que sur les vêtements et objets de luxe. Ce ne sont pas là les principales dépenses d« 1’ ouvrier. Les denrées alimentaires ne peuvent baisser que par 1’ application à l'agriculture des forces économiques et par une modification de la forme d’appropriation de la terre. Nous n’eo sommes pas encore ià.
Qu’on ne m’accuse pas d’avoir fait rétrograder la science (économique) je 1’ ai porlée plus avant, et sur un nouveau terrain. Je demande instamment que Ton m'y suive, au nom des calamités qui affligent un si grand nombre de nos frères et que la science (éeononomique) ancienne ne nous enseigne pas plus à comprendre qu’à prévenir.
En tous cas, je n’ai nullement la pensée ou de gêner 1rs progrès de la production, ou de retarder l’application des sciences et des arts et l'invention des machines.
Toutes ces précautions oratoires ne purent sauver le généreux Sismondi d’une avalanche d’anathèmes.
S’occuper des travailleurs! Quelle inconvenance pour les économistes d’alors, que tenaient sous la f’erule, Mulihus, tticardo, Mac Culloch, Say et Dunoyer I
Les disciples de Sismondi ripostèrent; mais je n’ai rien trouvé de plus incisif que ce spirituel apologue de Marx :
« Donc, parceque la machine, triomphe de l’homme sur les forces naturelles, devient, entre les mains îles capitalistes, l’instrument de l’asservissement de l’homme é ces mêmes forces; parceque, moyen infaillible |Our raccourcir le travail quotidien, elle le prolonge entre les mains des capitalistes; parce que, baguette magiquo pour augmenter les richesses du producteur, elle i’appauvritenire les mains des capitalistes; parce que..-- I économiste bourgeois déclare impertubablement que toutes ces contradictions ne sont que fausses apparences et. vaines chimères, et que , dans la réalité et, pour celle raison, dans la théorie, elles n’existent pas.
Certes, ils ne nient pas les inconvénients temporaires; mais quelle médaille n’a son revers? Et pourtant, l’emploi capitaliste de la machine en est le seul emploi possible.
Qui s'oppose aux réalités de l’emploi capitaliste de la machine, s'oppose à leur emploi , au progrès social.
Ce raisonnement ne rappelle-l-il pas le playdoyer de Bdl Sykes, l’illustre coupe-jarret.
Messieurs les jurés, dit il, la gorge d’un commisvoyageur a sans doute été coupée. Le fait existe; mais ce n’est pas ma faute, c’est celle du couteau. El voulez vous supprimer le couteau , à cause de ses inconvénients temporaires? Réfléchissez-y, le couteau est un des instruments les plus utiles dans le métier de l’agriculture, aussi salutaire en chirurgie que savant en anatomie et joyeux compagnon dans les soupers. En condamnant le couteau, vous allez vous replonger en pleine sauvagerie. (Marx, le Capital).
L’école anglaise D’y a pas mis tant de circonlocutions et ne s’est pas exposée à recevoir de telles leçons de logique et de bonne foi.
L’insubordination de nos ouvriers nous a fait songer à nous passer d’eux. Nous avons fait et provoqué tous les efforts d'intelligence imaginables pour remplacer le service des hommes par des instruments plus dociles , et nous en sommes venus à boni. La mécanique a délivré le Capital de C oppression du travail Partout où nous employons encore un homme, ce n’ est que provisoirement et en attendant qu’on invente pour nous le moyen de remplir sa besogne sans lui.
L’honnête industriel anglais (1) qui écrivit ces li¬
ft) Cité par Proudhoo.
gnes n’oublia qu’une seule chose, c’est que les machines ne mangent, ni ne se vêtissent, ne font pas en un mot office de consommateur et que peupler une nation de maîtres et de machines ce serait ne vouloir produire que pour produire, sans s’attendre à rien retirer de ses productions, puisqu’il n’y aurait plus d’acheteurs .. .
Quand on est si rapace, il ne faudrait pas oublier à ce point que les marchandises ne valent que lorsqu’on les écoule. Mais l’égoïsme fait voir trouble, comme la haine fait voir rouge.
Enfin, les capitalistes cherchèrent à s’affranchir de cet esclavage insupportable (pensez donc, des ouvriers qui demandent le droit de vivre!) en s''aidant des ressources de la science, et ils furent (par les machines) réintégrés dans leurs dioih légitimes , ceux de la tête sur lus autres parties du corps La horde des mécontents qui se croyaient retranchés derrière 1 *s anciennes lignes de b division du travail s’est vue pri.se en flanc cl, scs moyens de défense ayant é é annulé*, par la tactique dos machinistes, elle a é é obligée de se rendr e à discrétion Cette créilion de l'homme de fer, comme l’appellent les ouvriers, était destinée à rétablir l'ordre parmi la classe industrielle . Lorsque le capital emôle la science,
le travail apprend toujours à être docile (1)
Ces lignes de guerier triomphant en disent assez par elles-mêmes pour qu’il ne soit pas besoin de commentaires.
(Q Ure.
N.° 39. Si un laboureur dépose sa pioche, il rend inutile, pendant tout ce temps, un capital de 1. s. 25. Quand un de nos hommes abandonne la fabrique, il rend inutile un capital de 100,000 livres slerlin!
Senior dit la chose plus en économiste : (1)
La grande disproportion vlu capital fixe au capital circulant rend désirables les longues heures de travail; à mesure que le machinisme se développe, les motifs de prolonger le travail deviennent de plus en plus grands, car c'est le seul moyen de rendre profitable une grande portion du capital fixe.
N.° 40. Au lieu de murmurer, comme ils font (les ouvriers) contre la prospérité de leurs maîtres, ils fejaient mieux, par reconnaisance et dans leur propre intérêt, de se réjouir d’un succès, auquel ils ont contribué (mais dont ils n’ont pas profité ) . . .
Le but constant et la tendance de tout perfectionnement des machines est de se passer du travail de l'homme, ou de diminuer son prix, en substituant le travail des femmes et des enfants à celui des adultes, ou le travail d’ouvriers grossiers à celui d’ou\riers habiles, fëj
Ainsi la machine, ils l’avouent cyniquement, n’est pour eux qu’un instrument de lucre, qu’ils feront fonctionner au détriment de l’humanité, et dont ils feront une force dépressive de l’intelligence, de la force, de la beauté et du bien être de la race humaine !
Quelle doctrine infernale! Quelle race que ces . capitalistes!
(1) Asliwarlh.
(2) lire.
Si l’humanité s’est créé un outillage, c’est pour eux et plus cet outillage sera parfait, plus les travailleurs pourront s’ exténuer, parce que le capitaliste voudra des bénéfices toujours plus grands. Le progrès industriel, qui devrait affranchir l’humanité des grandes fatigues et des privations, écrase tout ce qui travaille pour assurer des revenus princiers à quelques parasites.
Et en effet, le travail a augmenté d’intensité et de durée, en raison directe du perfectionnement des machines, tant que les ouvriers n ont pas pesé de tout le poids de leurs sociétés de résistance. Même leurs efforts n’ont pas toujours été efficaces(1).
(J) L.3 diminution du nombre des ouvriers, en même temps que la production s’augmente, progresse rapidement (Redgravc Enq. off. des fab. anglaises).
Le travail à exécuter dans les fabriques a déjà subi oq grand surcroît par suite de la vitesse très augmentée des machines (1830).... Le travail augmente terriblement,’(1842).... Le travail s’est accru de TU,(|/<) dans les dernières anüées 4854 (Lord Àshley cit. p. Marx).
L’esclavage auquel la bourgeoisie a soumis le prolétariat se présente sous son vrai jour dans le système de la fabrique. Jc.i toute liberté cesse de fait et de droit. L’ouvrier doit être le matiu dans la fabrique à 5 h. et demie; s’il vient deux minutes trop lard, il encourt une amende; s’il est en retard de dix minutes, on ne le laisse entrer qu’ après le déjeuner et il perd le.quart de son salaire journalier (et souvent la
Continuons nos citations :
Plus l'activité de la fabrication s’accroît, plus les machines se perfectionnent, plus les produits, excellents et nombreux, font honneur au génie de la nation qui enrichit le monde, plus aussi la misère s’appesantit sur les travailleurs, et plus, enchaînés sans lépit à un travail abrutissant et ingrat, ils perdent le temps , la faculté, et parfois jusqu 1 au désir, de cultiver leur être moral (Daniel Stern)
Revue d’Edimbourg (1835) « C’est à une coalition d’ouvriers fqui ne voulaient pas laisser réduire leurs salaires) qu’on doit le chariot de Sharpe et Robert de Manchester, et celle invention a rudement châtié les imprudents coalisés ».
Châtié mériterait Châtiment. (Proudhon).
La substitution des forces mécaniques aux forces humaines pèse quelquefois très lourdement sur les classes ouvrières, et l’opinion des ouvriers concernant les machines, qu’ils croient funestes à leur intérêt, ne s’appuie pas seulement sur l’erreur et sur les préjugés, mais sur les principes les plus rigoureux de l’économie politique (Ricardo).
journée tout entière) il lui faut manger, boire, dormir, sur commande. La cloche despotique lui fait interrompre sou sommeil et ses repas. Et comment se passent les choses dans l’intérieur de la fabrique ?,Iei, le patron est législateur absolu. Il fait des règlements comme l’idée lui eu vient, modifie et amplifie son code suivant son bon plaisir, et s’il y introduit l’arbitraire le plus extravagant, les tribunaux disent aux travailleurs: Puisque vous avez accepté volontairement co contrat, il faut vous y soumettre.... Ces travailleurs sont ainsi condamnés.à être torturés physiquement et moralement, depuis leur neuvième année jusqu’à leur mort. (Engels, cité par Marx ). U)
M. E.fabricant, fait savoir qu’il emploie exclusive¬
ment des femmes à ses métiers mécaniques.
il donne la préférence aux femmes mariées, surtout à celles qui ont une fami'Ie nombreuse. Elles sont plus attentives, et plus disciplinaires que les femmes non marées et de plus sont forcées de travailler jusqu'à extinction, pour se procurer les moyens de subsistance nécessaires.
C’est ainsi que les vertus qui caractérisent le mieux la femme, tournent â son préjudice. Ce qu’il y a du tendresse et de moralité dans sa nature devient l’instrumenl de son esclavage et de sa misère.
(Lord Ashley, cité par .Marx).
Tout accroissement du capital fixe, lorsqu’il a lieu aux dépens du capital de circulation, est de nécessité, au moins temporairement, préjudtcable aux intérêts des travailleurs.
Cela est vrai, non seulement des machines, mais de toutes les améliorations par lesquelles le capital est absorbé, c’est-à-dire rendu inapplicable à l'entretien et â la rémunération du travail, d’une manière permanente (J. S. Mi II.)
L’effet naturel et nécessaire des machines est de di minuer la population des classes sa!ariées qui vivent du produit brut, et d’augmenter la population des classes qui vivent du produit net. (GanilhJ.
Les victimes seront d’autant plus nombreuses que j l’introduction des machines sera plus brusque... .
La création des grandes exploitations expose les ouvriers à une réduction de travail et de salaire. (Gérandoj*
La science et le travailleur sont complètement séparés l’un de l’autre, et la science entre les mains de ce dernier, au lieu de développer à son avantage ses propres forces productives, s’est presque partout tour-
née contre lui.... La connaissance devient un instrument susceptible d’être séparé du travail et do lui être opposé. (W. Thompson)
Depuis P introduction de machines coûteuses, on a voulu arracher à la nature humaine plus qu’elle ne pouvait donner. (Robert Owen).
En résumé, les machines, qui sont appelées à affranchir T humanité des travaux pénibles, quoi qu'en ait dit Proudhon, les machines n’onl jusqu'ici, grâce à leur application capitaliste, servi qu' à augmenter les bénéfices de quelques capitalistes, au prix d’une plus grande misère, d’une plus grande subordination, de plus longues séances de' travail pour la classe ouvrière. Elles ont tué le travail libre à domicile, fermé toutes les voies du travail libre et, en quelque sorte, militarisé l’industre.
Par elles, le travailleur est, socialement parlant, bien moins libre qu’au commencement du siècle.
Il faut léagir.
11 faut choisir entre un nouveau servage industriel, ou le travail associé. Les prolétaires ont déjà manifesté leurs préférences; ils savent qu'ils ne seront affranchis que le jour où ils posséderont leurs instruments de travail et où par conséquent les machines, passant de l’application capitaliste à l’application collectiviste, fonctionneront 3u profit des travailleurs.
Echange -* Concurrence.
Je crois, j’ai besoin de croire à r aveuglement humain. Si l’humanité était véritablement consciente, elle serait par trop atroce; je crois à son aveuglement passé et présent, comme à son intelligence, et par conséquent, à sa justice future.
La grande différence entre les premiers économistes et leurs successeurs ne porte, au fond, que sur ces deux idées opposées:
\) Réglementation du travail et du commerce.
2) Liberté du travail et des échanges.
Certes, les jeunes économistes (ils ont vieilli depuis ) avaient raison; il fallait sortir du cercle féodal, il fallait briser toutes les chaînes; la liberté économique n’était pas moins indispensable, et pas moins régénératrice, que la liberté politique. Gloire donc à Turgot et à ses collaborateurs! Mais, si les physiocrates, les économistes italiens, Smith, Say, furent grands pour avoir préconisé la liberté commerciale , s’ensuit-il que cette liberté obtenue, il n’y aurait plus qu’à se croiser les bras, pour laisser faire et laisser passer ?
Les profonds changements amenés par Y avènement de la grande industrie, les crises, les chômages, les effrayantes misères, les longues journées de travail, les réglements de fabrique, les excès de la féodalité capitaliste, la corruption de l'échange par l'abus des forts sur les faibles, par les spéculations les plus effrénées, par l'introduction du camelotage dans la production, Y emploi fiévreux du travail mécanique, tout ce désordre industriel, qui, au dire d'un illustre anglais, avait dévoré trois générations en 30 ans , imposaient aux économistes de sérieuses méditations et de graves soucis; les économistes italiens le comprirent; mais leur voix ne fut pas entendue. Les économistes anglo-français ne virent rien et chantèrent imperlubabiement le libre échange et la concurrence. (1)
On leur fît observer que la concurrence entre
(!) Le système qui fonde les principaux gains d’une nation sur l’exportalion de ses produits, est parvenu à faire considérer les ligues des ouvriers comme funestes à la propriété de l’état, eo ce qu’elles eütraîoent une hausse dans le prix des marchandises d’exportation, laquelle nuit à la préférence qu'on veut obtenir sur les marchés de I’ étranger.
Mais quelle prospérité que celle qui consiste à tenir misé rable une classe nombreuse dans l'état, afin d'approvisionner à meilleur marché des étrangers, qui profitent des privations que vous vouz (tes imposées ! ( J. il, Say ).
capitaliste et travailleurs équivalait à ces combats judiciaires du moyen-âge, où le paysan, tête et pieds nus, armé d’un simple bâton, devait combattre en champ clos contre le seigueur bardé de fer, la lance au poing et monté sur un fougueux coursier.
Us répondirent : La concurrence est une loi naturelle; tant pis pour ceux qu’elle écrase ; d'ailleurs la misère est d’ordre providentiel.
On leur dit plus tard :
La concurrence tend à former une féodalité commerciale , comme, en production capitaliste, la grande industrie tend à constituer une féodalité industrielle (1).
( l ) Un exemple entre mille. Eo quelques années, les grandes maisons de nouveautés de Paris:
Le Bon Marché, le L ouvre, le Printemps , le Coin de rue etc., ont acquis le monopole incontesté de tout ce qui concerne leur commerce particulier; mais, comme l’appétit vient en mangeant, les insatiables propriétaires de ces maisons ajoutent chaque année de nouveaux articles à leur vente: jouetsd’eufants, KuüIz, parfumerie, bijouterie, librairie et musique, maroquinerie, articles chinois, chapeaux pour hommes, ameublement modes pour femmes, cannes et parapluies etc.; que ne vendront-ils pas dans 5 ans ? En attendant, les petits commerçants ruinés ferment boutique eu nombre toujours plus considérable.
M. Stewart, qui vient de mourir, en laissant une fortune de 8 1 OUU,(MJO de dollars (4UÜ mitions de francs), avait à NeW- York dix maisons, dont !a plus petite dépassait par ses proportions la plus vaste qui soit à Paris. A Londres, la maisou
Ils ont répondu: 11 y a des monopoles naturels, il faut les respecter. '
On a ajouté : Vous vous faites les souteneurs d'un régime de prédestination sociale, qui est attentatoire à la vraie liberté, au premier chef (I) Ils répètent:
fondée par Mosès est un bazar aussi complet qu’une exposition internationale; à la première inspection, cela ressemble à un magasin de confection; mais, quand on pénètre dans l’intérieur, on reste ébahi à l’aspect de la vertigineuse activité qui règne du haut en bas de ce capharnaüm. Des myriades de commis débitent, à toute heure du jour, des objets complètement dissemblables : celui-ci livre un chapeau; celui-là rend une paire de bottes; cet autre, un mobilier complet. Voici un planteur qui retourne aux Indes et qui vient chercher des maisons portatives. Mosès fournit aossi des cercueils au plus juste prix, et marqué à son chiffre. Cherchez, inventez l’objet le pins extravagant, un traîneau russe, uu débris du Parlhéuon, un écureuil, noe pagode; vous serez servi en un clin d’œil. Avez-vous besoin d’un yacht.? vous l’aurez demain matin, gréé, maté, et il ne manquera pas un mousse à V équipage. (Siècle).
(1) Il y a prédestination sociale lorsque, par le seul fait de leur naissance, les uns sont nécessairement riches, et les autres nécessairement pauvres, sous le rapport intellectuel comme sous le rapport matériel.
La concurrence est réelle et vraie, lorsque les concurrents se trouvent placés dans des conditions socialement égales; dans tous les autres cas, elle est fausse et illusoire.
(Agathon de Polter).
vous êtes des hommes de servitude, nous sommes nous des hommes de liberté.
Si on leur dit: Telle qu'elle fonctionne, la concurrence aboutit à un accroissement démesuré des forces de la production et une décroissance correspondante et démesurée des moyens de consommamation (i).
Ils répliquent par des phrases sur Y ignorance des utopistes.
Quelques uns d’entre eux ont pourtant vu les inconvénients du système :
Rossi: Rejoindre celui qui vous précède, le fouler aux pieds, et passer outre, c’est là Peffort constant de l’industrie; c’est sa loi, c’est sa vie. Si la concurrence peut animer P offre du travail, elle n’ anime jamais la demande.
(En bon français, elle s’exerce toujours aux dépens des travailleurs ).
Fletcher, avec plus d’énergie encore :
La concurrence pour le travail est un moyen de dépression aussi énergique que ceux qui ont pu exister dans les temps barbares. A moins que les bonnes relations entre les différentes classes n’y mettent oblacle, les propriétaires deviendront de plus en plus étrangers à leurs ouvriers, et ceux-ci deviendront misérables, sans espoir, démoralisés, ennemis.
(t) Louis Blauc,
Laveleye a écrit de son côté :
Le libre échange, appliquant à l’univers entier le principe de la division du travail, stimulera la production de la richesse; il n’en modiûera pas la répartition.
Mais ce ne sont là que des voix isolées, et, jusqu’en 1873, presque toute la corporation des économimistes est restée unie dans la glorification de la concurrence.