CHAPITRE VII
Thomas Robert Malthus
Mwin et ses idées réformistes; réaction de Malthus.
C’était en 1798: l’idée révolutionnaire, bien que déjà frappée par la réaction, débordait de la France sur T Europe, avec une intensité persistante et il n’était pas jusqu’à l’Angleterre, ce banquier armé de la réaction européenne, qui ne fut atteinte de ce que les partisans de Pilt appelaient la contagion de la rébellion.
Les disciples de Bentham, le parti wigh tout entier, Fox en tête, affirmaient hautement leurs sympathies pour la liberté française: mais c’est surtout parmi les admirateurs d’un brillant pamphlétaire, Godwin, qu’il faut chercher les véritables partisans de la Révolution.
Ancien Ministre non conformiste, qui, dans sa passion de la justice, avait jeté la bible aux orties et qu’encourageait une femme digne de lui (4), William Godwin s’était promptement fait connaître comme le réformateur le plus radical qu’eut encore vu l’Angleterre; il entraînait à sa suite une jeunesse enthousiaste.
Il publia, en 1793, son ouvrage capital: La justice politique.
Après avoir déclaré qu’avec Condorcet il croyait à la perfectibilité indéfinie de la race humaine, il fit de la société de son temps une satire violente:
« Tous les maux sociaux, disait-il, viennent des mauvaises institutions ; quand un homme meurt de faim, c'est la faute des lois. C’est la loi qui le condamne et non pas la nature *.
Si chaque habitant travailleur voulait, ou pouvait, doubler journellement la quantité de son travail, il ne retirerait avantage que fort peu de temps de l’augmentation des produits ; car les riches trouveraient bientôt moyen d’accaparer pour eux seuls presque tout ce surplus, qui serait encore dépensé en superfluités par les riches. Quant à la majeure partie de la Communauté, elie ne profilerait nullement de cet accroissement do production. (2)
i*) Mistriss Godwin, comme avait déjà fait lady Mar.auloy, publia un livre pour réclamer 1’ égalité civile et politique de T homme et de la femme.
(2) Godwin ôtait prophète en écrivant ces lignes. Le machinisme et la grande industrie soûl venus; la quantité des pro-
Ce n'est point la loi de la nature, ce n’est que la loi d’an état social très factice, qui entasse sur une poignée d’individus une si énorme surabondance, qui leur prodigue les moyens de se livrer aux plus folles dépenses, à toutes les jouissances du luxe, tandis que d'autres, qui souvent les valent bien, sont condamnés à laQguir de besoin.
L'humanité s’est trompée; il faut qu'elle change de roule; ce n’est que par la communauté des biens et l’entière liberté morale de l’être individuel, qu’elle peut être sauvée.
En conséquence, la propriété individuelle, source de tous les maux, doit être abolie; les fruits de la terre appartiennent à tous ceux qui, par le travail, ont contribué à les produire; il n’est pas juste que le riche, oisif et parasite, gaspille, tandis que le pauvre, exténué de fatigues, meurt de privations.
Le mariage actuel doit aussi être aboli; les êtres humains doivent avoir le droit de s’unir librement et sans le concours d’interventions abusives. La femme doit être traitée comme l’égale de l’homme, et non plus comme serve.
Cetait le Communisme, moins le nom, qui n’était pas encore trouvé.
Eh bien ! ces idées qui n’étaient qu’une protestation passionnée, et peut-être môme exagérée, contre ce qui est, eurent, en Angleterre, un grand nom-
duits n’cst pas doublée mais quintuplée, et les prolétaires souffrent des mêmes misères: l’insécurité, les chômages, les salaires insuffisants; il n’y a de changé à leur situation que ccci: ils travaillent plus vite et plus longtemps.
bre d'adeptes, non seulement dans la jeunesse, mais encore dans la bourgeoisie tranquille et amie de l’ordre.
Ou citait entre autres un honnête commerçant de Rookery (Surrey) qui faisait des livres de Godwin sa lecture habituelle et disait avec admiration à qui voulait l'entendre :
— Là est la vérité.
Ce commerçant s'appelait Daniel Malthus, et il avait au séminaire un fils, qu’il se flattait de voir un jour l’éloquent! et généreux disciple du grand Godwin. Mais Thomas Robert Malthus devait singulièrement tromper les espérances paternelles.
Ce fut de l'indignation qu'il éprouva à la lecture de la Justice politique et il reprocha violemment à son père ses opinions démagogiques et- ses pensées de désordre.
Il ne s’en tint pas là; il voulut démontrer, contre les égalitaires et les progressistes de son temps: Condorcet, Wallace, Qwen, Godwin etc., que les lois ne pouvaient rien contre la misère, qu’il n'y avait à faire aux riches aucun reproche, que c’étaient la Providence et la nature des choses qui condamnaient fatalement et éternellement le plus grand nombre des êtres humains à la misère, par suite de cette loi que l'homme engendre plus vite qu’il ne produit, et que, par conséquent, les produits
manqueront toujours, que la misère est éternelle.
Malthus écrivit donc ce fameux Essai sur la Population , qui eut un si prodigieux succès.
En voici un résumé: