‹ Histoire critique de l'économie politiqueChapitre 18 sur 31 · GS · texte numérisé non relu

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Au point de vue de l’économie orthodoxe, ce raisonnement était inattaquable: le dieu de Malthns sait si l’on en usa.

Il y eut pourtant de généreuses protestations: Godwin répliqua; mais avec désespoir, et saus trouver sa verve ordinaire; De Quincy, dans son Dialogue de trois étudiants se moqua agréablement du principe de population. Mallhus, qui n’était pas toujours calme, répondit avec une extrême violence, et les riches anglais furent plus que jamais de son parti.

1/impulsion était donnée. Le Parlement proposa de suite une réforme delà fameuse loi des pauvres, octroyée par la reine Elisabeth. (1)

Quelques années plus tard, en i813, eurent lieu ce qu’on appela les troubles des Luddites. Par suite de 1’ introduction précipitée des machines dans les manufactures, des milliers d’ouvriers se trouvant sans travail et sans ressources, errèrent par bandes dans les champs désolés, mourant de faim le long des

(1) Celle loi, qui reconnaissait le droit à 1’assistance, échappa d’abord aux fureurs malthusiennes. Ce ne fut pas pour longtemps; elle fut amendée en 1821 , et définitivement abrogée en 1874, quelques mois avant la mort de Maltlnis, qui, heureux jusqu’à la fin de sa vie, put voir la suppression tie 13 charité légale. Il vit même fonctionner cette alro:e invention moderne : les Workhouses.

chemins. Au lieu de se résigner, les plus énergiques tentèrent de briser ces monstres de fer , qui leur prenaient leur pain.

Ce ne furent pas des paroles de sagesse et d’espoir, encore moins des secours, qu’on leur porta, ce fut la mort.

Le Parlement décréta que, sans forme aucune de procès, quiconque aurait participé au bris d’une machine serait pendu. Nottingham, York, et quelques autres villes se souviennent encore de la manière odieuse dont l’odieuse loi fut exécutée.

A quoi bon secourir ces pauvres? pour augmenter leur nombre? Malihus le défendait. 11 valait bien mieux les aider à mourir de faim. On ne manquait pas d’ouvriers, puisqu’il y avait tanL d'affamés sans travail: d’ailleurs, les industriels, pour payer des salaires moindres et faire de plus gros bénéfices, s’ étaient mis à prendre les femmes et les enfants. Il fallait bien que ces adultes, dont on ne savait que faire, quittassent la place.

Un peu plus tard, une académie française mit au concours le meilleur ouvrage contre la charité légale. Le fameux Duchâlel, et le pasteur protestant Naville, de Genève, prouvèrent que la société ne doit rien à ses membres nécessiteux et se partagèrent le prix académique.

Presque tous les économistes anglais, les princi-

paux économistes italiens, et, dans les pays de langue française, J. B. Say, Ch. Comte, Dunoyer, G. Garnier, Cherbuliez, Rossi, Joseph Garnier, Ambroise et Pierre Clément, Villermé, H. Passy. Dupuynode, Dupin, Molinari, Léon Faucher, L. de Lavergne, Coquelin, Ch. Coq, Guillaumin (4), M.me Clémence Royer, Bénard, Ilervieux, à différentes époques, aceptèrent et propagèrent la doctrine malthusienne. Et, non contents d’exalter la théorie, la plupart d'entre eux exaltèrent l’homme.

Dans toutes les Revues économiques, dans tous les livres d'économie politique, Malthus fut un ex • cellenl citoyen , un 'philanthrope , un ardent ami du peuple (2); ce n'était que par amour du peuple qu’il avait recommandé la prudence aux pauvres. Ceux qui le réfutaient , ou ne l'avaient pas lu , ou ïavaient mal compris , ou étaient de mauvaise foi. Les économistes italiens le qualifièrent de grandissimo , d’illustrissimo , de buonissimo etc. Enfiu, le dur Cherbuliez voulut nous attendrir sur la personne et la famille de Malthus. Il nous parla de ses onze su-

(1) 1/ Editeur dévoué des économistes et le foodalcur du Journal des économistes.

(2) J’ai vu un portrait de Malthus. Son nez long, courbé, mince et pointu, ses, yeux fixes, d’une intelligence sèche, ses lèvres pincées, m’ont bien donné l’homme froid et dur qufl révèlent ses écrits.

perbes filles , presque toutes à marier. N'était ce pas touchant, en vérité , de la part de cet homme qui croyait la population le fléau de l'humanité, et qui interdisait le mariage aux ouvriers, de daigner luimême faire tant d’enfants? O Pharisiens politiques!

Beaucoup d'économistes allemands se firent également ses disciples et l’un d'entre eux, Weirfhold, ne proposa rien moins que la castration d'un certain nombre d’enfants du peuple. Ses confrères en rirent; mais ne s’en indignèrent pas.

On le voit, le succès de Malthus fut complet : gloire, fortune, influence, tout lui vint:

Malthus, dit tristement Godvvin, 3 triomphé de Punivers entier, en dépit de l’évidente futilité des arguments qui ont servi de base â son édifice. Aucune manière de voir autre que h sienne n’est aujourd’hui reçue dans la bonne société; il a converti par centaines des hommes qui avaient été les champions de la félicité de l’espèce humaine (1820).

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