CHAPITRE XII
2,' û me Ecole française.
Caractère de cette école. — Sismondi.
Les abus de la féodalité capitaliste, et les ruines causées par la concurrence effrénée qui sévissait dans toute l’Europe occidentale, furent telles, il y eut tant et <le si profondes misères, le contraste entre le luxe de ceux qui s’enrichissaient du travail d’autrui, et le dénuement des travailleurs, fut si révoltant, qu’au sein même de l’éc. pol., des protestations se firent entendre.
Une école, qu’Adolphe Blanqui appela Vécole française , et qui fut remarquable par le talent de ses représentants, autant que par l’esprit d’humanité qu’elle propageait, se forma vite, sous l’inllueDce
d’un homme célèbre , qui avait à la fois dans les veines du sang italien, du sang français et du sang suisse, comme pour mieux marquer le caractère largement humanitaire de l’école qu’il devait fonder.
Jean Charles Léonard Sismonde, plus tard de Sisraondi, naquit en 1773, à Genève, d’une famille calviniste, réfugiée du Dauphiné, lors de la Révocation de ledit de Nantes et, dit on , originaire de Pise, qu'elle aurait eu quittée depuis plusieurs siècles.
Sismonde se fit connaître, eu 1803, par un Traité sur la richesse commerciale , où il adopta les principes de l’économie orthodoxe.
Puis il s'adonna à l’histoire, et, en attendant d’écrire son Histoire des Français , en 32 volumes, il publia 1 Histoire des Révolutions italiennes.
La critique éclairée de M m e de Staël ne fut pas inutile au jeune auteur, car plus d’une fois, il refit des chapitres entiers sur les indications du célèbre écrivain.
C est en travaillant à cet ouvrage, et en compulsant des documents, dans les villes d’Italie, que Sismonde, qui se croyait d’origine française, découvrit, ou crut découvrir, ses ancêtres, dans une famille gibelline de Pise, famille anoblie par un empereur allemand.
Dès lors, au vieux nom dauphinois Sismonde il ajouta de Sismondi , nom qui lui est resté.
En <815, après un séjour à Paris, il passa en Angleterre, où il se maria.
L’industrialisme llorissait dans le Royaume-Uni, enrichissant les riches , affamant les pauvres, et l’i* niquité était si monstrueuse que l’économiste orthodoxe sentit chanceler sa foi.
Quoi! c’étaient là les résultats de celte liberté é* eonomique tant vantée! Pour que quelques-uns pussent s’enrichir, il fallait donc que la grande masse sociale fut vouée à une vie de douleur, d’ignorance, d’exténuation et de dénuement sans espoir! C’était trop affreux ! les hommes ne pouvaient pas être ainsi sacrifiés aux produits: l’économie politique s’était trompée!
C’est dans cette situation d’esprit qu’en 1819 il écrivit ses Nouveaux 'principes d’économie politique :
La lutte des iniérêls individuels ne suffit pas pour assurer le bien de tous, dit-il, dès les premières pa:es.
Malthus, ajoute-1 il, Mallhus avait raison de prêcher H prudence aux victimes prédestiuées de ces hécatombes industrielles (1).
U) Ces paredes ueiaient pas ironiques dans la bouche de Sismondi, qui croyait à la théorie de la population , comme tons les économistes de son temps. Il prêchait donc le moral restruint ; mais, eu même temps, une meilleure répartition des richesses, t! ne faut pas oublier que Sismondi élait libéral , mais non pas radical. A Genève, il fui l’ennemi irrécoucialablc des réformes de Fa/y et notamment de l'introduction du
il faut surtout lire l’introduction delà 3èmeédb tion des Nouveaux Principes, publiés en 1827.
Des crises absolument inattendues se sont succédées dans le monde commercial. Les progrès de l'industrie et de l' opulence n'ont pas sauvé les industrieux qni créaient (pour d'autres) tant de richesses, de souffrances inouïes. Les faits n'ont pas répondu à l'attente commune et aux prédictions des sages.
Aussi, malgré la foi implicite qu’en économie politique les disciples accordent aux maîtres, ces disciples en sont réduits à demander de nouvelles explications pour des phénomènes qui s'éloignent de plus en plus des règles établies par les maîtres. .,
Il ajoute :
Il n’est aucune branche d’éc. pol. qui ne doive être jugée d’après ses rapports avec le bonheur de la masse du peuple, et l'ordre social est toujours mauvais, lorsque la plus grande partie de la popu'ation souffre.
J’ai vu, dit-il, en Angleterre, les produits augmenter, el les jouissances diminuer. La masse de la nation , aussi bien que les économistes, semble oublier que l'économie politique a pour but , non pas seulement l'accroissement des richesses, mais l'élude des moyens , pour employer celle richesse à l'avantage de tous . . .
La haute aristocratie est arrivée à un point de richesse et de luxe, qui dépasse tout ce qu'on avait vu jusqu’ici dans le monde. Et pourtant, des privations se tonl sentir, dans ces maisons d’une splendeur royale.
J’entends leurs chefs affirmer que si on leur ôtait le monopole des grains, dont ils se servent contre leurs
suffrage uuiverse!. Il prédisait à la nouvelle ville les plus grands malheurs. Ces malleurs sont encore à venir a et Genève plus florissante que jamais,
concitoyens, leurs fortunes seraient anéanties, puisque leurs terres, qui s'étendent sur des provinces entières, ne paient pas les frais de culture. Je vois dans ces familles un nombre incroyable d'enfants: 10, 12 et plus, qui sont tous sacrifiés à leur aîné, dans chaque famille.
Dans les rues de Londres, on voit des magasins de marchandises qui suffiraient à 1' approvisionnement de l'univers; mais nulle part les faillites ne sont aussi nombreuses, et ces fortunes colossales de commerçants, qui pourraient, à elles seules, soutenir une nation, sont souvent détruites du jour au lendemain.
Que devient le peuple au milieu de celle frénésie de richesses? Ecoutons encore Sismondi:
Il n’y a plus de paysans dans les campagnes; ils ont dû céder leur place aux manœuvres ; il n’y a presque plus d’artisans indépendants dans les villes; il n’y a plus que des manufactures.
L'ouvrier industriel n’a pas de métier et, comme le maigre salaire qu’on lui donne ne suffit pas pour l'entretenir, il doit recourir à l’aumône . . .
L'Angleterre a trouvé plus économique de remplacer par des machines ses ouvriers, qu’elle a renvoyés, puis repris, puis renvoyés encore. Les tisseurs, remplacés par les poncer looms ( machines) meurent aujourd'hui de faim. ..
Elle a trouvé plus économique de ne nourrir les Irlandais que de pommes de terre et de ne les habiller que de haillons, et chaque vaisseau lui apporte des légions d’Irlandais qui chassent les ouvriers anglais, de leurs fabriques, et les contraignent à mourir de faim ; car ils travaillent à meilleur marché qu’eux.
L’exemple de l’Angleterre est d’autant plus sensible que celle nation est riche, libre et bien gouvernée , et que toutes ses souffrances proviennent uniquement de ce quelle a suivi une fausse direction économique.
La misère du chasseur sauvage, qui périt souvent tla faim, rP égale pas cello des milliers de familles que renvoie quelquefois un manufacturier; car du moins il reste au premier toute P énergie et toute l’intelligence qu’il a mises à l’épreuve toute sa vio. Lorsqu’il meurt, faute de trouver du gibier, il succombe à une nécessité que la nature elle même lui présente, et à laquelle, dès le commencement, il a su qu’il devrait se soumettre, comme à la maladie ou à la vieillesse. Mais P artisan renvoyé de son atelier, avec sa femme et ses enfants, a perdu par avance les forces de son âme et celles de son corps; il est encore entouré par l’opulence; il voit encore à chaque pas sous ses yeux Paliment dont il a besoin ; et si le riche lui refuse un travail par lequel l' ouvrier offre jusqu’au dernier moment d’acheter du pain, ce sont les hommes qu’il accuse et non la nature.
Passons maintenant aux économistes :
J. B. Say, B'cardo, Malthns, Mac-Culoçh, continue Sismondi, ont fait constamment abstraction des obstacles qui les embarrassaient dans P enchaînement de leurs théorèmes, et ils sont arrivés à des conclusions fausses, pour ne pas avoir distingué ce qui leur aurait donné quelque peine à discerner.
Tous les économistes modernes, en effet, ont reconnu que la fortune publique n’étant que P aggrégalion des fortunes privées, naissait, croissait, se distribuait de la même manière que chaque fortune privée. Tous ont très bien vu que la partie la plus essentielle à considérer c'est le revenu ; que sur le revenu doit se régler la consommation ou la dépense, sous peine de détruire le capital. Néanmoins, comme dans la fortune publique le capital de l’un devenait le revenu de l’autre, ils ont été embarrassés pour faire une distinction absolue entre le capital et le rev enu, et ils ont trouvé plus simple
d’exclure ce dernier de leur calculs.(Et de sacrifier
les non propriêlares ).
Ils ont énoncé que toutes richesse produite trouverait toujours des consommateurs, et ils ont encouragé les producteurs, jusqu’ à causer cet engorgement des marchés, qui est aujourd’hui le fléau du monde civilisé. Tandis qu’ils auraient dû avertir les producteurs, qu’ils ne devaient compter que sur des consommateurs ayant un revenu.
Quel est l’idéal de Sismondi?
Faire que les richesses contribuent au bonheur de tous, par la raison qu'elles sont le signe de toutes les puissances matérielles de l’homme. Il faut que leur accroissement se conforme à l'accroissement de la population, et que leur distribution se fasse , parmi celte population, dans une proportion qu’on ne peut troubler sans un extrême péril.
Il faut, pour le bien de tous, que le revenu (social) croisse avec le capital, que la population, ne se disproportionné pas avec les revenus qui la font vivre, que la consommation croisse avec la population, et que la reproduction se proportionne, également avec le capital qui la produit et avec la population qui la consomme.
La science du gouvernement doit se proposer pour but: le bonheur des hommes unis en société.
Assurer la plus grande félicité possible, laire participer à celte félicité le plus grand nombre possible d’individus, voilà le double but des efforts du législateur.
L’ordre social perfectionné est en général, avantageux aux pauvres autant qu’aux riches, et l'économie politique nous apprend à conserver cet ordre, en le corrigeant ...
La sécurité sociale demande instamment la division rapide des fortunes et que tous jouissent à leur gré du produit de leur travail.
Kn entrant dans une fabrique, l’ouvrier doit y trouver ta sécurité du lendemain et de l’avenir en retour de son travail, il a droit à la garantie do celui qui
l'emploie; car il ne faut pas sacrifier Thumanilé aux cupidités individuelles.
Le trop bas salaire est désavantageux à l’Etat, et la misère qui en découle fera toujours naître une population pour le continuer.
A ce mal du trop bas salaire, l’assistance n’est pas un remède. Les œuvres de bienfaisance qu'on établira pour y parer , ne tarderont pas à être regardées comme un supplément de salaire , et , de plus en plus , les pauvres seront subordonnés et avilis.
Des aspirations philantropiques, mitigées de réserves aristocratiques, voilà l’idéal de Sismondi. Mais il a singulièrement éclairé toutes les questions qu’il a touchées.
Quand aux moyens, il ne sait que sacrifier la liberté, la dignité, l’indépendance de l’ouvrier, en faire une sorte de serf industriel, pour lui assurer le pain du lendemain.
Lui même, d’ailleurs, avec la sincérité et le bon vouloir qui le distinguaient, a écrit cette phrase dont les économistes orthodoxes ont tant abusé contre lui :
Je l’avoue, après avoir indiqué où est le principe, uù est la justice, je ne me sens pas la force de tracer les moyens d’éxécution. La distribution des fruits du travail entre ceux qui concourent à les produire me parait vicieuse; mais il me semble presque au dessus des forces humaines de concevoir un état de propriété absolument différent de celui dont nous avons fait l’expérience...
Ainsi l’écrivain trouvait au bout de sa plume des
vérités comme celle ci—: C'est la forme de propriété actuelle qu'il faut changer , si nous voulons guérir le mal social ; mais le conservateur objectait, découragé : Une telle transformation est au dessus des forces humaines , et il se contentait de palliatifs impuissants.
Cette lutte d’une grande intelligence, aux prises avec un milieu conservateur, avec la bête, comme auraient dit les chrétiens, est digne dêtre, sympathiquement observée.
J. Droz. Adolphe Blanqui.
U impulsion était donnée, et Sisraondi eut des dis* ciples.
Le premier en date fut Joseph Droz.
—? C'est lui qui jeta ce cri qui eut tant d’écho :
A. entendre certains économistes, on dirait qae les hommes sont faits pour les produits, et non pas les produits pour les hommes.
Josep Droz, né à Besançon, en 1773, se distingue dans les armées républicaines, comme officier d’état major; devenu magistral, sous le Consulat, il défendit victorieusement, avec le négociant Vital Roux,
la liberté du travail, que Bonaparte, enragé de réaction, voulait confisquer, comme il avait fait de tant d’autres conquêtes de la Révolution, en rétablissant les Jurandes et les Maîtrises.
Droz publia différents ouvrages d'histoire, d’art, de philosophie et de morale; je n’ai à m’occuper que de son Traité d’économie politique , ou simple explication de la manière dont se forment , se distribuent et se consomment les richesses.
L’économie politique, est-il dit dans ce livre, est une science, dunl le but est de rendre l’aisance aussi générale que possible.
Un état est d’autant plus riche que ses richesses sont plus justement réparties.
Comment parler de prospérité, quami les trois quarts de la nation sont dans la gêne et dans la misère?
L’ouvrier bien payé travaille mieux et plus.
L’inégaüé est extrême, 'es salaires sont trop bas; il y a donc un problème du plus haut intérêt à, résoudre ; son importance est telle que , s' il était insoluble toute la science des richesses serait vaine.
L’économie politique, bien comprise, sera l'auxiliaire de la morale. Ne prenons pas les richesses pour un but; elles ne sont quun moyen. Leur importance résulte du pouvoir qu'elles ont de calmer les souffrances , et les plus précieuses sont celles qui servent au bien-être de la majorité des hommes.
Que de vices, que de crimes desparailraient si l’on bannissait i’oisivelé.
Si les économistes avaient compris celte vérité formulée par un modéré, homme de bien, rantagoais-
me social De serait pas si profondément creusé et les souffrances des masses seraient moins cruelles.
Adolphe Blanqui, le frère du célèbre conspirateur, alla plus loin que Sismondi et Droz. Il faut l’entendre, dans son histoire de l' économie politique , flétrir /’ école anglaise et annoncer une éc. pol. plus humaine, plus sociale.
U école anglaise , s’écrie-t-il n’a vu dans la production des richesses qu’un élément de puissance nationale, et les économistes de celte école se sont trop accoutumés à considérer les ouvriers comme de simples éléments de production. A peine leur échappe-t-il un cri de commisération, à l’aspect des hôpitaux encombrés, des prisons remplies, et de toutes les victimes de nos inégalités » sociales
Ils ferment leurs oreilles â la plainte et ils se laissent éblouir par le prestige de h civilisation, sans se demander si ce brillant édifice n’est pas cimenté de sang et de larmes.
Des milliers d’individus ne font que paraître et disparaître parmi nous , en France, en Angleterre, en Allemagne : d’où vient ce malheur ? de ce que les classes inférieures manquent souvent des choses les plus indispensables, d’un vêtement, d’une chaussure , d’un peu de feu dans la saison rigoureuse , de ce que les pères de ces familles, sur qui reposent leur destinée de chaque jour ne produisent pas assez de valeurs échangeables contre les aliments nécessaires à leur existence (1). A côté d’eux cependant l’opulence gaspille,
(I) Ils produisent, assez de valeurs, mais ils sont dépouillés au passage, par l’oisif capitaliste.
souvent sans plaisire des produits, qui ranimeraient des vieillards éteints, des femmes épuisées, des enfants languissants : c’est que la richesses est trop inégalement distribuée et que l’industrie n’est pas assez développée. Le mal est artificiel; ou pourrait, si non l’éviter, du moins atténuer ses ravages.
Il s’agit de la classe indigente pour laquelle le législateur n’a rien fait, quand il n’a pas tout fait.
Le droii de propriété ne saurait être le droit d'affamer ses concitoyens. Les fruits de la terre , comme l'air , appartiennent à tous les hommes ... (1).
Il nous reste à accomplir l’affranchissement des travailleurs et celui du commerce.
Le champ de bataille n’est plus dans les plaines, il est dans l’atelier. C’est la guerre continue, savante, acharnée , infatigable; et qu’elle fait de victimes! Guerre véritable, ou les combattants se servent de Machines ingénieuses et puissantes, qui laissent sur le terrain des millions de travailleurs haletants, hommes et femmes, sans pitié pour la vieillesse ni l’er.fance . ..
Cette guerue, dernière expression de la vieille économie politique en Europe, est le dernier retentissement de la grande querelle sociale, soulevée par la Révelulion française.
La Françe a l’air de rivaliser avec l’Angleterre; mais le capital lutte bien plus profondément avec l’ouvrier....
Il est temps d'agir ; notre constitution industrielle n'a plus rien de commun avec les principes qui nous régissent.
<■) Les communistes ne parlent pas autrement. Comment avec de telles idées, Blanqui a-t-il pu se faire dans la suite I liomme-lige de la propriété iudividucllc et du statu guo économique ?
De quelque côté que nous portions nos regards, ce contraste, nous frappe et présage une rénovation....
Notre siècle doit voir naître le producteur collectif.
Il sortira de f industrie une puissance irrésistible destinée à guérir tous les maux qu'elle a faits;
Cette puissance c'est l’association !
Blanqui a été prophète; celte puissance est née et, bien qu’encore dans l’enfance, elle lutte pied à pied contre l’industrialisme; on peut déjà prévoir , malgré les douleurs du„présent, qu’elle préparera et accomplira la rénovation sociale c’est-à-dire, l’émancipation intégrale des travailleurs.
Les Charitistes.
Voici maintenant un préfet royaliste et catholique: de Villeneure-Bargemont (1) qui, dans un livre intitulé: Economie politique chrétienne , jette à son tour un cri de détresse:
fl) Dont le fils, préfet de l’ordre moral à Nice, a dégoûté jusqu’ à ses patrons. G’ est une observation d ordre général que presque toujours, dans la classe dirigeante française, les fils sont inférieurs aux pères; signe caractéristique de décadence.
De toutes parts, s’écrie-t-il, des avertissements sinistres indiquent que nous sommes au moment d’une transition violente, résultat inévitable d’une situation forcée. La lutte est meme engagée sur quelques points du globe, entre la portion de la société qui possède la richesse, et la portion qui vit de son travail ... (1)
Celte lutte se fortifie par l’anarchie qui règne dans les doctrines morales, philosophiques et économiques.
La misère des classes ouvrières est devenue la questions de l’époque actaelle : elle est immense, mais elle est brûlante, pour ainsi dire, et les gouvernements paraissent hésiter à l’aborder complètement....
Ce qui me parait certain, c'est que les temps de mono pôles et d'oppression sont passés sans retour , et qu’ uue grande transition approche.
Elle ne peut être résolue que de deux manières: Ou par P irruption violente des classes prolétaires et souffrantes sur les détenteurs de la propriété et de l’industrie.
Ou par^l’application générale et pratique des principes de morale d’humanité et de charité ....
Comme moyens, de Villeneuve-Bargemont recommande l'abstinence dans le mariage, et il proclame le devoir pour les fabricants d’assurer l'existence de leurs ouvriers. Il propose, en outre, des Caisses d’Epargne, une charité légale largement pratiquée, l’abolition du compagnonnage et la reconstitution des corporations.
(î) Allusion aux troubles des Chartisles anglais et à l'insurrection des ouvriers de Lyon. Qu’aurait dit DOtre économiste après Juin, la Commune et Carthagène?
Le plus célèbre des Chariiistes est, sans contredit, le baron de Gérando, le savant historien De la bienfaisance publique.
Gérando naquit à Lyon, en 1772. Il se destina d’abord à la prêtrise, mais la révolution vint changer le cours de ses destinées.
Il était soldat de cavalerie à Strasbourg, en l’an VII, quand l’académie mit au concours un mémoire sur cette question :
Quelle-est l : influence des signes sur l’art de penser?
Gérando concourut et triompha. Ce fut le commencement de sa fortune. L’académie le fit exempter, et lui ouvrit la carrière des emplois ministériels.
Eu 1810, nous trouvons l’ancien cavalier Gérando Baron de l’empire, avec une dotation de 25,000 fr. et conseiller d’Ëtat. La Restauration le maintint dans sa dignité; Louis Philippe le mit à la Chambre des Pairs. En outre, il fut membre de diverses académies.
Il fut le principal fondateur des Caisses d’Epargne et de diverses sociétés de bienfaisance,
Son œuvre capitale De la bienfaisance publique a fondé sa célébrité.
Ce traité a été placé par les économistes au premier rang des ouvrages sur le paupérisme et la chanté
publique.
Il se compose de 4 parties.
Dans la première, l’auteur étudie P indigence d’uno
m a ri i ère générale .... La deux : ême est consacré aux instiiutions qui ont par but de prévenir l’indigence .... Dans la dème , l’auteur étudie les moyens de remédier à U pauvreté, en fournissant aux indigents du travail, soit libre, soit forcé, et il est appelé à passer en revue tous les divers systèmes de travail et «le mendicité ou de colonisaiion , qui ont été adoptés dans divers pays... Dans la 4èmc , il trace l’histoire des diverses législations sur les pauvres, soit chez les anciens, soit chez les modernes; il en apprécie l’esprit, les résultats, passe, de même , en revue les régies générales de l’administration des deniers publies.
(X. P. Candolle Bibliothèque universelle de Genève cité p. le dict. d’éc. pol. de Guillaumin).
Do Gérando a vivement et justement critiqué la grande industrie capitaliste:
Elle fait périr les ateliers des simples ouvriers travvaillaot pour leur compte : elle cause une ruine, momentanée, mais inévitable, elle met obstacle à l’emploi des, petits capitaux....
La double tendance des grandes exploitations est donc à la fois, d’augmenter ie nombre des prolétaires, et de les réduire à un emploi de pure exécution. .4 mesura qu'elle s'élève sur nue plus grande échelle , elle affaiblit U classe moyenne, en réduit /’ importance cl l'aisance. Ella fait nailre dans l'empire de /’ industrie une sorte de féodalité nouvelle, en groupant de vastes familles de travailleurs autour d’un chef lieu, en liant leur destinée à ses établissements.
Alléguerait-on, pour atténuer les fâcheux effets de celle nouvelle situation, ce qui à été dit à l'égard des serfs. .. que l’ouvrier est assuré d’un salaire journalier et exempt par là de tout soucis ?,...
Mais en supposant que cette sécurité fut fondée } (et
elle ne IVst pas) elle ne sérail acquise qu'aue dépens de la dignité du travailleur. S'il n'a plus de souci e’ esl qn* il n'esl plus Cmbitre de son soit Celle sécurité d’ailleurs peut-être trompeuse, car son sorl dépend de la bonne volonté du chef »‘l de la durée de l'établissement, dont la chuté crée toujours une fou'e de misérables.
Maintenant il change de ton :
Eloignez des regards de l’homme de travail le spectacle de ces fortunes acquises en un jour .... Pourquoi T entretenez-vous do droits prétendus, qu’ il n’est pas appeté à exercer directement?
.... Ah t puisque vous portez à l’ouvrier, un si vif intérêt, enseignez lui le calme, la modération , la tempérance, montrez lui, non ce qui lui manque, mais ce qu’ d possède.... Réoélez-lui que. la vie de l'homme, ici-bas, est une carrière d'épreuves. Les privations entrent dans sa destinée, comme une épreuve utile.
0 vous que le divin Régu’aleur des destinées appelle à remplir ici-bas une carrière obscure et pénible , en achetant votre subsistance par un labeur assi lu, entrez donc avec un front serein dans vos ateliers, éloignez de vous les idées sombres, les disposition', amères, les impressions de tristesse 1 La raison vous lo conseille , la morale vous en fait un devoir.
Ici Gérando ne cesse il’ être humain que parce qu’ il est chrétien. En effet, la vie future est là pour guérir tous les maux, et c’est en même temps le moyen le plus facile. Notre économiste n’en trouve guère de meilleur :
La civilisation laisse chaque individu placé tout ensemble et sous la responsabilité de ses propres actes, et sous la dépendance d'événements qu' il ne saura i toujours prévoir , ilujil il ne saurait toujours triompher (Jata-
lilc de la misère). Il n'est qu'une société dans laquelle on pûl fermer tout accès à l’indigence; ce sérail celle où, comme dans le système d’esclavage des anciens , dans le servage féodal , dans le régime des corporations , partout où le travail est asservi , la classe inférieure abdiquerait son indépendance, achèterait à ce prix sa sécurité par la protection obligée, au prix de sa dignité morale , et même d'une forte portion de son bien-être matériel.
Voilà ce qu’un penseur bourgeois, et, de beaucoup, l'un des meilleurs, trouve après avoir réfléchi de longues années sur les misères sociales: Le retour au servage !
Marbeau, fondateur des Crèches , a publié divers ouvrages d’économie philanthropique, dont les titres indiquent suffisamment les vues parliculières dei’auteur :
Politique des intérêts, ou essai sur les moyens cl améliorer les sort des travailleurs.
Etudes sur V économie sociale.
Des Crèches , ou moyens de diminuer la misère , en augmentant la population.
Du paupérisme en France , et des moyens d'y remédier.
De l'indigence et des secours.
Cet excellent homme, naquit à Drives (Corrèze) et fut longtemps adjoint d’un arrondissement de Paris.
Moreau-Christophe a écrit d’importans ouvrages feur la misère et les moyens d’y remédier.
Dans son Problème de la misère et sa solution
chez les peuples anciens et modernes , il a dressé un tableau synoptique de la misère, depuis les temps les plus reculés jusq’ à nos jours. 11 conclut à la bienfaisance la plus large et la mieux ordonnée. Il propose l’établissement de diaconies, ou bureaux de statistique et de secours, chargés de rechercher et de soulager les malheureux.
Je ne puis que mentionner: le baron de Morogues, Emile Laurent, Lancosme-Brève, Maguitat, A. Monier, Victor Modeste, de Walteville, La Farelle, M. ,le Boyeldieu-d’ Auvigny etc.
En 1856 eut lieu à Bruxelles un congrès de la Bien faisan ce publique.
L’assemblée se composait d’environ 200 membres, dont plusieurs femmes, parmi lesquelles Mme Fédériea Bremer, la célèbre romancière suédoise.
M. r Rogier, belge, président, précisa ainsi le but du congrès :
L’amélioration physique, intellectuelle et morale des classes nécessiteuses,...
On nous reproche, dit-il, d’être imprégnés de ce qu’on a appelé des idées socialistes. La science agrico’e et la science industriels, qui ont pour but le perfectionnement des produits à l’usage de l'homme, ne sont pas , que je sache , mal venues en ce monde. Pourquoi en bannir, à jamais la science qui à pour but Lamé iomt'on de l’homme lui même.,..
A ceux qui nous disent utopies , rêveries, nous répondrons :
Que d’utopies sont devenues lieux communs et gouvernent le monde l
Etaient présents des délégués belges, français, anglais, allemands, autrichiéns, suisses, suédois, ïiorwégiens, danois, hollandais, portugais, piémonlais, brésiliens.
Ordre du jour:
\. Moyens de diminuer et de prévenir l'action des boissons furies.
2. Création et organisation des institutions et des sociéiés qui ont pour but d’abaisser le prix des denrées, et d’en faciliter l’acquisition aux classes peu aisées.
3. Encouragement et propagation des institutions ti des société; de prévoyance.
4. Mesures propres à prévenir l’accroissement désordonné de la population et relatives à l'organisation régulière de l’émigration.
Les conclusions furent aussi limitées que l’ordre du jour :
Libre échange , limitation du travail des femmes cl des enfants dans les manufactures , propagation des idées d'association.
Quoi encore? C’est tout.
Mais un grand mot fut dit par le belge Faider, au grand scandale des économistes présents:
Vémancipation du travailleur ne sera complète que lors qiC il possédera son instrument de travail!
C’est là, en effet, qu’on le veuille ou non, la seule solution possible du problème de la misère,
Eugène Buret.
Eugène Buret était le fils d’un pauvre petit boutiquier de Troyes, qui dépensa son dernier sou pour faire instruire son fils. Le jeune Buret se jeta dans l’étude avec cette passion des fils du pauvre qui ont goûté aux fruits de la science et mourut prématurément d’excès de travail, en 1842. 11 n’avait que 32 ans, et s’était marié seulement depuis 6 mois
Mais il laissait une œuvre pleine de vie et de force.
Le livre qui a pour litre:
De la misère des classes laburieuses , en Angleterre et en France (1).
C’est avec une éloquence indignée qu’il flétrit l’égoïsme de l’économie orthodoxe et la rapacité des industriels. Tant d’aveuglement, tant de mauvais vouloir l’irritent il appelle notre époque le moyen âge de l'industrie ; une époque de guerres de conquête, de rapines, d’écrasement des faibles aboutissant à
(tj Ce livre n’est pas estimé à sa valeur. Beaucoup se sont servis des renseignements et des faits qu il contient# sons se donner ia peine de le citer.
une féodalité nouvelle: la féodalité industrielle. Puis, il’une main ferme, il met à nu les plaies sociales. Non pas d’après des rapports, mais d’après ce qu’il a vu lui-môme; car ce livre est, avant tout, un livre de conscience, et c’est par les faits que Buret démontre :
Voilà ton œuvre, semble-t-il dire à la société; hâte toi de réparer les iniquités, si tu veux vivre! Et en effet il se demande, si aucune voix mystérieuse ne s’élèvera pour crier, aux victimes de 1 ; industrialisme : Opprimés levez-vous! ...
Le lecteur me saura gté des citations qui suivent :
Tout le mal vient de ce qu’on a fait d'une science morale une science mathématique, et qu’on a séparé violemment des choses qui devaient rester unies. Exclusivement préoçupéa de la richesse, re voyant que la richesse Yèc. pot. a érigé en lois et en principes permanents des circonstances transitoires... Du moment où elle à négligé le but légitime de ses travaux, qui est le bien-être du plus grand nombre, pour ne s'occuper que de la production brute des richesses , elle s’est volontairement pri'ée de la règle sûre qui pouvait-lui faire distinguer la vérité de l’erreur....
Plus je considère notre régime industriel, plus je suis tenlé de le regarder comme le moyen-âge de l’industrie... l a manière dont les nations modernes se sont emparé de h richesse.,., a plutôt le caractère d’une conquête impatiente que d’une production pacifique, organisée avec réflexion, en vue de 1* intérêt général des socié'éî et du bien-être des hommes..,.
Vêc. p. a devancé /’expérience ; avanl que le temps en ail vérifiés la théorie , elle a pris pour des principes fixes pour des loii immuables les circonstances transitoires qui ont accompagné les premièrs et plus rapides progrès de la richesse des Nations ,.. La concurrence a produit tant de maux cl de tels désastres qu’elle a découragé ses partisans les plus intrépides... en oubliant le résultat de toute science sociale, le bonheur ou le bien-être du plus grand nombre pour l’un des instruments à l’aide duquel on peut les obtenir, elle s’est égarée dans des difficultés sans issue.... Nous la verrons porter le fanatisme du laisser faire jusqu à bannir du inonde /’ intervention de la charité! Le système de Maltbus est la conséquence forcée, mais légitime, du laisser faire.
...Le malaise est dans les esprits; le ma'aise est dans le corps social tout entier... L’inquiétude qui travaille aujourd'hui les nations les plus civilisées est porté jusqu’ à l'effroi ; on dirait qu’un pressentiment sinistre les avertit qu’elles auront bientôt à se soumellre à quelques remède terrible , pour ne point mourir.
....N’est ce pas singulier que l’éc. pol. qui parle à chaque instant des nations, ne s’occupe presque jamais des hommes qui composent ces nations ?
.... Le travail c’esl la vie , et si la vie ne s’échange pas chaque jours contre des aliments, elle souffre et péril bientôt ; pour que la vie de l'homme soit une marchandise, il faut admettre 1’ esclavage.... L’agiotage actuel est un effrayant démenti donné par le régime économique actuel aux principes de justice qui gouvernent notre civilisation.
L’économie politique a fait l’ontologie de la richesse; elle, en a négligé la morale,... La physiologie de la société comprend bien d’autres phénomènes que ceux de la production et de la distribution des richesses. Si, dans vos éludes, vous isolez les valeurs des populations, qui les produisent et les consomment, vous descendez à cette
science toute fiscale que les anciens appelaient Chrèma listique , à cette science toute mercantile que l’archevêque Wlialely voulait appeler Cata!acl*que (science des échanges).... À côté du phénomène de C accroissement des richesses, il est chez les nations les plus productives, un autre phénomène, von moins digne d'attention: T accroissement de la misère.... qui marche du même pas que la richesse (1)
Chacun le répète , chacun en a le pressentiment, nous assistons à un monde nouveau.... cela ne peut plus durer; le laisser faire achète la richesse au prix de la misère; il ne sait augmenter la production qd aux dépens "de ceux qui la produisent, il d a pas de meilleur moyen d’ accroître le capital que de réduire de plus en plus la part qui revient au travail ... Enfin, f étal misérable des populalalums industrielles est" incompatible, non seulement avec les espérances de la civilisation, mais encore avec son existence...
Il est arrivé un moment dans l'histoire, où l’esclavage est devenu un crime personel justement imputable à la classe qui en profilait.... de même, le fait de la misère mous sera sévèrement imputé, du moment où les véritables causes étant connues, nous ne travaillons pas à les combattre.
(K. I3uret, de la misère des classes laborieuses en France et en Angleterre. Introduction).
La conclusion est quasi socialiste:
Les enfants, dit Duret, qui représentent le proprié-
(t) Comme pour ravir tout espoir, les économistes les plus avancés de I école positive, comme Ricardo, Sénior, Mac Culloch ont éiabli une théorie d’après laquelle la rémunération insuffisante du travail devient un fait de l’ordre matériel nécessaire.
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(aire défunt n’ont pas seuls droit à son héritage. A cô ! é i)« leur droit, au dessus de leur «Jroit, il y a celui de h socièê qui ne ferait , assurément, qu'exercer la jitus juste des reprises, en s’adjugeant, dans l'héritage, une pari égale à celle de chaque enfant.
L’homme n’est pas seulement l’enfant de sa famille, il est aussi, el surtout, l’enfant de la société, su milieu de laquelle il est né, 1* enfant de son peuple, qui a apayéde son sang le sol que chaque propriétaire possède, lui en garantit la jouissance et l’associe à tous les avantages de la civilisation , qui ne sont point l’œuvre de celui qui en profite, mais de tous, mais du peuple tout entier.
A ces litres, h socié ! é n’a-l-elle pas aussi, dans chaque héritage, son droit de succession ?
Est ce exagérer ce droit que de l'évaluer à la part d’une tôle dans les successions qui dépasseraient un certain chiffre? Celte reprise d’une part des fonds de la production, opérée par la société, constituerait la prime d’encouragement accordée au travail el rétablirait l'équilibre entre l’olTrc el la demande de la propriéié. ...
Celle reprise légale, que npus supposons d’un quart ou d’un cinquième, s’élèverait, chaque année à 200,000 hectares.
La nation mettrait ces terres en vente à prix modérés el permettrait ainsi chaque année à 50,000 familles d’acquérir l’indépendance.
Burel demandait, en outre, l’instruction gratuite et obligatoire. En 1840, c’est a uoter.
Divers.
N. Villiaumé préconise les sociétés ouvrières, Tins* truction populaire, l’abolition des années permanentes, l’impôt progressif sur le revenu le droit à l’assistance, la fixation du taux de 1’inlérêt et enfin il conclut au perfectionnement économique. Depuis, la rage réactionnaire a pris l’économiste jacobin. (1) Tant pis pour lui,
Comment peut il arranger son réactionnarisme récent avec des phrases comme celles-ci:
Tant qu’un citoyen manque du nécessaire, nul n’a droit ou superflu.
Que vous dirai-je de celle infâme race d’usuriers qui
(I) Société d’économie politique, 5 octobre 1874 (V. l’Économiste français ).
Olry de Labry : j’ assimile l’économie politique à la slatiqnc qui est la science de l’équilibre, et j’assimile le socialisme 5 la dynamique, qui est la science du mouvement....
Villiaumé; j* croyais que le socialisme n'existait plus, el, qu il était par conséquent superflu de le définir. J/économic publique est une science.... le socialisme qui !’ attaque est donc le contraire d’une science el u’a point de raigon d'cire.
prêtent même sur titre et avec une sécurité complète, de 36 à 60 °| 0 ?
Ou en pourrait citer, à Paris, plus de 300, dont l’odieux trafic s’exerce en plein jour; ils le nomment report; il suffit de ce simple changement de nom pour ne point éveiller l’attention publique.
Heureux usuriers /....
Si les assassins appelaient le meurtre émigration Ju tony échapperaient-ils pour cela aux poursuites, ,quoi que ce ne soit point écrit dans le code pénal ?
Dire que l’économie politique est soumise à une loi fixe et générale c’est prétendre que l’humanité est composée de corps sans âmes, c’est renier tout sentiments, loute mobilité et tout progrès humain.
Jules Cuvai ex-saint-Simonnien a beaucoup insisté sur le développement der associations.
L’écofe française eut quelques disciples en Angleterre.
Banfteld combattit vivement les opinions de Malthus sur la population et les opinions de Ricardo sur la rente t et demanda une meilleure ordonna lion de Vindustrie, c’est le titreméme de son livre.
Sergeant Byles stigmatisa les erreurs de l’école orthodoxe. Ses paroles sont à reproduire:
Un jour, viendra une science économique qui donnera ce qu’elle aura promis, et répandra des flots de richesses sur les pauvres qui meurent de faim.
Mois pour quiconque veut voir, il est trop évident qu’il faut un système d'économie politique autre que le système inerte cl stérile qui est aujourdhui à la mo e ....
Les immenses progrès de la science physique oui un u
fois mullipl’é les moyens Je produire la richesse. Dans la libérale et inépuisable nature, il va non seulement suffisance , mais abondance pour chaque être humain. El pourtant une barrière mystérieuse et invisible , qu'on ne peut pas franchir , empêche la distribution de tout de biens, et repousse les masses de la terre promise .
Economistes ! comparez, en Angleterre, la richesse infinie des uns à la pauvrélé désespérante des autres, aux myriades d’affamés de flrlande !
Comparez, ces périodes alternantes de prospérité et de stagnation et de famine. Voyez ces vastes (erres incultes g'santes çà et là au milieu des populations affamées et sans travail 1
Ecoutez de grands écrivains dire qu'au lieu de créer une science réelle, vous n'avez fait que créer une littérature obscure et présomptueuse, qui serait funeste , si elle lîétail pas si ennuyeuse.
Ici Byles se trompe. Si l’économie politique orthodoxe a pu passer pour une science sérieuse, c’est justement pareeque sa littérature est obscure et ennuyeuse. 11 y a si peu de gens qui refléchissent dans le monde 1 El combien, pour paraître profonds, sempressent de déclarer compréhensibles et savantes des choses, qu’ils ne comprennent pas, parce qu’elles sont, le plus souvent, incompréhensibles.
Samuel Bayley , adversaire de Mallhus et de Bicardo, veut qu’on fasse au travail une part plus grande,
Poulelt Scrope est plus précis.
Le besom qui prédomine aujourdhui , dit il, semble être celui de connaître exactement les vrais intérêts do la société.
Le peuple ne croit plus à Vinévitabilité de la misère.
Il faut pourvoir à cet étal de choses. Car il est’élrange que la richesse des uns s' accroisse d* une part, quand, d’autre part, s* a croît la misère de la majorité, et que les hommes déchuient, à mesure que s’accumuleut les richesses.
— C’est plus qu’un malheur et un péril, c’est un état paradoxal et contre naluro.
Que les gouvernements emploient pour l’intérêt collectif cette adresse qu’ ils mettent pour leurs intérêts spéciaux et un accroissement continuel de moyens de subsistance sera à la disposition de tout individu, quelque rapide que puisse être la multiplication des hommes.
A la même école appartiennent les Belges Dupectiaux Hùschling etc. et deux célébrés espagnols.
En 1828, un réfugié espagnol, à Londres homme d’une science vaste et d’un grand talent d’écrivain, Alvaro Florès EstraJa publiait un Traité sur l’économie politique que les orthodoxes durent trouver beaucoup d’hérésies.
II faut, disait-il, il faut s’occuper de' l’accroissement île la production des richesses; mais il faillies répartir équitablement, ces richesses, car ce n'est que par l'aisance et l'instruction qu'on élevera le peuple.
Il alla plus loin, il ma toute propriété qui nesl pas le fruit du travail personnel.
La propriété foncière, ajouta Extrada, devrait être viagère et non héréditaire.
Nous voilà loin de Sismon li, et mêmodeBuret.
Avant d’être économiste, Ramon de la Sagra était un savant naturaliste espagnol, plongé avec amour
dans l’étude de la nature. Ce fut le spectacle de la misère du peuple qui le décida, en 1838, à sacrifier sa vocation au bien de l’humanité:
La vue des misères des prolétaires, me fit entrer dans la voie des sentiments philantropiques, a-t-il écrit:
Ce tableau de la misère, que j’ai vue dans mon pays, le caractère honnête et résigné de ceux qui en sont les victimes; cet abandon du peuple qu’on croirait condamné à une existence de supplices et de misères; la prévision de maux plus grands encore, dans l’avenir, firent sur moi une impression profonde.
Je fis serment de consacrer toutes mes forces et toutes mes facultés au service de tant d’infortunes et do me joindre aux hommes dévoués à sa cause.
Mais pour commencer, Ramon de la Sagra n’alla pas loin.
Retour au christianisme, source de toute morale.
Consécration nouvelle de la propriété individutdlc et de la famille.
Limitation du travail des femmes et des enfants dans les manufactures.
Intervention du gouvernement suprême pour protéger les existences et les intérêts des classes mineures.
Tel était son programme.
Des opinions si modérées ne pouvaient lui former la roule des honneurs ; Ramon de la Sagra était membre des Cortès et membre correspondant de r Institut de France, quand éclata la Révolution de 1848.
Depuis, quelque temps, le savant Espagnol chancelait dans sa foi économiste, en préseuce de l’égoïsme et de Tinpuissance de l’économie politique. La Révolution populaire lui ouvrit des horizons nouveaux et les économistes apprirent, avec moins d’étonnement que d’indignation, que Ramon de la Sagra venait de passer au socialisme militant. 11 s'attarda quelque temps dans le mutuellisme de Proudhon ; mais passa bientôt au socialisme collectiviste. Ce fut uq homme de cœur, logique jusqu'au bout.
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