L’extension des voies de communication
Le jeune Chevalier n’était pas homme â négliger les avantages qu’il venait de conquérir.
Il publia coup sur coup un grand nombre d’ouvrages, dont le style brillant fit la fortune. Enfin, à 34 ans, il occupa, au Collège de France, cette chaire, où J. B Say et Rossi avaient recueilli tant d’approbations, et par son éloquence il ne fut pas au dessous de ces maîtres.
La République de 4848 le mit en disponibilité; il cria à la tyrannie et fut ainsi désigné à la faveur de Louis Bonaparte, qui se hâta de lui rendre ses gros appointements, et, [dus lard, le fit conseiller d’État et Sénateur.
L’ancien S. Simonien reconnaissant, célébra en ces termes les gloires de l’autel et du trône, devant le conseil général de l’Hérault, dont il était le président:
Aimez et honorez la religion, fondement de. l'édifice social. No discutez jamais l’Autorité, qui doit planer dans une atmosphère de dignité et d’indépendance, pour qu’elle puisse faire librement usage d*ses pouvoirs, pour assurer l’indépendance, la grandeur et la prospérité dé la patrie. (1854).
On sait comment l’autorité bonapartiste a assuré la grandeur et la prospérité de la France.
En 1855, il fut nommé vice président de YExposition universelle , le prince Napoléon étant président. En 1800, il fut chargé de préparer, avec Richard Cobden, le traité du libre échange entre la France et l’Angleterre.
La révolution, du 4 septembre lui fil perdre ses émoluments de sénateur.
Gomme économiste, il est orthodoxe. Il définit l’économie politique la science des richesses ; il glorifie Malthus, et s’applaudit foiTdu bill de 1834 contre les pauvres.
Puis il croit, comme les harmonistes , qu’ augmenter la production, c’est augmenter le bien-être des masses. Voici d’ailleurs quelques lignes, qui donneront une idée de sa manière :
L’économie politique a un caractère spiritualiste(1 ); elle s’accorde avec la morale; la liberté et la justice sont ses deux, grands leviers; mais le beau principe de la fraternité, ne s’aurait y entrer (2)
La providence a fait l’homme, perfi'dibile. La mesure du progrès pour l’individu est le degré de responsabilité qu’il est en état de porter. Pour les nations , c’est la bonne harmonie entre les classes. (3) Pour l’humanité c’est la fusion des nations et des races dans le sens de la civilisation. L’esprit chrétien est éminemment progressiste. (ï)
Quand une vraie richesse est produite, elle ne peut p3$ ne pas tendre à se répartir d’une façon équitable , si une violence ouverte ne vient pas troubler l’œuvre de la liberté.
(1) Qne l'économie politique ail un caractère spiritualiste et métaphysique, c’est incontestable; scs vues courtes, absolues, immobilistes prouvent parfaitement qu elle n'émane pas des grandes données de la philosophie matérialiste ou relativiste.
. (2) Michel Chevalier et Henri Baudrillarl ont ici raison contre Damelh : Si l’économie politique a une philosophie, celle philosophie ne peut-être que spiritualiste. Mais que l’économie politique actuelle s’accorde avec la morale, la justice et la liberté, c’est autre chose.
(3) Ca bonne harmonie entre les classes peut-elle s’obtenir par l'opposition de la richesse et de la misère?
(i) L’esprit chrétien progressiste!
Cette violence ouverte existe en effet à 1 état permanent dans notre organisme économique. (1) Pourquoi Michel Chevalier ne le voit-il pas? Ou le voyant , ne le dit-il pas?
(i) « 20 milliards, délie de l’étal, 20 milliards, delta hypothécaire , les grands établissements financiers qui sont presque tous enlre les mains de l'état : Voilà près d’un tiers de la fortune de la France entre les mains d'un seul individu.
ti Quelle situation pour une démocratiel
« Mais c’est uue effrayante monarchie financière, la pire do toutes.
a Qu’on ne dise pas que celle situation est inévitable, qu’ello est dans l’ordre naturel des faits économiques.
Celle situation est V œuvre violente et factice des lois civiles ; et la preuve est que, sans sorlir du droit commun, la simple abolition des privilèges légaux du capital la ruinerait complètement.
Voilà donc le travail chargé de servir l’inlérct d’un capital de 20 milliards, dette de l’état, capital qui n existe pas, qui est absolument détruit pour le travail national !.
Voilà le travail chargé de servir 1’ iulérèt d’une dette hypothécaire, qui absorbe une partie du plus légitime salaire de l'agriculteur !....
Mais tout cela c’est l'organisation syslémalique du paupérisme et de la misère ....
Chaque producteur ajoute au prix de revient de ses produits les impôts qu’il paie, les frais de son entretien et 1® salaire de son travail, L 'impôt, en définitive, est donc toujours payé par le consommateur des produits. Celui qui est à la fois consommateur, et producteur pour son compte, comme chef d’industrie, ajoute au prix auquel il doit vendre, tous ses
L’aagmenlalioü de la production se traduit par le bon marché.
Faire que la société jouisse du meilleur marché possible, c’est à dire que sa puissance productive se développe librement et progressivement.
Belles phrases partout. Nous pourrions allonger, cette liste en parlant de Dussard; Fontayraud, Levasseur, Courtois, V. Emion, de Fontperlhuis, des deux Walras, Rogier, Marescotti, Rusconi, Scialoja, Pastor etc etc., mais nous ne faisons pas les inscriptions du panthéon économiste, et nous ne ferons que jeter quelques traits à la hâte.
produits, ses frais d’entretien. Le consommateur, qui n’est pas en même temps producteur pour son compte, comme l’ouvrier, paie tout ce qu’il consomme, augmenté des impôts, et comme le coût de la vie matérielle de l’ouvrier est presque toujours égal à son salaire, il n’a aucun moyen de se décharger sur autrui du supplément qu’ il paie indirectement pour coût de son entretien, il en résulte celte proposition :
« Les impôts de consommation sont tous payés par le consommateur non producteur pour son compte, par l’ouvrier. » (Auguste Larue, Anomalies économiques 1871).
A. Chirac, l’auteur de la haute Banque et les Révolutions, établit, dans ses Mystères du Crédit , que la plupart des compagnies financières françaises sont à la discrétion de 27 spéculateurs, sans parler des Rotschild.
Voilà des violences ouvertes que les gens de la trempe de Uichel Chevalier n’atlaqucnt jamais.
Théodore Fix né à Soîeure (Suisse) suit tous les principes de l'orthodoxie. Il ne réclame du gouvernement que l'instruction dans les masses, la cessation du travail des prisons et quelques mesures de police pour la salubrité et V hygiène des manuefatures. Il conseille aux ouvriers la sobriété et la prudence dans le mariage, et parle de l’association dans des tei me assez favorables.
Mme Meynieu, de Genève, se déclare tout d’abord anti-socialiste ce qui ne l’empêche pas d’écrire:
Nous devons accepter les hommes comme ils sont, en nous efforçant d* étudier les moyens actuels de bien-être, d’indiquer les voies qui y conduisent et de signaler celles qni s’en éloignent.
C’est pourtant là du socialisme.
Mme Marcet née à Londres, d’un père suisse, écrivit des Entretiens sur l’économie politique dans un sens éclectique.
Miss Henriette Martineau, née en Angleterre, d’une famille originaire de France et réfugiée, de T Edit de Nantes, est la plus célèbre des femmes économistes.
J. B. Say a dit d’ elle :
En économie politique, elle est supérieure à beaucoup d'hommes.
Elle à écrit une trentaine de contes pour démontrer autant do maximes économiques. Ces contes
sont plus orthodoxes de pensée que philanthropiques, mais, écrit avec talent, ils eurent un grand succès. (I),
En Angleterre en peut encore compter parmi les éclectiques contemporains Clitïe Leslie, Leone Levi, Jevons, Purdy, Thornlon, Rogers, etc.
H. Baudrillart successeur de Say, de Rossi et de Michel Chevalier, dans la chaire d’économie politique, au Collège de France a quelques aspirations philanthropiques :
L'économie politique, dit-il, se propose l’aisance générale; celte aisance, sans laquelle il n’y a pour l’homme oi loisir, ni culture.
J’entends par démocratie la participation croissante des masses, non seulement, au gouvernement mais encore aux lumières et au bien-être.
Ce sont là de belles paroles, mais H. Baudrillard ajoute de suite:
Le speciaclc d’une égal!lé accrue ne nous cachera pas le spectacle navrant des inégalités trop choquantes par leur excès. Du mal il y en aura toujours; c’est la triste loi de ce monde. La mal ( lisez la misère ) fait partie , pour ainsi dire, de son mécanisme, car, sans la crainte du mal, toute activité, toute industrie, toute perfectionnement matériel s’arrêteraient.
Ainsi avaient parlé Dunoyer, Faucher, Cherbuîiez et autres.
fi) Mme d’Agoult Daniel Slern, le célèbre historien de la Révolution de 1848, a aussi écrit deux volumes d’économie politique qu’anime ua souffle vivifiant de progrès et des connaissance réelles.
Paul Leroy-Beaulieu, directeur du journal Y Économiste français bien que butte dans un conservatisme résolu , s’est occupé du sort de la femme:
La femme, a-l-il écrit dans: Le travail des femmes au XIX siècle , n’est pas une créature incomplète, inférieure; elle possède (elle devrait posséder) Pénalité devant la loi, des droits é^aux à ceux de l’homme, ayant comme lui, la capacité d’acquérir et la capacité de travailler.
Plus faible physiquement que l’.homme, rien ne démontre qu'elle lui soit moralement et intellectuellement inférieure . .. La famille, quelle que soit son importance n’est pas chez nous l'élément primaire de la société; cet élément primaire, c’esi l’individu seul qui la const lue.
A. Wells de New-York veut l’intervention de l’État en faveur de la classe ouvrière.
Pour Damelh , l’économie politique a tout dit, tout découvert ; il ajoute:
î.'analyse économique montre purement et simplement dans la socélé un échange de services entre les hommes, échange volontaire et fondé sur le ptincipe de la réciprocité.
Quelle réciprocité peut exister entre celui qui possède la matière première et le travail accumulé et celui qui, n’ayant que ses bras pour vivre, doit subir les conditions du premier? La réciprocité présuppose l’égalité des moyens.
Mentionnons encore parmi les éclectiques Cieszkowski qui a défini le crédit : la transformation des capitaux fixes et capitaux circulants, et Macleod et son disciples Richelot, qui annoncent pompeuse*
ment une révolution dans /’ économie politique pour aboutir à quelques arguties sur la nature de la monnaie, du crédit, et sur l'essence de la valeur.
Nous voyons la richesse, disent-ils, dans tout ce qui se vend et s’achète et dans la faculté qu’ ont les objet de s’échanger.
Ce n’est pas là que souffle l'avenir.
Schulze Delitzcb :
L’avènement de la grande industrie nécessite pour les petits fabricants, ou commerçants l’emploi de gros capitaux, qu’ils ne peuvent se procurer qu’en s’associant, pour se faire mutuellement crédit.
Les travailleurs n’ont rien à faire ici; il s’agit de la petite bourgeoisie.
Cavour :
Il y a des perturbations économiques (crises) qui arrivent pour ainsi dire régulièrement, parce qu’elles sont la conséquence des circonstances naturelles.
Donc, selon lui, rien à faire. Il ne s’agissait pas de l’indépendance italienne.
S’instruire, économiser, travailler, c’est le seul moyen de se tirer d’affaire. Il ne faut pas s’ imaginer qu’ on trouvera un système qui rendra riches ceux qui ne font rien.
(Laboulaye) :
Une caisse d’épargne est une petite providence, et en multiplier le nombre, c’est faire aux ouvrières un véritable présent. (GarelliJ
Jusques à quand ces perroquets de collège crierontil aux spoliés, aux affamés, aux exténués;
Epargnez, ayez peu d’enfants, et soyez sages; il n J y a pas d’autres rémèdes à votre mal? Comment ne voient ils pas que 1’ esprit d’économie et la sobriété sont pour les ouvriers des causes dépressives, des salaires, par conséquent des agents de misère. (1) Qui est plus économe, plus laborieux et plus misérable que l’ouvrier pîémontais? Qui se contente d’une plus grossière nourriture et est plus affamé que l’Irlandais ? Qui est plus abject et plus maltraité que le Chinois, ce parfait modèle de l’ouvrier, épargneur docile et rangé?
La classe ouvrière, épargnant de plus en plus, restreindrait de plus en plus sa part, au profit des classes oisives et gaspilleuses.
il ny a pas de système pour rendre riches ceux qui ne font rien dit le plat rapporteur de la loi jésuitique sur renseignement supérieur.
Etrange, affirmation! Chacun ne voit-il pas que la chose existe, que dans la société actuelle, ceux qui sont riches sont justement ceux qui ne font rien? Que ce sont justement les, travailleurs qui sont les pauvres? L’économie politique donne telle a ses élus des yeux pour ne pas voir?
(i) Je me propose de traiter plus tard d'uue manièrs approfondie celle question de l'épargne.