CHAPITRE III
L’école italienne.
(et Jérémie Bentham.)
Beccaria, Verri, Carli, Genovesi, Filangieri, Galiani, Vasco.
La science économique avait continué de se développer en Italie, et grand était le nombre des économistes italiens, dans la dernière moitié du 18 nie siècle.
Voici: Bartolomeo Intieri, le Mécène des économistes napolitains, Algarolli, Zanon, Briganti, Paoletti, Ghérardo d’Arco, Solera, Cormiani, Ricci, Palmieri, Delfîco, Mengotti, Orlès etc., que nous ne pouvons que nommer; enfin, les napolitains: Geno-
vesi, Filangieri, Galiani; les milanais: Beccaria, Verri, Pecchio; histrion Garli; le piémontais Vasco; les plaisançais: Romagnosi et Melchiorre Gioia, dont nous dirons quelques mots.
C’est surtout par son beau livre dei delitli et delle pene que Beccaria est connu en Europe. (1) Son œuvres économique n’est pas moins estimable.
L'étude et la sûreté de ses vues, unies â une force d'abstraction extraordinaire, lui liront trouver la plus grande partie des lois générales de l’éconon.ie sociale. (i)
Il avait beaucoup de points communs avec les physiocrates, surtout avec Turgot et il leur devait beaucoup ; mais il les surpassa souvent dans l’analyse des phénomènes économiques.
Il fait dans la constitution du capital une grande part au travail, ce qui de son temps n’arrivait pas à la généralité des économistes.
Pour multiplier les fruits de la terre, dit-il, les hommes dûrent vaincre bien des difficultés; ils dûreut défricher le terrain, en ôter les pierres, le labourer, l’irriguer, le féconder, etc. avant qu’il fût en état de recevoir la semence et de suffire à nourrir les populations. Toutes ces opérations exigeaient du temps et de la fa-
(1) Dans ce livre célèbre, Beccaria réclama entre autre», réformes pénales, l'ab.lition de la torture, et l’abolition delà peine de mort.
(2) G. Pecchio (Sloria dell’economia pubhlica in Italie)* W.r aussi la collection Custodi des économistes italiens.
ligue, des instruments de travail, des matières fécondantes, et des semences.... Nous appellerons capital fondateur de la culture, la somme de toutes ces choses, qui ont servi à fertiliser la terre.
La partie la plus remarquée de l'œuvre de Beccaria est celle où, avant Smith, il analyse avec sagacité la division du travail.
Chacun, dit-il, a pu se convaincre, par sa propre expérience, qu’en appliquant toujours son esprit et ses mains au môme genre de travaux et de produits, on en retire des résultats bien plus abondants et meilleurs que si chaque homme devait produire tout ce qui lui est nécessaire... Ainsi, les uns sont pasteurs de brebis, d’autres cardent la laine , d’autres encore la filent, la lissent etc. el le travail se divise , pour la plus grande utilité de tous.
Ce profond jurisconsulte a écrit quelques phrases subversives, par exemple celle ci ;
Le droit de propriété n’est peut être pas nécessaire. (1)
Pietro Verri eut aussi une célébrité européenne et la mérita. Magistrat et ministre, il employa tout son crédit et toutes ses aptitudes à la régénération do la Lombardie.
(l) Les théories de la valeur des salaires, de la rente eto. étant traitées à part dans cet ouvrage, le lecteur trouvera les opinions de divers économistes sur ce sujet dans les chapitres spéciaux.
Mais l’œuvre qui intéresse, non seulement la Lombardie, dit Pecrhio, mais encore les étrangers, et qui est digne de T Lu: ope, ce sont les Méditations sur l’économie politique.
Cet ouvrage fut traduit en plusieurs langues et a certaines parties qui méritent encore d’être étudiées.
Verri pose comme principe fondamental de la richesse raugmentation de la production , pensée originale, que Locke, Verri et les physiocrates conçurent simultanément, et que, 150 ans auparavant, Serra avait entrevue. Comme ceux ci, et comme son ami Beccaria, Verri veut la liberté entière du commerce, l’amélioration du sort du peuple et la prééminence de l’agriculture.
Voici un passage assez fouillé sur l’échange:
Nous avons observé que le prix des marchandises est en raison directe des acheteurs, et en raison inverse des vendeurs; observons maintenant comment doit se mesurer le prix de l’argent:
Si le commerce n’est rien autre que l’échange d’une chose contre une autre, et si l'abondance de la demande et la rareté de P ojfie forment le prix, il arrivera en conséquence que le prix de la marchandise universelle , l’argent, (\) sera en raison inverse des acheteurs, et en
raison directe des vendeurs, et c’ est une conséquence forcée, puisque les vendeurs sont à l’argent ce que les
(l) Définition d’Aristote. Ccrnuschi a dit mieux : ('Y. Mécanique de l’Échaoge) Marchandise choisissante.
acheteurs sont aux marchandises; d’où il ressort oue plus il y aura d’acheteurs de marchandises particulières, les choses restant en l’étal, moins l’argent aura de prix, et que plus il y aura de vendeurs de marchandises particulières, les circonstances restant les mêmes, plus l’argent sera apprécié.
En conséquence, l’abondance de la marchandise universelle exclut directement l’abondance des marchandises particulières et la pénurie des marchandises particulières n’est pas tant à craindre dans un étal que la trop grande abondance de l’argent.
L’Allemagne, où les cinq milliards arrachés à la France vaincue ont produit la cherté, les crises, les banqueroutes et la misère (1) démontre, en ce moment la justesse relative de cette opinion de l'an-
(t) La Volckzeüung de Berlin, parlant de la mauvaise situation des affaires commerciales et financières de l’Allemagne, dit que cet état de choses ne provient pas de spéculations de bourse, mais des milliards qui ont afflué dans le pays.
« Le prix des aliments et des logements, est encore si élevépar suite de l’augmentation artificielle du numéraire, que les ouvriers ne peuvent pas vivre avec un salaire minime. L’élcvation des salaires nous empêche de concourir avec l’étranger, ce qui restreint notre activité industrielle et occasionne le renvoi d’un grand nombre d’ouvriers. — Les souffrances du vaincu, dit en terminant le journal allemand, ont été terribles, effrayantes; ceiles du vainqueur dépassent tout ce qu’ on peut imaginer. Et tandis que la France, vivace et énergique, reprend sa course ordinaire, l’Allemagne n’a d’autre perspective que l’émigration. »
cien économiste italien. — Quand on l'applique au monde ancien. — Dans une société égalitaire, le phénomène serait autre.
Notre auteur croit avec raison que la répartition égalitaire des richesses activerait singulièrement l’échange.
Garli, tout en appartenant au même ordre d'idées que Beccaria et Verri, fut plus industrialiste qu’eux. Il s’indigna contre l’école physiocratique autant que contre le Colbertisme , qui tous deux sacrifiaient, selon lui, une classe à une autre classe.
Un pays rempli de philosophes mourrait vite de faim, dit-il ; un pays seulement composé d’artisans et de marchands, n 1 ayant personne avec qui échanger, irait vile à sa ruine; (les artisans et les commerçants, échangeraient entre eux) un pays où il n’y aurait que des nobles et des riches oisifs, tomberait dans l’anarchie et deviendrait esclave; (non, on y mourrait de faim) un pays où il n y aurait que de la plèbe, serait vil et méprisable et inutile, si non dangereux pour l’autorité;-(la plèbe n’a pas besoin de l’autorité pour vivre). Gela veut dire que le vrai politique tV.ra tout pour tous, et il saura que négliger ou opprimer une partie du corps social, ce serait favoriser un mal contagieux, dont tôt ou lard la société sentirait les effets funestes.
Conclusion : maintien des classes,
Carli est le premier économiste qui ait entrevu 1& avantages de la socialité du travail. Voici ses paroles.
La force de chaque homme est très petite ; mais le
réunion de petites forces entendre une force totale plus grande que la somme, en sorte que par le fait seul de leur réunion elles peuvent diminuer le temps et accroître l’espace de leur action.
Chose curieuse! en même temps qu’il craignait que l’étude exclusive de l’ec, pol. ne développât l’esprit d’égoisme, il attaquait, lui premier, le socialisme :
Croire, dit il, les hommes égaux et être persuadé que la fraternité universelle est possible entre eux , c’est là une idée de paradis, qui ne peut exister que dans Tautre vie.
L’argument, on en conviendra, est bien faible.
Ces trois publicistes furent amis; ils purent accomplir de grandes réformes dans leur pays. Tandis que Verri, comme Turgot, abolissait les maîtrises et les jurandes, délivrait le commerce et proclamait la liberté des professions, Beccaria fondait une société d'encouragement à l'agriculture et dans son cours d'économie publique , propageait les idées de liberté et de réforme.
Cependant, Naples, cette terre classique de P ec. pol. en Italie, se pressait aux leçons du professeur Genovesi et du jurisconsulte Filangieri. Les deux économistes napolitains se rapprochaient bien moins des physiocrates que les économistes lombards; ils avaient plutôt des tendresses pour l’industrialisme qui commençait à poindre en Angleterre.
Car Naples, observe Pecchio, a toujours subi l’in-
fluence anglaise, au même titre que Milan l’influence française.
Genovesi exalte l’agriculture, qu’il appelle l’art créateur; (l’arte madré) mais il se garde d’inférioriser l’industrie et le commerce, qui, selon lui, ont pour avantages:
1°) D’aider l'agriculture, en lui fournissant un outillage qui abrège le travail;
2°) D’augmenter la population;
3°) D’introduire l’argent, qui contribue tanta la prospérité nationale, comme l’huile qui fait courir les roues du char ;
4°) D’adoucir les mœurs, et de pousser au développement des sciences et des arts;
5°) D’animer la production par une consommation plus immédiate et plus constante;
6°) Enfin, d’ètre un puissant élément de civilisation.
Genovesi ne veut pas de la liberté du commerce pleine et entière; mais il réclame, quelques précautions prises, la plus grande facilité possible de transaction.
L’état, dit il encore, est une grande famille. On doit insiruire les peuples, et rechercher les méthodes qui apprennent plus par les yeux que par les oreilles (1).
La classe des travailleurs doit être nombreuse le plus possible; car il est clair que la richesse U’ une nation se mesure au travail qu’elle effectue.
(!) Ecrit 5U ans avant Fourier et Festalozzi, et 1UÜ acs avant Froebel.
En somme, l'administration doit agir de telle sorte que:
\) La notion soit peuplée autant que le comportent son climat, son sol et ses forces intérieures.
2) Quelle soit riche et puissante le plus possible.
3) Que le peuple y soit heureux.
Les corps politiques doivent chercher leur inspiration dans les arts et dans les sciences (ne pas faire de la politique d'expédients).
Donnez du travail à tous ceux qui en manquent et vous n 1 aurez plus de pauvres ni de vagabonds.
L’agriculture veut la sécurité et la liberté.
Autant qu’ il dépend de vous, donnez au commerce, si plein de ruses, de cupidité et de fourberie, 1’ honnêteté et la bonne foi. Rien n'est plus utile à-une grande et prompte circulation que la bonne foi de tous, qui constitue la fui publique.
Filangieri, ami de Genovesi, et comme lui, professeur'de grand talent, fut aussi un éclectique unissant la philantrophie sociale des physiocrates à beaucoup de données, industrialistes et même mercantiles. Mais plus impétueux, plus véhément que son compatriote et poussant quelquefois le radicalisme social jusqu’au communisme, il agit sur les esprits d’une façon plus puissante.
Lo philosophe doit être 1’ apôtre de la vérité, et non l’inventeur d’un système, s’ écrie-l-il. Dire que tout a déjà été dit, c’est le langage de ceux qui ne savent rien ou qui n’ont pas le courage d’affronter la vérité. Tant que Les maux qui oppriment I' humanité De seront pas extirpés; tant que les erreurs et les préjugés qui les perpétuent auront des partisans, tant que la vérité connue
de quelques privilégiés, sera cachée à la plus grande partie des êtres humains.le devoir des philoso¬
phes est Je la crier et de la défendre.
Si les clartés qu’ il répand ne sont ni utiles à son siècle ni à son pays, elle seront utiles à d’autres siècles, à (P autres pays. Le philosophe est citoyen du monde et contemporain de tous les âges.
Comme Beccaria, Filangieri combattit les monstruosités, de la justice légale, et fît pour la procédure ce que le célèbre milanais avait fait pour la justice pénale; un critique écrasant, un réformateur humain et généreux.
Avec les physiocrates, et Genovesi, il protesta contre l’atroce système colonial des Européens et prédit qu’un Jour toutes les Amériques seraient libres.
Il préconisa l’impôt unique et direct; il condamna le luxe passif d’une nation qui achète ses objets de luxe; mais il croyait que le luxe actif d’une nation qui ne fait que consommer les produits de son travail peut avoir de bons résultats (1) Il proteste, en outre, contre les armées permanentes, qu’il voudrait remplacer par des gardes urbaines.
Il continue ainsi :
Tout ce qui tend à diminuer les subsistances, tend à diminuer la population.
(i) Comme la démontré Tchernychewsky, une société juste ne peut se permettre le luxe que lorsque tous ses membres ont un large nécessaire.
Le principal obstacle du commerce, est la mauvaise foi des commerçants; il faudrait des lois sévères contre les faillites.
La richesse a trois sources, qu 1 il faut également encourager: P agriculture, P industrie et le commerce.
Ou doit, autant que possible, augmenter le nombre des propriétaires.
La félicité publique n’est autre chose que Paggrégalion di j s bonheurs privés de tous les individus qui composent la société. Quand les richesses s’ entassent dans un petit nombre de mains, et que beaucoup sont pauvres, la nation va à sa ruine; car la prospérité dé une nation dépend de la bonne répaiiilion des richesses.
Dailleurs, le riche oisif, ennuyé de son inutilité, rP est guère plus heureux, que le pauvre écrasé de travail. Une occupation, un travail modéré, quand il suffit à la satisfaction des besoins, est la seule condition pour nu’ un homme soit heureux, autant que nous pouvons P être. Pour que tous aient un bonheur si enviable, il faudrait que tout le monde fàl également riche.
Ce n'est pas dans 1’ étude des économistes anglais que Genovesi et Filangieri avaient pris des idées sociales si avancées.
Leur compatriote Galiani, le spirituel abbé , est surtout connu par sa critique acérée des physiocrates ; j’en citerai une demi page.
J’ en conviens, P agriculture est partout la source unique des richesses, même à Genève, qui rP a pour terres labourables que le pavé de ses rues! Vous admirez la prospérité de b Hollande, où le commerce des grains jouit d’une liherié entière, et vous ne prenez pas garde, imitateurs inconsidérés, que dans un pays stérile le blé au lieu d’être le revenu d’une nation, en est la pre-
roiére dépense. Montez sur leurs vaisseaux: ils vont chercher le blé aux extrémités du monde, s’ il le faut.
Les Hollandais peuvent ils craindre la famine? Leur marine leur donne le marché de Y univers. Vou§ avez donc pris, en parlant de la Hollande, la dépense pour la recette, el la recette pour la dépense; légère méprise, en vérité!
En 17G4, à propos de 1* Edit sur la liberté du commerce des grains, il écrivit :
Prenez garde à votre concession! j’attends un code entier au lieu d’une seule loi. La politique ancienne, l’administration de nos pères,la police, fille de la politique, roulaient entièrement sur la déiiance réciproque du peuple el du souverain. Si la confiance prend sa place, il faut changer toute la machine: Novis rerum milii nascitur ordo: un nouvel ordre de choses se présente à nia vue.
L’ homme qui écrivait ceci était singulièrement perspicace.
Moins brillant, mais bien plus sympathique, est Vasco, généreux et clairvoyant publiciste, qu’ on pourrait placer parmi les socialistes, avec plus de raison que parmi les économistes.
11 proclama, dans un Mémoire envoyé à Y académie de Valence, le droit absolu des pauvres à 1 assistance de Y Etat. Il réclamait, pour le pauvre invalide, des subsides, et, pour ceux qui peuvent travailler, du travail. Il voulait que dans les hôpitaux on admît tous les infirmes et tous les enfants exposés.
Dans un autre Mémoire , envoyé a l’académie de Pelersbourg, en 1767 (l) il demande, pour que le peuple soit heureux et vive aisément de^son travail, qu’à l’aide de la fixation d’un maximum , que personne ne saurait dépasser, et d’ un minimum , distribué et assuré à tout le monde, chacun ait toujours sa part de terre. On voit qu’en ce qui touche l’organisation de la propriété, Filangieri et Vasco sont parents.
Ce philanthrope a fait sur les monnaies le meilleur traité de son époque, par la méthode, la sûreté de vues et la clarté.
Il voulait qu’on prit le cuivre pour étalon, parce que c’est ui* métal à prix moins variable que les autres; et il proposa (1787) l’établissement d’une monnaie décimale. (2) La révolution, en réalisant son désir, a démontré combien son idée était féconde.
Malgré tous ces mérites, Vasco est peu connu; il fut trop ami du peuple pour que cette courtisane la renommée, ne dédaignât pas d’éclairer ses solides qualités.
(1) Sur cette question: «Est il plus utile au bien public que les paysans possèdent la terre? Jusqu’ où doit-on étendre le droit du paysan sur les terres, pour que le bien public eu retire un plus, grand avjntage?»
(2) Vers la même époque, Beccaria demandait l’introduction du système décimal dans les calcul^kistronomiques.
Melcîaiorr© Gioia, Romagnosi, Pecchio.
Avec une emphase, qui ne l’empêchait pas d’être un homme de génie, Gioia commence par dire, dans son Prospetto delle scienze economiclie , qu’il entreprend de réduire à un système rationnel: tout ce que sur Véconomie publique et privée pensèrent les écrivains , pratiquèrent les gouvernements , sanctionnèrent les peuples.
L’entreprise était trop vaste pour être complètement réalisée; mais Gioia, homme d’un grand savoir, d’une incomparable érudition, d’un talent d’analyse et de classification, que personne n’a dépassé, n’en a pas moins projeté de vives lueurs sur l’ec. poî.
Après avoir adopté, comme J. B. Say, la grande division de l’ec. pol. en phénomènes:
1) De la prodution >
De la distribution î des richesses.
3) De la consommation J
Il détermine ainsi le but de P ec. pol.
I) Diminuer le temps
%) » la fatigue ) Nécessaires à la
3) » la matière première j production.
4) » T espaiÿi
Accroître dans les produits?
J ) La masse
2) La perfection La durée.
Les moyens* ou causes, de richesse, continue-t-il, sont:
Le pouvoir qui est:
a) immédial, ou physique, comme: les machines, l’ association ( socialité ) la division du travail , les capitaux.
b) médiat, ou moral, comme: le crédi les valeurs , les lettres de change, les banques.
-) La connaissance, qui diminue les dommages et augmente les bénéfices.
3) La Volonté , agissant en vue:
IJ De T intérêt, excité par la sécurité de l’administration.
De l’opinion, ou de tout autre sentiment différent de I’ intérêt.
Dans Les Mérites et les Récompenses , Gioia définit les richesses:
L’ état pécuniaire, ou somme, des richesses d’ un individu, résulte de la somme des moyens, comparée à la somme totale des besoins.
Les moyens comprennent:
1) La propriété, c’est à dire tout ce qu’on possède en dehors du travail.
2) Les profits, les marchandises, les honoraires, résultant du travail.
3) Les secours gratuits qu’on peut attendre des parents, amis, ou bienfaiteurs.
Les besoins comprennent:
i) Les habitudes de dépenses personnelles. Au delà de ces habitudes, est le superflu: en deçà, sont les primions. La plus grande partie do nos désirs if existe
que dans le souvenir que nous avons de jouissances
antérieures.
Ü) Les personnes auxquelles nous devons la subsistance, en vertu des lois de I’ opinion fl).
3) Les éventualités sinistres, tant physiques que morales, tant civiles que commerciales.
Si les besoins croissent en raison des moyens, il est clair qu’il n'y aura jamais de superflu; c’est pourquoi la générosité qui, à en juger par les apparences, devrait être la vertu des riches, est moins fréquente chez eux que chez les pauvres.
Pour l’ec. pol., Gioia n’a pas toujours été tendre, qu’on en juge par celte savante critique:
Après la lecture de milliers de volumes, (d’économistes) on a les résultats suivants:
\) Liées, tantôt moitié vraies, tantôt moitié fausses, sur chaque argument.
2) Théories exclusives, applicables à des états imaginaires.
3) Au heu de faits démontrés, tirades métaphysiques, à 1’ aide desquelles on démonire qu’ une chose est à la fois blanche et noire. Assertions innombrables, et jamais de preuves.
4) Exalta lion d’un seul principe, malgré l’expérience qui démontre la nécessité de plusieurs (î).
(I) Il fallait que l’opinion publique de l’ancienne Rome fut bien corrompue, pour qu’ on ne fit aucun reproche à celui qui vendait ( ou jetait dehors, pour le faire mourir de faim) I esclave vieilli à son service, (note de Gioja).
(1) Sous celle forme obscure, Gioja entrevoit la théorie scientifique du relativisme, dont les économistes ne soupçonnèrent jamais V exisleuce.
5) Eiïorls pour détruire, avec des théories, les faits les plus vulgaires.
6) Explications contradictoires de phénomènes identiques.
7) Exemples pris dans l’esclavage, pour contester la nécessité des choses voulues par la civilisation.
8) Suppositions gratuites, posées comme bases de principes.
0) Obscurité affectée, pour donner un air d’importance aux trivialités.
10) Parlage et rhétorique, dans une science qui les admet moins que les autres.
11) Classifications ridicules, au mépris de tous les principes d 1 analogie.
12) Répétition continue des mêmes idées, qui fait le désespoir des lecteurs.
13) Contradictions palpables, chez les écrivains les plus renommés, y compris Smith et Beccaria.
14) Théories les plus funestes au peuple, et tout à fait contraires au sens commun, approuvées par des académies célèbres.
15) Initiative, tantôt portée à l’excès, tantôt trop réduite, soit pour donner trop d’extension à la force gouvernementale, soit pour trop la restreindre.
De cet étal de la science économique, sont causes:
1) Les vues théoriques précédant 1’ observation des faits (I)
(I) Comme Diderot, ce père des socialistes matérialistes, Gioja put voir la méthode expérimentale, ou inductive, commencer de remplacer, pour le bien de la science, la méthode logique, ou dédt^tive, mère de toutes les erreurs.
2) L’intérêt privé, qui fait prédominer tantôt un principe, tantôt un autre.
Entre autres réformes, notre auteur réclame:
4) La constitution des bonnes routes et canaux.
2) Des concessions de capitaux aux entrepreneurs actifs.
3) L’ exemption temporaire d’impôts pour les terrains nouvellement défrichés.
4) Réforme de l’administration, qui doit elre plus active et plus économique.
îij Idem pour la justice légale.
(>) Fondation de nombreuses bibliothèques publiques.
7) Jardins modèles pour acclimater les plantes exotiques.
8) Ecoles gratuites dans toutes les communes.
9) Encouragement aux sociétés académiques, qu’on tâchera d’accroître.