‹ Histoire critique de l'économie politiqueChapitre 7 sur 31 · Liberté de la presse et de la librairie · texte numérisé non relu

Liberté de la presse et de la librairie

42) Le gouvernement devra envoyer dans les autres nations, des savants salariés, qui observeront tout, et indiqueront ce qu’on devrait imiter.

13) Réforme de l’impôt.

4 4) Guerre aux biens ecclésiastiques, aux biens nobiliaires, aux absurdités religieuses etc. etc.

Melchiorre Gioia fut le contemporain de la Révolution française; il Fit tous sefc efforts pour la constitution d’une république italienne; n’ayant pu réussir, il accepta la domination française, qu’il poussa sans cesse aux réformes utiles. 11 fut le plus grand statisticien de son temps.

A côté de ce grand et original esprit, se place

Romagnosi, né à Plaisance, comme Gioia; jurisconsulte célèbre, comme Beccaria et Filangieri.

Romagnosi, qui a propagé ce qu* il appelait la Polycralie ( gouvernement de tous ) veut que Y éc. pol. s’occupe du sort des masses. Il a écrit après Smith, et voilà en quels termes il parle des physiocrates et de la naissante école anglaise.

D’abord, non en Italie, mais en dehors d’eüe, Y ec. pol. était tout ventre (i). Elle produisit la sotte distinction entre les classes productives, et les classes stériles. La classe agricole lut d’abord la seule productive .. . . Depuis peu, on a reconnu comme producteurs les industriels, puis les inventeurs, puis, comme par grâce, les penseurs, et tout doucement on a complété les facteurs de la richesse chez un peuple civilisé.

Mais, à celle recherche du mécanisme générateur de la richesse, s’est bornée I’ ec. pul., de telle sorte que ses théories peuvent aussi bien s’appliquer cà une plantation de café, ou de sucre, travaillée par les esclaves de la glèbe qu’ à une nation civilisée, où s’exerce dans sa p'énitude la juste cl universelle concurrence.

Le bénéfice nel, et tout individuel, d’un spéculateur qui veut s’enrichir, fut pris en considération et calculé dans ses divers mouvements pour la production, la distribution et la consommation des richesses, sans qu’on s’élevât jamais â une plus haute intelligence des rapports so-

(!) Romagnosi oublie que le véintien G. M. Ortôs et le modenais Ricci comptent parmi les plus mauvais précurseurs de Mallhus.

ciaux ([) Toute la partie morale, tout ce qui touche au bien-être général, est oublié

C’est un froid matérialisme, (2) un sordide égoïsme, qu’ on trouve au fond de la doctrine de ces modernes.

Ces choses justes, et dont la nécessité est irrécusable: la conservation et le perfectionnement de tant de millions d’hommes, n’ont pas trou\é place dans les traités d'ec. pol.

Il en est résulté une doctrine mutilée, imparfaite, à la rudimentaire application de laquelle peut servir l’épée à double tranchant, dont les puissants et les possesseurs n’ont que trop 1’habitude d’abuser.

Dans les livres des économistes les plus autorisés, on trouve ces trois grands défauts.

1) Méconnaissance de P organisme fondamental, nécessaire au régime politico-économique.

2) Esprit de secte et d'intolérance.

3} Séparation des doctrines économiques d’avec les notions de droit public et de droit privé. Ce qui fait qu’ on a une économie politique sans frein, et un droit manquant de sanction.

Examiner et calculer la production, la circulation, et P usage des choses utiles, <P après les visées de P intérêt personnel, ce n’ est pas suffisant pour constituer le centre moteur des mouvements économiques.

(1) G’ est là le vice radical, le germe de mort, je dirais presque le crime inexpiable de Y ec. pol.

(2) G’ est spiritualisme qu’il fallait dire. Presque tous les vieux économistes sont chrétiens, et tous, sauf Jérémie Bentham, J. B, Say, et James Mil!, sont spiritualistes. De nos jours, la plupart des matérialistes sont partisans de la fédération répucainc des peuples et de 1’ égalité sociale. Si tous les spirilualistes ne sont pas conservateurs, tous les conservateurs, (sauf de très rares exceptions) sont spiritualistes.

Tant que le rôté intellectuel et affectif des hommes ne sera pas pris en considération, tant qu’on ne tiendra aucun compte Je la justice distributive... nous n’aurons pas constitué dans sa dignité et dans son intégrité la science économique, la régulatrice suprême des rapports sociaux.

Romagnosi avait pour habitude de dire que, pour bien traiter les doctrines morales et politiques, il fallait assumer comme but le plus haut degré de perfection possible, sauf à adopter ensuite les moyens graduels et opportuns pour arriver à ce but. 11 conclut en réclamant la socialisation des forces individuelles et Y intervention efficace de la collectivité en faveur des faibles.

N’est-il pas à jamais regrettable que cette grande, savante, généreuse, école italienne ait été étouffée par 1’ étroite et égoïste école anglaise , son inférieure à tous les points de vue?

Que de souffrances humaines évitées! Que de progrès sociaux réalisés, si Beccaria, Verri, Romagnosi, Filangieri, Gioia, Vasco, Genovesi etc., avaient occupé dans la science la place prise par les Smith, les Malthus, les Say, les Ricardo, les Mac Culloch, les Dunoyer etc. ?

Pecchio n’ est connu que par son petit livre sur les économistes italiens, qui est en effet un chef d’œuvre dans son genre.

Comme idée, il se rapproche fort de Y école

bO

anglaise, et il ne contribua pas peu, ainsi que son contemporain Ressi, à en répandre les idées dans F Italie même, que F œuvre de ses grands hommes aurait dû préserver de cette funeste importation étrangère.

Jérémie Bentham.

Le chef des utilitaires, ou philosophes radicaux , a beaucoup de parenté avec les économistes industrialistes; mais il se sépare d'eux par sa philosophie anti-religieuse et son ardent désir de réforme.

Jurisconsulte éminent, Bentham critique fortement la justice légale de son temps, et demande de généreuses améliorations. Ce fut en vain; la vieille société n'abandonne pas si facilement ses iniquités et ses vices. Le philosophe s' en aigrit, et, aidé par ses principaux disciples, qui avaient fondé la Revue de Westminster, il se livra à la plus vigoureuse polémique contre le gouvernement conservateur.

Les coups de Bentham portèrent; car tout ce que la jeunesse anglaise avait d'intelligent et Je généreux, sympathisa bientôt avec lui. On comptait

parmi ses disciples des hommes comme: James Mill, Charles et John Hnstin, les historien Macaulay et Grote, Strut, (depuis lord Heper ) Chartes Villiers, Eyton, Fooke, Ch. Buller, Blocks, G. Graliam, Iîyde, etc.

Les idées de la jeune phalange, et de son chef, se rapprochaient sur beaucoup de points de l’école philosophique française de l’époque. Il y avait, dans ce 18.me siècle une foi ardente dans l’humanité, dans Y amélioration indéfinie de l’être humain, par l'éducation et le bien-être. Les Utilitaires possédaient cette foi humaine, qu’ils unissaient, comme Diderot, Helvétius, d’Holbach, d’Alembert, La Mettrie, Condorcet, Brissot etc. à une violente haine des superstitions religieuses.

Les hommes, disaient ils, ont cent fois conçu d’âge en âge l’idée de dieux plus méchants les uns que les autres. Voyez par exemple le dieu chrétien, qui commence par faire un enfer, avec la prévision infaillible que la plupart des hommes iront y brûler éternellement. A-l-on Fidée d’une cruauté semblable? (IJ

Ils regardaient la religion comme Y ennemie de la vraie moralité et de l’humanité; conséquemment, ils abhorraient l’église établie et ses privilèges. Ils basaient, à l’encontre d’Adam Smith, mais à l’instar de Larochefoucald, de Vauvenargues et de

(1) John-Stuart Mill Autobiography.

Franklin, la morale sur l’intérêt bien entendu ; c’est de lâ qu’ ils avaient reçu le titre à’Militaires. Quoi qu’ils aient dit, cependant, la morale, dans notre société, n’ est pas toujours d 1 acord avec l’intérêt, même bien entendu. Mais qu’est ce que cela prouve? Que P organisation sociale' est vicieuse et qu’ il faut la perfectionner. Chaque fois qu’ un individu peut dire: — i a morale me commanderait ceci; mais mon intérêt m’impose cela —• il crie, par cette simple constatation, contre P immoralité dé la société.

Imbus des idées de Condorcet sur la femme, les utilitaires voulaient entre la femme et l’homme des relations beaucoup plus libres, croyant, avec raison, que P un des résultats de cette liberté plus grande serait d’empêcher l’imagination de se complaire aux relations physiques des sexes et d’en faire une des préoccupations principales de la vie (1). Ils étaient d’ailleurs assez indifférents, comme la plupart des philosophes du 18 me siècle, à la forme du gouvernament; mais Bentham, plus rigide sur ce point, appelait ornement les rois des corrupteurs-généraux.

En éc. pol., le chef des utilitaires n’avait pas de système particulier.

Le petit volume d ’Entretiens économiques , que, d’après ses conversations, a rédigé son ami et dis*

(i) J. S, Mill. Aulobiography.

sciple, l’intelligent Dumont, de Genève, est dans le flot des idées courantes ; il y a néanmoins quelque vues originales.

11 défeud la propriété—si c’est la défendre de dire qu’elle n’a qu’ une base conventionnelle.

La proprié lé, dit il, dans son Traité de législation n’ est qu’ une base d’ attente ; l’attente de retirer certains avantages de la chose qu’on dit posséder, en conséquence des rapports où l’on est déj^jphcé vis h ws d’elle; il n’est point d’images, point dS^peintures, point de traits visibles, qui puissent exprimer ce rapport, qui constitue la propriété. C’ est qu’il n’ est pas matériel, mais tout métaphysique; il appartient tout entier à la conception de l’esprit. L’idée de li propriété consiste dans une attente établie, dans la persuasion de pouvoir retirer tel ou tel avantage, selon la nature du cas.

Or, celte persuasion, cette attente, ne peuvent être que la loi. Je ne puis compter sur la jouissance de ce que je regarde comme mien que sur la promesse de la loi qui me le garantit. La propriété et la loi sont fiées ensemble et mourront ensemble. Avant les lois , point de propriété, ôtez les lois, plus de propriété !

Quel socialiste a jamais dit plus expressément que la propriété n’est qu’un fait social, résultant tel quel des lois présentes.

Or, comme de l’aveu même des conservateurs, les lois sont changeantes, la propriété peut parfaitement changer de forme une fois de plus.

Gardez vous pourtant de prendre Bentham pour un émule des réformateurs égalitaires de son temps, il s’affirme bien haut individualiste :

Les intérêts individuels, sont lés seuls réels. Prenez soin des individus, ne les molestez jamais, ne soutirez pas qu’on Ids moleste, et vous aurez assez fait pour le public.

Mais il déclare qu'il voudrait l’augmentation des richesses par:

\.) L’accroissement du nombre des travailleurs et l’accroissement de leurs capacités.

2. ) L’augmentation de la masse des capitaux et leur meilleur usage. ^

Page 1