XII
veau fait, ou s'il a quelque chose à dire, pareil qu'on V avertit au nom de Dieu et de (a sainte Vierge Mfirie , de dire {a vérité peur l'acquit de sa conscience ; que sHi le fait , le Saint "Office eh usera à son égard avec sa compassion et son indulgence ordinaires , comme avec ies accusés qui avouent sincèrement leurs fautes; mais que, dans le cas con traite , il sera procédé contre lui sui^ vant ce qui est prescrit par- la justice, et conformément aux instructions et au styie, car déjà tout est prtt poxir ia sentence définitive. L'accusé répondit qu'il n'avait rien à ajouter à ce qu'il avait déclaré , parce qu'il avait toujours dit et avoué ^ la vcriié.
VIL L'inquisiteur Cevallos, homme compatissant^ ne put entendre ces derniers mots de sang froid ;' que signifie, lui dit-il, cette prétention de dire ia vérité, tandis que nous sommées tous assurés du contraire , et du mai que vous vous faites , en agissant de la sorte ? Je pris alors la parole pour dire presque ironiquement à l'inquisiteur ; il faut . laisser l'accusé suivre son système : si le père
• aime mieux être brâlé comme hérétique que de s'avouer hypocrite et fnenteur , comment pourrions-nous le sauver ? L'accusé ne répondit rien ; mais de retour dans sa prison , il réfléchit sur œ que
• j'avais dit , et vit le danger auquel il n'avait pds encore pensé, quoiqu'un sentiment de compassion pour lui eût fait dire aux juges, afin de l'éclairer sur son sort, certaines choses, énigmitîques à la vérité , mais qui étaient encore plus claires que les ordonnances ne permettent aux juges d'en avancer.
YIIL . Le lendemain matin , il demanda une nou-
Vellé audience 9 qui lui fut accordée : il essaya de faire triompher, jusqirà un certain point, Torgueil qiu le dominait, en continuant d'abuser de T Ecriture-Sainlfe. « Ce qui s'est passé hier, dit-il,m*a « porté à examiner ma conscience pendant cette nuit (K avec plus de soin que je n'en avais mis jusquMci , « et celte recherche m'a fait reconnaître que je suis « tombé dans l'erreur en soutenant avec opiniâtreté « pendant mon procès que j'étais innocent, quand « j'aurais dû confesser que j'étais coupable; j'avoue « que je le suis , je m'en rcpcns et je demande par- « don et une pénitence ; je me suis aveuglé en re- 9 gardant comme certaine l'apparition de Jésus- « -Christ dans l'Eucharistie, et la dispense du sixième « précepte du Décalogue, puisque j'aurais dû voir « que ce n'était qu'une véritable illusion , et me « croire indigne d'une aussi grande faveur. Ma faute « est comme celle que commirent les Juifs en cruc cifiant Jesus-Christ ; Saint- Paul dit à ce sujet ; ifs « n'ont foint reconnu ie maître de ia gloire; s'ils « {'eussent reconnu , Us ne Sauraient point cruci^ « fié; et malgré cet oracle de Saint-Paul, les Saints ç Pères d'accord avec l'Evangile , disent que (es Juifs « anl été sans excuse , parce qu'Us avaient vu les c prodiges que nui ne pouvait opérer si ce n'*est « le fils de Dieu, Ainsi la faute des Juifs fut celle « d'une ignorance qui n'était pas invincible, et telle « a été la mienne, i» L'inquisiteur Cevallos lui dit alors : « Allons, mon père, vous voilà descendu de « l'échafaud de la hauteur d'une marche ; ne faîte» « pas le sot ; soyez humble , et descendez les autres ; « confessez que tout est mensonge même ce que vous 1 venez de dire > et que tout ce qu'il y a de.^Tai dans
« voire histoire, c'e» que vous ave* imagiaé toi»t
« cela comme un mioyeu qui vous a paru propre
t à satisfaire votre luxure. Ce n'est pas peu de
' c chose de nous voir tous d'accord à prononcer qu'il
€ n'y a ru dans cette aflTaîre ni hérétique ni homme « trompé, mais un menteur, un hypocrite, un luxu-
« rieux et un séducteur qui est maintenant un or- «( gueîlleux et un parjure par arrogance et qui au mi- <v lieu de tous ses aveux , oublie ce qu'il lui importe « le plus d'avouer. »
IX. Cette manière de parler à l'accusé , employée par Cevallos, était poussée beaucoup plus loin qu'il n'est permis à un juge , et il faisait en ce moment , l'office d'avocat qui voulait sauver l'accusé ; mais cette con*dùite atteste à jamais sa bonté et fait l'éloge de son cœur ; c'est ce qui m'a porté à la faire connaître. Le capucin ne put retenir ses larmes, malgré sa présomption et la présence d'esprit qu'il avait conservée dans toutes ses audiences , où il avait toaijours paru avec l'attitude d'un prélat provincial, missionnaire apostolique et d'un personnage respecté pour sa renommée et sa bonne réputation. Ne pouvant plus résister à la force du la vérité, et confus de n'avoir pu persuader ce qu'il avait essayé avec tant de danger pour lui , il dit : « Je vous rends grâces, vous avez « raison , le moment du tiiomphe de la vérité arric ve ; j*ai menti *et juré à faux en tout. Faites écrire « tout ce qu'il vous plaira , je le signerai. >» L'inquisiteur fit prendre à cette audience une tournure trèsfavorable à l'accusé ; elle l'arracha au dinger le plus imminent , et mit fin à l'extrême anxiété du juge luimême. Il est probable que la sentence de relaxation n'aurait pas été exécutée^ parce que l'ancien système
n^'étaît plus dominant , comme j'aurai occasion de 1^ faire voir dans une autre circonstance; mais, il y aurait été infailliblement condamné , et sa grâce n'eût été qu'un pur contingent, opposé à la loi même , qui Datait point abrogée.
* X. L'Ordinaire diocésain fut averti de se trouver le lendemain au tribunal, où le jugement fut prononcé. L'accusé fut condamné à faire une abjuration de (evi; à être enfermé pour cinq ans dans un couvent de son ordre , du royaume de Valeûc*' , où il était né ; à perdre pour toujours ses pouvoirs de confesseur et de prédicateur; à faire plusieurs pénitences, accompagnées d'un jeûne sévère ; à n'occuper que la dernière place dans sa communauté où il ne pourrait exercer comme les autres moines ni le droit de délibérer ni celui de voter dans les affaires de la maison ; outre ces différentes peines , il devait encore subir dans le couvent des capucins de la Patience de Madrid , celle du fouet de la main de tous les moines et des frères laî& en général, et de chacun d'eux en particulier. Ce clidtiment est nommé par les moines Zurra de Rucda ( fouet du cercle ), à cause de sa ressemblance avec la peine militaire des verges. Cette punition devait être infligée , en présence d'un secrétaire de l'Inquisition après qu'il aurait fait lecture de la sentence qa'on avait déjà entendue dans le petit auto-da-fé,
et êtte répétée dans le couvent où il allait être conduit, avec les mê'? es circonstances; ce qui fut cause que le jugement fut adressé aux inquisiteurs de Valence. Le condamné demanda qu'il lui fût permis dQ passer les cinq années de sa détention dans les prisons du SaiiU-O fpce au lieu d'êtr^ mis dans un couvent» Cette demande surprit les juges ; car si elle lui «ûl
tH(' accordée, on ramait cru bien pins coupaLle; on tâcha de le lui faire entendre dans une audience, et de lui persuader qu'il se trompait en demandant ce. changement, et qu'il serait bien moins sensible à la peric de sa liberté , vivant au milieu de ses frèrcsi en ^eiîgion, qui probablement auraient pour lui les égards qu'inspirent pour le malheur la compassion et lâcha-* lîté chrétienne. Il nous répondit : ^c Comme j'ai été y « provincial et gardien , je sais mieux que vous le « traitement qu'ont à subir parmi les moines ceux t qui se sont rendus coupables comme moi. Il m'ea « coûterait la vie. » L'inquisiteur général Rubin de Cevallos ne jugea pas à propos d'accorder au religieux la commutation de sa peine ; et le malheureux Capi^cin ne s'était pas trompé sur le sort qui l'attendait; il mourut la troisième année de sa réclusion , probable* ment pour n'avoir pu résister aux procédés charitables de ses frères; sa mort fut annoncée à l'Inquisition der )a Cour par celle de Valence.
Article III, Ordonnances du Conseil de ia Suprême^
I. Il paraît que la destinée des i^éaies est d'avoir Vine conGance aveugle dans leurs confesseurs : j'ai lu une circulaire du Conseil de la Suprême , du 25 octa-^ bre i5j5, adressée aux tribunaux des provinces, par laquelle ils sont invités à propeser des moyens propres à faire cesser les abus qui naissent de la liberté qu'ont Vin grand nombre de femmes de porter dans leurs pro-n près m^isQiis rjiabit de religieuse 9 et> saiisêlre spvk-^
mises au i:<^giïne de comnjiinau(é, de promettre ob<!'is- $ance au prêtre qu'elles ont pris pour leur directeur spirîluel. J'avoue que je ne vois point q\io rihquisition dût se mêler de cetJe affaire taiit qu'elle n'était pas prévenue que cet ordre de choses était contraire à la foi et à la religion du /sacrement de Pénitence.
II. On peut croire d'après une huile de Grégoire XIII, du 6 août i574, que dans le temps dont je parle, il n'était pas rare de voir de simples laïques se donner pour des prêtres et administrer le sacrement de Pénitence. Ce Pape charge l'inquisiteur général et ses délégués de poursuivre avec la plus grande sévérité tous ceux qui, sans être revêtus du sacerdoce, seront surpris exerçant les fonctions du ministère , en célébrant la messe ou en donnant des absolutions ; 8a Sainteté ne pouvant croire que des hommes capables de commettre un pareille crime ayent des sentimens bien or- / thodoxes sur le sacrement de l'ordre. Cette bulle n'avaîtpas été attendue par les inquisiteurs espagnols • pour punir l'espèce de crime qu'elle dénonce, puis- '^^^.^ que nous les avons vus eondam:ner à des auto-da^fé ,
des hommes qui s'en étaient rendus coupables : cependant, aân de n'être pas contrariés par les évêques dans la poursuite de ce délit, îU publièrent la bulle de Grégoire XIII , et ajoutèrent à l'éditdes dénonciation* l'article suivant : « Yous devez déclarer si vous savez « que quelqu'un sans avoir été promu an sacerdoce a « dit la messe ou administré les iacremeiHt de notrir « mère la sainte JKglise. »
III. Ce fut par un motif semblable que l'înquîfîleur général ajoqta à la bulle l'article de l'hérésie des aiuinérado^ ou quiétistts , que J'ai inséré ailleurs t parce qu'il n'était pas encore gognu dans les tribunaux»
IV. C'est ainsi que le fameux édit des dénonciations B^augnienta d'un grand nombre de points nouveaux ; en effet, outre les articles relatifs aux hérésies judaïque , maLcmétane, lullitricnnc,et à celle des illumiwés y à l'usurpation de la qualité de prêtre, à la subornation dans le tribunal de la pénitence el au passage des chevaux en France (i), l'édit contenait encore l)eaucoup d'airires dispositions , telles que les suivantes:
V. € Vous déclarerez si vons avez ouï dire à quelc qu'un qu'il n'y a ni enfer pour les méchans, « ni paradis pour les bons; ou que quelqu'un ait « proféré des blasphèmes hérétiques, tels que ceux- « ci ; je ve crois point , f abjure : je renie , soit c contre Dieu, soit contre la vierge Marie ou contre c les Saints et les Saintes du paradis.
« VI. Si vous savez ou si vous avez appris quo c certaines personnes ont eu, ou qu'elles ont pré* « sentement des esprits familiers à leur service ; « qu'elles ont invoqué les démous, en traçant des « cercles pour les interroger , et attendu ensuite leurs c réponses; qu'elles ont été ou sont du nombre des c sorciers ou des sorcières ; qu'elles ont fait un pacte « explicite ou implicite avec le démon, en mêlant < pour cela les choses sacrées avec les profanes et en « attribuant à la créature ce qui ne peut appartenir « qu'au Créateur. »
« VII. Vous déclarerez si vous savez, ousi vopsavsz • entendu dire que quelque ecclésiastique engagé « dans les ordres ou quelque frère profès, s'est ma^ « rié ; que quelqu'un a contracté deux ou plnsieusr « mariages du vivant de sa première femme , ou qu'il « a affirmé que la fornication ordinaire, le parjjurt
(i) Chap. 1,8, 10 et ao.
et le prôl usuraîre ne sont point des péchés, ou qu'il vaut mieux yivre dans le concubinage que d'être marié. »
« VIIT. Vous serez également obligé de dire si vous avez vu ou appris que quelqu'un ait tenu des propos scandaleux sur la croix ; commis des outrages contre ce signe sacré de notre rédemption , ou sur les 'images des Saints ; nié les articles de notre foi , ou élevé des doutes à cet égard ; laissé passer un an et plus sans se faire absoudre de l'excommunication, au mépris des censures ecclésiastiques , ou agissant comme si elles n'existaient pas. » « IX. Le même devoir vous est imposé si vous savez que qjjelqu^un annonce des choses à venir ou des événemens fortuits, ou qu'il révèle des faits déjà passés , et d'autres qui se passent actuellement et qui sont cachés , en assurant qu'il y a un art et des règles pour y réussir par le moyen de l'astrologie judiciaire, par l'inspection des étoiles et des planètes, des lignes de la main ou par d'autres procédés semblables ; et si vous connaissez des personnes qui ont eu recours à ceux qui font usage de ces moyens pour découvrir les choses secrètes ou celles qui doivent arriver. »
< X. Vous dénoncerez aussi les personnes que vous saurez avoir eu des livres de Luther ou des autres hérétiques, ceux de Mahomet ou de sa secte; les Bibles en langue romane ou tout autre livre défendu ; les chrétiens qui auront omis de communiquer au Saint-Offîce ce qu'ils auront vu ou entendu de contraire à la religion catholique; ceux
qui auront contribué à ce que d'autres ne décla-
« Fassent point ce qu'ils savaient ; suborné des té- « moins pour leur faire di-clarer faussement des mo- « tife de récusiilion contre les hommes qui ont « trmoigné dans quelque procès de l'Inquisition y ou c employé la calomnie contre le prochain pour lui « causer quelque dommage; caché on favorisé les € hérétiques pour leur faire éviter la prison ; enipô- « ché 9 soit directement , soit indirectement , les « opérations et l'exercice dn tribunal du Saint-OiUce ; « enlevé ou fait enlcTcr les San^Benito exposés en « vertu d'un ordre de rinqutsilion , ou suspendu « d'autres signes de cette espèce sans le commande- K ment de personne*. »
€ XT. Tout chrétien doit déclarer aussi s'il sait que « les })inltenciés n'ont pas gardé fidèlement leur « prison ni accompli les pénitences qui leur ont été îm- « posées, ou qu'ils n'ont pas porté leurs San-Benito; 0 s'ils ont assuré que leura déclarations devant les a inquisiteurs , étaient fausses ou inspirées par la « crainte , ou que les condamnés étaient innocens ; « que les enfans et les petits-enfans en Tgne mascua Une des hérétiques»punis , exercent des emplois ho- « norifiqucs; qu'ils sont prêtres ou revêtus de quel' « que dignité ecclésiaslKj.e ; qu'ils montent à cheval; « qu'ils font usage d'habits ou de meubles de soie ou « garnis d'or, d'argent , de perles ou de pierres pré- * cieuses. r»
a XII. Si l'on connaît quelqu'un qui , par su- « perslilion, porte sur soi la sainte Eucharistie , en « croyant qu'elle le préservera de tout danger; qu'afL vec eUe , il -lui est permis de commettre quelqu^e
« espèce de crime que ce soit , et qu'it est assuré db (c ne point, mourir siubitement ni sans confession ; et <i enfin , si Ton sait que quelque prêtre ait remis la a sainte hostie poiu: cet usafe.
< XIII. Enfin , le (idèlé ne peut se dispenser de « dénoncer à Tlnquisition Thomn^e coupable du « péché contre nature ; celui qui relient des procès « pu des papiers appartenans à Tlnquisition, ou des a biens devenus la propriété du Saint-Oûicey par la « confiscation qui en a été faite sur les condam^ « nés. M
XIV. Ce supplément prouve le soin des inquisiteurs à multiplier les articles de la loi des dénonciations , à mesure que leur autorité fait des progrès. Ou peut même ajouter que depuis les bulles de Benoît XIV sur le crifne du confesseur qui révèle (e secret de la confession , ou qui veut connaître 4e complice du pécule de luxure, les inquisiteurs ont reçu toutes les dénonciations qui leur ont été faites à cet égard, sans les remettre, comme ils le devaient , à Tévêquc diocésain , parce qu'ils se sont crus autorisés à connaître de ces sortes de procès , en disant que ceux qui commettent de semblables crimes sont suspects de professer des opinions hérétiques, surle saeremcntde pénitence , puisqu'ils en abusent de la manière la plus pro pre à le rendre odieux. D'après ce principe , il est évident qu'il n'y aura plus de délit ^ atroce qui n'implique le soupçon d'hérésie. C'est en suivant la même tactique que les papes étendirent leur juridiction spirituelle sur toutes les questions et les matières de droit où le serment était admis ^ et
lorsque le for Intérieur de la conscience y était intéressé. Dans chaque circonstance .de ce genre on a vu les souverains et les évoques laisser dépouiller de plus eu plus le trône et Tépiscopat de leurs droits naturels et imprescriptibles»