III. Léon de Castro fit circuler des exemplaires de
ftes dénoncîatLOii5;, et les jt^snites ne manquèrent pay d>n faire autant avec la dissimulai ion qui leur était si ordinaire. Cette conduite indigna F. Louis Estrada, moiner'de Citeaux, homme très-savant dans les langues orientales et qui avait fondé le collège de son institut à A icala de Henarés. Il adressa en 15^4 ^ Montano , un discours en forme de lettre, dans lequel il s'élevait contre la dénonciation de Castro et prédisait sa disgrâce. Pierre Chacon^ autre savant espagnol de son temps , réfuta dans une autre pièce la dénonciation : il adressait la parole dans son écrit à Léon de (^astro ; ne se bornait pas à détruire ses raisons, mais lui prouvait encore le tort considérable que Ion ferait à la i*eligîon chrétienne , si Ton admettait le principe que tous les manuscrits hébreux ont été falsinés. Le dénonciateur se vit obligé de publier un ouvrage sous le nom (VJpotogétigue. 11 le fit imprimer, après avoir vaincu beaucoup de difficultés 'dont il parle dans sa préface qu'il a intitulée : Conflictus Jcerrlmus.
IV. Le docteur Arias Montano revînt de Rome, et comme il pouvait compter sur la faveur du Roi, on n'osa pas l'arrêter pour lui faire subir le môme traitement qu'au malheureux archevêque de Tolède. On lui laissa la ville.de Madrid pour prison : le Conseil décréta ensuite qu'il lui serait reniis une copie des dénonciations faites contre lui , mesure que rien ne peut excuser les inquisiteurs de n'avoir pas pris^ à l'égard de Carranza. Arias Montano répondit à tout, réfuta les raisons de son adversaire et fît entendre à mois couverts que son attaque n'avait été que l'effet d'un complot des jésuites : il dit, entr'autres choses; « Léon de Castro s' appuyé du conseil et de la pro-
« leclîon de certaines per8onnc« qui se croyont seules « instruites;; qui son l persuadées qu'elles seules vi- «« vent bien ; que nul n'imite et ne recherche autant « qu'elles la compagnie de Je^us; c'est en se vanc tant que c'est là leur profession, qu'elles ont fait « éclater leur haine contre moi, qui n'ai rien fait pour « la mériter, et qui ne suis que le plus petit et le plus « inutile des disciples de Jésus. Ils abusent des « moyens et du nom de ceux qu'ils dirigent comme • c ils veulent en secret, pour arrivera leurs fins. Je « connais leurs artifices ; cependant je ne dévoilerai « point à quelle famille ils appartiennent; je me gar- « derai aussi de les nommer. Dans la conduite et le « maniement des affaires, ils procèdent avec un pro- ♦ fond et merveilleux secret, quoitpTe ceux qui agissent c avec franchise et sincérité, les découvrent facilement. € On ne lardera pas à voir éclater la vertu de celui s qui sait mettre au jour ce qui est enseveli au fond «c du cœur et enveloppé dans les ténèbres. Chacun « alors trouvera le prix dû à ses œuvres (t). »
V. L'inquisiteur général, d'accord avec le Censeit de la Suprême nomma pour qualifica'ieurs de raffaîre d'Arias, différens théologiens à qui ou remit la dénonciation de Castro et son apologie, la réponse de Taccusé et les deux écrits d'Estrada et de C baron. Le censeur principal fut Jean de Mariana, jésuife, qui passait pour très-savant dans les langues orientales et €fii thé<riogie. Ce choix ( auquel les jésuites avaient eu
(i) Commentaire sur /es différentes manières de lire ce Récrire chez les Hébreux ^ imprime à Anvers en i584*. Oii peut voir aussi les ùutcurs que j'ai déjà cités, oil l'on h-ouvera des lettre» dont il «erait tr^s-uiile dé publier le recueil.