CHAPITRE XXX
Des procès intentés par V Inquisition contre plusieurs Saints et (Vautres personnages vénérables de V Espagne.
Article pr*emier.
Saints,
I. ArcuKE circonstance de l'histoire critique de l'Inquisition d'Espagne , ne prouve mieux le vice et l'odieux de ce tribunal > que ce qui est arrivé à plusieurs Saints et à. quelques autres personnages révérés de r£glise espagnole. Quoiqu'on ne trouve dans ses annales aucun exemple d'une condamnation définitive, prononcée contre eux par le Saint-Office, l'injustice de ses lois organiques n'en est pas moins constante, puisque l'innocence et la vertu peuvent y être réduites à gémir dans les cachots, sous le poids de la diffamation, depuis le. moment où la dénonciation est reçue, jusqu'à ce qu'on ait reconnu la fausseté, la' malice ou l'insuffisance des motifs employés pour faire regarder comme hérétique , celui dont la foi n'a point cessé d'être orthodoxe.
II. Si, dans les causes qui sont du ressort de l'Inquisition , on procédait comme devant les autres tribunaux , et que les accusés fussent gardés dans les prisons ordinaires, la vérité ne tarderait pas à être reconnue , la conscience des juges serait éclairée par l'accusé lui-même , ou par des témoins dont les dépositions pourraient servir à expliquer d'une maniera
favorable les faits qui sont la matière du procès ; en sorte que souvent TafTaire nuirait pas méme-jusqu^à la détention de la personne dénoncée. En effet, si les inquisiteurs ne s*engagaient pas au secret par la foi du serinent, ils parleraient librement et sans difficulté toutes les fois qu'il conviendrait de le faire , et avec les personnes qui seraient en état de les instruire ; et ils en apprendraient plus de vive voix, par écrit, ou même quelquefois dans des entretiens particuliers avec rhomme suspect, que dans le cours d'un interrogatoire insidieux et combiné.
III. En vain dirait-on qu'en adoptant ce système , on faciliterait aux coupables les moyens de s'évader , et qu'aucun d'eux ne tomberait jamais entre les mains de l'Inquisition ; je répondrai que bien loin de regarder comme un malheur ces sortes d'accidens , |e ^ m'en applaudirais si j'étais membre de ce tribunal , parce que 4'hérétique se condamnant lui-même à un bannissement perpétuel , le but que se propose le Saint-
Office se trouverait atteint par le fait , l'accusé s'imposant souvent une peine plus dure que celle qu'il avait à craindre du tribunal : il est d'ailleurs reconnu q\ie la maxime la plus essentielle de la politique chrétienne , comme la plus conforme au droit naturel et au droit divin , c'est qu'il y a moins d'inconvénient à laisser des coupables dans l'impunité qu'à frapper des innocens. Les constitutions du Saint - OUice , avec la garantie redoutable que leur donne le secret , ont des conséquences entièrement contraires , puisqu'elles font prévaloir un système de procédure qui non-seulement présente l'innocent comme coupable, mais qui rend encore presque toujours nulle ou impossible la défense des accusés devant
le tribunal; cl dansle cas mêine où la vérité parvient à se faire jour ^ son' triomphe est trop tardif, le prisonnier ayant déjà beaucoup souffert, s^il n*est pas mort dans les fers , comme Dona Jeanne Bohorques , comme les victimes qui furent brûlées à Valence, et comme beaucoup d'autres innocens.(i). IV. Nous avons vu plus haut ce qui arriva à D. / Ferdinand de Talavera, premier archevêque de Grenade ; an vénérable Jean D^vila , surnommé TApôtre de TAndalousie, et à S. Jean-de-Dieu , fondateur de la congrégation des Hospitaliers (2). Nous allons connaître d'autres saints personnages qui ont été aussi victimes du système inquisitoriai. Nous ^commencerons par S. Ignace de Loyola, comme le plus ancien. Il fut dénoncé à l'Inquisition de Valladoiid , et pendant que ses juges songeaient à le faire arrêter, il quitta l'Espagne, passa en France, ensuite en Italie et arriva à Rome où il fut jugé et acqi^tté, après l'avoir été en Espagne , par sentence juridique du vicaire général de l'évèque de Salam^nque. Melchior Cauo, dont nous avons exposé les sentiment sur les jésuites (5), composa en i54B, du vivant de S. Ignace, un ouvrage qui ne vit point le jour, sous le titre de Jugement sur V Institut des jésuites. « Je « me propose ( y disait-ii ) de parler des fondateurs tf de cette Compagnie ; elle a pour général un certain « ïgnigo qui s'enfuît d'Espagne, lorsque l'Inquisition « voulut le faire arrêter comm« hérétique de la secte < des iliuminés. Il alla à Rome et voulut être jugé « par le pape. Comme personne ne se présenta
(i) Cbap. ai et 24.
C2) Chap, 10, i4 et 18. ^
(3) Chap. aS.
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c pour Taccuser, il fut 11113 hors de cause et ren.f voyé (1). »
V., Le véritable nom du Saint était Ignigo ; et le jésuite , Jean Eusebe de Niéremberg , qui a voulu reproduire dans rhistoire de son patriarche 9 le ipiracle de S. Jean-Baptiste « a eu tort d'avancer que ses parens ne sachant, au moment de son baptême ^ quel nom lui donner, le nouveau-né se mit à parler et dit: Mon nom est Ignace; nom qui , suivant Niéremberg, signifie ignem jacio , je^ lance le feu^ par allusion à ce qu'il devait faire un jour pour allumer dans les âmes le feu de Tamour divin. Le nom d'Ignace lui fut ensuite conservé par ses disciples , soit à cause de Tanalogie dont nous venons de parler, soit pour quelque autre motif qui nous est inconnu. On fut choqué 4e leur voir prendre le nom de Compagnie de Jésus, qui n'annonçait pas des hommes mtodestes, et Ton disait que. celui dlgniguistes leur aurait mieux convenu. ,
YL II est certain que S. Ignace fut arrêté à SaUman« que en 1627 par ordre du vicaire généi^al de ce diocèse, comme fanatique ti illuminé , et qu'il ne recouvra sa liberté qu'au bout de vingt-deux jours : il lui fut enjoint de s'abstepir, pendant qu'il prêcherait, de qualifier les péchés mortels ou véniels, jusqu'à ce qu'il eût étudié la théologie pendant quatre ans , condition
fort dure pour Ignace qui avait alors trente-six ans.
. ♦ (1) Clause insérée par Alphonse de Vargas de Tolède, dans un ouvrage latin , in-4. , qu'il fit îniprimer en i636, soùs le titre de Rapport aux rois et aux pjince» chrétiens sur les stratagèmes et les sophismes politiques cwployés par les jésuites , pour part^enir à la monarc/ti& Il fiiperselle, chap. 'j^j^ag, 9^^
Il est encore vrai que lorsque les înquîsîleurs de Val-' ladolid eurent appris que le Saint était en prison , 11$ i^crivirent pour qu'il fût fait une enquête sur les actions et les paroles qui l'avaient fait regarder comme iUuminé; d'où il est bien permis de conclure qu'il n^auràit pas évité les prisons secrètes de Valladolid et qu'il y aurait souffert comme victime jusqu'au niomeut où| son innocence eût été reconnue , s'il u'a-^ vait été mis fin à Tiustruction.
VIF. Mais il n'est pas constant, malgré le témoignage de Xilano , qu'Ignace ait quitté l'Espagne pour se soustraire à un jugement ; il parait plutôf qu'il ne fit qu'exécuter alors le projet qu'il avait formé d'aller étudiera Paris la théologie dans l'école de la Sorbonne^ I/bumilité 'dû Saint était si grande, qu'ayant été dénoncé pour la seconde fois dans cette ville comme faiiatique et illuminé à l'iùquisiteur apostolique , Mathieu d'Ory, religieux dominicain, au lieu de s'éloigner comme l'aurait pu faire un coupable, il se mît entre ses mains; et it'eut pas de peine à prouver son orthodoxie.
VIII. Il n'est pas phis sûr qu'il ait été à Ronie dans ce temps-là; car nous le trouvons encore à Paris en i535, et nous le voyons ensuite retourner en Espagne» où il resta un an sans étire inquiété, quoiqu'il prêchât beaucoup dans la province de Guipuscoa , dans la Navarre, la nouvelle Castille et le royaume de Valence , où il «^embarqua pour TUalie , alla d'abord à Bologne , et ensuite à Venise où il fut dénoncé pour la troisième fois comme ^J|iérétique , mais sans succès , puisqu'il parvint à se justifier devant le Nonce du pape et fut admis bientôt après dans la même ville à la prêtrise^ Igpac^ n'arriva à Rome qu'en 4 538^
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IX. Il n'est pas mieux prouvé que le motif qui le fit absoudre à Rome, fut de n'être accusé par personne, car tout coupable peut être poursuivi par le ministère public , livré aux tribunaux et puni : à la vérité il n'y avait pas encore à Rome de tribunal particulier de l'Inquisition ; mais les juges ordinaires pouvaient y connaître du crime d'hérésie comme des autres délits , et il y avait un procureur fiscal qui déférait les coupables. Il était réservé à S. Ignace d'y être encore dénoncé : il le fat par un Espagnol nommé Nai^arro'^ devant Benoit ConversinCo, gouverneur de Rome. Le délateur déposa qu'Ignigo avait été accusé et convaincu de plusieurs hérésies en Espagne, en' France et à Venise , et it le chargea même de plusieurs autres crimes. Cependant les trois juges qu'on lui avait donnés reconnurent son innocence , et ils l'acquittèrent. C'était Frîas vicaire général de Salanianque ; Ory inquisiteur de Paris , et Nîguranli nonce du pape à Venise, lesquels , heureusement pour S. Ignace, se trouvaient alors à Rome. Le dénoncîaf eur fut banni à perpétuité , et trois Espagnols qui avaient appuyé sa déclaration furent condamnés à se rétracter.
X. Ainsi l'évê^ue Melchîôl^ Cano était mal informé lorsqu'il écrivait, dix ans après, qu'Ignigo avait été acquitté parce qu'il n'avait pas eu d'accusateur. Le Saint n'était pas coupable i et c'est ce qui le sauva ; mais il n'aurait certainement pas échappé à l'Inquisition, si ce qui se passa à Salamanque était arrivé à Valladolid, et il y aurait peut-être péri par les suites du funeste secret , qu'il faudrait anéantir , n'eùt-on à lui reprocher que les quatre procès intentés contre S. Ignace ^e Loyola, puisque toujours
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la vérîlë fil triompher son innocence, au moyen de la publicité qui leur fut donnc^.
XL S. François de Borgia, disciple de S. Ignace, et ti-oisième général de son ordre, succéda à Laynez en i565, «t mourut en 1572. Il fut persécuté par rinquisilion de Valladolid, comme ses deux prédécesseurs. Il avait été le quatrième duc de Gandia , et Grand d'Espagne de première classe ; il était cousin du roi au troisième degré , par sa mère, Jeanne d'Aragon, pelite-fille du roi catholique.
XII. . Le désir de se consacrer à Dieu Tavait porté à renoncer au monde, et il avait embrassé le régime spirituel des véritables disciples de S. Ignace. ' Les vertus qu'on vit briller dans sa conduite et le zèle T]u'il montra pour le silut des âmes, lui attirèrent une multitude de consultations sur la vie chrétienne, et ce fut pour y répondre et se rendre utile qtr*!! se pi'ocurait tous les écrits et les livres qu'on lui recom-. mandait comme propres à son instruciion et à celle de son prochain. Cette conduite lui attira la vénération des personnes sages; mais elle fut mal interprétée par les autres, à cause de l'estime que François témoignait pour certains ouvrages.
XIII. En 1559 l'Inquisition fit le procès à plu-^ sieurs luthériens qu'elle condamna soit au feu » soit à une pénitence. Plusieurs de ces hérétiques, croyant se justifier en s'appuyant sur la doctrine de François de Borgia, dont la vertu était bien connue, rapportèrent quelques discours et quelques actions de ce père, pour prouver qu'il pensait comme eux sur la justification des âmes par la foi en la passion et eh la mort de Jesus-Christ ; à quoi ils ajoutaient, pour fortifier leur défense , l'autorité de quel-
ques traités mystiques. On vit parmi ses persécuteurs involontaires F. Dominique de Roxas , religieux dominicain, son proche parent, et on tir^r parti contre lui d'une ancienne dénonciation de son Traité des Œuvres du Chrétien , qu'il avait composé pendant qu'il était encore connu dans le monde sous le nom de duc fie Gandîe.
XIV. Ce livre , et les propos de Melchîor Gano et des dominicains, le firent accuser de favoriser l'hérélie des illuminés. Le bruit de cette affaire arriva jusqu'à Rome, parles soins des émissaires de l'inquisi-teur général Vald<^, pendant qu'il s'occupait du procès de l'archevêque de Tolède : c'est ce qui est prouvé par une lettre du jésuite Pierre Ribadeneira, adi^essée, pendant le mois d'août i56o, à son coirfrère Antoine Araoz, qui était à Rome : je l'ai rapportée en parlant du P. Laynez, second général de la Corn-pagnie dm 'Jésus. L'auteur y disait que les ministref espagnols de Tlnquisition assuraient que ie père Frcmçois de Borgia était atteint de ia peste qui régnait alors dans le monde. Par ces mots , l'auteur désignait l'hérésie de Luther.
XV. Quant à celle des iituminés , voici comment s'exprimait , en i557 , l'évéque Melchior Cano, en parlant des jésuites Laynez , Borgia , Ribadeneira • et de quelques autres personnages fameux de ce temps là. « Je soutiens donc ( et avec vérité ) que ce sont là de « ces iiiuminés et de ces hommes de perdition que le « démon a tant de fois-4ntroduits dans le champ de « l'Eglise , depuis le temps des Gnostiques. jusqu'à nos « jours ; qui ont commencé avec elle, et doivent sub- • sister jusqu'aux dernieriâ temps. Tout le monde sait
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c que Dieu daigna éclairer sur cette grande affaire Sa « Majeslé Temperéur ; quand notre souverain se rapc peilera comment Luther a commencé eu Allema- « gne f et qu'il considérera qu'une étincelle qu'on a « cru pouvoir négliger, a causé un incendie contre « lequel tous les efforts ont été impuissans , il recon- ( naîtra que ce qui se passe maintenant parmi ces ( hommes nouveaux ( tes jésuites ) , peut devenir un « si grand mal pour TEspagne , qu'il sera impossible « à l'empereur et à notre roi, son fils, d'y remédier « quand ils le voudront (i)* »
XVI. Les vertus éminentes et la foi si pure de Saint- François auraient dû donner de lui une autre idée que celle qu'en avaient l'évéque Cano et ses autres ennemis ; cepei}4<^i^t 9 ni son mérite , ni sa qualité de proche parent du roi ne l'auraient pas sauvé des prisons de Vallàdolid, s'il n'était parti pour Rome, aussitôt qu'il eut appris que son procès était commenqi^, et que ses ennemis voulaient s'emparer de sa personne. Il échappa à l'Inquisition ; mais il eut la douleur de voir deux fois son ouvrage mis à l'index, en i559 et en i583.
XVII. Si le tribunal de l'Inquisition d'Espagne avait imité, à l'égard de S. François de Borgîa, la conduitequ'avaient tenue ceux de France , de Venise et d'Italie avec Saint Ignace, son disciple aurait demandé comme lui à être jugé , et son innocence eût été reconnue. Mais les formes secrètes de la procédure^ inquisitoriale portent à l'honneur des accusés des
(1) Cette lettre a été publiée par le iésuitc cardinal Cienfuegos, dans la Vie de Saiul-François de Borgia, lib. 4, ch. i5,parag. 2.
coups d^autant plus dangereux^ que leur séjour àaû^ les prisons du Saint-Office fait naître sur leur compte des préventions que rien ne peut ensuite détruire. Si les inquisiteurs espagnols qui reçoivent Içs confessions volontaires des hérétiques » admettaient également les requêtes des prévenus qui demandent à être |ugés comme dans les autres tribunaux où la voie des débats est ouverte aux accusés, on aurait vu S. Fran« çois, fort de la pureté de ses intentions et de rînno-> cence de sa conduite , requérir le minislère public , et demander que tout ce qu'on avait à lui reprocher, fût légalement établi.
XYIII. Mais, rinquîsition n'est pas un tribunal duquel on puisse attendre une semblable garantie* La. demande de Borgia n'aurait pas été admise , et au fond de sa prison , il n'eût rien^ appris du résultat de son instance. Pendant que dans le premier cas l'autorité judiciaire fait recueillir' par ses juges' d'instruction fés faits qui peuvent l'éclairer , dans l'autre les inquisiteurs procèdent avec tant de mystère , qu'ils parais- 6ent bien moins occupés à constater la vérité des faits , qu'à confirmer les bruits et l'opinion qui se sont I établis dans le monde. L'affaire se poursuit d'après le formulaireinquisitorial ; méthode la plus propre à faire croire à des crimes qui n'ont jamais existé , comme à ceux qui ont été réellement commis, mais la nioins favorable aux témoins pour déposer en faveur de celui qu'on accuse. Si, par le résultat de l'information secrète le soupçon d'hérésie se trouve confirmé , l'accusé , qui a demandé à être jugé , apprend pour toute réponse qu'il va être mis au secret, les juges ne pouvant se dispenser de se conformer aux ordonnances. Malheureuse monarchie, où les Saints eux-mê-
mes 9 instruits de la diffamation qui pèse sur leur tête , et persuadés qu^une réputaftion sans tache est essentielle au bon effet de leurs exemples et de leur doctrine , ne peuvent cependant parvenir à confondre la calomnie devant les juges de* leur foi, sans avoir déjà passé pour hérétiques et souffert toutes les horreurs d'une prison où Fincertitude de Tavenir vient encore ajouter à leurs peines!
XIX. Le bienheureux Jean de Rihera , patriarche d'Antioche , fut aus^i accusé devant l'Inquisition de Valence pendant qu'il occupait le siège archiépiscopal dé cette ville ; à la vérité j on n'exerça aucune contrainte sur sa personne , il fut même ménagé par les inquisiteurs; mais ceci ne prouve rien en faveur d'un tribunal dont l'existence seule est un danger, et où ce dar« ger devient plus ou moins imminent , suivant l'impor*^ tance plus, ou moins grave qu'on attache à de^ dénondations que l'esprit de la loi inquisitoriale permet d'interpréter avec la plus grande sévérité.
XX. Jean de Ribera était fils naturel de I>. Pierre Afan de Ribera, duc d'Alcala, marquis de Tarifa , comte des Molarès, grand préfet d'Andalousie, viceroi de Catalogne et de Naples. En i568, il passa de Tévèché de Badajoz à l'archevêché de Valence : nonseulement sa vie fut toujours irréprochable , on admira encore son immense charité et son zèl^ courageux pour le maintien de la discipline parmi le clergé , circonstance qui excita contre lui la haine des mauvais prêtres et des pécheurs scandaleux dont il s'efforçait de réprimer les désordres. Ils se réunirent et formèrent le projet de lui faire perdre , à quelque prix que ce fût, son honneur et la bonne réputation dont il jouissait.
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XXI. Par un décret du 5i mars iSjo, Philippe II Pavait chargé de Visiter Tuniversité de Valence , et de réformer quelques parties de son régime intérieur (i). L'archevêque commença son travaiil; mais il déplût tellement à quelques docteurs , qu'ils conspirèrerf contre son repos. Ils recueillirent de faux témoignages contre hii^ et les répandirent adroitement dans la ville et même dans toute TËspagne ; non contens de lui reprocher sa naissance ^ ils firent aflîcher dans les rues et les places publiques f des placards satiriques et injurieux pendant une année entière ; ils écrivirent des libelles diffamatoires , et publièrent des écrits pleins de passages de r£criture*Sainte dont ils fai- «aient les applications les plus malignes ; les choses furent poussées si loin , qu'un moine de cette faction , préchant un jout dans une église de Valence , pria au nom du peuple pour la conversion de rarchevêque^ et demanda pour lui k Dieu la grâce des lumières de Ikfoij afin qu'il pût éviter la damnation éternelle qu'il méritait par les péchés publics qu'il avait commis. Le moine les désigna les uns après les autres avec autant de 9oin que de malignité , et , afin de ne rien omettre de ce qui pouvait diffamer le prélat f ses ennemis le dénoncèrent à l'inquisiteur comme hérétique » fan«* tique et îUùminé.
XXII. S. Jean de Ribera , plein d'humilité , ne porta plainte à aucun juge, et ne voulut point exiger la punition de ses calomniateurs ; mais le procureur fiscal ecclésiastique > informé qu'un certain Onuphre Gacet^ membre du clergé de la ville , était le principal auteur
T') D. Françojs de Orti. Mémoires de r université </• Valence, chap. 8. Oa j trouve le texte de saCommiji- •ioa.
de celte iotrigue ^ crut devoir le dénoncer au proviseur et vicaire -général de l'archevêque , en lui représentant que cette licenee » jusqu'alors impuùie ^ ten- Idait à faire mépriser Tàutorîté ecclésiastique, au grand préjudice de la discipline et au scandale même des fidèles qui pourraient se croire abandonnés en se voyant sous la conduite d*un tel pasteur. Le prêtre Gacet, ayant été convaincu, fut mis en prison, à la suite d'un jugement canonique. L'archevêque n'approuva point cette mesure : il lui paraissait peu convenable qu'un juge de sa propre maison eût pris con-^ naissance d'une affaire criminelle où il s'agissait d'injures faites à sa personne , et il aurait voulu que pour éloigner tout soupçon de partialité , l'affaire fût ren-^ voyée devant les inquisiteurs de Valence , puisque l'abus qu'on avait fait du texte de l'Ecriture , dans les libelles publiés contre lui, était si grand et si scandaleux , qu'il annonçait dans leurs auteurs des sentimens contraires au respect qui est dû aux livres saints, et les mettait, par conséquent, sous la juridiction de leur tribunal.
XXIII. S* JeandeRibera communiqua ce deseieinau cardinal Ëspinosa , inquisiteur général , qui ordonna au tribunal de Valence de continuer le procès. Les inquisiteurs avaient déjà commence; rinstructioii préparatoire contre l'archevêque , d'après la dénonciation qui avait été faite contre lui ; il y eut des témoins qui l'appuyèrent, ce qui ne doit pas étonner, parce que tout dénonciateur fait assigner comme t "'moins à Tappui de sa déposition, les hommes dévoués à scmi parti. Quoique celui du prêtre Gacet fù» consid»r;ible , TafTaire prit tout à coup une to-.irnure à î.iquoîle on ne s'attendait pas. Au liiu de suivre dans celte procé- .
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dure les formes ordinaires , l'inquisiteur général fit lire dans toutes les églises de Valence un décret par .lequel il était enjoint à tout particulier de dénoncer les individus qui auraient employé mal à propos et au scandale du public, des passages des saintes écritures , ou qiji auraient été fauteurs, complices ou approbateur» du fait, sous peine d'excommunication majeure, comme coupables de désobéissance, s'ils lie dénonçaient pas les auteurs du crime. Les informations commencèrent, et bientôt les inquisiteurs^ firent arrêter des. prêtres et des laïques. L'affaire fut poussée comme en matière de foi , et on laissa ignorer . aux accusés les noms dos témoins , sous prétexte qu'ils . avaient compromis des personnes puissantes de la, ville , dont 11 fallait craindre le ressentiment. Déjà plu-; sieurs accusés avaient été condamnés, et d'autres étaient sur le' point de l'être, lorsque le procureur du Saint-Olïîce exposa qu'il s'était élevé drs doutes sur la compétence des inquisiteurs , et dit qu'il lui paraissait convenable de s'en rapporter sur le' tout à la cour de Rome , ajoutant que le pape appaiserait les scrupules , eu approuvant ce qui avait été fait , et en permettant au tribunal de continuer la procédure, ou en^in eu ordonnant ce qu'il lui semblerait bon.
XXIV /Le tribunal approuva la proposition, et le pape Grégoire XIII expédia le 17 juillet' 1672 urt bref où. ce que je viens de dire se trouve rapporté, et . qui autorise l'inquisiteur général et les inquisiteurs provinciaux à prononcer sur les causes dont il est (piestion ainsi que sur les cas qui en dépendent, et (jui sanctionne, en même temps, tout ce qui a été fait et les formes qui ont été suivies. Les inquisiteurs, se cou-
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formaut aux lettres apostoliques > condafnt1^rent plu« Bieurs accusés » les uns à des peines corporelles, les autres à des amendes ; ils déclarèrent que s'ils ne montraient pas plus de sévérité , c'était par considération pour Tarchevéque qui avait sollicité le pardon des coupables 9 ne voulant pas, disait-il, que personne fût puni pour le mal qui lui avait été fait. Cette disposition de la part du prélat ne doit point étonner^ à cause de la douceur et de la bonté extraordinaire do* son ame (i).
XXy. Cependant , on ne saurait approuver le secret qui couvre encore ici les noms des témoins, pendant le ôours de la procédure; dans les trfbunaux criminels ordinaires, on voit souvent des ducs, des comtes, et d'autres personnes considérables auxquelles, aprèsleur interrogatoire et Tacte d'accusation , du procureur fiscal, on communique les pièces originales du procès sans que la vie des témoins qui ont déposé dans Tinslruclion secrète*, coure le moindre danger, quoique leurs déclarations soient ordînafrement renouvelées dans le cours de la procédure régulière que les jurisconsultes appellent de pici/ne au^ dience. On est persuadé et avec raison , que les témoins sont protégés par la loi, et que tout attentat commis sur leurs personnes serait imputé aux accusés.
XXVI. Sainte Thérèse de Jésus, Tune des femmes les plus célèbres de l'Espagne par ses talens , fut accusée devant l'inquisition de Séville. Elle ne fut pa» mise en prison parce que la procédure fut suspendue après l'instruction préparatoire ; mais elle éprouva de grandes peii<e8 d'esprit. Née à Avila en i5i5, elle
(i) Escriba : pîda del pe/ierable (boy beato ) Juaa 4ê mberar cap. 4.
entra chex les religieuses carmélites ie cette ville. La règle y avait été plusieurs fois aJoucie par àe$ dispenses que la cour de Rome avait accordées : S** Thérèse forma le dessein dVlablir la réforme , et a3'aiit obtenu la permission de fonder quelques couvens pour des religieuses qui désiraient l'embrasser , elle la commença dans le nouveau monastère de Saînt^Joseph d'Avila. Notre sainte avait alors quarante-six ans, et il y en avait vingt-six qu'elle était religieuse : il faut compter, parmi les peines dont sa vie fut troublée, la menace qu'on !ni fit de la dénoncer à Tlnquisi'» tion, comme suspecte d'Kérésie , pour causé d'illusions, de piété mal entendue et de révélations imaginaires. S** Thérèse ne perdit pourtant pas courage , et racontant dans la suite ce qui s'était passé , elle disait : « Cette affaire fut pour moi une source de nouvelles « grâces, et j'avoue qu'au lieu de m'inspirer des i craintes , elle me mit plus d'une fois en humeur de <« plaisanter sur ce qui se passait , sentant Inen dans « le fond de mon ame qu^en matière de foi, je tenais I si fortement aux moindres cho«es qui m'étaient < commandées par la religioa catholique, que j^étais « prête à souffrir mille fois la mort , plutôt que d n* « gir ou de parler contre une seule des vérités qui f nous sont enseignées par l'Eglise. J'engageais me^ « filles à se rassurer, sur c# que ce ne serait pas un € grand malheur pour moi d'être poursuivie par l'In- « quîsition , si j'étais réellement coupable : qve dans € ce cas, j'étais disposée à me livrer moi-^même, « et que si, au contraire, ce qu'on publiait était tt faux. Dieu prendrait ma défense, et ferait tour- « ner la persécution à mon avantage. J'en parlai « au bon père 4oii^^i^^<^^Q ; iL était si éclairé sur ces
ff malièref , qiif je pouvais bien m*en ra{qiortcr â f lui. ( I ) Je lY lit retins de mes visions , de ma mauiènr
• de faîre Toraison et des gi'.'indes grâces que le 8ei- > gneui* me Taisait. Je m'expliquai à lui avec tout le « soin dont je fus copcif)^*, et le priai de m'examioer « et de me dire F.'il trouvait dans ma conduite qoel-
V que chùsc qui fiU contraire à TEcriture Sainte*. Il c me rassura Ix.aucoup ; et il me semble que ces en-*
• tretiei s ne f: rent pas inutiles à ce bon religieux; M car, tiieii qu'il fût tort avaner dans la vie de lâ
V grâce 9 il r.e ii\ia dans la suite avec plus de soin à f l\;iaîson. » (2)
XXV ir. Jusquc-IA, Sainte Thérèse n*avait été que menacée. Maïs ayant quitté Avilji pour aller fonder des couvens à Médina del Campo, lUalagon, Yalladolid, Tolède, Pastrana, Salamanque, Ségovie et Béas, elle arriva le 26 mai 15^5 , à Tdge de soixante ans, à Sévi! le 011 elle eut à souffrir de bien plusgraii->de» peines (ju'à Avila. Les soeurs (3), qui, après avoir embrassé la n'forme , avaient voulu la suivre pour Taichr à établir des monastères à Séville , Sara«gosseel ailleurs, furent aussi victimes de cette nouvelle persécution. Déjà, par les soins de notre Sainte 9 la réforme avait été introduite piarmi les religieux do son ordre, et en i568, elle avait fondé la maison de Duructo, d'où plusieurs moines furent ensuite en-
(i) Il s'agit ici du P. Banez , célèbre^n son temps, comme un lionimc savant et" vertueux.
(2) Vie dcSaiiilc-Thcrèse, chap. 33.
(3) Os sœurs claicnt Isabelle de Saint-Franeois, Marie de Sai lit- Joseph , Marie du Saint-Esprit, Isabelle dr Saint Jcr6mc, Éiconorc de Saint-Gabriel et Anne Suiut-Albcrt.
Yoyés pour en établir de nouvelles : de ce nombre étaient le père Jérôme.Graciau et F. Ambroise de Mariano, disciple de Sainte Thérèse. Le couvent de Séville avait été fondé par le premier en 1570. Deux ans après, Sainte Thérèse en ouvrit un autre dans la même ville, pour des carmélites. Ce fut là qu'une novice excita la tempôte dont nous parlons : les mœurs de cette fille étaient pures; mais, elle se faisait remarquer par un caractère indocile : son tempérament était bilieux et son humeurmélancoliquc; elle se plaisait à imaginer des pratiques de dévotion et de pénitence , qu'elle préférait à celles qui lui étaient prescrites par la règle. Sainte Thérèse qui voulait inspirer à ses religieuses cet esprit d'obéissance et d'humilité qui est l'ame de toute communauté monastique y ne trouvant pas ces disposisious dans la novice ^ jugea nécessaire de l'humilier dans plusieurs circonstances, afm de .dompter ce caractère indocile et orgueilleux. Mais ses efforts furent inutiles , en sorte qu'elle fut obligée de la renvoyer.
XXYIII. Celle-ci qui avait été choquée de certaines pratiques qu'elle avait vues dans le couvent , s'imagina que les religieuses étaient sous la puissance du démon. Un article des réglemens obligeait chaque religieuse à s'humilier une fois par mois en présence do la communauté, par la confession de quelqu'une de ses fautes. La novice prit cet acte d'humilité pour une véritable confession sacramentelle, et en fit paît à rinquisition. L'évéque de Tarazona D. Diègue Yepes (i) dit dans la vie de Sainte Thérèse, que cette déclaration fut appuyée par un prêtre qiii
(0 Ytfpes , vida de Sauta Teresa , lib. 2 , cap. a-»
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avait tHé pendant cjtielqiie temps confesseur des religieuses, ei dont la conduite était irréprochable, mai» qui était misanthrope, scrupuleux et ignorant: On ne devait donc pas être étonné qu'il se trompât lui-même dans celte circonstance. La novice lui racontait , à sa manière, tout ce qu'elle voyait dans le couvent, et ii crut qu'il fallait, pour la gloire de Dieu, qu'elles fussent livrées à Tlnquisition : il en parlait à tout le monde , et bient<5t les carmélites furent décriées dans l'esprit de tous les habitans. Les carmes qui n'avaient pas voulu admettre la réforme , étaient jaloux de Sainte Thérèse et de ses religieuses ; autant que si la réforme eût déshonoré leur maison , et ils les dénoncèrent au Saiat-OfHce comme livrées à un esprit démoniaque , sous les dehors trompeurs d'une perfeotion chimérique.
XXIX. Les inquisiteurs firent instruire secrètement leur procès ; beaucoup de témoins déposèrent sur ce qu'ils avaient entendu ; mais la novice fut la seule qui ' déclara des faits positifs et péremptoires : il fut décidé qu'on ferait subir aux religieuses un interrogatoire pour savoirs'il convenait de les enlever de leur cou vent, et de s'assurer de leurs personnes. Les inquisiteurs y procédèrent en effet; mais, au lieu de le faire avec le secret accoutumé , ils donnèrent à cette partie de la procédure la publicité la plus scandaleuse. On villes juges et leurs assesseurs entrer à cheval dans le couvent , les alguazils et les autres suppôts de l'Inquisition, s'emparer des portes, pendant qu'un grand nombre de cavaliers occupaient la rue. Le prêtre , auteur de la persécution , accourut pour être témoin et pour jouir de cette scène ; il attendit long-temps à la porte de la maison , où sa présence atlii-a une multi*
tudc de personnes à qui il annonçait cjii'on allait voir sortir les religieuses que Ton conduisait devant riiiquî-sition. Mais, il en arriva tout autrement , et ce qui se passa, le fitmëpriser de tout le monde. On apprit bientôt que les réponse/, des religieuses ayant été comparées avec les charges de . l'enquête qui avait précédé , on avait reconnu qu'on les avait accusées d'une chose fort innocente qui avait été mal interprétée , et celte • circonstance fut cause que les inquisiteurs n'allèreut pas plus loin.
XXX. Le triomphe de Sainte Thérèse était peu de chose 9 puisque sa personne et sa communauté étaient toujours sous le poids d'une diffamation publique , et que tout le monde avait appris par la conduite du*tribunal qu'il avait existé et qu'il existait peut-être encore contre elles j un procès criminel sur la foi ; en ^ sorte que Içs préventions ne pouvaient se dissiper que par l'aveu public de leur innocence fait par l'Inquisition. En effet, l'acte de sursis ne prouvait dans le fond autre chose qu'un défaut de preuves suffisantes, et semblait annoncer la possibilité d'en réunir de nou veUes pour continuer la procédure.
A XXXI. La révolution qui venait de s'opérer fut d'abord plus favorable à Sainte Thérèse qu'à ses religieuses : on lui permit de sortir de Séville^ pour aller fonder de nouveaux monastères , après qu'elle eût promis de revenir , quand l'ordre lui en serait donné ou de se présenter devant le tribunal qui lui serait désigné. Quant à elles, on leur défendit de s'éloigner, plusiears même furent citées de nouveau devant le Saint-Ofïice 9 et ]>ersécutées pour les déclarations que les juges avaient entre leurs mains : ceci est prouva par la lettre que aalre Sainte écrivit de Tolède à D»
C^Mizalo^ Pantoja , prieur de la cliarlronsc de (a$ Cuevas de Séville , le même qui avait donné la maison où les carmélites de la réforme s'étaient établies. Malgré le secret de raiïaire , elle lui fit parvenir quelques détails sur ses religieuses. *Me« « pauvres filles ( iui mandait - eiic ) ont été déc nuées de tout conseil, parce que les personnes qui « auraient pu les défendie, ont été effrayées de tout « ce qu'on leur a fait faire sous y)eîne d'cxcommuni- « cation; je croîs qu'elles se sont engagées un pett « Irop avant dans leurs déclarations par légèreté * et sans le vouloir. Car , j'ai trouvé dans mon « procès , des choses qui sont de la plus grande faus- « selé , puisque j'étais avec elles dans le temps où « l'on suppose qu'elles sont arrivées; et qu'il ne s'est « rien passé de semblible ; maïs je ne suis pas éton- « née que les choses ayent si mal tourné, parce que c je sais (|u'une d'elles a été mise au secret où elle « est restée six heures; et comme elle a- peu d'es- « prit , je pense qu'elle aura dit tout ce qxCon aura € voulu. J'ai appris, par cette circonstance, qu'il « est bon de réfléchir sur ce que nous avons à répon- « dre ; comme nous ne l'avons pas fait , nous n'avons « pas le droit de nous plaindre. Le seigneur a voulu t que cette épreuve ait duré un an et demi (i).
XXXII. Le vénérable D. Jean de Palafox, évêque d'Osma, a accompagné cette letlre de S'* Thérèse d'une note excellente que voici : Pour faire un procès horrible d'une chose fort innocente en etie-ménie y surtout lorsqu'au s'agit de femmes , il suffit d'un peu d'humeur de la part de celui qui interroge ; d'un
Lettre 17 J 0 Saiute-Thcrèse.
peu d'envie de prouver ce que ('on cherche , du raté de celui qui écrit; et enfin d'un peu de crainte dans la perjùnne qui dépose : de ces trois petits éiémens , ii résuite une chose monstiiieuse et une calomnie atroce. En effet , il suffit de lire les ouvrages de S** Thérèse pour reconnaître qu'elle aimait la sincérité dans la vertu, et qu'elle était en garde contre toute voie extraordinaire qui aurait pu la conduire à rillusion. Dans une lettre à D. Albaro de Mendoza, évéque d'Avila, elle s'exprime ainsi : « Nous c serions bien à plaindre si nous ne pouvions cher- « cher Dieu qu'après être mortes au monde : Madec leine , la Samaritaine et la Cananéenne ne J'é- 1 taient point lorsqu'elles le trouvèrent. » Quant aux^ révélations 9 elle s'éleva toujours dans ses ^crils et dans SCS discours , contre la légèreté qui porte à y croire, et elle en prouve le danger dans plusieurs de ses lettres, surtout chez les femmes dont elle savait que l'imagination est plus susceptible de s'enflammer pour des visions fausses et fantastiques. C'est ce qui fut cause qu'ayant entrepris, d'après le conseil de ses directeurs, d'écrire sa propre vie, où elle raconte plusieurs de ces accidens comme lui étant arrivés à ellemême , elle donna à ses religieuses le sage conseil de ne point la lire. Cette disposition de S** Jhérèse lui faisait aimer la candeur et la droiture, et elle recommandait de fuir les voies extraordinaires sans avoir égard aux bonnes intentions dont on peut se croire animé. Ainsi, lorsque la tempête de Sévîlle fut appaisée , et qu'elle eut dissipé les préventions que des médians ayaient inspirées au Nonce apostolique contre son institut, se voyant encore exposée à de nouvelles persécutions à cause de quelques états singuliers où
s^étaient trouvées les carmélites de Malagon ; elleleuif écrivît : H est temps^de nous délivrer de ces éonnes intentions qui nous ont déjà coûté si cher (i)» S** Thérèse mourut le 4 octobre i58a 9 âgée de soixante-* six ans.
XXXIII. S. Jean de la Croix, qui partagea les travaux d& S^* Thérèse pour la réforme de son institut ^et rétablissement des nouveaux monastères , était né à'Ontiveras, dans le diocèse d'Avila, en 154^; il fut .mis en jugement par les Inquisitions de Séville, de Tolède et d^ Yalladolid. • Ce fut ce dernier tribunal qui se chargea de toutes les pièces qui avaient été dressées dans les deux autres, aQn d'établir un corpt de procédure , et de condamner le vénérable Jean de la Croix. Le même sort était préparé au F. Jérôme Gracian , fondateur du couvent des Carmes déchaussés de Séville, ainsi qu'à quelques autres hommes d'une grande piété qui* suivaient la vie monastique du Saint. On le dénonça comme fanatique et soupçonné d'être attaché à l'hérésie des iiiuminés. Les différentes persécutions qu'il eut à souffrir de la part des moines non-réformés de son ordre, le sauvèrent des prisons secrètes de Yalladolid , parce que la première dénonciation n'étant pas appuyée sur des preu* ves suffisantes, les inquisiteurs crurent devoir attendre que quelque circonstance leur eût procuré de nouvelles charges contre lui. Il se présenta en effet plusieurs dénonciateurs. Mais comme S. Jean de la Croix sortait toujours victorieux par l'ensemble des instructions préparatoires, les poursuites se ralentirent et la procédure n'alla pas plus. loin. S. Jeaa
(1) Lettre 62 de Sainte-Thérèse.
mourut à Ubeda, le 14 décembre iSgi , après vingttrois ans de profession. Il a composé quelques ouvrages sur Toraison mentale.
XXXIV. S. Joseph de Calasanz, fondateur de • rinstitut des clercs réguliers des Ecoles chrétiennes , fut mis dans les prisons secrètes du Saint -Office comme fanatique et illuminé; mais il répondit vic«torieusement à ses ennemis, et justifia sn conduite et «es sentlmens; il prouva quUl n^avait ni rien fait ni rien dit de contraire à la foi catholique apostolique et romaine, malgré les apparences qui avaient motivé 80i\ emprisonnement. Il fut mis hors de cause, et mourut quelque temps après, à l'âgÊ de 92 ans. Il était né en 1556^
ArticleIL
Vinèrahl^,
I. Le vénét^able F. Cbuis de Grenade, né en i5o4, fut disciple de Jean d'Avila ; il était de l'ordre de S. Dominique , et il a laissé plusieurs ouvrages de religion et de mysticité : il fut impliqué dans le procès des luthériens de Valladolid; on lui fit le sien d'après les déclarations de quelques condamnés, entre autres de F. Dominique de Roxas qui défendait sa manière de penser sur la justification par la foi en la passion et la mort de J. G. , en disant «que tel était le sentiment de beaucoup de catholiques respectables, comtne F. Louis de Grenade, l'archevêque Garranza et beaucoup d'autres. Le procureur fiscal fit renouvêler à F. Dominique sa déclaration , en lui disant qu'il le prenait pour témoin dans le procès qu'il venait d'intenter à F. Louis de Grenade ; cette pièce
est du 5 octobre, et cinq jours après F. Dominique d# Roxas fut brûlé. On fit valoir aussi contre F.Louis de Grenade le jugement qui avait lait mettre à Vinde j}j le 17 août j557 par l'inquisiteur général Valdés, archevêque de Séville, trois 4^ ses ouvrages, le Guidé des pécheurs ; ie Traité de ia prière €t de (a meditation , et celui de ia Dévotion du chrétien,
II. Il eut affaire une troisième fois à rinquisitîon comme' t//u97it/i(}, pour avoir approuvé Tesprit et défendu les stigmates de la fameuse religieuse de Portugal, qui fut déclarée hypocrite et fourbe, et puaie par l'Inquisition. F. Louis de Grenade sortit victorieux de. cette troisième lutte comme des deux premières 5 sans avoir été mis en prison , parce ([u'ayant été appelé dans les salles du Saint-Ollice , il répondit à tout franchement et avec modestie ; en sorte que les inquisiteurs reconnurent son innocence , quant au sens de ses propositions imprimées , et son extrême candeur , quoique dénuée de critique* dans l'aflUire des stigmates.
III. La reine de Portugal, Catherine d'Autriche, sœur de Philippe II, voulut le nommer à l'archevêché de Brague ; mais le saint homnae refusa , et proposa pour cette place, D. Barthélemî des Martyrs > qui l'accepta , et fut depuis envoyé au concile de Trente. F. Louis mourut tranquillement dans Tannée i 588, en. odeur de sainteté, et la conduite des inquisiteurs n'a pas empêché qu'on ait commencé le procès de sa béatification. Les ouvrages de F. Louis de Grenade sont connus dans toute la chrétienté. Je ferai remarquer comme une chose singulière que le catalogue des livres défendus sur lequel sa condamnation était imprimée > fut prohibé ensuite dans vu&
kiàei pu|>Ué en 1 585 , par le cardinal arohevèque de Tolède , inquisiteur général , D. Gaipar de Quiroga Le Dictionnaire historique français des hommes illus* très, fait remarquer ayec raison que F. Louis de Grenade a eu tort d^insérer dans ses ouvrages certaines historiettes qui ne font pas Téloge de sa critique.
lY. Le vénérable D. Jean de Palafox et Aleudoza , fils naturel de D. Jacques Palafox , seigneur, et ensuite marquis de Hariza , et de D. Marie de Mendoza ( qui bientôt après se fit carmélite de Tordre réformé à Sainte-Anne de Tarazona en Aragon ) , naquit en 1600. Il fut nommé évèque de la Puebla de los Angeles en Amérique dans l'année 1639 ; ensuite, archevêque et vice-roi du Mexique ; et enfin ,.évêque d'Osma en Espagne en ]655 : il y mourut le 5o septembre iGjq, laissant plusieurs ouvrages sur Thistoire» la dévotion et la mysticité , et une si grande réputation de sainteté ,v que Taffaire de sa canonisation, est pendante à Rome.
V. Il eut en Amérique d« grands démêlés aveo les Jésuites 9 sur les droits de sa dignité , dont ces PP. entreprirent de le dépouiller. Le plus important de ses écrits est sa lettre au pape Innocent X • qui mit (in jusqu'à un certain point à leurs débats , par l'obtention d'un bref du , 14 mars 1648. Lqs jésuites ne se regardèrent pas comme vaincus ; ils 1% firent dénoncer comme hérétique , iiiuminé et faux dévot 9 dans trois endroits différens, à Rome, .à Madrid et à Mexico. Les inquisiteurs provinciaux de ceti« dernière ville s'adressèrent au Conseil de la .yw/îr^me, et le vénérable Palafox eut tout à souffrir de leur part, excepté la prison où ils n'osèrent pas le faire enfermer. Ils condamnèrent et défendirent de lire les
écfits <iue ^archevêque avait publiés pour sa défense^ pendant qu'ils laissaient circuler ceux de ses adversaires ^ et quelques autres libelles quUls avaient répandus pour perdra D. Antoine Gabiola , procureur fiscal de rinquisition , qui désapprouvait hautement la con* duite des jésuites. .
Vî. Cet ofDcier écrivît le aa mal 1647 à Palafox, pour ranimer contre ses redoutables ennemis ; il le pressait de faire tous ses efforts pour que les choses fussent traitées au tribunal de rinquisition de Metibo d*une manière régulière , et comme devant les autres tribunaux où Ton se conformait à Tesprit de cette ius- Utution; il lui représentait qu^il était important de ne point souffrir que ces indignes ministres abusassent de leur pouvoir pour satisfaire leur passion , comme on était assuré qu'ils l'avaient fait dans l'affaire présente et dans d'autres non moins sérieuses.
VII. Quant aux différens traités que Palafox avait composés 9 les jésuites parvinrent par leurs intrigues à en faire mettre plvisieurs sur Vm€teXy publié en en 1747 P«3ir D. François Ferez de Prado, évêque de. Téruel et inquisiteur général, qui avait pris pour conseil les jésuites Carrascp et Gasani. Cependant la congrégation des cardinaux de Vindex ayant déclaré plus tard que les livres de Palafox ne contenaient ri^en qui méritât la censure théologique , et qui pût empêcher sa béatification ^ l'inquisiteur fut obligé de les eflacer du catalogue.