‹ Histoire critique de l'inquisition d'EspagneChapitre 18 sur 34 · III. i · texte numérisé non relu

III. i

toutes les mesures ([ii*il avait prises contre les hérétique^ espagnols réfugiés en Flandre , et pour enipé" cher l'entrée en Espagne des livres infectés d'hérésie. Vers le milieu de septembre, il parlit de Valladolid pour aller faire à Charles - Quint le rapport des afiaire» dont Philippe If l'avait chargé ^ et pour présenter ses respects à ce prince qui s'était déjà retiré dans le monastère de â»aint-Just< Il y arriva au moment où l'empereur était accablé sous le poids de la maladie dont il mourut deux jours après ; j*ai déjà rendu compte dans le chapitre XVIIÏ de ce qui se passa dans cette visite ; il parlit alors pour son archevêché^ arriva à Tolède le i3 octobre, et se rendit jusqu'au 25 avril 155^, époque à laquelle il se rendit à Âlcala de lienarés, avec le projet de faire la visite généralo^ de son diocèse. Pendant les six mois qu'il résida dan» la capitale , il édifia tout le monde et surtout le cha-' pitre par sa conduite et par la pratique des vertus qui doivent distinguer un évêque, employant le temp» à prêcher , à distribuer des aumônes , à visiter les prisonniers et les malades , et à veiller avec soin à ce. qu'on pridt pour les morts. Sa conduite fut la même dans tou» les lieux où il passa Jusqu'à son arrivée à Torrelaguna, bù il fut arrêté par ordre de l'Inquisition le 22 août. On lui fit prendr ^ le chemin de Valladolid, où il arriva le 28 à deux heures du matin; on lui donna pour prison une partie de la maison appartenante au majorât de D. Pierre Gonzalez de Léon, et dont l'autre devait être occupée par D. Dièguo Gonzalez, inquisiteur, chargé de le garder à voe. il m'a paru convenable de faire connaître tout ce qui précéda une mesure qui eut le plus grand écîat et qui remplit d'étouncment^ do scandais et de crainte ,

kiOn-»eulémeht loiitô TEspàgne , niais eûôôrô Pttalidi rAllemague^ l'Angleterre et la Flandre^

Article II*

Instruction préparatoire dU procès^

tk L'archevêqtjb Carranza s*élait attiré rînîntilîé et la haine de quelques évoques depuis i547) époque à laquelle il avait publié $on Traité •^ur ta résidence des èvêques : j'ajouterai que comme les passions pé-* uétreiit aisément dans le cœur des hommes j il arrivA dès les premières assemblées du concile de Trente ^ (|ue la réputation de savant qu'on lui lit aux dépend de plusieurs hommes qui se croyaient ses maîtres à cet égard 9 les rendit ses ennemis ou au moins ses rivaux. De ce nombre fut Melchior Gano, religieux de son ordre ^ dont j'ai déjà beaucoup parlé ; celte riva-" litése changea eu jalousie déclarée tant de sa part qud de celle de F. Jean de Régla, hiéronîmiîe, confesseur de Charles-Quint, aussitôt qu'il eût éténoiuméarchevéque de Tolède: la haine , l'inimitié, le dépit etd'autred dispositions semblables, devinrent communes à plu-* fticUfs autres personnes , lorst[u*elles surent que Carranza ayant refusé la dignité qu'on lui offj ait, avait proposé au roi les trois sujets dont j'ai déjà fait mention j car elles se croyaient bien au*^dessus des hommes que l'archevêque avait désignés ; le ressentiment que cette .. préférence leur inspira fit découvrir en partie l'état de leur ame : de ce nombre furent D. Ferdinand Valdés, fitfchevêque de Séville , grand inquisiteur, D. Pierre de Castro, évt\|ue de Cuença, fils du comte de Letiios, Grand d'Espagne de première classe, et sur^

tout un homme d^un bien plus grand mérite 9 D. An* toine-Augustin , évêque de Lérida , archevêque de Tarragone 9 la lumière de l'Espagne pour la littérature sacrée. Ces trois personnages employaient la dissimulation pour cacher leurs véritables sentimens; mais leurs paroles et leurs actions les découvraient entièrement.

IL Outre ce premier motif de la conspiration formée contre Tarchevèque , il y en a un autre qu'il est permis de supposer. Le prélat avait travaillé à son catéchisme à diverses reprises ^ et en avait remis à Dona Elvire de Roxas, marquise d'Alcagnices^ une copie en plusieurs morceaux détachés ; quand il le flt imprimer , il le distribua par cahiers à mesure qu'ils sortaient de la presse , de manière qu'au mois de février i558 , il était déjà au complet à YalladoUd 9 et au mois de mars il en était déjà arrivé plusieurs e:templaires de la Flandre. La marquise d'Alcagnices confia cet ouvrage à quelques religieux dominicains* élèves ou partisans de Tarchevéque , tels que F. Jean de la Pegna, F. François de Tordésîllas, et F. Louis de la Cruz. Cet ouvrage fut aussi lu par Melchîor Cano qui ien dit beaucoup de mal dans différentes conversations et fit même entendre trop clairement qu'il contenait des propositions hasardées 9 dangereuses 9 mal-sonnantes et sentant l'hérésie de Luther. D. Ferdinand Yaldés grand inquisiteur instruit de ce qui se passait , fit acheter plusieurs exemplaires de cet ouvrage , les remit à "^es personnes dont il connaissait déjà la façon de penser, leur recommanda de les lire avec attention , d'observer ce qui leur paraîtrait mériter la censure théologique et de lui en rendre compte 9 sans cependant émettre leur opinion par écrit jusqu'après en avoir

conféré de nouveau avec lui ; les sujets qu'il avait choisis étaient F. Melchior Cano , F. Dominique Soto , F. Dominique Cuevas , Iç maître Charles et F. Pierre Ibarra , provincial des franciscains , frère d'un inquisiteur.

IIÏ. Cet ouvrage fut aussi envoyé à D. Pierre de Castro, évéque de Cuença, et on peut dire que sa réponse datée de Pareja le 28 avril i558, a été le fondement du procès de Carranza, quoiqu'on en trouve un aut|*e dans la réunion de faits répandus dans différentes pièces trouvées chez l'archevêque. On voit par la lettre qu'il adressa au grand inquisiteur, que celui-ci lui avait demandé son avis sur le catéchisme; • Castro lui répond que cet ouvrage lui a paru trèsdangereux; promet de lui en dire les raisons, et cependant lui annonce dès à présent qu'il y a dans l'article justification des propositions infectées de luthéranisme ; qu'ayan.t entendu l'auteur parler dans le même sens au Concile de Trente , il avait conçu :Une très-mauvaise opinion de sa doctrine ; quoique jusqu'à ce moment il n'eût pas cru que Carranza professât dans le cœur des sentimens aussi erronés ; mais .qu'aujourd'hui il a changé d'avis, parce que les propositions luthériennes y sont très-fréquentes^ ce qui annonce que l'auteur en est intimement pénétré : D. Pierre de Castro ajoute que son opinion est encore fondée sur d'autres faits qu'il a déjà communiqués ■au docteur D. André Pérez, membre du Conseil 4e la Suprême. /

lY. D'après un autre papier signé par le mémo évêque le i". septembre i559 , on voit que ce qu'il avait communiqué au conseiller, se réduisait aux articles suivans : que se trouvant à Londres pendant !•

carême de Tannée i555 à un germon que CarranzH prêchait devant le roi , il avait observé que le prédicateur se figurant dans le ciel voir Jesus-Cbrîst crucifié, avait parlé de \si justification des hommes par ta foi vive en ia passion et (a mort de Jésus- Christ dans des termes qui sentaient le luthéranisme ; qu'ayant ténioîg;né à F, JeandeVillagarciaqui accoippagnait Carranza, combien il était scandalisé de ce sermon , celui-ci lui avait répondu que D. Barthélemi Tavait prêché Tannée précédente à Yalladolid . et que lui-même l'avait aussi trouvé très-répréhensible. L'évoque Castro ajoutait qu'ayant dit sa façon de penser à Carranzat il avait attribué à un sentiment d'humilité le silence que celui-ci avait gardé : que dans une autre circonstance le même prédicateur étant encore en chaire devant le roi et ayant fait entendre qu'il y avait des péchés irrémissibles , il avait crû d'abord se trom* per, mais qu'ensuite il n'avait plus eu de doute, parce qu'il l'avait entendu répéter souvent la même proposition ; l'évêque finissait en disant que dans un autre sermon prêché devant le roi, D. Barthélemi avait parlé de manière à faire croire qu'on achetait pour deux réaux {dixsovs) , les indulgences accordées parla bulle de la croisade ; qu'il pensait qu'un pareil langage était dangereux en Angleterre au milieu des hérétiques— Tout ce que je viens de dire s'accorde avec la déclaration faite le i8 octobre 1 559 par F. Ange de Qastilio après l'arrestation de l'archevêque : elle porte qm'il a entendu Castro raconter à Londres l'histoire du sermon et finit par dire : Carranza a prêché comme pourrait (c faire Philippe Meianchtmi.

V, Tout Je monde peut voir par cet écrit qu'il ne s*ékvu des scrupules dans l'esprit de D, Pierre de Cas-

Iro , que trois an» après son voyage de Londres , et qu'il ne se crut obligé de dénoncer qu'après avoir perdu l'espoir d'être archevêque de Tolède: si D. Bartlieleniî avait continué de n'être qu^un simple religieux, personne ne l'eût jamais dénoncé. Le grand inquisi* . leur remit bien la lettre qu'il avait reçue de Castro pour commencer les poursuites ; mais il ne parla point de celle qu'il lui avait écrite lui-même, ce qui prouve qu'elle n'avait point eu un caractère officiel. Le conseiller D. André Ferez n'annonça ni ne certifia aucun des faits dont l'évèque avait fait mention; jtn sorte que la déclaration n'en était pas dans la pro- . cédure quand on décerna le mandat d'arrêt ; comme on vit au bout d'un an et demi que celte pièce man* quait, on jugea à propos d'y suppléer par l'insertion d'un écrit signé par l'évèque. Peut-on révoquer en doute d'après cela , les abus cachés sous les mesures mystérieuses de l'Inquisition ? Aussi , quand on reçut la procédure à Rome , on fut dans le plus grand étonnement de voir le désordre qui y régnait , et on lui donna le nom de rudis indigcstaquc moles :

YL F. Jean de Villagarcia étant déjà dans sa prison le 17 septembre i56i , déclara qu'il se souvenait bien d'avoir entendu l'évêque^de Cuença parler du sermon prêché à Londres par Carrauza , mais non pas qu'il en eût été scandalisé , ni même qu'il offrît rien qui pût produire cet effet. Qu'on pouvait du reste s'en convaincre en le lisant puisqu'il avail été copié ainsi que tous ceux que l'archevêque avait prêches. Il ajouta que , comme compagnon ancien de Carranza, associé à ses entreprises , confident de ses opinions et chargé de transcrire tout ce qu'il avaitcomposé , il pouvait mieux que personne défendra la pureté de

fft foi : il ch(M*cha à persuader quUl n^y avait Dt dans ses sermons , ni dans son catéchisme , aucune proposition dont le sens ne fût catholique ; que ceux qui en jugeraient diffërommeiit, feraient injure aux vertus de Carranza 9 et au zèle ardent qu^il avait niontré pour la pureté de la religion catholique au concile de Trente , en Angleterre , en Allemagne et en Flandre.* VII. Il est donc évident que le procès de l'archevêque de Tolède dut son origine à la maKgnité de D. Ferdinand \ aidés ^ laquelle le porta à écrire au commencement d'avril i558 à un homme dévoré par l'envie 5 et à l'intention perverse avec laquelle il^ donna lui-même l'ouvrage à lire à F. Melchior Cano aussi ennemi que lui de Carranza, aOn qu'il. y cherchât des propositions qui fournissent matière à une dénonciation. Quand le grand inquisiteur fu^ informé par Cano de l'existence de ces propositions» il lui remit le livre oiïïciellement ainsi qu'aux qualificateurs Soto. Cuevas et autres, pour qu'ils Texaminassent ; mais celte opération n'eut lieu que plus tard , et nous allons voir qu'il y eut auparavant dans les procès qu'on faisait à des luthériens , quelques incidens qui semblent avoir fait naître celui de Carranza , quoique le fait soit entièrement faux , comme je vais le prouver.

y III. Le grand inquisiteur dominé par ces mauvaises dispositions , et apprenant d'ailleurs que l'archevêque était très-lîé avec les marquis d'Alcagnices et de Poza , qui comptaient dans leurs familles et parmi leurs amis plusieurs prisonniers de l'Inquisition , donna l'ordre aux inquisiteurs de Yalladolid de tirer des prisonniers tout ce qu'ils pourraient sur la croyance d« Carranza. On avait aussi accrédité

lourclemeiit le bruit que quelques personnes avalent cru reconnaître de la conformité entre Içs opinions • de Carranza et celles de Gazalla ; et Ton y avait si bien réussi que F, Ambroise de la Sema , pii^rtisan de Cano^ eut l'^iudace, dans un sermon qu*n prêcha 4an8 Téglise de^aint-Paul de Yalladolid., à Tépoque de Tarrestalion de .Gazalla et de ses complices , d*annoBcer qu'on disait que Tordre avait - été donné de s'assurer de la personne de Tarchevêque de Tolède. Une manœuvre si adroite ne pouvait manquer de produire l'efifet qu'on désirait.

IX. Le i5 avril i558, Dona Antoinette Mella( du procès de laquelle ainsi que de celui de plusieurs autres personnes, j'ai donné des détails dans le ao". chap. ) déclara que Christophe de Padilla lui avait fait lire . quelques cahiers manuscrits contenant une doctrine luthérienne , et qu'il disait avoir été composés par . Carranza. — Cette déclaration n'eut aucune suite et ne fut pas communiquée, à l'archevêque dans la /9u- * hiication des témoignages , parce qu'il fut bientôt prouvé que cet ouvrage n'était pas de lui 9 mais bien de F. Dominique de Roxas.

X. Le 17 du même mois, Pierre de Solelo fit une semblable déclaration; il ajouta que ces manuscrit» ayant été lus par F. Antoine de l'Ascension , prieur des dominicains de Zamora , celui-ci avait dit que ,

^ malgré l'assertion de Padilli j il ne pouvait croire que cet ouvrage fût de Carranza, parce qu'il était impossible qu'un homme imbu de cette doctrine , eût fait :de si grands efforts dans le Concile pour défendre celle qui lui était opposée.

XL Le 25 avril 5 il y eut une déclaration de Dona iAnne Henriquez d'Almansa : cetts femme ne dit rien

oe jour-là contre Tarchevéque; mais interrogée de nouveau le 29 du mèïtie mois 9 elle déclara qu^ayaât demandé à Fr. Dominique de Roxas s*il traiterait sur les points de la] doctrine avec rarchevèque, il lui répondit quUl n^en ferait rien , paroèf que Garranza venait d'écrire un ouvrage contre les luthériens. Elle ajouta qu'elle avait entendu dire à François de Vibero que Tarchevéqvie brûlerait un jour dans Tenfer, parce que connaissant mieux que personne combien était orthodoxe la doctrine de Luther , cela ne Tavait .pas empêché de faire condamner aux flammes en Angleterre plusieurs individus qui Tavaient embrassée. — François de Vibero ayant été interrogé là-dessus^ déclara ne pas se souvenir d'avoir tenu ce propos 9 qu'il regardait comme douteux, car rarchevéqae avait toujours été catholique romain.

XII. Dona Catherine de Aios, prieure du couvent de S**' Catherine de Yalladolid 9 de Tordre de Saint- Dominique , déposa le 24 avril avoir entendu dire àFr. Dominique deRoxâsque D. Barthélemi avait fait connaître (/u'il ne voymt pas dans V écriture sainte des preuves évidentes de inexistence du purgatoire : elle ajouta cependant le lendemain que malgré ce qu'elle avait entendu 9 elle était persuadée que Garranza croj-ait à l'existence du purgatoire ; qu'étant provincial de son ordre il avait exhorté ses religieux à remplir les fondations des messes et les autres dispositions pieuses faites pour le repos des âmes des morts ; que ses sermons et les procès-verbaitx des visites des couverts de l'Ordre étaient remplis de« mêmes exhortations ; qu'ayant demandé à Dona Anne HenriquezV Tarchevêque suivait les mêmes opinions qu'elle, celle-ci lui avait repondu qu'il en était si

éloigné qu'il av^ît écrit un livre pour les réfitlerr que Dona Bernardine de Koxas lui avait dit avoir appris de Fr. Dominique de Koxas, que Tarchevéque lui avait mandé de lie pas trop se laisser entraîner par son talent : que Sabin Astete chanoine de Za«mora Tavait assurée qu'il avait entendu Fr. Domi-* HÎque témoigner que Carranza lui inspirait la plus grande compassion, pour ne pas suivre les mêmes opi • nions que lui. - Celte déclaralion ne fut pascommuni'> qnée dans la puhiicalion des témoignages à Tarchevêque, parce qu'elle ne contenait rien contre lui. Oo \oit par ce détail quels moyeps de défense le tribunal devait laisser au prévenu: si ces sortes de déclarations eussent été connues de son défenseur, quel parti n'en aurait- il pas tiré pour son client ? F. Dominique de Roxas ayant été interpellé sur la proposition relative au purgatoire, déclara le a5 août qu'étant un jour à s'entretenir avec D. Barthélemi sur les peines du purgatoire, celui-ci répondit de manière à faire voir qu'il croyait à son existence , et ne parla jamais sur ce sujet que comme un bon catholique.

'XIII. F. Jean Manueiez, dominicain, déclara le iS octobre i56o, qu'étant neuf ou dix ans auparavant à s'entretenir avec D. Barthélemi au sujet d'un luthé-* rien qu'on avait condamné à être brûlé , il ne pouvait as-* surej si l'archevêque avait avancé ou non la proposition suivante : H est certain qus l'écriture sainte ne novA, assure pa>s qu'il y ait un purgatoire. = On voit que ce témoin non-seulement est singulier mais qu'il n'est pas certain du fait, et que d'ailleurs il^a fait sa déposition plus d'un an après l'arrestation de l'archevêque; pe Taurait^il pas dénoncé dix ans auparavant s'iU'avait l^Atendu parler cofdxn^ il le dit ?

XIV. Le 4 du mois de mai iSSg, Pierre de Gazalia déclara qu'il avait qntenduD. Charles de Seso nier en i554 l'existence du purgatoire , et répéter cette proposition devant D. Barthélemi Carranza qui en avait paru scandalisé , mais ne s'était pas mis en devoir de le confondre ni de le faire dénoncer. Le déclarant dit aussi que F. Dominique de Boxas lui avait raconté qu'ayant témoigné à Carranza combien il était en peine pour concilier la doctrine de la justification avec celle du purgatoire , celui-ci lui avait répondu gtie ce ne serait pas un grand mai qu'il n'y eut pas de purgatoire; qu'ayant répliqué par la décision de l'Eglise ^ son maître avait mis An à cette discussion en lui disant : vous n'êtes pas encore capa6(ô de hien entendre cette matière, = D. Charles de SefM> ayant été interrogé le 27 juin sur le premier article» répondit que D. Barthélemi lui avait dit qu'il devait croire à l'existence du purgatoire 9 et se reposer 'sur la décision de TËglise, et que s'il n'était pas au moment de partir , il répondr lit à tous ses argumens d'^ne manière satisfaisante ; que Pierre Cazalla était le seul à qui il eût communiqué sa conversation avec Carranza; qu'il avait lieu 'de croire que l'interpellation qu'on lui faisait , avait été provoquée par la déclaration du premier, et que dans ce cas celui-ci n'avait pas dit la vérité. Les 20 et 25 août , F. Dominique déclara que D. Barthélemi lui avait toujours parlé du purgatoire comme un vrai catholiq^ie devait le faire. Par conséquent tout ce que Pierre Cazalla avait dit, était déjà réfuté et détruit avant que le mandai d'arrêt ne fût lancé.

XY. Le 7 du mois dennai iSSg, l'inquisiteur Guil- . laume remit une lettre que l'archevéqutt de Tolède

lui avait adressée pour une affaire particulière ; il y faisait menHoii de ce qui s'était passé en i554 avec D. Charles de Seso; il reconnaissait qu'on pouvait lui imputer de ne Tavoir pas dénoncé ; mais il ajoutait qu'il ne Pavait pas fait, parce. qu'il ne le croyait pas hérétique , mais seulement induit en erreur; qu'il en avait la preuve dans la réponse que Seso lui avait faite après avoir été réprimandé par lui 5 savoir qu'il ne voulait croire que ce qui était vraiment conforme à la religion catholique^ et qu'il lui avait alors répliqué qu'il n'avait rien de mieux à faire.

XVI. Garcia Barbon de Bexega 9 alguazil de l'Inquisition de Galahorra^ déclara le la mai, qu'ayant arrêté dans cette ville F. Dominique de Roxas lors* qu'il cherchait à quitter l'Espagne, il avait beaucoup parlé avçc lui de l'augmentation du nombre des lu-/ thériens; que lui ayant demandé si Car|*anza son maître en était un , Roxas avait répondu que non; qu'il n'allait pas le trouver en Flandre pour cette rai* son , mais pour obtenir du Roi la grâce de n'être pas déshonoré. Cette déclaration ne fut pas communiquée non plus à Tarchevêque , dans la publication ^ des témoignages.

XVII. Le 10 mai, F. Dominique de Roxas déclara que F. François de Tordesillas lui témoigna combien il avait pitié de lui, quand il l'entendait par- 1er àe justification et mêlera ses discours des phrases qui portaient un sens luthérien ; ce qui arrivait aussi à Carranza. — F. François ayant été interrogé, répondit qu'ayant copié plusieurs ouvrages de l'archevêque , et traduit quelques autres du latin pour la marquise d'Alcagnices et différentes personnes |

li avait mis dans iin manuscrit miAvtsautecteur pdf" tant que le moyen de ne tombei' dans aucune erreuf (au lisant ^ces ouvrages^ c*était de ne pas en faire aVan-» cer à l'auteur plus qu'il n'avait eu rlntenrloii d'eil dire; de n'entendre que dans le sens calhallque jquelques propositions sur la justification , qui s^emblaiehC pouvoir être interprétées en un sens opposé ; que touC ce que Carran^a avait écrite l'était dans Pespdt de là religion catholique $ mais qu'il y avait quelques pas-* sages obscurs qu'on pouvait mal entendre contre le< intentions de l'auteur; que lui déclarant savait qu^elle» étaient pures ; parce qu'il lui av^.it vu pratiquer de l)onnes œuvres telles que le jeûne ^ l'aumône, la prière; et que tout ce qu'il avait vu et |en tendu dand ses sermons 9 ses conférences et sa vie privée 5 s'accor-^ daît parfaitement avec les vrais principes^

XYIII. D. Françoise de Zugniga déposa le a juin^ que Carranza lui avait dît que pourvu qu'elle ne filt pas en état de péché mortel , elle pouvait s'approcher de la Sainte Table sans se confesser; que le i5 juillet^ elle avait entendu F. Dominique de Roxas dire, que Carranza pensait comme lui sur certaines opinions de Luther^ mais non sur toutes; que les religieuses du couvent de Bethléem croyaient qu'il n'y avait pas d«f purgatoire parce que Pierre Cazalla leur avait dit qusf telle élail l'opinion de Carranza. — F* Dominique interpellé déclara ce que j'ai déjà dit , à l'égard du purgatoire; il ajouta le 21 mars iSSq, que D. Barlhélemî avait toujours expliqué ses propositions dans le sens catholiqne 9 qu'il réprouvait et détestait tout ce qui appartenait à la doctrine des luthériens ^ quoiqu'on employât le même langage dans les deux profession» de foi; qu'à sou premier retour du Coucile^ il s*en-«'

tretenâît souve&t avec le dtciaranl sur cette matièftt i|6n de la lui rendre plus familière; que ses rai-soobemens tendaient constamment à défendre la re* ligioQ catholique et à réfuter les hérétiques , et que si lui déclarant avait toujours profité de ces explications^ il ne serait pas tombé dans l'erreur. — Pierre Cazalla ayant été interrogé sur le propos relatif aux religieuses de Bethléem, répondit qu'il ne se souvenait pas d'avoir parlé ainsi ; mais qu'il avait commencé à penser de la sorte sur le compte de l'archevêque, depuis que c« dernier n^avait pas fait dénoncer D. Charles de Seso* XIX. Le i5 du mois dd juillet les inquisiteurs dou-« nèrent ordre de faire saisir chez la marquise d'Aïeagnices tous les livres , les ouvrages et les écrits composés par l'archevêque de Tolède ; cet ordre fut exécuté après plusieurs incidens. Le 2$ du mois de juillet la même personne dit qu'ayant lu des Cointnentaires sur ia prophétie cflsaiCf écrits par Curranza, elle avait demandé à F. Jean de Yillagarcia, dans quel livre l'auteur avait puisé tant d'érudition ; F.- Jean lui répondu que c'était dans un ouvrage de Luther ; que ce livre ne pouvait se confier à personne parce que le bon n'était que trop souvent môle avec le mauvais dans ces auteurs. — F. Jean de Viilagarcia ayant été interrogé sur ce fait , répondit que le livre en question n'était pas de Lutfier mais d^Œcoiainpadius y et que l'archevêque le tenait toujours très-caché^ qu'il élaifc vrai qu'il y avait puisé quelques matériaux pour le traité dans lequel il expliquait le prophète Isaïe ; mais qu'il avait coutume de dire qu'on ne devait pas avoir la moindre confiance dans les auteurs hérétiques, qui distillaient le poison caché dont ils sont remplis , lorsqu'on s'y attendait le moins : que Tarchevèquo ne

i^étaît jamais laissé séduire par leur doctrine, parée qu'il défendait toujours la religion catholique. Nou» avons déjà dit que Paul III avait accordé à D. Barthé^-^ lemi la permission de lire des ouvrages défendus ; le bref qui contenait cette autorisation se trouva parnû ses papiers.

XX. Le 3i du mois de juillet Elisabeth Estrada déclara que F. Dominique de Roxas avait dit quUl Mépendait de D. Barthélemi de faire sdopter les er^ reur^ de Luther à la marquise d'AIcagnices sa sœur ; tant cette dame déférait en tout à ses avis : qu'il es-^ pérait encore voir opérer ce changement , et que si cela arrivait 9 le Roi et toute l'Espagne embrasseraient cette religion ; la déclarante dit encore qu'elle avait appris du même F. Dominique ^ que D. Barthélemi avait lu les ouvrages de Luther. — F. Dominique interrogé sur ce fait , répondit qu'il lui arrivait souvent de parler ainsi avec les religieuses qui étaient de son opinion, ainsi qu'avec d'autres personnes de sa société de luthériens , en ajoutant que Carianza partageait son opinion sur la matière de la justificcUian et du purgatoire; que lui Roxas ayant composé une Explication des articles de ia foi dressés d'après ses propres sentimens, il avait cru donner un plus grand poids à cet écrit en le faisant passer auprès des religieuses et des autres li^cteurs , pour un ouvrage de Carranza; et qu'il avait eu soin d'entretenir parmi ces personnes l'idée que les maximes de Luther étaient approuvées par un homme aussi vertueux et aussi savant que l'archevêque, parce qu'il croyait ce moyen propre à leur persuader cette croyance et à les y faire perst'vércr; mais qu'il n'avait jamais dit que D. Barthélemi IClt les ouvrages de Luther, car il ignorait vé-

ritablement si Gârranza Tavait jamais fait : le décla« :■' tant ajoata que le changement, survenu dans sa $t« tuation ^ rengageait à dire la térité ; qu'il assurait eu conséquence que l'archevêque n'avait famaîs adopté une nemblabie doctrine , et qu'il donnait toujours un sens catholique aux propositions que l'analogie de^ . phrases ou des expressions pouvait faire prendre eA iens contraire.

XXI. Le 25 du mois d'août , F. Bernardin de Monténégro ç( F» Jean de Meceta (tous les deux moines du couvent de Saint- François deValladolid) dénoncèrent de leur propre mouvement un sermon qu^ils avaient entendu prêcher deux jours avant par l'archevêque de Tolède dans le couvent de Saint-Paul , dont queiquos expressions 9 quoique catholiques , semblaient con-» formes à celles dont les hérétiques faisaient usage. Il avait dit aussi qu'on devait traiter avec miséricordé^ les hérétiques convertis; et que quelquefois on ap-* pelait certains individus hérétiques , illuminés , ou quiétistes par la seule raison qu'on les voyait à genoux devant un crucifix se frappant la poitrine av<ec UDe pierre : que le prédicateur avait invoqué Tautorite de Saint Bernard pour appuyer sa dernière proposition, laquelle (suivant les dénonciateurs) né qua^ drait nullement avec ce qu'il avait avancé. Le sermon ayant été trouvé dans la suite parmi les papiers de l'archevêque , fut examiné par les qualifîcateurs , et it ne parut contenir aucune proposition qui méritât la censure. Ces deux moines firent preuve de méchanceté, surtout en comprenant parmi les propositions qu'ils dénoncèrent , celle qui recommande la miséri' corde à l'égard des nouveaux convertis. CepeiMlaet les inquisiteurs osèrent demander o0iciellement à la

princesse Jeanne , gouvernant du royaume 9 de vouloir bien dire ce qu*eiie pensait du sermon dont II 8*agit< et auquel on savait que Son Altesse avait as-^ sisté. Cette princesse eut la -complaisance de répondra qu'elle se rappelait seulement d'avoir entendu quelques propositions qui ne lui avaient pas paru bien convenables. .

XXII. Le 25 du même mois d'août, Ferdinand de Sotelo dénonça D. Bartliélemi pour avoir dU en présence de Pierre Sotelo, sou frère , et de Christophe Padilla ,.que sMl avait un notaire à l'heure de la mort ^ il le prierait de dresser acte de ia renonciatio'W qu'il faisait de lotîtes ses bonnes œuvres* = Pierre et Christophe ayant été interpellés dans la prison, de déclarer s'ils avaient répété ce propos à Ferdinand de Sotelo, répondirent qu'ils ne se le rappelaient pas. Mais F. Dominique de Roxas déclara le 10 avril i559, au milieu de la question , qu'il croyait se souvenir qu'étant une fois dans le village d^ A Icagnices j il aval' entendu D. Barthélemi dire qu'il voulait avoir à l'heure de la mort un notaire qui prît acte de sa renonciation à tout le mérite de ses bonnes œuvres, parce qu'il ne cherchait à s'appuyer que sur celles de Jesus-Christ ; qu'il considérait aussi ses péchés comme nuls , parce que Jesus-Christ lesavait expiés ; Dominique ajouta que D. Louis do Roxas , son neveu , avait raconté la même chose, comme ayant eu Heu à son retour de Flandre à la suite du roi ; et toutes^ ci;s expressions ne lui faisaient pas regarder l'archeyêque comme luthérien , mais au contraire comme un bon catholique , parce que les catholiques et les luthériens différaient d'opinion en ce que ceux-ci niaient que les bonnes œuvres de la créature fussent capables d'expier les péchés qu'élit

avait commis, et attribuaient cette expiation aux mérites lieul» de Jesus-Christ ; au Heu que Cartanza ne disait pas cela, mais seulement que Texpiation par les bonnes œuvres du pécheur, élait «i peu de chose comparée à celle qui était due aux mérites iuSnis dé noire rédempteur , que le péclieur pouvait bien la regarder comme nulle , s'il demandait avec une" véritable fei-veur l'applicairon des mérites de Notre Seigneur Jésus -Christ moi^t sur la croix. =: Ce que Je viens de dire ne permet plus de douter que F. Dominique ne fût l'auteur de la proposition dénoncée ; il l'expliquait à Tavantage du dénoncé dans les aveux qu'il faisait au milieu de la torture.

XXin. Le 8 du mois de septembre ^ F* Dominique déclara dans la prison avoir entendu dire à rarche-< véqué , que l'expression dire ia messe , dont on faisait ordinairement usage, n'élaiipas exacte, et qu'il serait plus coiTCCt de dire> faire ta messe; qu'il fondait son opinion sur ce qu'on dit en latin , facere rem sacrant ; qu'eu conséquence D. Barthélemi s'était toujours exprimé ainsi dans ses traités manuscrits et en chaire y ajoutant que les fidèles qui assistaient 'au sacrifice,. faisaient (a messe avec le célébrant. = Cette déclaration ne suffisait pas pour donner lieu au décret^ d'arrestation contre l'archevêque.

XXIV. Le a3 du mois de septembre, le docteur Cazalla déclara avoir entendu dire dix ou douze ans' auparavant à F. Dominique de Roxas, que D. Barthé-* lenii suivait la doctrine des luthériens. '•-^Fr.- Domi-nique ayant été interrogé sur ce propos, commença» par nier ie fait ; cependant , ayant été mis à la question , ^ il avoua qu'il avait plusieurs fois soutenu que D. Bv'

( âll2 )

Ihélemi citait à la doclrîne-des luthériens ; mais il reconnaissait quUl n'avait pas dit la vérité , et qu« la crainte que ceux qu'il voulait persuader , n'ajou*tassent pas foi à ses asserlions et ne le traitassent comme un jeune homme sans autorité , l'avait port^ à s'appnyer^ur celle d'un personnage beaucoup plus important ; mais que l'archevêque n'adopta jamais cette doctrine j quoique sur certains points de théologie il s'exprimât comme les luthériens en donnunt k ses phrases un sens entièrement catholique.

XXV. Le même docteur Cazalla (interpellé sur ce qtte D. Françoise Zugnlga avait dit qu'il lui avait en-^ seigné la doctrine des luthériens touchant la. justifi" cation) répondit que cette dame ainsi que Jean de ZugAiga son frère lui avait appris que D. Barthélemi avait été leur maître. = Le frère et la sœur interrogés sur ce fait le nièrent : mais Cazalla ayant été mis à la torture le quatre mars i559^ rétracta sa décla* ration.

. XXYI. Le 9 du mois de novembre Fr. Ambroise de Salazar dominicain, âgé de trente-six ans 9 ayant été sommé de déclarer s'il était vrai qu'il eût dit que quelques personnes tenaient le même langage^ que les hérétiques d'Allemagne, répondit que cela était vrai , et qu'il avait voulu parler de Fr. Dominique de Roxa.^ , de Christophe Padilla et de Jean Sanchez. Cette réponse n'ayant pas paru suffîsante, on le pressa de nommer tous ceux auxquels ce qu'il avait avancé [«)uvait faire allusion , et il dit qu'il ne se rappelait aucun autre individu que ceux qu'il avait nommés. On l'engagea à consulter avec soin sa mémoire pendant ce jour-là , et à revenir le lende-«

main au tribunal de Plnquisîtion. Il s'y rendît, mais n^ajouta rien à sa première déclaration. On lui apprit que les inquisiteurs avaient été informés qu'il avait voulu parler d'une autre personne ; qu'il devait chercher à se la rappeler , et revenir quand sa mémoire l'aurait mieux servi. Le rhoine revint à l'Inquisition le 14 du même moiS| et dit qu'il avait pensé qu^ toutes les demandes qu'on lui faisait , avaient pour objet . l'archevêque, surtout d'après le bruit qui s'était répandu qu*on s'occupait de son procès; qu'il avait été jusque là fort éloigné de le supposer, parce qu-'il lui paraissait impossible d'accuser d'hérésie le défenseur le plus zélé de la religion catholique contre les luthériens ; que ses paroles répondaient à ses écrits; qu'il avait converti un très-grand nombre de ces hérétiques et en avait fait brûler quelques autres; que s'il se servait de certaines phrases usitées chez les hérétiques, il avait soin de les expliquer dans un sens orthodoxe; que l'archevêque n'avait fait en cela qu'imiter l'exemple de plusieurs Saints qui désirant être mieux entendus de ceux qu'ils voulaient convertir^ tâchaient de leur montrer un rapport intime entre le dogme et leurs opinions , parce que ce moyen engageait davantage ces hérétiques à écouter les véritég de la religion catholique , qui sans cela ne pouvaient leur inspirer ni etftime ni envie de les connaître, pouf se convaincre combien elles étaient respectables : le déclarant appuya ce qu'il disait sur l'exemple de Saint Irenée , S* Cyrille , S' Epiphane , S* Augustin , S* Jérôme et de quelques autres. On peut dire que sa déclaration était l'apologie de l'archevêque. D. François Manrique de Lara évéque de Salamanque dé«

çlara le lo octobre i559qu'ayÂnt entenclu avancer à Naxera , que l'arche vêque avait été arrêté à cause de soii catéchisme 9 F. Ambrolse dit ; ce ne peut être pourceick feui: il est possible qu^oii ait suspecté sa croyance 0ur le purgatoire. On ne trouvadans le procès aucui^ témoin qui eût déposé ce qu'on avait raconté à F. Ambroise; mais la manière dont les inqi^isiteurs se cop^? duisirent pour l'an^ener au point de déclarer ce qu'oi| voulait y est une preuve de leurs efforts pour acçur? isiuler df s faitH à M charge de l'archevêque, . X-SlVIJ, Lorsque la pulfliçnpion 4^ témoignage^ . eut lieu 9 f^P témoh) ne fut pas nomrué ^% \^f^ défen-rr se urs du prévenu ignorèrent qu*U eût jamais rien dit ; c'est ainsi qup les inquisiteurs violent dans leurs pro-çédés le droit lia^ufel ep c^çb^n^ tout pe qui peut tQur-r ner 4 r^Y^Utage d'up défepjieuFi JLp vais çit^r ^ ce sujet ce qui m'est arrivé ^veç l'ipquisiteur Cev4lloS| (homme d'ailleurs d'up caractère bon et compatissant): jf5 lui faisais dans up cas semblable, des ob^ servations contre un usage aussi dangereu^i^; il pher^ cha à le défendre en disapt que les inquisiteurs rem? plissaient npp - seulement, le devoir de juges envers leurs prévenus y mais encore celui de pères , de parrains et de protepteurs; que cette qualité leur imposai^ l'obligation d'avoir sous les yeux toutes les pièces à décharge quoiqu'on ne les cppiprit pas dans I4 put Mie€(tion des témoignages. Si cela est ainsi , répopdilil* je ) il est inutile d'avoir un défenseur , puisqu'on le ^rive de la connaissance des pièces qui peuyent Ipi fournir, des moyens en fayeur de l'accusé* Ce qu'il y tvait de plus Jrrégulier, c'est que lorsqu'il était j^uçstion de rendre la sentence définitivp on lisait ffi?

l'emenl; les pièces du procès; on ne voyait que les prlginaux de celles, dont Fabrégé disposé par lesecréjlaire avertissait qu'on devait les lire. ^ XXVIII. Le 9 décembre , F. Jean de Régla dénonça volontairement rarchevéqne pour les expressions dont ce prélat s'était servi devant Charles - Quint sur le pardon des péchés. J'ai déjà parlé des suites de cette affaire dans le chapitre i8. Le 25 du même mois ce moine dénonça de nouveau D. Barthélemi pour avoir soutenu avec force les argumeng et les autorités des luthériens, dans la seconde session du Concile de Trente, lorsqu'il y fut question du saint sacrillce de la messe, et parce que l'archevêque ayant osé dire ego hœreo certe , c^s paroles scandalisèrent plusieurs pères du Concile , entr'autries les théologiens de son ordre : qu'à la vérité le dénoncé expliqua ensuite ce qu'il avait dit , mais que ce fut sans chaleur et sans force à l'égard de certains points. =:= Ce moine fut le seul qui déposa d'un pareil fait. D. Diègue de Mendoza ambassadeur d'Espagne au Concile, et très-assidu aux séances ayant été interrogé le 2$ septembre 1 559 ' ^^ ^^ rappela point celle circonstance qui n'avait été dénoncée auparavant par aucun des nombreux rivaux de Carranza , ni même' par Jean de Régla. D'ailleurs la délation était aclîompagnée de circonstances qui en atténuaient beaucoup la valeur ; car cet ennemi était extrêmement hunxilié de n'avoir pu obtenir un évêché, mal- ^é sa qualité de confesseur de Charles>Quint, et il n'y avait que la jalousie qui pût lui inspirer des scrupules seize ans après l'événement; il faut ajouter qull avait été condamné lui-même par l'Inquisition de Saragosse ; qu'il avait abjuré dix-huit projlositions^ et

avaîl été ponrfuWi par les jésuites dont lai ef Cane frétaient montrés les adversaires les plus acharnés ^ taudis que D. Barthélemi avait pour eux de giauds égards. Cano et le délateur cherchèrent donc à mortifier Carranza^ et ils le persécutèrent comme secrètement aflectiouné aux jésuites. Le licencié Honiuza , juge d'ap{>el du district de la ville de Santiago 9 dit dans un écrit annexé par le fiscal au procès 9 le i5 octobre iSSg, (c'est-à-dire un mois et demi après Tarrestation de rarchevèque ) , que ce prélat ayant présenté au Concile de Trente quelques raiions en faveur de Luther, il avait avoué qu'on n'y pouvait répondre solidement; le témoin ajouta que le docteur Grados pourrait confirmer la vérité de ce qu'il venait de dire. Le docteur Grados ne fui pas interrogé. Qui croira en effet que Carranza ou quelqu'autre eût osé parler ainsi au milieu du Concile ?

XXIX. Le 14 décembre, F. Dominique de Roxas présenta un écrit contenant l'aveu de ses erreurs, et une prière pour en obtenir le pardon ; il ajouta sur le compte de l'archevêque , que comme il l'avait déjà déclaré, ce prélat donnait toujours un sens catholique à toutes les expressions dont il se servait ainsi que les luthériens ; que néanmoins , il était obligé de dire que si lui et hien d'autres n'avaient pa^ eu V esprit bien préparé par te syrap des phrases de luthériens , la lecture des livres de l'hérésiarque n'aurait pas produit tant d'effet sur leurs esprits. — F. Dominique de Roxas disait tout ceci pour pallier sa faute , et dans Fespérance d'être réconcilié ; mais ayant ét^ averti le 7 octobre iSSq de se préparer à mourir le

(217 lendemain , comme dogmatisant , il demanda une audience afin de déclarer ce qu^il croyait nécessaire au repos de son ame ; et Payant obtenue , il dit que la situation dans laquelle il se trouvait , Tobligeait de faire connaître qu'il n^avait jamais entendu de la bouche de D. Barthélemi aucune parole , ni jamais rien vu ni su de lui qui fût contraire à ce qu^enseigne la Sainte Eglise romaine dans ses con; ciles 9 ses décisions et ses décrets ; qu'au contraire , toutes les fois qu'il lui arrivait de parler des opinions des luthériens , il disait qu'elles étaient pleines d'artifice et d'erreurs ^et paraissaient avoir été vomies par Tenfer , afin de uiieux tromper ceux qui ne se précautionnaient pas contre le poison qu'elles distillaient ; qu'il démontrait en quoi elles étaient fausses , et exposait les fondemens de l'Eglise romaine en appuyant sa doctrine de raisonnemen» et de citations; qu'il en faisait autant dans les cours publics: que toutes ces raisons le forçaient lui déclarant à s'en tenir à ce qu'il avait dit précédemment en faveur de D. Barthélemi ; quie quoique les phrases dont il faisait usage en écrivant ou en préchant , fussent semblables à celles que lui F. Dominique lisait dans les livres hérétiques et entendait de la bouche des personnes qui composaient le prêche de YaUadolid , il était vrai cependant qull leur donnait un sens catholique, b

Article III.

Bref du. pape pour faire arrêter V archevêque. Mesures employées pour persuader qu'il est coupabie.

I. Oo vient de voir toutes les déclarations que contenait le procès intenté contre l'archevêque de Tolède , lorsqu'on demanda au pape un bref pour l'arrêter. Il csl même à croire qu'il n'y en avait pas un si grand nomkbre 9 parce que l'expédition du bref de Paul IV étant du 7 janvier iSSg, il faut supposer que la demande en avait été faite au plus tard au commencement de décembre i558 : cependant la censure des ouvrages de Carranza dont je vais parler, et qui fut faite par F. Melchior Cano, F. Dominique Cuevas , F. Dominique Soto, F. Pierre Ybaira, et maître Charles, ainsi que l'opinion émise par D. PKTre de Castro, évêque de Cuença, servirent aussi à motiver la demande de celte pièce. Voici la liste des ouvrages manuscrits de l'archevêque , qui sont cités avec le catéchisme imprimé, dans cette partie de la procédure.

II. !• Notes sur l'explication du livre de Job, faîte par un autie auteur. 2° Notes sur l'explication du yerstt Audi filia du pseaume 44 > composée par le vénérable Jean d'Avila. 5** Explication du pseaume 83, Quain ditccta tabcrnacuia tua Domine, z=:^ 4" Explication du pseaume 129: De profundis ciamavi ad te Domine. -■- 5° Explicalion du pseaume i4a : Domine 9 cxa7idi orationcin me.am, = 6° Explication du prophète Isaïc. = 7" IilxplicatioD de l'épUrt

(219.) de S. Paul aux Romains. = 8' Explication de Tépître ^ax Galales. — 9" Explication de l'épître aux Ephésiens. :^ lo' Explication de Tépître aux Piiilippîeus. =1 1" Explication de i'épître aiix Collossiens. = 12" Explication de J'épître canonique de S. Jean.*z^ iS" Traité de l'amour de Dieu envers les hommes. -^ 14* Traité du sacrement de l'ordre, avec des notes sur le même sujet. = i5" Traité du Saint Sacrifice de la Messe, ±= lO" Traité du célibat des prêtres. =:= 17" Traité dw sacrement de mariage. = 18° Traité de Tulilité et de Pefficaçîlé de la prière. = 19" Trailé de la tribulafion des justes, = 20° Traité de la veuve chrétienne. j=; 21* Traité de la liberté chrétienne. = 22" Remarques sur les commandemens de Dieu et les péchés mortels. = 23° Apologie de l'ouvrage publié par l'auteur, aypnt pour titre : Commentaires sur le Catéchisme, = 24° Preuves tirées de récriture sainte Ipour servir de défense a la publication du catéchisme fcn langue espagnole, = 25° Abrégé des Commentaites sur te Catéchisme. = 26° Sermons pour toute l'année. = 27° Sermon sur l'amour de Dieu.=i:r 28**Serta)onsurce sujet , Super flumina Bab liants, •=.^cf Serinon sur la manière d'entendre la messe. :==. 5o** Serr: îmon du jeudi saint. r= 3i° Sermon prêché devant le prince le 21 août i558 dans l'église de Saint-Paul de Yalladolîd. = 32" Sermon sur la circoncision de Notre Seigneur Jesus-Christ. = 53" Sermon intitulé : Penitentiam agite. =. 54" Sermon , Si revertamini etquiescatiSy saivieritis. - 35°. Sermon sur la prière. = 56* Sermon Hora est jam nos de somno suraère. = 37° Sermon Dirigite viam, DominL r:^ 38* Sermon Spirîtus est Dcus.— Sg* Sermon sur lepseauflie De profundiê clamc^vi. == 40* Sçrmon Fiiius

guidem hominis vadiu = 41* Abrégé de deux ser^ mons envoyés de Flandre au licencié Herrera.

III. On joignit aussi au procès peur les soumettra^' à la quallG cation , comme dépendans des Commen^. taires sur le catéchisme, des cahiers manuscrits qui avaient été remis à la marquise d^Alcagnices et à d^autres personnes avant Timpression de cet ouvrage; ils ne renfermaient cependant que les mêmes choses, excepté les corrections que l'auteur y avait faites de-

puis. Un de ces cahiers intitulé Primus 9 contenait

cinq cent soixante-six feuillets sans la table; = un au- tre 9 intitulé Tertius, en contenait deux centsoixantetrois; = un autre , Quartits, en avait quatre cent vingt ; = un autre 9 Sextus, deux cent soixante-un ; =r un dcixXte ^ Septiinus f cinq cent cinquante-sept. On n^a aucune notice sur Pexistence des deux cahiers Secundus et Quintus. La marquise d'Alcagnices le« avait remis à p. Diègue de Cordova , membre du Conseil de la Suprême* Celui-ci fut nommé évèqae d'Avila et mourut peu de temps après. Les manus-crits furent alors retirés par Saint-François deBorgia^ qui écrivit à Carranza , lorsque celui-ci fut de retour de Flandre, qu'il les avait en son pouvoir j mais qu'il avait besoin de les lire pour composer un sermon dont il était chargé. D. Barthélemi ayant été arrêté avant qu^on lui eût rendu ces cahiers, Saint François de Borgia les remit au grand inquisiteur, chez qui ils s'égarèrent ; on voit seulement dans le procès qu'on en découvrit un chez lui quelque temps après.

IV. Le Saint-Office essaya de mettre sur le compte de Tarclievèquc d'autres ouvrages condamnés dans lo

(221) procès ; ce Aont i*. VExpiieation des articles dé la foi y écrite par F. Dominique de ftoxas. = a*. Avis sur les interprètes de l'Ecriture Sainte , composé par Jean Alphonse de Valdés , secrétaire de Charles-Quînt 9 qui embrassa Thérésie de Luther;. = 5". Traité de la prière et de la méditation, qui paraissait sortir de la plume de quelque autre luthérien. == 4°» Explication du livre de Job. Carranza n'avait composé de cet ouvrage que les . fwtes qui réfutaient le texte dans certains endroits. =: 5**. Explication du verset Audi pilià , ^ont les seules no^^ interj[>rétatives de quelques points étaient de D. Barthélemi. = Divers papiers que F. Dominique de Roxas et Christophe de Padilla avaient répandus, en disant méchamment qu'ils étaient de D. Barthélemi^ tandis qu'ils appartenaient à F. Dominique et à d'autres luthériens. Quant à V Exposition de VEpUre canonique de Saint-Jean , l'archevêque déclara que dans l'état où elle était , il ne la recon- , naissait point pour son ouvrage ; qu'il ne l'avait donnée que verbalement à ses élèves , et qu'ensuite l'un d'eux l'avait sans doute rédigée autant que sa mémoire avait pu la lui rappeler ; que d'après cela ^ quoique le fond de ce qui était écrit , fût ce qu'lL avait enseigné , on ne devait lui imputer aucune des erreurs qui avaient pu se glisser dans l'énoncé , ni dans les propositions matérielles.

y. Le grand inquisiteur n'eut d'abord connaissance que d'un seul des ouvrages de l'archevêque de Tolède ; c'était son catéchisme , dont il confia la qua-* liûcation , ainsi que je Tai déjà dît , à Cano , Cuevas a Charles , Soto et Ybarra. Quant au premier ( dont U cœur était plein de haine) il n'avait pas faesoiji d'être*

excité pour le condamner; on a déjà vu dans le cha-* pitre 29 quelles étalent ses dispositions. Pour ce qui concerne les autres , nous pouvons les juger par des lettres écrites les 5o octobre ,8 et 20 novembre i558 y dans lesquelles h\ .Dominique de Soto net ptirle que de son embarras pour frapper de la censure thdoloffiqiie plusieurs propositions qu'il trouve cependant très-orthodoxes. Peut-on s'allen-v dre à voir régner la justices et rirapartialité dans les tribunaux , lorsque les juges prennent lant de moyens pour avoir des coupables ? De tous les ouvrages de Carranza , on frappa de la note théol'jgfque ceux qui sont indiqués sous les numéros Z% 4> 1 5, 27, 285 29 et 3o. On chargea de ce travail le maître Charles, et ensuite Cauo et Cuevas, Bans y employer Ybarra ni Soto.

VI. Conime l'on comptait parmi les luthériens des, personnes illustres qui élaient liées avec rarchevéque,, et dont même quelques-unes avaient été ses élèves, il n'avait pu voir leur procès d'un œil indifférent : il voulut donc être instruit de l'état de leur affaire ; F. Jean de la Pegna , F. François de Tordesiilâs et F. Louis de la Cruz , en envoyaient les détails eu Flandre à F. Jean de Villagarcia compagnon de l'archevêque : par ce moyen celui-ci apprit qu'il était question de condamner son catéchisme pour deux raisons ; la première ^ sous prétexte qu'il contenait quelques propositions héiétiques ; la secon de , parce que le principe qui faisait défendre en Espagne la Bible traduite en langue vulgaire , vu les circonstances où se trouvait le royau:i:e, ne pouvait pas plus permettre qu'on lût dans la même langue un ouvrage sur la justification , et sur d'autres matières qui étaient

devenues des {(oints de controverse avec les luthériens. L'archevêque chargea d'abord F. Jean de ViUagarcîa et ensuite le jésuite Gîl Gonzalez , de Iraduire son catéchisme en latin y en y ajoutant des commentaires sur les propositions' obicures. Cet ouvrage fut commencé par ces deux théologiens; mais il ne le terminèrent pas.

VIT. Cependant l'archevêque était bien éloigné de croire qu'on pût l'attaquer sur sa profession de foi personnelle, lorsqu'il reçut une letlre de F. Louis de la Cruz , datée de Yalladolid le 21 mai ]558, dans laquelle il lui disait que les luthériens pubh'aient . . qu'il partageait leurs opinions. Carranza répondit qu'il était ptjus fAché de voir qu'ils avaient fait leur malheur en embrassant l'hérésie, que dii faux témoignage qu'ils avaient porté contre lui. Comme il avait la convîcfion intime de la pureté de sa foi, dont il croyait avoir donné des preuves sufïîsanfes par son «èle à combattre les hérétiques et leurs mauvaise.^ doctrines, il se persuada qu'on ne discutait que le sens de ses comine^xtaires. Il partit donc pour l'Espagne avec l'espoir de régler cet objet dans quelques conférences avec le grand inquisiteur. Il crut y parvenir plutôt, eu faisant approuver son livre par plusieurs' théologiens des plus fameux de l'Espagne. Il réussit et eut pour approbateurs, D. Pierre Guerren , archevêque de Grenade; D. François Blanco, archevêque de San*tiago ; D. François Delgado , l'vêque de Lugo et de Jaen ; D. André Cuesta, évêque de Léon ; D, Antoine Gorrionero , évêque d'Almerîa ; D. Diègue Sobagnos, recteur de ^université d'Alcala; F. Pierre de Soto, confesseur de Charles-Quint; F. Dominique Solo, professeur de Salamanque; D. Ferdinand de Garrionero, chanoine

magistral et professeur à Tolède ; et F* Mancio dei Corpus , professeur de Tuiiiversîté d'Alcala ; outre l^usienrs docteurs d8 Salamanque , de Yaliadoild et d'Alcala.

YIII. Pendant le séjour querarchevèque fit à Yalladolid, depuis la mi-août fusqu'à la mi -septembre de Tannée i558, il demanda communication des censures dont on avait frappé son catéchisme , afin d*y répondre et de donner toute la satisfaction qu'on pouvait exiger de lui ; il se croyait en droit ,de faire cette réclamation pour plusieurs motifs ; d^abord comme auteur, ensuite comme archevêque primat de PEgllse d'Espagne ; et enfin , comme un homme qui croyait pouvoir attendre cet acte de déférence du Sai$iU Office, j)our lequel il avait tant travaillé : mais le grand inquisiteur Yaldés ( qui était secrètement son ennemi, quoiqu'il feignit le contraire ) non-seulement ne voulut pas lui aecorder sa demande; il évita encore de donner une réponse précise : il allégua que quand même ce qu'on disait serait vrai , le secret avec lequel on était obligé, sous peine de passer pour parjure , de traiter toutes les afiaires dç Tlnquisîtion ^ ne permettait pas de faire droit à la réclamation de l'archevêque ; enfin , qu'il n'était pas d'usage d'entendre les auteurs sur la qualification de leurs ou-« vrages. Carranza pensa alors à l'appuyer sur les approbations des illustres théologiens que j'aicitéset qui étaient presque tous des pères du Concile de Trente ; mais il ne put réussir à les faire recevoir, et.il essuya les mêmes, refus de la part* des membres du Conseil de la Suprême. Le mystère qui enveloppait toutes les mesures de ce corps , fut cause qu'il partit

de ValladoUd avec le ohagrîn de ne savoir sur quoi son procès était fondé.

IX. Diaprés quelques informations isolées qu'il parvint à se procurer, il sut cependant qu'on ne l'attaquait pas seulement pour son catéchisme , mais qu'on avait entendu des témoins sur sa croyance personnelle ; que les censures dont son ouvrage était frappé ^ le notaient comme contenant des hérésies , des pro' positions sentant i' hérésie ; fomentant i' hérésie, tenda/nies à ('hérésie, et pouvant ta faire naître. C'est ce qui fut cause que ce prélat partit de Valladolid fort inquiet sur son sort, quoiqu'il n'en témoignât rien à personne. Pour donner une idée de l'état de son ame, je dirai que le 16 septembre il envoya au^ roi et au pape un rapport de tout et qui s'était passé entre lui et le grand inquisiteur, et implora leur protection : on trouva dans la suite parmi ses papiers les minutes de ce rapport et des lettres . qui l'accompagnaient.

X. Il arriva le 20 septembre à Yuste d'Eslremadure. On croira aisément que les réflexions déchirantes auxquelles il était en proie, le rendirent prudent sur le langage qu'il avait à tenir en présence de Charles-Quint , lorsqu'il lui fit des exhortations pour animer son espérance et l,e consoler dans sesr derniers momens. Il n'est pas vraisemblable qu'il y ait employé celui que F. Jean de Régla son rival dénonça , sans y ajouter des expressions qui limitassent le sens absolu que le dénçnciateur voulut lui donner. Le 5 octobre il écrivit de nouveau au roi à l'occasion de la mort de l'empereur ; il n'oublia pas d'en faire autant à Rui Gomez de Silva prince d'£voli, et à D. Antoine de Tolède, grand prieur de III, i5

Tordrp de Saînl-Jeah, l'un et l'autre frès-con sidérés de Sa Majesté , et avec lesquels il était fort Hé, principalement avec D. Antoine: celui-ci chercha toujours à lui ^tre utile ainsi qu'on peut le voir par le commerce de lettres qu'il entretînt avec lui jusqu'au moment de sou arrestation ; cette correspondance fut trouvée alors parmi les papiers de l'archevêque ; on y vît aussi des lettres du cardinal Carafa; de Frîas, évêque d'Oviédo; et de plusieurs autres personnages qui résidaient à Rome et qui désiraient le servir. Le Kônce du pape en Espagne avait déjà rendu compte à sa Cour de ce qui se passait , et l'on crut que le grand inquisiteur agissait de concert avec le roi ; c'est ce qui fut Cause que malgré l'estime de Paul IV pour Carranza , il ne se mêla pas de cette alTaire jusqu'à . ce qu'il eût vu clairement ce qu'il fallait en penser.

XI. Philippe II qui résidait alors à Bruxelles était peu capable d'arrêter le cours d'un procès entrepris par les inquisiteurs en matière de foi ; il se contenta de promettre à Carranza de le proléger autant que cela serait compatible avec la religion catholique: la demande d'être entendu avant qu'on ne condamnât son catéchisme était une de ces grâces qu''on pouvait lui accorder ; mais les déclarations des témoins sur sa croyance personnelle, semblaient y mettre un grand obstacle. D. Ferdinand Valdés en parla à la princesse Jeanne gouvernante d'Espagne/; il lui présenta comme il voulut , ce qui résultait des déclarations des témoins , lesquelles lues sans discernement et par un homme qui songeait à nuire , donnaient à l'archevêque l'apparence d'un véritable hérétique. La princesse fit part de tout au roi son frère ; le monarque naturellement soupçonneux.

et instruit que le grand inquisiteur en voulait à Carranza , ( ainsi qu^ii Tavait dit lui-même à D. Antoine de Tolède) prit le parti si ordinaire aux lâches , celui de ne rien faire , et d'attendre que le temps, eût tout éclairci. Il n'est pas vrai que Philippe se soit repentî d'avoir nommé D. Bartliélemi à l'archevêché de Tolède ; la preuve en existe dans la procédure j il fut favorablement disposé pour^ l'archevêque jusqu^au moment où Valdés et les conseillers de l'Inquisition lui firent croire que Carranza était un hérétique couvert du voile de l'hypocrisie ; l'inaclion absolue du caractère de ce prince et la redoutable et contî- . nuello activité de Valdés furent la cause du malheur de l'a hevêqne de Tolède.

XII Celui-ci jugea qu*il fallait se soumettre afin d'évité 'infamie ; et sans attendre les réponses de Bruxelles e de Rome, il adressa le ai septembre i558 à D. Sanche Lopez de Olalora conseiller de l'Inquisition y une pétition dans laquelle il consentait à ce qu'on mît sur l'Index ses Commentaires sur le caté^ chism^e pourvu qu'on n'ennommâtpasl'auteur.et que cette prohibition ne s'étendît pas hors de l'Espagne, en alléguant pour raison que cet ouvrage était en langue espagnole. Il espérait par ce moyen conserver la réputation d'autour catholique, la seule gloire dont il fût jaloux. Les 21 et 25 du mois de novembre il envoya de nouvelles lettres au grand inquisiteur, à D. Jean de Vega, président du Conseil de Castille, et à D. Garcia de Tolèdo gouverneur du prince D. Carlos ; il fit aussi remettre le 9 décembre par F. Antoine de Santo-Domingo , et F. Jean de la Pegna recteur et régent du collège de Saint- Grégoire de Valladolid, des requêtes au Conseil de Tlnquisiiion; il

y demandait instamment , qu'afm de terminer le plus promptement possible les difficultés , on prohibât le catéchisme en langue espagnole et qu'on le rendit à Fauteur, pour être corrigé, augmenté et traduit en latin. Toutes ces démarches furent inutiles, et loin d'être disposé à servir Carranza , le grand inquisiteur sollicita le bref du pape dont Texécution mit le comble à sa disgrâce. Ce fut alors qu'il vit, mais trop tard^ qu'il aurait mieux fait de suivre le conseil qu'on lui avait donné en Flandre, d'aller à Rome plutôt qu'en Espagne. D. François Blanco évêque d'Orense, lui ayant donné à entendre qu'il y avait dans son affaire quelque chose qui sentait l'hérésie, il répondit ce qui suit : A moins qut ce crime ne soit entré par ia manche de mon haiit sans que je ni'en sois aperçu, je ne suis , grâce à Dieu y coupai le de rien de seméiaMe. C'est pourquoi je laisse les choses aller leur cours ordinaire.

XITI. Le 7 janvier i559 Paul IV déclara en plein consistoire, h qu'étant informé que l'hérésie de Luc thcr et de^quelques autres novateur» se propageait t en Espagne, il avait des raisons de soupçonner « que quelques prélats la suivaient ; c'est pourquoi il « autorisait dès ce moment le grand inquisiteur à t faire pendant deux ans , à compter de ce jour , t des enquêtes contre tous les évêqucs, archevêques, « patriarches et primats de ces royaumes; à comt mencer leur procès, et, dans le cas où il serait a permis de soupçonner quelque projet d^évoMon, « de les faire arrêter et mettre en lieu de sûreté , à « la charge par l'inquisiteur d'en rendre compte t sur le champ au souverain pontife , et d'envoyer « 1« plutôt possible i Rome les coupables avec leurs

€ procès cachetés. » L'archevêque fut instruit de l'ex- . pédition du bref du pape par une lettre du cardinal Théatin , écrite le 18 janvier. L'inquisiteur général en rendit aussi compte au roi et lui demanda d'être autorisé à le mettre à exécution. Une lettre de D. Antoine de Tolède à Tarchevéque , datée de Bruxelles le 27 février , instruisit Carranza que sa majesté avait donné ordre au grand inquisiteur de suspendre les poursuites jusqu'à son arrivée en Espagne: D. Antoine ajoutait que le monarque était maintenant bien convaincu de la méchanceté avec laquelle on traitait l'archevêque. Cette disposition de Philippe n'empêcha pas Valdés de renouveler sa demande au mois de mars , et de représenter les inconvéniens d'un plus long délai , principalement ceux qu'entrai fieraient la translation à Rome du coupable et l'envoi du procès : il peignait sous les couleurs les plus noires le scandale qu'il y aurait de voir en liberté l'archevêque déjà perdu de réputation comme hérétique ; et il fit tant que le roi permit au mois d'avril que le bref fût exécuté, ainsi que nous le verrons dans la suite.

XIV. Pendant ce temps-là , les inquisiteurs de Yalladolid continuaient de recevoir toutes les déclarations possibles contre l'archevêque, afin de justifier par-là les poursuites qu'ils dirigeaient contre lui. = Le ao février iSSg, F. Gaspard Tamayo, franciscain de Salamanque, dénonça de son propre mouvement au Saint-Offîce le catéchisme du prélat; il dit qu'il lui semblait mauvais que l'auteur exhortât aussi vivement les fidèles, dans son épttre préliminaire, à lire l'écriture sainte et à ne pas adresser aux saints des prières commençant par les mots Pater nostep

cl Ave Maria. ^=Le ii du mois d'avril D. Jean de Acugna comte de Buendia , déclara que Tarchevêque lui avait conseillé de renoncer à cette pratique , et d'implorer l'intercession des Saints de la manière dont il l'enseignait dans son livre ; il dit aussi que lui et D. Françoise de Cordova son épouse et toute sa maison avaient suivi ces conseils jusqu'au moment où D. Pierre Ponce de Léon évéque de Ciudad-Rodrîgo, les avait engagés à ne pas continuer; le déclarant ajouta qu'il savait que l'archevêque avait donné les mêmes conseils à plusieurs personnes employées dans le palais du roi 9 principalement à D. François Manrique chambellan de S. M. Cette déclaration fut suivie de celles de la comtesse son épouse , de Pierre d« Yaldés son chapelain, et de sept de leurs principaux domestiques. XV. Le 11 de ce mois d'avril, Fr. Dominique de Roxas immédiatement après avoir subi la torture déclara que le marquis de Poza son père ayant consulté D. Barthélemi pour savoir s'il vaudrait mieux dire mille messes pour le salut d« son ame pendant qu!il vivait encore , que d'ordonner de les dire après sa mort , l'archevêque lui avait répondu ; si Monsieur ie inarquis veut m'en croire ^ il fera dire ces niiiie messes avant sa mort. Le déclarant dît de plus , que l'archevêque se rendant à Trente pour assister à la seconde convocation du Concile, et se trouvant avec quelques luthériens qui accompagnaient le roi de Bohême, il disputa avec l'un d'eux en présence de D. Gaspard de Zagnîga alors évêque de Ségovie; que quoiqu'il eût paru l'emporter dans la dispute , il dit ensuite en particulier au déclarant : c Je ne me « suis jamais trouvé si embarrasé qu'aujourd'hui ; c quoique je sois maître en théologie , je ne suis .pas

« aussi instruit dans l'écriture sainte que ce lu- • thérien qui n'est qu'un laïque : » Le témoin dît encore le i3 du même mois que l'archevêque avait lu et approuvé V explication des articles de la fei, ouvrage de lui déclarant, et qu'il en avait même inséré une partie dans son catéchisme. = Nous avons vu déjà que Fr. Dominique rétracta cette déclaration la veille de son supplice. *

XVI. Le 5 du mois de mai Dona Catherine d« Castilla détenue dans les prisons du Saint-Office , déclara qu'elle croyait que l'archevêque suivait la doctrine des luthériens; cette dame ayant eu ensuite^ des remords d'avoir parlé ainsi , demanda une audience le 29 du même mois , et dit qu'elle se ré-tractait de ce qu'elle avait avancé; qu'elle savait que Carranza avait soutenu à D. Charles de Sesoson mari qu'en niant qu'il y eût un purgatoire, il avait embrassé l'erreur la plus fatale: le 12 juin la déclarante persista dans sa rétractation.

Article IV.

Réquisitoire et procédure pour i* arrestation de

Varchevêque.

I. J'engage mes lecteurs à examiner si le procès étant dans cet état , les déclarations des témoins , qu'ils ont lues , donnaient lieu à déclarer l'archevêque prévenu du crime d'hérésie. Valdés ayant dressé procès verbal , le 8 avril , de la réception des pouvoirs que le pape venait de lui accorder , le licencié Camino, fiscal du Conseil de l'Inquisition, présenta le 6 mai au grand Inquisitour , un réquisitoire dans lequel il

demandait rexécution du bref du pape , et déclarait qu*il désignerait en temps et lieu la personne qu'il devait frapper. Yaldés rendit un arrêt dans lequel il annonça qu^il était prêt à faire justice quand il en serait requis. Le même jour et après ce que je viens de raconter, le fiscal présenta un autre réquisitoire dans lequel il dit que D. Barthélemi Carrauza archevêque de Tolède avait prêché, fait entendre, écrit et enseigné, dans ses conférences , ses sermons, sou catéchisme, et dans d'autres livres et écrits plusieurs hérésies de Luther, ainsi que cela résultait des déclarations des témoins , des livres et des papiers qu'il présentait à l'appui de son exposé ; se réservant de l'accuser ensuite d'une manière plus formelle : il demandait en conséquence qu'on se saisît de la personne de l'archevêque, qu'on le mit au .secret, qu'on séquestrât ses biens et ses revenus pour être à la disposition du grand inquisiteur. Celui-ci en ayant conféré aVec le Conseil de la Suprême, ordonna de concert avec lui, que le fiscal présenterait les pièces dont il avait parlé dans son réquisitoire : celui-ci exhiba , i* Les Commentaires sur le catéchisme , avec les qualifications qui en avaient été faites par Cano , Cuevas , Soto et Ybarra.=:2** Deux manuscrits reliés dans lesquels on trouvait, V explication des articles de la foi (ouvrage de Fr. Dominique de Roxas) et les autres ouvrages de Carranza que j'ai déjà cités sous les numéros 5 , 4? "5 , 27 , 28, 29 et 5o, avec les qualifications faites par les théologiens. = 3\ Les abrégés de deux sermons de Carranza envoyés de Flandre au licencié Herrera juge des procès pour fait de contrebande, et alors en état d'arrestation comme luthérien. = 4'' ^^s

déclarations des témoins interrogés sur le compte de l'archevêque avec un abrégé contenant ce qui en résultait, et suivi de l'avis du fiscal. = 5* La lettre de l'évêque de Cuença D. Pierre de Castro dont j'ai déjà parlé. 6** Une lettre de l'archevêque au docteur CazalU datée de Bruxelles le 1 8 février 1 558, en réponse à des complimens sur sa promotion à l'archevêché ; il y priait Cazalla de demander pour lui à Dieu les iu^ miéres qui iui étaient nécessaires pour 6ien gouverner son diocèse y et ajoutait quHi fallait alors plus qu'autrefois les demander en faveur de ceux qui faisaient partie de l'Eglise de Dieu. 7° Deux lettres de Jean Sanchez arrêté depuis comme luthérien, àDona Catherine Hortega, toutes deux datées de Castro-Urdiales, les 7 et 8 mai i558, dans lesquelles il disait qu'il allait en Flandre parce qu'il espérait être hien reçu de l'archevêque,

II. Toutes ces formalités ayant été remplies dans un seul jour, on ne peut douter que cette trame ne fût ourdie d'un commun accord par le fiscal , le grand inquisiteur et quelques membres du Conseil : s'il n'en eût pas été ainsi , et qu'on eût suivi la marche ordinaire de la justice , il aurait fallu au moins trois jours pour présenter deux réquisitoires, rendre l'arrêt le premier jour, conférer avetî le Conseil le lendemain, et le troisième, régler avec le fiscal l'exécution des ordres. £n conséquence , le 1 5 du même mois de mai , le grand inquisiteur arrêta avec le Conseil qu'il serait lancé , contre l'archevêque de Tolède , uiie iettre d'assignation , pour qu'il eût à comparaître en personne devant lui afin de répondre aux accusations du fiscal sur des matières de doctrine.

III. Lorsque le roi avait permis que Ton pourr suivît Tarrhevéque, il avait exigé qu'on le traitât avec loiU ie respect qui 6lait dû à sa dignité ; ce monarque avait même adresisé à Carranza , les 3o mars et 4 avril , des lettres par lesquelles il lui promettait son appui ; elles avaient été suivies dedeux autres , Tune du prince d'Ëvoli 9 du 6 avril , et Tautre de F. François Pacbeco , du 20 du même mois ; Tordre dont je viens de parler , avait fait suspendre Texécution du mandat jusqu'à ce qu'il fût arrivé de nouveaux ordres de Sa Majesté. Le monarque ayant reçu une lettre du cardinal Pacheco , dans laquelle il lui rendait compte de la demande que Tarchevéque avait faite pour que rafiaire de son catéchisme fût jugée à Rome^ il lui adressa de Bruxelles , le 2 1 avril , une réponse conçue dans les termes suivans : c Vous avez eu raison de me rendre compte des « démarches que l'archevêque a fait faire auprès du c pape au sujet de son livre ; j'ai mandé en Espa*- « gne ce qu'il convient de suivre à cet égard , en « recomina'ndant d'agir avec tout ie respect et ia c considération qui lui sont dus. » Cette lettre do roi fut cause que le grand inquisiteur en écrivit une à ce prince le 19 mai , par laquelle il l'informait de la mesure que l'on avait arrêtée 9 ajoutant qu'on avait pensé qu'une lettre d'assignation serait plus douce , plus modérée y moins humiliante et plus secrète , qu'une arrestation faite à main 'armée par des algua- ^ils. Cependant le roi eut encore des égards pour l'archevêque y car il n'approuva point ce qu'on avait résolu ; pendant ce temps-là D. Antoine de Tolède continuait d'écrire à Carranza ; il lui manda, les 17 ïîiai et 17 juin 5 qu'il ne voyait pas que les choses

prissent une tournure aussi favorable qu'il le désirait , mais que malgré tous le» mauvais rapports qu'on faisait au roi , il croyait encore apercevoir dans ce prince de rattachement pour lui.

IV. Enfin , le 26 juin , le roi adressa au grand inquisiteur une réponse par laquelle il donnait son consentement à tout ce qui avait été dé tern^iné, a joutant qu'il espérait que l'exécution de celte mesure serait accompagnée de tous (es égards dtis au mérite , et à la dignité d'archevêque , dont Carranza était revêtu. Ce prélat en fut instruit par une lettre de D. Antoine de Tolède y du 27 du même mois. L'approbation du roi ayant été reçue le 10 juillet, le fiscal présenta, le i5 suivant, un second réquisitoire, dans lequel il insistait sur l'exécution du premier, pour l'arrestation de Carranza et la saisie de ses biens : il y exposait que l'instruction du procès avait fourni des preuve's qu'on devait avoir jugées suffisantes le i5 mai ; que néanmoins il y ajoutait une déclaration faite le 14 juillet, par Dona Louise de Mendoza, épouse de D. Jean Yazquez de Molina , secrétaire du roi : cette dame avait déposé que la marquise d'Alcagnices lui avait dît que , suivant les instructions de l'archevêque , se priver des plaisirs n'était pas une chose méri^ taire aux yeux de Dieu , et qu'il n'était pas néces^ saire de porter de cilice, = La marquise qui fut interrogée, déclara qu'elle n'avait jamais rien dit de pareil , mais seulement que toutes ces choses étaient peu méritoires ; qu'elle était liée avec l'archevêque depuis plus de vingt ans, et qu'elle avait été sa pénitente, mais que pendant tout ce temps- ià, elle ne lui avait riea entendu dire contre la foi.

Page 1