XV. Le i5 novembre le docteur Acosta déclara que
fe trouvant un jour à dîner pendant le mois d'octobre précédent chez le prince d'Ëvolj, où étaient la princesse, le comte de Lerma, l'évêque de Cuença, D. Rodrigue de Castro son frère et d'autres personnages, le jésuite Tablarés avait dit à haute voix : On verra tientât si V archevêque de Tolède est hérétique ou non; mais il est déjà aisé de s'apercevoir qu'il a {beaucoup de rivaux,
XVI. Ce propos tenu devant D. Pierre et D. Rodrigue de Castro, ne pouvait manquer de les blessa
profondément, ainsi que les inquisiteurs qui interrogèrent le docteur Acosta.
XVii. Le 29 novembre Diègue de Ourango domestique du comte de Miranda déclara avoir entendu dire dans un sermon qu'il croyait avoir été prêché parD. Barthéleml Carra nza, la proposition suivante : Quei fruit tire-t-on de cent Ave Maria et même de trois cents? Ce n'est pas ainsi qu'on doit parier à Dieu, -^ Il n'y eut pas d'autres témoins interrogés à )'appui de cette déclaration.
XyiII. Le docteur Sabino Bernard Astete, chanoine de Zamora, fut interrogé le 6 décembre sur la foi et les actions de Carrauza. On savait qu'il, avait copié plusieurs ouvrages non imprimés et même des sermons de ce prélat. Il déclara le même jour j et le 12 suivant 9 en remettant une, liste des ouvrages qu'il connaissait ; qu'il tenait l'archevêque pour bon catholique; que pendant l'intimité qu'il avait eue avec lui durant plusieurs années il n'avait vu aucune de ses propositions qu'on ne pût, ou qu'on ne dût admettre ou expliquer dans un sens catholique. — Ce n'était% pas ce que les inquisiteurs demandaient.
XIX. Le lo-juin i56o, D. Jean de Villareal commandeur de l'ordre militaire de Saint* Jacques, déclara avoir entendu l'archevêque de Tolède avancer dans un sermon qu'il avait prêché à Londres devant le Roi, que les commandemens sur la confession et sur la communion n'avaient pas été connus de la manière qu'on les entendait communément de nos jours , jusqu'à l'époque d'un concile qu'il cita; le dé- ^clarant ajouta qu'il en avait été si scandalisé, qu'il n'avait pu s'empêcher de dire au comte de Chinchon et k D. Jean Mausino habitant de Burgos que le Roi au«
rail dû ordoniier au prédicateur de descendre de la chaire : que lui déclarant étant venu à Valladolid ea 1 55S 9 il dîna un fourchez D. Bernardin Pimfntel, inarquig de Tabara, avec Tarchevèque, le père François de Borgia, auparavant duc de Gandia et D. Diègue de Roxas 9 chanoine de Tolède : que dans cette circonstance Tarchevéque avait raconté diverses anec- ;dotes sur des hérétiques qu'on avait punis en Angleterre, et notamment sur un qui se montra plus endurci que les autres et qui se trouvant près du bûcher, avait demandé qu'on ne Tattachdt pas 5 car il devait rester au milieu du feu sans en recevoir d'atteinte : et qu'en effet il y avait paru immobile et comme s'il n'avait pas brûlé : le témoin ajouta que ce récit lui avait paru très-imprudent et qu'il l'avait dit au chanoine Boxas.
XX. Ce gentilhomme prouvait qu'il n'était qu'un Ignorant quant au premier cas , et qu'il avait bien peu de pénétration à l'égard du second; l'archevêque ne dit point que Thérétique n'avait pas été atteint par le feu , mais seulement qu'il avait paru immobile : ce témoin devait savoir qu e le fanatisme a aussi ses héros.
XXI. D. Pierre d'Augustin , évéque d'Huesca , envoya le 19 octobre i56o, un écrit signé du même jour, dans lequel il déclarait avoir entendu dire dans la ville de Trente , à D. Barthélemi Carranza, (pendant ses conversations au sujet des affaires du concile) , qu'on devait ajouter aux litanies qu^on chantait ordinairement à la messe du Saint-Esprit du commencement de chaque session , la demande suivante : A condiio hujus temjJoriSf iiéera nos Domine; c'est-àdire : Du GùncUe de noire temps , délivrez - nous
Sêiffheut; en se fondant sur ce qu'on n -accordait pat la liberté de suffrages qui convenait , selon Tavis de phisieurs hommes aussi pieux que savans ; puisque le pape 9 les légats et les souverains prétendaient enchaîner les opinions à leurs vues particulières » et qu'if en résultait des scènes scandaleuses entre les cardinaux et les évéques.
XXII. Le témoin n'avait pas été si scrupuleux loni* (|ue Taffaire était arrivée , et sans doute il Pavait vue du même œil que Garranza ; il ne le fut que lorsque Tarchevéque eût perdu la faveur de son souverain et ia liberté. Qu'on lise les lettres de François de Vargas , on y trouvera des vérités encore plus fortes, qui ne sont nullement contraires aux déclarations du dogitie , tnais seulement à des points de discipline^ les seuls où les intérêts du pape , des évêques et des rots soient en opposition les uns avec les autres. D. Pierre était frère de l'immortel D. Antoine d'Augustin , archevêque dé Tarrâgone , la lumière de l'Espagne pair le ttïéHte de ses ouvrages ; ttiais il se laissa malheureusement dominer par l'envie , pour n'avoir pat été noiflitié à l'archevêché de Tolède , ni même parmi ceux qui furent proposés au prince par Garranza ; H en était peut-être plus digne que tous les autres , mais son mérite n'excuse pas sa conduite ; nous verrons plus loin d'autres effets de son ressentiment : je ferai seulement observer ici que son frère ne fut pas sans reproche dans ce système de dénigrement suivi contre l'archevêque , sur certains points qu'il savait bien n'être pas des hérésies , mais seulement des propositions capables de nuire singulièremept à Garranza, quand sou procès serait envoyé à Rome.
XXIIL Le 20 décembre i56o, F. Jérôme de Porras,
fraocîseain, déclara dans le Saint - O fflce àe Cala*, horra , devant 4'inquisîteur Y barra, frère du qualificateur des ouvrages de l'archevêque 9 qu'il avait entendu dire à un homme ( dont il ne se rappelait pas le nom ) , que D. Barthélemi revenant du Concile en i552, avait prêché à Tafalla^ sans adresser à la Sainte-^ Vierge la salutation Jve Maria; qu'au lieu de cela il avait imploré la grâce du Saint-Esprit, en disant : yeni Creator Spirilus , ce qui semblait annoncer qu'il ne croyait pas aux mérites ni à l'intercession des. Saints.
XXIV. Le 4 janvier i56i , F. François d'Irribarren , gardien du couvent des franciscains de Tarazona , dit que le fait que je viens de rapporter^ arriva pendant qu'il était gardien à Tafalla ; que quoiqu'il n'eût pas ' assisté à ce sermon , il avait su de plusieurs personnes que Carranza avait prê^ché comme un Saint ; qu'il était vrai qu'une personne avait témoigné du mécontentement de ce qu'il n'y avait pas eu de salutation à la Viergô Marie , mais que lui déclarant ayant demandé la raison d'une telle nouveauté , on lui avait répondu que Carranza avait suivi en cela l'utage du Concile.
XXY. Aucun de ces deux témoins ne dépose rien qu'il ait vu ou entendu ; et en supposant le fait certain , le gardien ne lui donne pas l'interprétation ma« ligne que l'autre moine a imaginée.
Article IL
Analyse des déclarations»
î. D'après- le résultat du procès Ici qu'on Ta vu jusqu'ici ^ nous pouvons annoncer que dans l'instruction préparatoire même ^ quoique faite d'office par les inquisiteurs, sans l'intervention de Carranza et même à son insu 5 on voit déjà tomber en ruine tous les faits par lesquels on avait cherché à prouver qu*il était luthérien ; maintenant je vais les réduire tous à un petit nombre de propositions.
II. La première est sur Vexistence du Purgatoire, F. Dominique de Roxas , D. Charles de Seso et Dona Catherine de Rios , prouvent par leurs dépositions et par leurs ouvrages , que l'archevêque avait parlé 5 écrit et donné des ordres 5 dans les visites qu'il faisait comme provincial de son ordre 9 en homme qui croyait au purgatoire , et qu'il avait même reproché à D. Charles de Seso son incrédulité à cet égard.
llï. Justi ftcationparia foL On a vu par les rapports des témoins que je viens de nommer, par ceux de la marquise d'Alcagnices, de F. Jean de Villagarcia , F. Jean de la Pegna, F. François Tordesillas, F. Louis de ' la Cruz , et du docteur Sabino Rernard de Astete , que Carranza eut toujours la plus grande confiance dans les bonnes œuvres , et que la seule induction qu'on puisse tirer de cet ensemble de déclarations , c'est qu'il les estimait peu , si on les comparait aux mérites de la passion et de la mort de notre Seigneur Jesus-Christ quand on y croit d'une foi bien Yîve.
sr
lY. Intercession des Saints. D. Jean de Acugna , comte de Buendia, D. Françoise de €ordova son époase , Pierre Valdés leur chapelain et les principaux domestiques de la maisoi»^ de ce g^rsind dTspagne» déclarent que Garranza recommandait dUmplorer la protection des Saints; que la seule chose qu^il désapprouvait dans ces prières , était d'y ajouter le Pater noster et i*Ave Maria ^ qui ne s'adresse^tqu'à Jésus- Christ et à sa mère, et ne sont pas faits pour les Saints. y. Eucharistie, F, Dominique de Roxas, F. Louis de la Cruz, le jésuite Martin Gutierrez, D. Frapçpise de Zugniga et d'autres rendent témoignage à sa , fyi dans ce mystère > quoiqu'il soutînt qu'il n'était pas .néces$«iire de se confesser pour approcher de la Sainte Table, à moins qu'on ne fût en état de. péché mor<tel.
VI. Interprétation de i* Écriture Sainte, F. Lou{s de la Gruz, F. Dominique de Roxas , F. François c|« Tordesillas, le docteur Astete etquelques autres disent que Garranza reconnaissait la nécesssité d'avoir recours aux saints docteurs et. aux pères. de l'EgUfd pour entendre quelques passages ob^cura et . douteux de Id Bible, et qu'il ajoutait cç point, à ce qu'a van-
çaît Jean Valdés.
VII. Doctrine luthérienne, en générai : Tpus les religieux que je viens de nommer,. le. docteur A^^tete, et F. Ambroise de Salazar assurent nqn-seulemei^t qu'il ne la professait pas , mais qu'en, atyant pénétrera fond les erreurs, il faisait voir çn quoi elles consi^- ' taîent, afin d'en garantir les personnes trop imprudentes ; que ses actions furent tellement ppppsées^ au luthéranisme, qu'il convertit plusieurs hérétiques de ce parti ^ et fit punir lés endurcis ; que s^il se lia d'4u|i^é
avec des prélats soupçoilDés de l'èfre^ ce ne fut qu^afin de les ramener «par la douceur ^ seul moyen di réussir avec des hommes de ce caractère.
VIII. Langage luthérien. Les témoins disent qu^à regard de certains points de doctrine , la manière à% «^exprimer est commune aux luthériens et aux catholiques; que Carrànza expliquait la sienne dans un sens catholique pour ne donner lieu à aucune équivoque ;| que ses ouvrages et sa conduite pei*sonneUe , étant toujours d'accofd avec ses discours , on n'avait jamais pu lui reprocher la moindre contradiction.
IX. Faits et propositions particulières tendant au luthéranisme. Il n'existe aucune preuve d'action ni d'écrit qui puisse justifier cette inculpation ou dont l'effet ne soit détruit par ce qui résulte des propositions précédentes.
X. Ouvrages imprimés p le catéchisme est le seul dont on ait tiré quelque parti. Avant et après son impression 5 il avait été vu et approuva par plusieurs théologiens et différens prélats qui avaient mérité au concile de Trente la réputation d'hommes savans et vertueux ; cela devait suffire pour mettre à couvei't l'intention de l'auteur ; car celui qui n'en a pas de bonnes 9 ne soumet pas ses ouvrages à la censure- de tant de juges d'un savoir si éminent.
XI. Ouvrages non impHmés. On ne peut pas les défendre de la même manière , mais le Saint-Offles n'en prit connaissance y et ne les fit censurer que lorsque le procès fut terminé : il n'en faut pas davantage pour prouver que leur contenu n'entrait pour rien dans les motifs qui faisaient poursuivre Carr»nza^ puisqu'on ne le connaissait pas encore : je dois ajouter fue même après qu'on les eut ex«miaéS| la naie
-tiiéologiqiie n'en frappa qu'un petit nombte, et qilé le docteur Astete, F. Alphonse deCasfh>,dominicaiil) et quelques autres déclarèrent n'avoir pas remarqué la moindre erreur dans aucun. '
" XII. Quel fut donc le motif qui fit arrêter et traduire dans les prisons du Saînt-Offîce^ au sq^dale
. de toute l'Europe y le primat des Espagnes? Ce fut la malveillance de l'inquisiteur gén éral et de quelques autres médians , excitée par Tenvie* On verra de nott-
. velles preuves de cette vérité dans ce qui me reste à dire de l'histoire de ce procès^
Article ÎIL
ïncidens du procèè.
t. Le â6 du mois d'août^ c'est- '-dire deiix jouril avant l'arrivée de l'archevêque à Valladoîid; le graild inquisiteur délégua ses pouvoirs aux conseillers Valtodano et Simancas, se réservant toutefois Celui de prononcer en définitif ï il autorisa eii même temps Baca , Riego et Gonzalez inquisiteurs de Vàlladolid ^ à faire les dispositions convenables pour la garde de l'archevêque et pour le séquestre de ses biens.