CHAPITRE XXXIV
JPm du pivcès de V archevêque de Tolèd&m
Mort de ce prélat.
ÂHTICIiE PREMIBR.
Intrigues pour obtenir de nouveauax délais»
I. L^ARGHEvÊQtTE de Tolëdc étant arrivé à Rome , le pape lui assigna pour lieu de détention les apparteinens mém«s que les souverains Pontifes occupent au cliàteau Saiiit-Ange : ce logemtnt bien plus vaste que celui que Carranza avait eu en Espagne , lui permit de faire Texercice dont il avait betoin, et de jouir de la vue du Tibre et des campagnes qui embellissent ses bords. Sa santé en devint meilleure , et ses forces se rétablirent; il lui fut accordé aussi trois domestiques de plus qu'à Yalladolid. Le Saint Père' défendit qu'on lui parlât de son procès ; et tant qu'il dura, il ne lui fut permis ni de communier, ni de dire la messe. En Espagne, il n'avait pas eu la' liberté de se confesser; mais à Rome on lui accorda cette faveur au jubilé qui suivit son arrivée, et ensuite quatre fois Tannée.
II. Pie V nomma seize consulteurs du procès ; savoir , le cardinal Reviva , sicilien , archevêque de Pise, patriarche de Constantinople, et évèque de Sabine; le cardinal Pacheco, espagnol , premier arche-
vêque de Burgos, protecteur des églises d'Espagne; et le cardinal Gambaya, italien, évéque de Viterbe, tous
( 291 ) les trois, inquisiteurs suprêmes.; le cardinal Chiesa , milanais , préfet de la sigpnature pontificale aux affaires de justice; D. Gaspard de Cervantes, espignol , arche- Téque de Tarragone et depuis cardinal; D. Dîègue de. Simancas, espagnol 5 évéque de Ciudad-Rodrigo , et depuis évéque de Badajoz et de Zamora , conseiller àè l'Inquisition en Espagne; D. Antoine Maarice. de Pa- Z0S9 espagnol, évéque de Pati en Sicile, depuis évéque d'Avila' et de Cordoue, président du conseil royal deCastille; D. F. Rodrigue de.Vadillo, espagnol^ évéque de Cliefalu , ci - devant général dçs bénédictins f et Tun des qualificateurs employés dans le procès ; D. Pierre Fernandez de Temigno, conseiller de rinquisition en Espagne, et depuis évéque d'Av.îia; F. Thomas Manrique , espagnol , dominicain , mattne du palais apostolique ; Jean-Antoine Sartorio, archevêque de Sainte -Séverine , député de rinquisition d'Espagne , ensuite cardinal et grand pénitencier du pape ; F. Félix Pereti, évéque de Sainte- Agathe 9 . depuis cardinal et pape sous le nom de Sixte-Quint ; Eustache . Lucatelli , évéque d'Arrezzo ; le docteur Artimo, auditeur des causes du palais apostolique, et Pierre Camayano , évéque de Fiesqli. Le pape nomma pour accusateur fiscal celui qui Tétait du conseil à% rinquisition ; deux secrétaires italiens et les deux qui étaient venus d'Espagne; il ordonna de traduire tout le procès en italien, et l'on employa à ce travail le reste de l'année 1667 et une partie de la suivante.
III. Les chanoines de Tolède se présentèrent devant le pape et lui remirent une lettre , datée du 8 juin , que le chapitre de Tolède adressait à Sa Sainteté , en suppliant le souverain Ponlife de vouloir bien prendre tn considération le mérite de l'archevêque et l'émis
nence de sa place , ainsi que l'honneur et la cofiso-, lation de leur Eglise qui élaît privée de son pasteur depuis huit ans; il espérait que le Saint Père daigne-' rait accorder à ce prélat toute la faveur compatible avec la justice et la religion. Pie V répondit le 20 juillet au chapitre de Tolède , qu'il avait lu sa lettre avec satisfaction ^ parce qu'elle annonçait les senti-' mens les plus nobles et l'intérêt le plus tendre pouir le sort de son prélat ; il promît au chapitré tout ce qu'il' demandait , surtout de faire jugei* promptement le procès, aussitôt que la traduction des pièces serait finie ; il iui recommandait d'implorer l'assistance du Saint-Esprit pour l'heureuse fin de cette affaire. En conséquence, quoique le chapitre eût fait précéder le voyage de ses députés d'une neuvaine de messes soleimelles et de plusieurs processions pour le même objet ; il en ordonna trois autres et plusieurs exercices de piété , pour implorer la faveur du ciel.
IV. On s'aperçut que les ouvrages et les manuscrits de Carrans^a étaient restés en Espagne ; en conséquence Sa Sainteté ordonna , par un bref du 7 novenibi*e , qu'ils fussent envoyés sur le champ à Rome. Pourquoi ces pièces ne l'avaient - elles pas été avec le procès? n'en faisaient-elles pas partie? Ne prévoyait- on pas que le pape les réclamerait ? L'envie extrême et criminelle que l'on avait de prolonger la procédure , fut la véritable cause de cette omission et d'un grand nombre d'autres irrégularités dont on eut également à se plaindre. La bulle du pape qui ordonnait l'envoi du procès tout entier fut donc mal exécutée, comme on le voit par cette circonstance qui ne fut pas la dernière , car on découvrit à Rome qu'il manquait encore d'autres papiers dont il était
fj^it mention dans les notes et les actes de la procédure. On les réclama et ils furent envoyés en lojo, ce qui fit naître de nouveaux rcrtards : croirons-nous que cette çionière d'obéir aux ordres que le pape avait donnés ftous peine d'excommunication , n'avait d'autre cause que la négligence des secrétaires et des autres subalternes du Saint'OfJice?
V. Lorsque la traduction des pièces fut terminée , et que les conrérences des consulteurs eurent com<" mencé, le fiscal demanda qu'on n'en tînt aucune sans la présence du pape. Cette demande prolongea exces- ^vement la discussion de l'afiaire, parce que le souverain pontife , qui en avait beaucoup d'autres à régler^ manquait souvent de s'y rendre. Le mùme fiscal récusa F. Thomas Manrique, maître apostolique du palais, en disant qu'il était moine dominicain et ami de Carranza; le pape fit droit à la récusation et nomma à la place de Manrique le docteur Tolèdo, jésuite , prédicateur de Sa Sainteté et depuis cardinal, que lo, fiscal jugea aussi à propos de récuser à cause de ses liens de parenté avec D. Antoine de Tolèdo , grand prieur de l'ordre de S. Jean , autre ami dd«^ l'archevêque.
VI. D. Gomez Tellez Giron, gouverneur de l'archevêché, étant mort sur ces entrefaites, le chapitre de Tolède écrivit une seconde fois au pape , le 23 juillet i56g, pour lui témoigner le désir extrême qu'il avait de voir enfin juger le procès de son archevêque. Sa Sainteté répondit le 19 août avec une bonté toute particulière , en exposant les motifs du retard dont on se plaignait , et en s'excusant en quelque sorte sur ses f[raodes occupations et sur la nature de cette affaire , qui
• ( 29^ ) ' Pavait empêchée d*en accélérer davantage la décision^ « Cependant ( ajoutait Pie Y ) nous espérons que cette « cause sera bientôt terminée ; eUe est déjà asses « avancée pour nous faire croire qu'il est impossible M qu'elle éprouve d'autres retarda pour le jugement « qui doit la terminer et que nous tâcherons de hâter,^ « ainsi que nous l'avons fait jusqu'à ce moment. »
YII. Aussitôt que les pièces furent compulsées^ on aperçut le ^and désordre qui régnait dans la procé* dure ; on découvrit que plusieurs feuilles ea avaient été soustraites et qu'on avait eu l'intention d'y ôbs« curcirla vérité. Pie Y persuadé qu'il ne lui serait pas . facile^ ni même possible sans de graves inconvéniens» d'exposer par écrit ce quMl pensait sur cet objet y envoya en Espagne Jean de Bédoya y agent du Conseil de l'inquisition^ avec un bref du ii février 1570 des-^ tiné pour le roi , dans lequel ^ sans désigner l'objet de la commission de son envoyé , il disait entr^autre^ ^oses : t Nous l'avons chargé ( Jean de Bedoya ) de ^ f faire en notre nom à votre Majesté certaines commuc nicationsrelatives au Saiîit-Office de l'Inquisition que « nous n'avons pas jugé à propos de lui écrire. Noua € prions, dans le Seigneur,*volre Majesté d'ajouter foi au « récit de Bedoya , et de l'écouter avec sa bienveillapce « et sa bonté ordinaires : nous sommes[assurés que votre « Majesté , dont nous connaissons la piété enversliotre « rédempteur , n'êpavgnera rien pour ia prompte « et perpétueiie exécution de ces choses qui ont pour c objet le service du Dieu tout puissant. »
VIII. On ignore ce que Bedoya dit au roi; mais U est constaté par le procès que ce prince fit chercher de& ;>apiers relatifs a« procès» et que quelques-uns furent mis par Tinquisittur général entre les mains du roi
pour être envoyés à Rome; ces pièces n'étaient pas iàns importance; on y trouvait des qualifications et des déclarations favorables àj'archevéqae ; ceux qui lé$ avaient soustraits s'étaient laissés tellement aveugler par la passion qu'ils n'avaient pas fait attention qUHIs étaient cités dans d'autres pièces qu'on avait envoyées. Malgré l'intention si formelle du pape et de Philippe sur l'envoi de tous les papiers relatifs à Carrànza, on retint encore en Espagne, tous les cahiers manuscrits du catéchisme qu'on avais saisis chez la marquise d'Alcagnices , et qui avaient servi pour les qualifications de cet ouvrage, ainsi que les duplicata et les triplicata des ouvrages non imprîntés qui avaient été remis par Fr. Alphonse de Castra ' dominicain , et le docteur Astete , chanoine de Zamora ; cette omission ne paraît pas au premier coup d'œil , cacher aucun projet de malveillance puisqu'on avait envoyé à Rome les exemplaires imprimés du catéchisme , et des autres ouvrages non imprimés;
les cahiers trouvés chez Tarchevêque ; ceux qu'on avait saisis chez la marquise d'Alcagnices, chez Fr. Dominique de Roxas , Fr. Jean de Yillagarcia , Fr. Fran- . çoiis'de Tordesillas , F. Louis de la Cruz, et dans les couvens des religieuses de Bethléem et de S" Catherine de Valladolid; mais on reconnut plus tard qu'on avait retenu ces papiers à Madrid pour en profiter dans quelque autre occasion, laquelle se présenta eh effet; et pour faire naitre des motifs de nouveaux' délais, s'ils étaient demandés* par le pape.
IX. Dans le courant de la même année , on vit arriver à Madrid le cardinal Alexandrin neveu de S. S."i% Il venait pour les affaires ^ la ligue formée contre ' l'empire Ottoman ^ et qui fut suivie de ta fameuse
victoire remportée par D. Juan d^ Autriche dans le golphede Lépanle. On ne peut douter (quoique cette opinion ne soit fondée sur aucun document écrit) que ce cardinal ne fût chargé d'entretenir le roi d'Espagne du procès de l'archevêque de Tolède ; il était • si avancé qu'il aurait été jugé cette même année à l'avantage de Carrauza^ si le pape, qui avait conçu ïe premier le projet de la confédération contre le Turc, voyant qu'il pouvait attendre les plus grands secours de Philippe II, ne s'était cru lié à l'égard de ce prince par des considérations qui changèrent entièrement l'état du procès.
Article IL
Absolution de V archevêque, en vertu d'une sen^
tence gui ne fut pus publiée.
I.S. Pie V prépara lasentencc définitive; mais il jugea à propos de ne pas la prononcer avant de connaître les dispositions du roi d'Espagne qu'il voulait ménager. Dans son jugement, il déclara que l'accusation du fiscal contre l'archevêque, n'était pas prouvée, et il acquitta le prélat. Quant aux ouvrages censurés, il ordonna en premier lieu que le Catéchisme fût rendu à son auteur afin qu'il en fil la traduction en latin ; qu'il y insérât toutes les corrections nécessaires , en expliquant dans un sens catholique les propositions qui avaient été censurées; secondement, que la prohibition de ce livre par le grand inquisiteur d'Espagne fût maintenue tant que les éclaircissemens ne seraient pas fournis ; que celle de i'explicatioiii dt Vtpiire canonique de Saint-'Jcan serait irrévo-
cable et qu'on né pourrait faire imprimer ni publier les œuvres manuscrites de Carranza jusqu^à ce que Fauteur y eût fait les changemens indispensables , et qu'il les eût éclaircis de manière à faire cesser le danger d'une mauvais interprétation.
II. Le pape envoya ce jugement au roi d'Espagne par Alexandre Casali, son camérier; il se persuadait que ce prince verrait avec plaisir qu'on avait reconnu quant à l'essentiel , l'innocence de l'accusé , et qu'il se tranquilliserait au sujet de ses livres en apprenant quels moyens on avait employés pour en écarter le danger ; le pape connaissait mal le caractère de Philippe II; et c'est ce qui l'engagea dans la fausse mesure qu'il venait de prendre. Ce prince se persuada qu'il serait déshonoré ainsi que le Saint-OfGce d'Espagne , si l^innocence de l'archevêque était reconnue. Il écrivit à Sa Sainteté avec l'intention de lui prouver qu'il était impossible que les livres de ce prélat renfermassent un si grand nombre d'erreurs luthériennes, sans que l'auteur fut hérétique. Il priait donc le pape de différer le jugement de Carranza , jusqu'au retour de son camérier à qui il devait remettre pour Sa Sainteté des pièces importantes qui confirmeraient la vérité de ce qu'il lui mandait.
III. En conséquence le roi fit composer une Réfutation de Vapoiogie du catéchisme de Carranza^ fuidUe par (es docteurs Aipizcueta et Deigado, ses défenseurs ; et un autre ouvrage par le docteur Balvas, abbé d'Alcala de Hénarés, sous le titre de Nou^ vetie qualification du catéchisme de Carranza et de ia foi de son a/uteur. On voit dass le procès des lettres de Févéque d'Oviedo à cet abbé> du aa
avril et du ao mai jiSji où il est question de cette affaire.
IV. Philippe II envoya ces deux écrits en 1572 par Alexandre Casait. Quand celui-ci arriva à Rome S. Pie V son maître était déjà mort ^ et Grégoire XIII son successeur reçut ces pièces et les fit joindre aa procès.
y. On y trouve des indications qui semblent annoncer que la mprt du pape ne fut pas naturelle > mais provoquée par des agens de Tlnquisition d'Espagne qui voulaient empêcher le jugement de Car-? ranza: je n'ajoute pas facilement foi à des conjectures, mais il existe des lettres qui contiennent des propositions un peu hardies ; Tune dît : « On • doit « archer peu d'importance à la jnort d'un homme; c qui se montre si affectionné à un moine domi- « nicain son confrère 5 et . qui compromet par ses c discours Thonneur de rinquisitiou d'Espagne. I Celle-ci gagnerait beaucoup si un pareil pape venait c à mourir. »
Article III* Nouveiies intrigvtes.
I. Dans ce temps là, Philippe II félicita le nouveau pontife sur son exaltation à la chaire de Saint-Pierre, et il' profit^ de cette circonstance pour le prier de suspendre le jugement du procès de l'archevècpie d«. Tolède jusqu'à ce qu'il eût pris connaissance de l'opinion de quatre nouveaux théologiens espagnols qu'il allait lui envoyer , pour jeter un nouveau jour suc cette affaire par la qualification de quelques-uns des
•uvrages inédits de Carranza : ces docteurs étaient D. François Sancho , professeur de théologie à Salamanque ; Fr. Diègue de Chabes , confesseur du roi 5 Fr.
Jean Oehoa et Fr* Jean de la Fuente maîtres en théologie. '
II, Les quatre théologiens étantarrivés à Rome, qualifièrent le 14 janvier 15^3 ,. V explication tle VépHre aux Gâtâtes; le 25 février^ celle du prophète Isaîe; le 5 mars, celle de VépUre canonique de Saint- Jean; et le 6 du même mois , celle de VépUre aux Phiéip-^ pie^ts. Ils remirent au pape l'original de leurs censures , et envoyèrent des copies au Conseil de Tlnquii^ition d^Ëspagne qui les fit joindre au procès. Les docteurs Alpizcueta et Delgado plaidèrent en faveur de leur client contre ces censures; mais leurs autmirg répliquèrent qu'ils n'étaient pas satisfaits.
III. Philippe II voyant la tournure que prenait cette affaiirei fit les derniers efïbrts ; et les conseillers de Tlnquisition mirent en œuvre leurs plus puissans.moyens pour obtenir la rétractation des théologiens respectables qui avaient émis une opinion favorable au catéchisme avant l'arrestation de l'auteur. Ils employèrent pour cela la terreur et la persuasion ; la première , en leurfaisantCra^indre d'être arrêtés comme suspects de professer les erreurs qu'ils avaient approuvées ; et la seconde , en leur offrant un prétexte honorable de réformer leur premier jugement sur Carransa , dans la découverte de ses ouvrages ipédits où l'on retrouvait, et en plus grand nombre, les mêmeji propositions susceptibles d'un sens luthérien.
IT. Le premier qui tomba dans le piège fut un homme véritablement respectable par son savoir, sci yertus j sa naissance et d^autres qualités émiuéntes ;
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inais son grand âge et la crainte qu^il eut d^entrer dans les prisons du Saint- Offîce y ibnt excuser sa faiblesse , comme celle du vénérable Osius. Le 17 février 1674 > Alpbouse Doriga , secrétaire du Conseil de Tlnquisition, remit par ordre du roi^au Docteur Alphonse Serrano, rapporteur du même Conseil , un paquet pour D. Pierre Guerrero , archevêque de Grenade , lequel contenait les ouvrages suivans :
]**. Le Catéchisme de Carranza imprimé.
a**. Les cahiers manuscrits sous les numéros 1 9 2 ^ 3, 4^ 5, 6 et 7.
5*. Les explications portées dans mon catalogue du chapitre 32 sous les numéros 4> ^9 69 7 ^t 12.
4°' Les neuf Scrmoiis désignés sous les numéros 52, 35, 34, 35, 36, 37, 38, 39, et 40.
V. Le 3o du mois de. mars l'archevêque de Grenade qualifia d'erronées 75 propositions de ce même Catéchisme imprimé, dans lequel il n'en avait trouvé aucune auparavant qui méritât la censure théologique ; il ajouta cependant que ces erreurs provenaient de la rédaction de l'ouvrage en langue castillane, et que s'il était publié en latin , il y aurait à supprimer , corriger ou expliquer 3i propositions. Ce prélat déclara aussi qu'il y avait 292 erreurs dans les cahiers manuscrits ; savoir , 111 dans le troisième , 86 dans le sixième , 99 dans le septième , et 66 dans les expiicatio7is et les scrm^ons déjà cilés ; de là il concluait que Vautaur était violemment suspect d'hérésie.
VL Le rapporteur Serrano revint tout triomphant à Madrid, et l'on voit dans la lettre que le Conseil adressa au roi le 8 août , combien il était satisfait de ce qu'il venait d'obtenir. » Il est urgent , disait-il , d'envoyer « cette qualification à Rome; parce que l'activité avec
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« îaqiielle on y poursuit Taffaire de Garranzaî ^ doit « faire craindre qu'elle ne soit bientôt jugée^ et cette « mesure est d'autant plus importante qu'on y fait c l6 plus grand cas de Topinion de l'archevêque de c Grenade. »
VII. On accompagna cette lettre d'un extrait des censures dans lequel on disait que Guerrero condam- nait trois cent trente propositions comme erronées 9 et sur ee nombre soixante- douze comme hérétiques ; il y a erreur et méchanceté dans ce calcul ; erreur, parce qu'en faisant matériellement le calcul , oh trouvait quatre cent trente-lrois propositions ; mé^ chancelé 9 parce que les deux cent quatre-vingtdouze propositions censurées dans les cahiers ma-nuscrits ne devaient pas être comptées , puisque ces ' cahiers n'étaient que les brouillons du catéchisme imprimé , où l'on ne trouva que soixante-douze de ces propositions : il n'y avait donc que cent trente-une propositions censurées, dont aucune comme hérétique. Je ne puis me dispenser de faire«cette observation y parce qu'elle prouve l'acharnement du Conseil contre Carranza et Ténvie qu'il avait de le faire passer pour luthérien. ,
VIII. Serrano se rendit ensuite auprès de D. François Blanco , alors évêque de Malaga. Ce prélat ré- . tracta le 29 avril l'opinion qu'il avait émise en 1558, pendant qu'il était évêque d'Orense ; il censura soixante-huit propositions du catéchisme quoiqu'il eût fait auparavant l'éloge de ce livre : Serrano en informa aussitôt le Conseil , et lui annonça , en même temps, que l'évêque avait qualifié Carranza vio" lermnent suspect d'hérésie. L'arcbev^hé de San-
tiago étant devenu vacant à eette époque ^ le roi y nomma ce pi^lat.
IXv D. François Delgado, 'évêque de Jaen , qui avait approuvé en i558 le catéchisme y céda aux considér râlions qui avaient entraîné ses confrère^ ^ et se montra docile aux volontés du roi : le 8 juin i^y^^M censura trois cent quinze propositions , en disant comme les autres que c^était pour obéir aux ordres du roi, qui lui avait fait remettre les ouvrages non imprimés de T^cbevèque , par F. François d'Orantes^ provincial de$ franciscains , et par . F. Jean de la ^uente qui était déjà de retour de Rome. D. Fran--, çois Delgado obtint quelque temps, après l'archevèehé de Santiago , vacant par la mort d» Blanco ; m^ il Ile lui survécut pas long-'temps et ne pi](t même entrer en possession de sa nouvelle dignité.
X. F. François de la Fuente avait apporté au roi un extrait des qualifications que lui et ses trois collègues avaient données à Rome. Cette pièce avait été signée le 12 mai par F. Diégue de Chabes. On chercha au mois d'août à obtenir de pareilles rétractations et de nouvelles censures du docteur Ferdinand de Barrîovêro, chanoine magistral et professeur de . théologie à Tolède ; et 9 le 1 1 septembre , de F. Mancio del Corpus dominicain et professeur d'Alcala. Le roi n'avait pas envoyé à Rome , ( malgré les instances du Conseil de l'Inquisition) les qualiOcations de ces prélats; il avait jugé plus convenable d'écrire au pape, qu'il était informé que les archevêques de Grenade et de Santiago avaient des choses importantes à révéler sur le compte de Carranza, et qu'il espérait que Sa Sainteté voudrait bien ordonner ce qu'il conviendrait de faire dans cette circonstance.
XI. Le 7 août de la même année j Grégoire Xllt expédia un bref par lequel il chargeait D. Gaspard de Quiroga j grand inquisiteur ( depuis cardinal et successeur de Carranza à rarchevéché de Tolède ) de recevoir devant un notaire et en présence de témoins ^ les déclarations assermentées qui lui seraient faites par les archevêques de Grenade et de Santiago , et de les envoyer à Rome scellées et cachetées : le Saint Père fit adresser , le 17 octobre , un pareil bref et pour le mêmex)bjet9 à Tévêque de Jaen, au chanoine magistral de Tolède et au professeur Mancio. L'inquisiteur général nomma de suite pour cet objet, àei Oûmmissaires à qui il remît des instructions écrites. D leur était prescrit d'exiger d'eux le serment du dire la vérité et de garder le secret ; de les engager à déclarer que le motif pour lequel ils avaient approuvé le catéchisme en i558, et changé d'opinion dans la suîle , était fondé sur une lecture plus sérieuse et plus approfondie qu'ils avaient faite de cet ouvrage, ainsi que sur la connaissance' des autres écrits de l'auteur; enfin de leur faire exposer dans un papier séparé , ce qu'ils pensaient maintenant des ouvrages et de la foi de Carranza , en se gardant bien de dire qu'ils le faisaient pour obéir à un ordre du roi , comme ils l'avaient annoncé la première fois ; mais , au contraire , en déclarant qu'ils agissaient en vertu d'un bref du pape.
XII. Les commissaires firent leur travail pendant les mois de septembre , octobre et novembre , et il fut envoyé à Rome dans le mois suivant. Je ferai remarquer que D. François Blanco qui n'avait censuré, le 29 avril précédent , que soixante - huit propositions du catéchisme , eu qualifia en mauvaist
part deux cent soixante-treize , le 29 octobre suivant ^ tant dans le catéchisme que dans les autres opuscules , et quUl en désigna sur ce nombre soixante-trois comme hérétiques.
XIII. Un changement si extraordinaire fut présenté dans les déclarations des cinq rétractans comme dicté par la justice , la conscience , le zèle pour la religion catholique, et Tintentionde plaire à Dieu; d'après ces considérations les théologiensse croyaient obligés, pour être fidèles à la loi de Dieu , de faire connaître leurs
sentimens , afin d'assurer le triomphe de la vérité et de la justice. L'intrigue ne manqua pas de produire à Rome le résultat ardemment désiré par tous loi: agens du Saint - Office , par le roi et par les conseillers , dont la haine était si vivement intéressée à perdre l'archevêque.
Article IV.
Jugeme^it définitif et ses suites.
I. Les déclarations de cinq nouveaux témoins d'un si grand poids, réunies au procès , traduites en latin avec les censures qui furent considérées comme en faisant partie intégrante, changèrent entièrement le procès; elles fournirent au fiscal de Tlnquisition , aux consulteurs espagnols, et à quelques-uns de ceux de Rome qu'on avait corrompus avec de l'argent, des armes d'autant plus redoutables que les noms de Guerrero, Blanco et Delgado étaient infiniment respectés depuis la tenue du concile de Trente , et que leurs déclarations étalent appuyées d'un assez grand nombre de raisons pour faire croire que les motifs qu'ils avaient eus pour chan« fer d'avis, étaient sincères et légitimes.
tï. Grégoire Xtll tomba dans te piège qù*îl lui élait à la vérité difficile d'éviter , Tinlrigue dont il s'a|i;U ayant pour chef un souverain puissant tel que Philippe , et pour âgens les membres d^une corporatiod aussi habile et aussi formidable qile Tlnqui-' Silion d'Espagne ; Grégoire avait si bien Reconnu à Madrid les ressorts que Tintrigue faisait jouer pou^ perdre Carranza j qu'il assui'a S. Pie V qu'il était Im^ possible d y faire juger ce procès d'une manière équi-^ table ^ quand même on en chargerait des juges élran^ gen ; mais il était loin de croire qu'à Rome nième l«â malveillance contre Carranza serait peut -être encore flus active^
lit. Le pape aimait la justice et il crdt faire ce qu'elle commandait > en ordonnant le i4 avril 1576^ Veille des Rameaux ^ à D. Barthélémi Carranza dé Mtranda > archevêque de Tolède 9 d'abjurer toutes les hérésies en général, et particulièrement les seize propositions luthériennes auxquelles on le' dt^ciarâL vioteminent suspect de croire< Pour subir la peine des griefs qui avaient donné lieu à c^ jugement^ Vil fut suspendu pour cinq ans de l'exercice de ses fonctions d'archevêque^ condamné à la recldsion pendant ce temps-là dans le couvent des doininîcains de la Ville d'Orviette eu Toscane f et pour le moment dans celui de la Minerve de Rome > où on lu^ imposa aussi pour pénitenee spirituelle quelques pratiques de piété et de dévotion , entr'autres celle de visiter le même joiir les sept églises de Saint-Pierre « Saint-Paul, Saint-Jean de Latran, Sainte -Croix de Jérusalem , Saint- Sébastien, Sainte Marie-Majeure et 6aiot-Laurenté La défenge que le Saint-Offîce avait