XVII. La princesse de Béarn répondit généreuse
meut f que Ferez et tous ceux qui raccompagnaient seraient bien reçus dans les états de son frère; c'est ce qui engagea Ferez à se dirîger sur Fau , od il arriva le a6. Fendant qu'il était dans cette ville^ Tinquisiteuv Morejon s'adressa de nouveau au baron de Biescas et Sallen , D. Martin de la Nuza , pour qu'il persuadât à. Antoine Ferez de venir se mettre entre les mains de l'Inquisition. Ferez répondit qu'il était prêt à le faire, si on lui promettait de le juger à Saragosse et de ne pas l'envoyer à Madrid ; qu'à l'égard du premier pointsil demanderait , comme un acte préliminaire de jus* tice propre à lui donner l'espoir d'obtenir les autres f
que sa femme et ses enfans fussent rendus à la liberté ^ dont on les avait privés malgré leur innocence. Les inquisiteurs s'adressèrent alors à Thonâas Ferez de Rueda, gentilhomme de Tauste, qui avait favorisé la première évasion d'Antoine y et qui se trouvait pour cette raison dans les prisons du tribunal : ils le chargèrent de lui écrire pour lui persuader combien il serait utile à ses intérêts les plus cbers , d'entrer en accommodement ; la réponse de Ferez fut la même que celle qu'il avait faite ai|4)aron de Biesças ; elle est du 6 janvier 1592,
Article IV.
Suits di^ procès contfe Antoine Ferez jusqu'à
l'auto-da-fé,
I. Pour satisfaire le désir de la princesse Cathe« rine et la curiosité des habitans de cette contrée Ferez composa deux petits ouvrs^es dont le premier avait pour titre ; Morceau historique sur ce qui est arrive à Sarayosse d'Aragon ie ^ septembre iSqj,
Cl cet autre : Précis du récit des aventures d'Àntovns Ferez depuis ie commencement de sa première détcfition , jusqu^à sa sortie des domaines du roi cathoiique. Ces deux écrits furent imprimés à Pau en 1591 , sans nom d'auteur; lorsque les inquisiteurs en eurent connaissance , ils les soumirent à un examen théologique , et on y trouva de quoi ajouter de nouvelles charges au procès 5 parce que les qualificateurs y frappèrent plusieurs propositions de la censure inquisitonale.
II. Philippe II et les inquisiteurs offrirent de faire ipràce delà peine capitale, et promirent des emplois, de l'argent et des honneurs à tout coupable qui ôterait. la vie à Antoine Percz ou le ramènerait prisonnier en ,£spagne. Je renvoie le lecteur 9 pour tout ce qui con*cerne ce point d'histoire à Touvrage que Perez publia quelques années après 9 siousle titre de Relations^ et dans lequel il prit le nom de Raphaei Pcregrino, Perez obtint du roi Henri IV la permission d'aller à Londres : la reine Elisabeth et son premier ministre le comtç de Leicester,raccueillirentavec empressement: il se rendit ensuite en France et se fixa à Paris où il passa le reste de ses jours soupirant sans cesse après sa femme et ses enfaus: sur ces entrefaites et le i5 février i592| les inquisiteurs déclarèrent Antoine Pères fugitif ; ils firent afiicher un édit dans l'église méx tropolitaîne de Saragosse» et le sommèrent de corn-" paraître dans l'espace d'un mois ; mesure révoltante par son injustice , puisqu'ils savaient bien que Perez était dans un pays , alors en guerre avec l'Espagne, et que les constitutions du Saint-Of&ce accordaient jusqu'à un an de délai suivant la distance où se trouvaient les accu9és« {«es dispositions de cet édU
étaient tellement irréguUëres et si peu conformes à ce qui s'était pratiqué jusqu*aiors 9 que la lecture de cette pièce sera un sujet de scandale pour quiconque voudra l'examiner.
III. Les déclarations des témoins qui furent înter-* rogés à Madrid en 1691 , après le premier tumulte de Çaragosse, et celles qui furent reçues dans cette dernière ville , après l'entrée des troupes du roi 9 aggravèrent singulièrement les charges eontre 'Antoine Ferez, parce que ses domestiques Diègue de Bustà* mante et Antoine Agnoz, son faux ami Jean de Basante et le malheureux baron de Barboles (qui devait perdre la tête avec bien d'autres sur l'échafaud ) déclarèrent des faits auxquels on n'oserait attacher la moindre importance s'il était question d'autres personnes et d'autres événemens. Mais il s'agissait d'Antoine Ferez , et il n'en fallut pas davantage pour les faire qualifier théologiquement, de téméraires^ de suspects d'hérésie , ou de toute autre manière empruntée du code înquisitorîal : cet acte est du 9 avril. Je ne m'arrêterai point à prouver son insuffisance; je, vais seulement rapporter la troisième des propositions qualifiées; elle est ainsi conçue : «En parlant « de notre roi Fhilippe II et de Vendôme 9 Antoine c Ferez dit que le roi était un tyran , mais que Yent dôme serait un grand monarque; car il était ex- « cellent prince ; et qu'il gouvernerait l'Ëtat à la sac tisf action de tout le monde ; en sorte qu'il se réc jouissait beaucoup , lorsqu'il entendait parler de c ses victoires 9 et disait que ce n'était pas une « hérésie de ie rechercher eide lui parier =^ QrALi- « FicATiON :v L'accusé se montre impie à l'égard des c choses de Dieu et de ia sainte foi catholique ; faa-
« leur et violemment \suspect d'hérésie ; «t comme « il vit maintenant au milieu des hérétiques qu'il « louait , il prouve qu'il est lui-même hérétique. »
IV. ïiCS inquisiteurs qui étaient très-disposés à faire entrer dans la matière du procès d'Antoine Ferez tout ce qui pourrait tourner plus ou moins à sa ruine, afin de seconder les vues de la Cour, accueillirent avec une confiance criminelle un bruit vague qu'un vil flatteur , du nombre de leurs familiers leur commu-| niqiia et diaprés loquel Antoine Ferez était un descendant de la nation juive, parce que dans le bourg de Hariza , voisin de Montréal , d'où sortait sa famille, il y avait eu un Jean Ferez , nouveau chrétien , (que l'Inquisition fit brAler comme hérétique judaîsant. Des inquisiteurs firent aussitôt consulter les registres du Saint - Office ; on y trouva que le i3j novembre 1489 un certain Jean Ferez de Fariza, qui après avoir habité cette ville, était allé s'établir à Calatayud, fut retaxé et brûlé comme hérétique judaïsant , fils et^ descendant de juifs; et que Antoine Ferez de Fariza , prêtre , et frère de ce condamné était mort hérétique judaïsant, suivant des déclarations reçues le 7 juin, et le 17 août 14S8.
V. Ils chargèrent lé 16 avril iSga Fascal Gilbert , prêtre , commissaire du Saint - Office , de constater le plus promptement possible , s'il existait quelque degré de parenté entre Antoine Ferez et les condamnés ; et si Gonzale Ferez secrétaire de l'empereur, et père d'Antoine descendait de ce Jean Ferez. Le commissaire s'adressa pour cela à un familier de l'Inquisition et à deux hommes du peuple, et il écrivit qu'il avait entendu dire que tous les individus désignés sous le nom de Ferez étaient de la
même famille qu'Antoioe. Le fiscal présenta un réqubitoire le 14 et demanda qu'il fût nommé une commission pour entendre des témoins.
YI Les inquisiteurs décrétèrent Tinterrogatoire le 37 du même mois ; et le commissaire remit au tri« bunal ; le 5 mai , les déclarations de six témoins les plus respectables de Montréal par leur naissance ^ leur âge et leurs qualités ; de ce nombre étaient D. An* itoîne Palafox , âgé de plus de soixante ans 9 frère du baron d'Hariza D. François (qui fut dans la suite premier marquis deHariza) ; Pierre Perez del Cuende^ et Julien de Torres ; tous membres de Tordre de la noblesse^Ils déclarèrent à Tunanimité que la famille de Gonzàle et celle d'Antoine Perez de Fariza , n'étaient pas la même ; le commissaire ajouta qu*il avait examiné d'autres témoins qu'il désignait dans sa lettre , tous fort anciens, entr'autres' deux curés et un prêtre» dont il ne voulait pas, disait-il, rapporter les dépositions, parce qu'elles ne différaient pas des autres : plusieurs même de ces témoins étaient remontés jusqu'aux aïeux de Gonzale Perez , et avaient dit que le père de celui-ci était en son temps secrétaire de l'Inquisition de Galahorra, et qu'ils avaient connu Domi-
nique Perez, oncle de Gonzale.
YII. Les inquisiteurs ne furent pas satisfaits du résultat de cette enquête , ils mandèrent au commissaire de ne prendre des informations ni chez les bàbitans de Montréal, ni parmi ceux de Hariza; mais dans les villes voisines. Le commissaire suivit la marche qu'on venait de lui prescrire, et interrogea trois témoins ; l'un qui était âgé de quatre-vingt ans, répondit qu'il ignorait ce qu'on lui demandait; il savait seulement
que ledit Antoine Perez de Fariza^ prêtre judaïsant^
âVait eu une fille mariée à Dominique Obe}& ; un autre prêtre commissaire du Saint-Office , âgé de Soixante-quinze ans , se contenta de déclarer qu^il avait entendu dire y mais d'une manière vague , qu'Antoine Perez était de cette famille ; le troisième témoin de cînquante>un ans 9 dit que Gonzale Perez avait eu pour père et mère Dominique Obeja, et Marie Pères fille du prêtre judaïsant. Le commissaire envoya cette information le i5 mai et écrivit qu'il n'avait rien négligé pour multiplier les déclarations , mais qu'il n*a* "vait pu s'en procurer d'autres.
VIII. On voit le peu de confiance que mérite ce dernier témoignage par l'invraisemblance que Gonzale Perez portât le nom de sa mère 9 fille d'un prêtre juif, et nièce d'un homme brûlé , contre la règle générale qui veut qu'un enfant hérite de celui de son père ; je ne parle point de l'âge si peu avancé du témoin , ni du silence presque absolu des familles des autret villes qui furent inutilement consultées sur la généa* logie de Perez.
IX. Le fiscal de l'Inquisition ne pouvait se le dissimuler ; mais 9 comme il s'était engagé trop avant, il chargea un nouveau commissaire de son choix de se rendre à Montréal, d'y trouver des habîtans qui certifiassent par leurs témoignages, la descendance de Perez, telle qu'on la désirait. Cet agent entendit trois témoins le 25 du mois de mai. Le premier, qui était né en i5i2, et âgé par conséquent de quatre-vingt ans , dit qu'il avait- connu Jean Perez de Fariza\ le même qui avait été brûlé , et Antoine Perez de Fariza^on frère^ qui était •prêtre : or, celui-ci était déjà mort en 1488 , vingt- -quatre ans avant la naissance du déclarant , et Jean fut brûlé en i485 , c'eist-à-dire , vingt-trois ans avant la
même époque. En fallait-il davantage pour faire ra^ jeter celte déclaration , c'est-à-dire f €[ne le prêtre Antoine laissa une fille qui fut mariée à Dominique Martinez Obeja , et que ce fut de ce mariage que naquit Gonzale Ferez? Deux autres témoins de soixante* dix ans, rapportèrent cette dernière circonstance 5. qu*ils n'avaient pas vue 9 mais dont ils avaient seulement entendu parler ; aucun ne signa sa déclaration et le greffier certifia qu'ils ne savaient pas écrire. Le commissaire parle dans son rapport de la peine qu'il a eue à trouver des personnes en état de faire cetto déclaration , parce que l'opinion des habitaùs est tout autre que celle qu'on voulait établir, et qu'à l'égard même des trois témoins qui ont parlé , il a fallu leur donner du temps pour consulter leur mémoire et ré« fléchir sur ce qu'ils avaient à répondre*
X. Ce qu'on peut dire de certain sur la généalogie d'Antoine Ferez, c'est qu'il était fils naturel et unique de Gonzale Ferez et de D. Jeanne d'£scobar, et qu'il avait été légitimé par un rescrit de Charles V ; qu'il avait eu pour aïeul paternel Barthélemi Ferez , secrétaire de l'Inquisition de Calahorra, reconnu pour noble dans le pays, et pour aïeule sa femme D. Louise Ferez delHîerro , laquelle était sortie d'une famille très noble de Ségovie; qu'il était arrière-petit-fils de Jean Ferez, habitant du bourg de Montréal, et de lVlarieTirado,sa femme ; sans liaison de parenté , soit directe , soit indirecte , ni immédiate ou éloignée avec la famille de Jean et d'Antoine Ferez de Fariza établis à Harîza pendant un temps , et à Calatayud dans un autre. Ce fait fut prouvé pleinement par la veuve et les enfans du secrétaire ministre d'état Antoine Ferez, comme nous le verrons plus loin : il me suffit de faire remarquer
içj qtie si les inquisiteurs avaient voulu en être bieii informés , ils le pouvaient dès le premier jour , en demandant à Madrid copie du contrat de marîag« d'Antoine Ferez avec D. Jeanne Co^llo , où il était dit que son père était né^ à Ségovie : dans cette dernière ville 9 à Calahorra et dans le Conseil même de la Su' prime , ils auraient trouvé sa véritable généalogie. Mais n'ayant d'autre b.ut que de faire le mal , ils rtfusèrent d'apprendre la manière de faire le bien, suivant l'expression du prophète roi y qui semble les avoir «us en vue.
XI. Cependant, le fiscal abusa du secret dans l'accusation qu'il porta contre Antoine Ferez le 6 du mois de juillet j en supposant qu'il descendait de juifs et d'hérétiques judaïsans « afin de fortifier le soupçon d'hérésie , suivant le système et la coutume du tribunal. L'accusation fut composée de quarante-trois articles 9 plus vagues les uns que les autres, uniquement fondés sur des propositions avancées sans ré<* flexion pendant la colère et dans une extrême douleur, ou qui n'avaient aucun rapport au dogme , et n'étaient pas même attestées par deux témoins qui fussent d'accord sur le temps , le lieu tt les circonstances. J'en rapporterai quelques-uns.
« XII. Le septième article était motivé sur l'éloge « qu'Antoine Ferez avait fait de Fendome et sur ce qu'il « avait dit que la reine d'Angleterre , le grand duc « de Florence, la république de Venise et même le « pape SixtcV étaient favorables à Henri et désiraient « qu'il fût roi de France, parce qu'il avait les quau lités d'un bon prince ; que cette politique était raiu sonnable, et que tous les souverains de l'Itali* « feraient bien de le seconder dans cette entreprise,
«r afin d*affaiblir la puissance de Philippe It et d^adg^ « tnenter celle d'Henri qui méritait d*ètre le moiiar* « ^ue du monde entier. Que Ferez , par ces conyer*» « sations y cherchait à animer ceux qui récoutalent^ « afin que lorsqu'ils quitteraient r£spag;ne pour aller « en Béaruy ils fussent prêts à le suivre dans ce « pays et à embrasser la religion de Vendôme qui « était protestant. »
XIII. Le dix - huitième était fondé sur ce .qfxp Ferez voyant que Im Saint- Office songeait à le fkire punir comme hérétique , il avait dit «< que s'il assis-» c taft à la première assemblée des Certes de Monzon ^ t il proposerait Vaboiition du tribunal de i'Inquût aition 9 parce que c'était une injustice révoltante t de voir qu'il punissait comme hérétiques, les « Espagnols qui conduisaient des chevaux tn c France; expressions qui annonçaient assez Tappul « que* Ferez aurait Youlu donner aux hérétiques , et « qu'on ne pouvait s'empêcher de blâmer comme c criminelles, d'après les bulles du Saint-Siège qui c défendaient sous peine d'excommunication de « fournir des secours aux ennemis de la Sainte Eglise o catholique. »
XIV. D'après le dix-huitième article , il paraît que Ferez , irrité par les mauvais trailemens qu'il avait à essuyer de la part de Philippe II, s'était vanté qu'il ferait fabriquer des tapisseries et des couvertures où Ton verrait des anneaux de fer et des chaînes en broderie sur les angles , des châteaux forts et des prisons sur les bords, et le chevalet de la torture dans le milieu , avec cette devise : Gloriosa pro prasmio ; au bas, cette autre devise; Barato desengagno , c'est-àdire, désaùuscnient à ion inarché^ et celle-ci vers
Ar le haut; deéoraprofide, ce qui n^était auti*e chose c qu*ane satire injurieuse coutre la personne du roi , « au mépris de la doctrine de l^Eglise qui commande « d'honorer et de respecter le souverain» »
XV» Par le trentième ' article il était accusé d'àvoir voulu , en sa qualité d'hérétique i^ profaner les églises et insulter aux images de la Vierge Marie et des Saints^ en disant que s'il parvenait à s'échapper^ il «^verrait à la Madone del Pilar de Saragosse une lampe d'argent la plus grosse qu^on y eût encore vue^ avec celte inscription. Captivus pro eva^iane ex vota reddidit, majora redditurus pro uxoris^ nato* rumque iiheratione de populo harharo , iraque regis iniqui et de. poientia judicum ^ Semen Chanaan. C'est-à-dire ; « Un prisonnier a donné celte' lampe t afin d'accomplir le vœu qu'il avait fait pour sa lif ■ berté ; il donnera plus qu'il n'a donné s'il voit Sa t femme et ses enfans sauvés de la colère d'un roi
c inique 9 loin d'un peuple barbare ^ et àOranchis de « la puissance de juges , race de Chanaan.
XVI. Le seul article grave et véritablement détestable, s'il eût été prouvé (car il n'est fondé que sur la déclaration de Basante) , c'est le trente-deuxième , dans lequel , on lui faisait un crime de ce que , se plaignant que les intrigues du marquis d'Almenara et de l'inquisiteur Molina l'eussent privé de son écrivain Antoine Aguoz, beau garçon de quinze ans, qu'on avait envoyé à Madrid, il avait donné à entendre que ce qui s'était passé entre eux , lui faisait craindre qu'on ne réussît à le pervertir et à lui faire beaucoup de mal, parce que le jeune adolescent était un mignon voluptueux, bien capable d'attirer III. 23
Tattention. ( distiliahat amores ). L^artîele portait aussi que Jean de Basante ayant entendu cela , lui avait demandé s^il avait eu quelque familiarité avec Agnoz , et que Ferez lui avait répondu que le tout s'était borné à quelques privautés auxquelles ce garçon prenait plaisir , et que la pédérastie était la monnaie courante de la Cour, car Itétoile maligne des Italiens exerçait sa mauvaise influence sur TEspagne ; qu'à cette occasion il lui avait nommé plusieurs personnes notées comme sujettes à cette maladie , etdéclaré que si lui Basante était prêtre ^ il lui raconterait des choses qui Tétonneraîent bien ; que quant à lui ( Ferez ) il. n'avait été ni S. ni P. , mais qu'il n'était pas étonné de voir que tant d'autres le fussent ^ quoiqu'il y eût une inftnité de belles femmes , parce qu'on était sûr de n'être pas trompé avec un bel enfant ; au lieu qu'ordinairement celui qui s'attache à une femme, sTmagîne prendre une main et ne touche que du saindoux, et ne s'adresse qu'à un masque lorsqu'il croit caresser un visage. Le fiscal concluait de toute cette conversation que Ferez était coupable d'un péché infâme et qu'il l'avait commis avec plusieurs personnes, surtout avec Antoine Agnoz qui était mort à celte époque, d'après ce qui est dit au procès. Maïs xe chef d'accusation n'est fondé que sur le témoignage de Jean de Basante , et il suffît de. réfléchir un instant sur la conversation dont il s'agît , pour voir ^u'il faut en conclure le contraire de ce que le flscal voulait imputer à l'accusé.
XVII. Le i4 du mois d'août , le procureur flscal demanda que la publication des témoignages fût faite, et le i6 les qualificateurs s'assemblèrent de nouveau pour censurer les propositions que l'on avait notées , avee
celles qui furent imprimées à Pau , et dont il existe uitô copie au procès; ils en qualifièreut seize de témérai' Tes et d^er ronces y quelques-unes de biaspliéinatoirei t\ sentant i'hcrésie; ils conclurent qu'Antoine Père* était suspect au degré le plus vicient^ comme au 9 avril, et plus encore pour le fait des propositions imprimées : elles sont toutes dans les Heiations de Ferez, que Ton peut consulter pour voir si les jugei «e montrèrent équitables, car il me répugne de m'ar* rêler à prouver le mépris que mérile cette censure.
XVIII. Le i8 du même mois d'août, le fiscal requit qu'Antoine Ferez fût déclaré contumace, comme ne s'étant pas présenté pour répondre aux charges et il conclut à ce que le jugement définitif fût pro^ nonce. Le^ juges traitèrent l'affaire conime sufiisam<* ment instruite, et le 7 septembre, ayant convoqué rOrdînaire diocésain , dîfférens consulteurs théolo-* giens et jurisconsultes ( au milieil desquels se trou-^ vait le délateur lui-même, D. Urbain Ximenez do Aragues ^ régent de l'audience royale ) ils votèrent la peine de la reidù^ation en effigie. Le Conseil de la Suprême confirma ce jugement le i3 du moîs d'octobre, et le 20 les juges prononcèrent définitivement. Ferez fut déclaré hérétique formel , huguenot convaincu 9 im^pénitent obstiné, condamné à être retaxé en personne aussitôt qu'on aurait pu s'en emparer; et en attendant, à subir cette peine en effigie atec le San-bénîto et la mitre. Ses biens étaient confis(iués, et la sentence vouait son nom à l'infamie dans ses enfans et ses petits enfans en ligna masculine , outre les autres peines de droit attachées à cette espèce de jugement dont l'exécution eut lieu le méma jour. On vit paraître dans cet Auto-da-fé un grand
nombre d'autres personnes dont je parlerai dans le chapitre suivant. Le 1 5 novembre j les inquisiteurs déelarèreût que le crime d'hérésie pour lequel' Ferez; avait été condamné à perdre tous ses biens , avait été commis au commencement du mois de mars 1591, ce qui prouve qu*on avait donné un sens hérétique à ce qui lui était échappé dans sa prison au milieu de ses chagrins. Quelle cruauté f et cependant nous en verrons de bien plus grandes.
XIX. L'effigie d'Antoine Ferez portait rinscription suivante: Antoine Ferez Secrétaire du roi notre maître; né à Montréal d'Ariza et résidant à Saragosse ; .hérétique convaincu , fugitif et relaps» Oa ne peut douter d'après ce qu'on a déjà lu , que la dernière partie de cette inscription ne fût fausse : c'est ce qui fut reconnu plus tard par d*autres inquisiteurs» comme j'aurai lieu de le faire remarquer plus loin: elle prouve que l'auteur de la relation du procès de Madrid , publiée par Valladares 9 n'était qu'un fanatique , un ignorant et un vil flatteur : la patrie de Ferez n'était pas indiquée plus exactement. Il était originaire de Montréal ; mais il naquit à Madrid.
Article . V.
Mort d'Antoine Ferez , et réhabilitation de sa
mémoire.
: I. Ferez était en Angleterre^ lorsqu'il fut condamné à mort. On y découvrit une conspiration formée con*" tre ses jours par des Espagnols. La même tentative fut renouvelée à Paris par D. Rodrigue de Mur baron delaPiuilla, dont il a été question au commencement de ce chapitre et qui déclara qu'il avait été envoyé
pour le tuer , par D. Jean Idîaquez ministre de Philippe IL
II. La mort de be prince et les changemens qirelle amena dans les Conseils du gouvernement, firent concevoir à Ferez l'espérance d'arranger ses affaires à Madrid; mais le malheur d'être poursuivi par l'Inquifition rendit toutes ses démarches^ inutiles ; elle fut un obstacle qu'il ne put vaincre pour obtenir son amnistié de Philippe 'III qui sans cette opposition des inquisiteurs la lui aurait sans doute accordée*. Je renvoie pour tout ce qui regarde cette partie de rhistoire de Ferez à ses Relations et à ses lettres im-* primées.
m. Lx)r^que Henri IV, son protecteur, mourut en i6io. Ferez était dans sa soixante-onzième anriée. Cet événement rendit plus vif le désir qu'il avait de retourner en Espagne et de revoir sa femme, bien digne assurément d'être placée par le jésuite L^ Moine /tlant SVL Galerie des femmes célèbres, et sesenfansGouzale» Antoine, Raphaël, Eléonore, Marie et Louise: sa fille aînée Gregorie était morte depuis quelque temps, après avoir prodigué tous les soins d'une tendre mère à ses frères et à ses sœurs , qui étaient moins âgés qu'elle.
IV. Ferez avait beaucoup connu à Paris Fr. François de Sosa , général de l'Ordre des franciscains, alors «vèque des Canaries et conseiller de l'Inquisition , qui lui avait dit plusieurs fois qu'il ne devait pas espérer de réconciliation s'il ne se mettait volontairement entre les mains des inquisiteurs. Ferez avait répondu qu'il le ferait volontiers, qu'il le désirait même; mais^ qu'il en était détourné par la juste crainte d'être arrêté par or^re du gouvernement , après avoir éié rcnvojré
pal* rinquîsitîon : (fue ce malheur serait inévitable^ ment suivi de sa mort puisqu'il avait été condamné à la peine capitale. Sosa tâchi de lui persuader qu*il éviterait ce danger en se procurant un sauf conduit de rinquisiteur général et du Conseil de la Suprême dans lequel on lui promettrait que lorsque son procès aurait été terminé par rinquisition , il serait libre de se retirer où bon lui semblerait. Sosa connaissait bien peu alors rinquisition dont i| fut ensuite n^embre.*
Y. Antoine écrivit de nouveau àTévèque Sosa, sur une proposition si importante pour lui : le 2g juillelr i6ii , l'évéque des Canaries lui répondit, et sa lettre détermina Ferez à lui mander lé 22 septembre suivant,, qu'il était prêt à se présenter devant rinqnisition[ 4e Saragosse ou de Barcelonne , si on lui envoyait le sauf^ conduit ; il adressa en même temps à sa femme » pour le Conseil de la Suprême unç requête dans laquelle il renouvelait sa promesse et demandait la même garantie. Sa femme la présenta au Conseil le 24 novembre . Elle y avait ajouté un ^lémoire en son propre nom pour intéresser les juges en faveur de son mari. Ses efforts fiirent alors inutiles, et Ferez mourut à, Paris le 5 novembre de la même année, après avoiir donné plusieurs preuves 4e son catholicisime , dont ses çnfans surent profiter pour purger sa mémoire, et ob-s tenir la révocation du jugement qui l'avait condamné k Saragosse en 1592. (.es détails de cette réhabilitation n'ont été donnés par personne, et je ine crois obligé de les consigner dans cet ouvrage comme par-r \\e essentielle de l'histoire de cet hpn^me célèbre et ip sa fanpgille.
yi, îi.e 21 février 16125 les ^ix eofans 4'AntoiAe
Pertz exposèrent au Conseil de Tlnquisition que leur père était mort saintement après avoir vécu en bon catholique à Paris et souvent témoigné le désir de se rendre devant Tlnquisition pour répondre^ aux charges que le fiscal avait présentées contre son orthodoxie ^ quoiqu'il n'eût jamais erré dans la foi > que ses enfans avaient droit d'être entendus sur cotte cir« constance de la vie de leur père parce qu'elle intéressait leur honneur et leur réputation; mais qu'étant réduits à une extrême pauvreté par la confiscation de ses biens , il leur était impossible de se transporter à Saragosse ; ils demandaient donc que l'affaire fût portée à Madrid , et qu'on les admît à purger fa mémoire. Le Conseil décréta qu'il serait donné copte . au fiscal de cette demande , et celui-ci n'avait pas encore répondu lorsque les enfans de Perez présen- • tèreut le lo avril une seconde requête en disant qu'afin de donner plus de poids à l'exposé qu'ils avaient fait précédemment , ils apportaient différentes pièces envoyées de Paris et dont ils étaient prêts à prouver l'authenlicité par serment et par les autres movens de droit.
VII. Au nombre de ces pièces on trouve i* un cev^ tiûcat de la faculté d« théologie de la Sorbonne , si« gné par son secrétaire , sous la date du 6 seplembrei6o5 , lequel atteste la pureté de la doctrine de Perez sur la religion catholique :
2* Un bref. du pape du aG. }uln 4607, par loquet Sa Sainteté, ayant égard à la prière d'Antoine Perea^ l'absout ad cauteiam^^ de toutes les censures qu'il . a pu encourir pendant le commerce qu'il a eu avea les hérétiques, quoiqu'il n'ait point cessé d'être catli lique:
5* Le testament de lierez fait à Paris le !>g octo-^ bre i6i 1 9 qui prouve qu^il est catholique et où il de* mande d^ètre inhumé dans Téglise du couvent de» céiestins et qu'il soit dit d^ masses pour le repos dm son ame ;
4* Une information faite à Paris au commence* ment du mois de février i6i!) devant Tauditeor du- Nonce apostolique, à la demande de Gil de Hesa^ espagnol , gentilhomme de la'maison du roi de France, son chambellan , compatriote, ami, p^u^nt etexécu*^ l^r testamentaire d! Antoine Pères, dans laquelle on' voit que le vicaire de Saint-Paul sa paroisse, dewcprêtres et trois autres témoins ( dont Pun est M anad< Ponlope, noble de Saragosse, impliqué dans le procèsavec Gil de Mesa) ont déclaré que Perez me^ait depuis long-temps à Paris , une vie Qon-seulemea^ catholique, mais encore extrêmement édifiante, fré-^ quènlant beaucoup les sacremens de la Pénitence' e| de PËucharistle dans sa paroisse de Saint-Paul et dans^ les églises 8es célestins et de Saint-Dominique; que trois ans avant sa mort, la faiblesse de ses jan^bes no lui permettait plus de se rendre h l'église , il avait (ait construire un oratoire avec la permission du pape dans sa maison rue de la Cerisaye , pour y entendre la messe et recevoir les sacremens ; ^que dans sa dernière maladie , il se confessa et reçut l'absolution de Fr. André Garin , religieux dominicain , un des té-^ moins, lequel nç quitta pas sa maison pendant les derniers jours', lui administra le viatique avec la permission du curé de la paroisse , assista à rextrêmeonction , l'aida à mourir , et est persuadé qu'il a fini saintement dans le seigneur , à cause de sa piété et d^ sa dévotion, Trois autres témoins ajoutent ^'ila
l*ont entendu plusieurs fois, témoigner le désir d'aliter en Espagne afin de prouver la pureté de sa foi ; et qae dans sa dernière maladie il était vivement afïligé de n'avoir pH exécuter son dessein , pour détruire la note d'infamie qui pesait sur sa femme et ses enfans ; mais que néanmoins ce malheur ne l'empêcherait pas de mourir bon catholique comme ilTavait tou-* îour été. Manuel Donlope ajoute qu'il lui a entendu dire plusieurs fois qu'il était étonné de ce que les proteatans si bien instruits de l'écriture sainte y défendaient.et prêchaient les erreurs qu'il avait remar*» quées dans leur doctrine, parce que la parole de Dieu suffît par elle même pour les convaincre d'erreur, ce qui lui faisait penser que ceux qui l'enseignaient n'y croyaient pas eux-mêmes. Le témoin se rappellait aussi que plusieurs fois s'entretenant avec le défunt de différentes affaires , il lui avait appris qu'il avait entendu dire à plusieurs p'ersonnes que
< lui Antoine Pere3 aurait dû accepter la pension de « douze mille livres qu'Henri I Y roulait lui faire à f cause de son âge, de ses infirmités et du défaut det moyens d'existence , et que Ferez lui avait répondu « qu'il ne s'en repentait pas, dût-on manquer à lai n parole qu'on lui av9it donnée; c^u'au contraire, »t M la même proportion Ini était faite encore , il y réf pondrait par un second refus , afin de prouver qu'il
< n'en avait pas imposé en parlant tant de fois de sa f fidélité au roi d'Espagne son souverain ; et qu'il. es- « .pérait que cette conduite lui ferait obtenir sa grâce; « qu'au milieu de son infortune , il avait au moins Id « consolation devoir que l'illustre connétable de Gas^ « tille D. Balthasar de Zugniga , ambassadeur d'Ësh' I pagne en France , et U, An^e B^douaire , Nonq^
«r de Venise 5 n* avaient pas oublié comment il s^étaif « conduit avec eux dans cette affairé délicate ; les « mains jointes , il se confiait en son Dieu tout « puissant et dans la grâce de son souVeram : »
VIII. 5** Des lettres authentiques de Monseigneur Roberto y évéque et nonce du pape à Paris , du 6 février i6ia, dans lesquelles il dit avoir beaucoup connu: Ferez , lui avoir accordé la permission d'élever un oratoire dans sa înaison 9 dont il est sûr qu'il s'est servi jusqu'à sa dernière maladie; qu'il a été témoin deâ sentimens de piété, de] dévotion et d'attachement à la religion catholique , dans lesquels il est mort ; qu'il lui a entendu dire plusieurs fois 9 qu'il était bien malheureux de ne pas avoir un sauf-conduit du roi catholique pour retourner en Espagne sans danger , et se présenter devant le Saint-Office , objet le plus constant de ses vœux , afin de prouver son innocence en matière de religion.
IX. Le fiscal du Conseil de la Suprême répondit contradictoirement le 9 juillet 161:^9 et soutint qu'Antoine Peiez avait été véritablement hérétique huguenot, et obstiné jusqu'à sa mort, le fait n'étant pas. incompatible avec ce qui était contenu dans l'information présentée , attendu que l'hérésie était une
erreur de l'entendement ; enfin il avança tant d'autres absurdités , que pour déshonorer le Conseil , il eût suffi de copier et de publier ce que son procureur fiscal venait de dire. Le Conseil décréta que les pièces seraient déposées au bureau du rapporteur. Ce décret produisit l'effet d'une dénégation, parce que le rap* porteur ne voulut pas en faire usage, jugeant sans doute indigne de lui de s'occuper du sort de six orphelins et d'une veuve. Le 27 septembre , Jeaim#
Goello vit rinqulsiteur général , qui la chargea de lui i;einettre la note des papiers. Dona Jeaune s'empressa d^obéir , et le grand inquisiteur fit traduire le tes- . tament d'Antoine Ferez en espagnol , par Thomas Gracian Danlisco , fils du secrétaire Diègue Gracian > çt premier secrétaire interprète^
X. Le 3 novembre 9 le rapporteur n'ayant encore rien (ait , D. Gonzale Ferez présenta la déclaratioa ojîgin£^le que son père avait dictée et signée le 6 novembre i6ii 9 peu de temps avant sa mort » et qui était de la main de.GilMesii. ËIlç était ainsi conçue: c Déclaration faite par moi , 'Antoine Ferez , à l'heure « de ma mort; ne pouvant tenir la plume moi-même c dans l'évat où je suis , j'ai prié Gil de Mesa de f récrire de sa main , suivant la forme et la teneur <« que je lui dicterais^ ^
XI. «( Dans Ic^ situation où je me trouve , et à la «veille d'aller rendre compte à Dieu de ma vie, je ^ déclare et je jure que j'ai toujours vécu et que je 9, meurs chrétiea et fidèle catholique ,. ^t j'en prends « Dieu a témoin. Je proteste à mon roi et seigneur f naturel 9 ainsi qii^'à toutes les couronnes et à tous f l^s royaumes qu'il possède, que je n'ai point cessé « d'être son fidèle serviteur et sujet , ce dont le sei^ « gneur connétable de Çastille pourra rendre témoi- « gnage » avec son neveu D. Balthasar de Zugniga , « qui me l'ont entendu dire plusieurs fois ^ dans les c longues conversations que nous avons euesensem-f V ble , ainsi que de l'offre que j'ai faite plus de mille « fois de me retirer où mon seigneur et maître
*^ voudrait m'envoyer pour y vivre et y mourir t. son fidèle et loyal sujet ; et dernièrement encore^ t 4YeQ l'aide di^ npiéme Gil de Mesa et d'uuc autr^
persoone de confiance , j'ai écrit au suprême Con-< seil de l'Inquisition et à l'illustrissime cardinal de Tolède , inquisiteur général , au seigneur évèqne des Canaries , membre du Conseil de rinquisitionî générale j oflfrant de me présenter devant le Saint- Office j pour me justifier de Taccusation qu'on y a portée contre moi » et leur demandant un saufconduit 9 avec pi^messe de me rendre où il me serait commandé d'aller , sur quoi j'ai invoqué le témoignage dudit seigneur évéque ; et comme tout cela est véritable , je déclare iq^ si je meurs dans ce royaume , c'est pour n'avoir pu faire autrement^ et à cause de l'état souffrant où m'ont réduit mes peines , protest2^nt que je ne menls point , et suppliant mon roi et seigneur naturel , qu^il daigne se rappeler dans sa grande clémence et sa bonté royale 9 les services que mon père à rendus au sien et à son aïeul , pour que ma femme et mes enfans orpbelins et dépouillés en obtiennent qiielque soulagement à leurs maux , et que ces tristes et maU heureux enfans ne perdent pas , parce que leur père va mourir dans un paj's étranger , la favçur et la grâce qu'ils méritent comme fidèles et loyaux sujets, auxquels Je recommande ' de vivre et de moaiir comme tel*=. Ne pouvant en dire davantage , j'ai signé cette déclaration de ma propre « main et de mon nom , à Paris , le 5 novembre « mil six cent onze. Antoine Pcrez» »
Xïl. Le 5 décembre 1612, le Conseil ordonna la vérification des signatures de toutes les pièces prése^itées par la famille d'Antoine Ferez. On appela pour cela plusieurs personnes qui avaient éfé en correspondance avec lui j et qui avaient conservé de ses lettres; celles-
ci furent comparées à récriture des derniers écrîti envoyés par Ferez ; parmi ces témoins: on remarqua D. François Sosa , évèque de Ganarîe , et conseiller de la Suprême ; et Alexandre Torègli , banquier de Paris, né à Luques en Toscane , qui avait été un des fcix témoins de Tinformation reçue par l'auditeur du nonce apostolique à Paris , et qui alors se trouvait par hasard à Madrid. L*évèque Sosa s'étendit beaucoup sur le catholicisme de Perez , sur le désir qu^il avait eu de se présenter devant le Saint-Offîce, de l'obstacle qui avait empêché Texécution de son dessein , et des moyens quUl voûtait pnendre pour assurer sa défense.-Le fiscal répondit, le 7 janvier iGiS, à tout ce qu'on avait dit en faveur de Perez ,^ en s'opposa nt encore à la révision du procès : cependant le Conseil décréta qu'elle aurait lieu si l'arrêt obtenait l'approbation du roi. La consultation fut présentée à Sa Majesté le 22 du même mois, et Philippe III écrivit son Consentement sur la marge du mémoire du Conseil , qui en donna avis au tribunal de Saragosse, en informant D. Gonzale Perez qu'il pouvait se rendre dans cette ville et y faire commencer l'affaire en réhabilitation.
XIII. Le 1 5 février , les enfans d'Antoine Perez chargèrent leur frère D. Gonzale de leur procuration pour la défense de la mémoire de leur père ; D. Gonzale arriva à Saragosse, et , le 24 du mois suivant, il confia ses pouvoirs à Antoine Latasa , qui les présenta deux jours après au tribunal avec un mémoire mal fait, puisqu'il n'y faisait aucune mention du recours au Coufieil ni de la résolution qu'il avait prise , et qu'il demandait une audience seulement à titre de gràc^.
sans faire valoir d^aaires raisons que la ipitié que dé^ vait iospirer le sort de ses clieas ; comme si celte manière de défendre les eufans d'Antoine Ferez avait pu faire impression sur Tame des inquisiteurs^ Ceuxci décrétèrent cependant qu'on s'occuperait de celte nouvelle instance , et qu'on rendrait justice à qui de droit. D. Gonzale Perez présenta , le 12 mars, un nouveau mémoire, danslequel^ vu l'indigence où sa famille était réduite , il se plaignait des retards que l'on mettait à commencer la révision du procès de son père ; enGn , le 12 mai, les inquisiteurs arrêtèrent qu'il lui serait remis une copie de Taccusation du procureur fiscal contre le défunt , pourvu qu'il nommât iiu avocat qui s'engagerait conmie lui par serment à garder le secret sur la procédure*
XIV. Le 12 mai, D. Gonzale représenta que son avocat né pouvait répondre à l'accusation , si on ne ■ lui remettait les "preuves sur lesquelles les cliat*ges contre son père étaient fondées : on lui en délivi*a rexlrait, connu sous le nom de Publication des témoins 9 pour s'en servir pendant vingt jours , en lui imposant de nouveau l'obligation du secret. L'avocat ( Tau des désignés nominativement par le Saint- Office ) , prouva qu'il n'était pas moins dur que les autres ministres de ce tribunal ; la pauvreté de D. Gonzale glaça son courage, et il n'eut pasla force de le défendre par bonneur et par humanité. D. Gonzale fut obligé de présenter une requête au tribunal pour faille révoquer la commission donnée à son avocat et en obtenir une autre. Le 9 novembre , il demanda communication des jxapiers qui étaient arrivés de France, comme utiles à la défense de son père : les înquisi>
teurf , au lieu de faire droit à sa demande f se contentèrent d'autoriser le défenseur à venir en prendre connaissance dans le tribunal.
XY. Le 14 5 le défenseur présenta enfin la demande connue ) dans le style du tribunal, sous le nom de Céduie dês Défenses* Elle était composée de cent yingt-un articles , avec la désignation , en marge ^ des témoins qu'il fallait examiner sur leur énoncé , d'après 1p formulaire du Saînt-Offîce; des écritures ou registres qu'il était important de consulter pour en établir la preuve 5 et des archives où l'on pourrait les trouver. Dans ses conclusions 5 l'avocat demandait que le tribunal voulût bien déclarer nul le jugement du 20 octobre 1592, ou au moins le casser, comme fondé sur un faux exposé.
XVI. A l'appui de sa demande , l'avocat de la famille de Ferez présenta quatre pièces dont je dois donner connaissance 9 parce qu'aucun auteur ne les cite , et que tous, au contraire , paraissent avoir ignoré leur existence.
XVII. La première est un diplôme de Charles V, roi d'Espagne , signé à Bologne , le 126 février 1 553 , dans lequel ce prince rapporte les preuves nombreuses de dévouement et de fidélité que Gonzale Ferez , père
- d'Antoine, lui a données, et les services împortans qu'il lui à rendus , et pour lesquels il le nomme chevalier de l'éperon d'or, et accorde, à perpétuité, la qualité de nobles et de chevaliers à tous ses descendans.
XYIII. La seconde est un autre diplôme du même souverain, daté de yalladolid , le 14 avril 1542. Gharles-Quint y dit qu'il est informé que Gonzale Ferez I son secrétaire d'état, né à Ségovie, a un fils
naturel » né cl\ine demoîsclic nubile comme lui; qu^en considération de ses services^ il accorde à ses enfand tous les droits des légitimés^ et le rend habile à par^ venir aux honneurs ^ aux successions et à la jouissance des autres avantages civHs*
XIX* La troisième est une ordonnante é^^utoire^ expédiée dans le tribunal du grand justicier d'Aragon 9 le 7 mai 1 544 9 ^^ vertu du jugement d'un procès fait à la Députation permanente duroyaume^ et de laquelle il résulte , \' que Gonzale Ferez , secrétaire d'état -de Charles-Quint , était fils naturel et légitime de Bartliélemi Ferez, natif, de Montréal d'Aragon, secrétaire des séquestres du Saint-Office de l'Inquisilion de Calahorra , et de Dona Louise Martinez-del-Hierro 5 sa femme légitime 9 née à Ségovie; a° que Gonzale devait être considéré comme Aragonais, en état parconséquent de jouir de tous les droits du royaume ; parce que , bien qu'il fût né à Ségovie , ville de Castille^ celte circonstance ne devait passer que pour un pur effet du hasard, sa mère s'étant trouvée dans celte ville lorsqu'elle le mit au monde, et parce que son père n^était absent de Montréal que pour le service du roi.
XX. La quatrième , une information faîte àCalahorra, le 7 et les jours suivans du mois de février 1667, devant la justice royale ordinaire , à Tinstance d'Elisa* beth Ferez, de Ségovie et d'Antoine Ferez, son neveu secrétaire d'état de Fhilippe II , sur leur noblesse et la pureté de leur sang ; de laquelle il résulte , enlr'autres choses, que Barthélemi Ferez, secrétaire de l'Inquîsilion , père d'Isabelle et de son fière Gonzale , et aïeul de son neveu Antoine, avait justifié , à Calahorra, que sa famille était noble , et qu'il avait été reconiui en
teite qualité coqime chevalier gentilhomme distingué 9 et avait droit d'assister aux asseniblées de la noblesse de la ville. Un des témoins ajouta que Dominique terez, natif et habitant de Montréal > frère de Barthélemi, était allé à Calahorra^ et avait eu an démêlé avec son frère pour leurs titres de noblesse j que chacun d'eux voulait retenir.
XXI. Cette pièce coïncide avec ce qu'avaient déposé plusieurs témoins qui furent entendus ^ à la demande du fiscal j lorsqu'il entreprit de prouver que Ferez descendait d'ancêtres juifs : ils déclarèrent qu'ils avaient connu un Dominique Perez^ oncle de Gonzale, et que lorsque celui-ci passa par Montréal pour se rendre aux Corlès de Monzon avec l'empereur , il n'alla pas loger chez lui 9 mais dans la maison d'un autre parent qu'ils appelaient Dominique Tirado. En effet, celui-ci était oncle de son père Barthélemi Ferez , par Marie Tirado, mère de ce dernier. Enfin, il fut prouvé, à la suite de l'enquête , que le reproche qu'on lui avait fait de descendre d'ancêtres juifs > n'était qu'une imposture «
XXII. Les inquisiteurs promirent, dans leur décret, de faire pour les enfans et la veuve d'Antoine Ferez tout ce qui serait conforme à la justice et qui dépendrait du tribunal ; mais leUr promesse resta sans effet depuis le 14 février ( jour où ils notifièrent leur dernière résolution ) > jusqu^au 25 octobre où le premier témoin fut entendu à Saragosse. Que l'on compare cette lenteur avec Faclivité que l'on mît à décréter, à Madrid, le 21 mai 1691 , les mesures qui devaient faire arrêter et conduire Ferez d^ns les prisons du Saînt-OflQce , et qui eurent leur exécution le lendemain à cinquante lieues de distance. D. Gonzale avait