III
réclamé le lo mars^ le 28 avril, le 9 juin , le 29 août , les 17, 24 et 27 septembre , le 1". et le 21 octobre ^ contre cette marche de la justice; mais ces juges, tyrans et Insensibles , ne voyaient qu'avec indilTérence les larmes de la pauvreté et les plaintes de l'honneur outragé ; ik prétendaient encore , par le mépris le moins dissimulé pour D. Gonzale qu'ils voyaient dans l'indigence , le forcer de renoncer à la recherche des écritures et à l'examen des témoins dont les décla^ rations, étaient demandées, parce qu'on les croyait intéressantes ; et tout cela se passait ainsi sans que les inquisiteurs eussent pris en considération aucun des nombreux mémoires qui leur avaient été pré-* sentes. Ils durent s'applaudir du succès de leur intrigue ; car on voit D. Gonzale se désister de ses prétentions et se contenter des déclarations des témoins, qui seraient trouvés à Saragosse , pourvu qu'on lïifit promptement le procès en état d'être jugé et que l'on prononçdt défmitivement la sentence de réhabilitalion, afin de pouvoir s'en retourner à Madrid , où sa malheureuse mère était malade et craignait de mourir commQ son mari, en laissant ses enfans sous le poids du jugement qui les avait flétris.
XXIII. Les constitutions primitives du Saint -Office ordonnaient qu'il serait pourvu par l'Inquisition à l'entretien des enfans mâles et au mariage des filles des condamnés à la relaxation ; cependant les inquisiteurs n'eurent aucun égard à cette disposition , parce qu'il en aurait trop coûté à l'orgueil de ces monstres d'entendre dire que leur tribunal s'était trompé. Leur partialité fut si évidente que , le 1 2 avril , le fiscal eût la cruauté d'accuser D. Gonzale de porter Ain hal)it fin; ce qui lui était, disait- il, défendu,co,mni«
ayant été atteint par le {ugement qui condamnait s6û père à i'infamii». Ce barbare ne pensait pas que le législateur de rinqrtisition avait oublié d'étendre jusque là la peine des condamnés , et que la loi avait été faite pour le criminel et non pour ses rnfàns.
XXIV. £nGh , il fut cependant décidé que l'on cûlendraît dès ténloins à Saragosse et dans d'autres TÎHes de son ressort : l'effet de cette mesure fut de fortifier lespreuves que l'on avait déjà acquises >, qu'Antoine Ferez n'était pas l'enfant sacrilège de D. Gonzaié ^ ni un descendant de la race des Jdifs ; car ^ sur toul le l'esté , il avait été amplement disculpé par les écri-»> turcs que ses enfans «ivaienl fait valoir, puisque l'avo^ cat avec le seul extrait de la publication des témoi-^ |g;'nages9 et les charges du fiscal fit voir que le* six ou huit de ces articles • dont la connaissance ap^ partenait au Saint-OiBce , n'étaient appuyés que sut le témoignage d'un seul homme ; et qu'en les supposant même vrais > ils n'annonçaient autre chose que Iç désespoir naturel aux âmes aCfligées , et non des •entîmens rédéchis et volontaires. Que n'aurait-il pas dit, s'il eût vu le procès dans ses pièces originales» ai lu celles qu'on avait omises sur cet extrait comme 4rop favoraliles à celui qu'on avait mis en jugement?
XXV. Il paraissait conforme au droit que le iiscal, après avoir vu le résultat des actes , consentit à la Irëvocatîon de la première sentence. Cependant, lorsque Taffâire eut été su^samment insa*uite , il dit, le Il février i6i5^ qu'il venait d'èlrc informé que- les juges allaient appeler leâ consulteurs et porter le jugement définitif, et il demanda qu'il fût différé, parce qu'il se proposait d'écrire un plaidoyer apffuyé sur 4es preuves juiidiq«ies , et d'en donner conrniM*
nication aux consuUeurs. En effet, il le présenta le 1 4 mars; mais cette pièce ne prouva autre chose* que rîgnorance de l'accusateur public , sa fausse logique 9 et Tabus qu'il faisait de propositions isolées , et même des écrivains du Saint - Ofiice ^ dont ropinipii était contraire à la sienne. Cependant comme les juges partageaient son avis 9 ils votèrent, le 16 mars, contre rjnstance des enfans de Ferez. Je suis seulement surpris de lire que les juges furent unanimes dans leur décision, parce que je trouve parmi les consulteurs, le fameux docteur D. Josepii de Sesè , régent de Taudience royale d'Aragon , homme véritablement savant et que ses ouvrages firent persécuter dans la suite.par rinquisition. Il est vrai que ee jurisconsulte n^était que médiocrement versé dans la matière des procès pour cause d'hérésie.
XXVI. Les inquisiteurs ne négligèrent rien pour persuader au Conseil de la Suprême qu'ils n'avaient écouté que la voix de la justice dans le jugement qu'ils venaient de rendre; mais ce tribunal était alors composé de membres diiférens de ceux de 1592 , et capables de mieux voir que les inquisiteurs d'Aragon , que les raisons politiques qui avaient fait poursuivre Ferez n'existaient plus ; il cassa le jugement le 7 avril , en disant , « qu'attendu les nouveaux documens sura venus dans le procès, il révoquait la sentence qui « condamnait Antoine Ferez , et tout ce qui y é(ait c contenu et exprime ; déclarait sa mémoire acquit- • tée ; ses enfans et tous ceux qui en descendraient » rétablis dans le droit de jouir des charges et des « emplois honorifiques , sans que l'acte d'accusation du « fiscal ni ses suites pussent porter atteinte a la pureté de » leur sang ni à Thhnneur de leur descondaoce. • Le
10 du même mois i6i5, le conseil soumit son décret à la sanction du roi , exposant qu'il le croyait juste 9 sauf à se conformer à ce que Sa Majesté aurait ordonné de plus convenable. Philippe III écrivit de sa main sur la marge de celle pièce : Qu'on e^écutù ce qui est contenu dans ie présent décret , puis^ qu'on dit qu'il est conforme à la justice,
XXVII. Le 2 mai, le Conseil de ]a5u/7r^9ne renvoya le procès aux inquisiteurs de Saragosse , avec la résolution qu'il avait prise , en leur ordonnant de s^y conformer pour le jugement qu'ils devaient prononcer en présence des ministres du secret ; d'en donner connaissance aux parties , et acte à quiconque en ferait la demande. Cet ordre du Conseil déplut aux inquisiteurs de Saragosse, qui, fidèles à leurs maximes, en différèrent l'exécution jusqu'au 6 du mois de juin. D. Gonzale Ferez demanda acte du décret de la Suprême , dans un mémoire où il exposa que • son intention était de s'en servir pour publier et rendre notoire Vinnocence de son père e4 la justice qu*on valait de reiidre à sa fnénioire. Cette pièce lui fut remise, et il la (It imprimer aussitôt pour en distribuer les exemplaires. Les inquisiteurs dénoncèrent ceprocédé au Conseil de la Suprême , qui ordonna la saisie de tous les exemplaires qui seraient encore entre les mains de D. Gonzale et chez l'imprimeur, et chargea les inquisiteurs de le réprim?inder pour avoir agi sans la permission du Saint-Oiïice , mais en prescrivant que ce reproche ne fût fait que verbalement. On alla chercher D. Gonzale chez lui, le 9 juillet, pour l'amener
dans la salle d'audience du tribun«d de l'Inquisition; m aïs il était parti, dès le premier du mois , pour Madrid. Les exemplaires trouvés chez l'imprimeur furent sai-
slf) , et il lui fut défendu de jamais rien imprimer cts lelatif aux affaires du Saiot - Office ^ sans en avoir obtenu Tautorisation des inquisiteurs.
XX VIII. te 16 mai i6»6, D. Gonzale retira lespapier.4 originaux dont il avait fait usagé devant le tri-, bunal , et y laissa une copie de chaque pièce qui fut
^certifiée par deux secrétaires^ Il est probable que les. dcscendaiis d^Anloine furent obligés de prouver 9 on ne sait dans quelle circonstance ^ la pureté et la noblesse de leur sang ; car on. trouve dans^ le procès d^Antoine Ferez une note qui prouve que Talteslalîon leur en a été délivrée , en vertu d'un ordre da Conseil de Tlnquisition , daté du 3 juillet i654<.
XXIX. Peut-élre D. Gonzale Père? en eul-il be-. soin, pour solliciter la restitution d'une pension. don| il avait joui depuis son enfance 9 en vertu d'un bref de] Grégoire XllI : elle était imposée sur Tarchidiaeonat d'Alarcon^ dignité de la cathédrale de Cuença^ Le titulaire de ce bénéfice , D. Ferdinand Ëscobar y était un parent d'Antoine y que son père Gonzale avait d'abord placé avec le titre de commis dana la première secrélaii:erie d'état, par considération pour D. Jeanne Escobar, mère d'Antoine. D. Ferdi-» nand s'était engagé à acquitter cette pension sur $a prébende qu'il tenait aussi de la libéralité. d'Antoine ; cependant , lorsque son bienfaiteur eut succombé 9 il oublia ce qu'il devait à sa famille^ et prit des mesures pour frustrer D. Gonzale de sa pension , malgré la détresse des autres enfans et de leur mère dont les biens avaient été confisqués avec ceux de son mari. Cette aflaire devint un pi*ocès considérable , qui fut plaidé à Madrid et à Rome ; il était question de savoir si une pension ecclésiastique obtenue avant
d^t^tre déclaré inhabile , se perdait lorsque cette peine était prononcée. Il était impossible que D. Gonzalefùt condamné ; d'ailleurs si son droit eût été méconnu , il pouvait , pour obtenir justice , tirer parli de la victoire qu*ll venait de remporter , et qui procurait à Dona Jeanne Coello , sa respectable mère 9 la consolation de voir ses enfans réhabilités 9 après avoir soUi^té pendant cinq ans un jugement qui n^eût pas été différé cinq semaines dans les autres tribunaux , ou devant un Ordinaire diocésain.