‹ Histoire critique de l'inquisition d'EspagneChapitre 29 sur 34 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

De plusieurs procès de ^Inquisition dont celui d'Antoine Ferez fut l'origine .

Arttglb premier* Persécution contre pitisieurs personnages^

I. L'affaire d'Antoine Ferez fut rorigîue d'un grand nombre d'autres procès intentés contre des personne» qui avaient pris part aux tumultes du 341^^^ et du :à\ septembre iSqi , ainsi qu'à la fuite de cet illustre espagnol et de son compagnon Mayorini. On leur appliqua les censures et les peines portées dans la huile de S. Pie V, du 1" avril iSGg, destinée à punir ceux qui s'opposeraient à l'exercice du ministère du Saînt-Olfice.

II. Le général D. Alphonse de Vargas entra le 12 novembre 1591 , jdans Saragosse à la tête de son armée; les habitans en furent d'autant plus consternés qu'ils étaient sortis de leur ville pour résister aux troupes royales et pour défendre leurs libertés. Celte expédition parut aux inquisiteurs une occasion favorable pour rétablir leur autorité dans la ville, et on les vit reprendre leurs places avec d'autant plus d'empressement, qu'ils avaient eu moins de pouvoir pendant les mois qui avaient précédé. Le tribunal informa secrètement contre les auteurs de la révolte > quoiqu'il connût les chefs de celle du 24 mai , d'après les déclarations faites à Uadrid , et qu'il fût

par conséquent permis de croire qae les' troubleflf du 24 septembre avaient eu les mêmes instigateurs.

III. Le fiscal du 8aînt-0ffîce porta plainte le 8 janvier iSga , contre tous les rebelles en général^ comme suspects en matière de foi, et il composa une liste des auteurs de la sédition et de ceux qui étaient soupçonnés d'y avoir pris part ; elle s'éleva presque aussitôt à trois cent soixante- quatorze individus qui s'étaient compromis par leurs actions ou leurs discours; on y comptait dix-sept prêtres , quatre moines, deux religieuses 9 quatre femmes 9 quarante chevaliers ou nobles, seize avocats , cinq juges du Conseil du grand justicier d'Aragon , quinze employés subalternes du tribunal même de l'Inquisition, vingt notaires ou procureurs et autres gens de lois, quinze marchands , dix étudians , trente artisans et cent quatre-vingt laboureurs ; ce nombre devint bien plu$ considérable dans la suite.

IV. Les inquisiteurs voulurent en faire conduire dans les prisons secrètes cent soixante -dix , et tout fut disposé pour de nouvelles arrestations à mesure qu'on découvrirait des coupables ou qu'on aurait acquis plus de preuves contre ceux qui n'étaient encore que soupçonnés. Sur ce nombre , cent vingt-trois individus seulement furent arrêtés , parce qu'à Tégard des autres, les uns avaient été déjà conduits dans les prisons royales, par ordre du commandant Yargas, pour être jugés par le docteur Lan z , sénateur de Milan, que le roi avait nommé commissaire spécial pour cet objet, et les autres avaient quitté le royaume, avant qu'on eût pu les at teindre ; il y en avait aussi plusieurs qui n'avaient iprisqu'une part indirecte aux mouvemens et dont le^u-

genient appartenait par droit de prévention au sénateur; ils obtinrent de rester prisonniers dans leurs maisons^ Je vais choisir dans la foule des procédures entreprises contre les révoltés , celles qui me paraîtront plus dignes d'attention , par la qualité et le nom des accusés.

V. D. Jean de Lan uza, grand justicier d* Aragon y non-seulement ne s'était poiut opposé à Texercice du Saint-Ofiice; mais on pourrait encore lui reprocher d'avoir déféré à ses prétentions plus que ne le per« mettaient les privilèges du royaume , dont la défense et la conservation lui étaient confiées. Cependant il eut le sort d'un sujet rebelle , parce que dans la lutte qui s^élait établie , il eut le malheur de n'être pas le plus fort; le serment que le roi avait fait de maintenir les privilèges du royaume', ne lui permettait point d'introduire dans ce pays plus de cii^q cents hommes de troupes. La Députation permanente de l'Aragon , informée que le général Vargas était arrivé à Agreda avec une armée castillanne et qu'il y faisait des dispositions pour entrer dansTarazona et Borgia^ représenta au roi que la tranquillité dont jouissait le pays, rendait cette mesure inutile. Philippe fit répondre que les troupes étaient destinées pour la France. Les Députés écrivirent une seconde fois et parlèrent du danger qu'offrait le passage d'une armée par Saragosse ; on leur répliqua qu'il n'y avait rieu à craindre dans cette opération militaire , et que l'armée ne s'arrêterait dans la ville que le temps néces-^ Sciire pour faire reprendre à la justice l'autorité et Ici, vigueur qu'elle avait presqu'entièremeut perdues par les dernières séditions.

YI. Les Députés d'Aragon ^ après avoir reçu cette

âerfiîère réponse du gouvernement , prirent .Pavis de treize avocats , sur le sens des Fuiras di\ royaume. Les juriËiîonsultes déclarèrent que ces droits étaient violés par l'entrée des t;roupes du roi dans FAragcn ^ et que tous les Âragonais étaient obligés de faire résistance et de Tempéchcr., Des. circQ^^ laires furent adressées à toutes les villes , et on écrlVit à la Députation permanente de Catalogne et de /<^alence pour lui demander les secours stipulé^-par les traités , dans le cas où Tun des pays s^rSii menacé d^une invasion. On nomma pour capitaine général de Tarmée aragonaise le grand jus'icier que la loi du royaume appelait à ce commandement , et il lui fut ordonné de se mettre sur-le-champ à la tête dea troupes. Lorsque les Castillans furent à six lieuca de Sa'ragosse , le grand justicier se trouva avec si peu de monde, qu^il se retira et laissa le passage libre à Tannée du roi y qui entra dans la ville*

YIL Le a8 novembre , D. François de Borgia ^ inarquis de Lombay, ( fifs aîné du duc de Gandia et petit-fils de Saint-François) 9 arriva à Saragosse avec les pouvoirs de commissaire du roi ; il était chargé de traiter avec les Députés permanens et les principaux gentilshommes du royaume , les points où Ton prétendait que les privilèges de la nation avaient été violés. Il y eut quelques conférences qui n'aboutirent à rien , parce que les Députés et leurs assesseurs déclarèrent que les Fueros du royaume ne permettaient pas d'ouvrir des conférences, tant que l'A-, ragon serait occupé par des forces étrangères qui privaient le pays et lu Députation de leur liberté ; que néanmoins on pourrait convoquer les Députée des villes ^lln de recevoir çt d'attiéliorer le traité d^

1 588 y dans ce qui intéressait V appel au peuple pour la liberté nationale ; mais que le roi ne devait point exiger que cette discussion fût entreprise dans une assemblée trop nombreuse.

VIII. Philippe II nomma pour vice- roi le comte de l^orata , qui fit son entrée publique dans la ville , le 6 \lécembre , à là grande satisfaction des Aragonais : le \iee-roi , D. Michel Ximeno , qui était évéque , 8'étaît*t«iîjiré à Téruel , effrayé du danger qu'il venait de courir. Ira joie des habîtans ne fut pas de longue durée : le i8 du même mois, D. Gomez Yelazquez, chevalier de l'ordre de Saint-Jacques et écuyer du prince des Asturies, arriva avec la funeste commission de se saisir d'un grand nombre de personnes , et <ivec l'ordre exprès de faire trancher la tête au grand-justicier d'Aragon aussi-tôt qu'il serait entré dans la ville , afin de pouvoir en donner avis dans sa première lettre. Velazquez mît tant de promptitude à exécuter les ordres de la Cour , que , le 20 du même mois » D. Jean de Lannza n'existait plus. Tout l'Aragon fut consterné à la nouvelle de cette exécution ; car il serait impossible d'exprimer combien le haut emploi que Lanuza avait occupé inspirait de respect aux peuples » surtout depuis plus de cent cinquante ans qu'il était rempli , sans interruption , par des membres de son illustré famille. Beaucoup de gentilshommes , regardant cet événement comme le prélude de beaucoup d'autres semblables, s'empressèrent de quitter leur patrie pour chercher un asile en France ou à Genève ; et ceux qu'une confiance mal fondée avait engagés à rester, ne lardèrent pas à s'en repentir.

IX. Le duc de Villahermosa , comte de Ribagorza» D. François d'Aragon^ ne put échapper à la persécu-

tion , malgré Tavantàge qu'il avait d'être du sauf; royal, et de descendre de Jean II , roi d'Aragon et d« Navarre , par le fds de ce prince D. Alphonse d'Aragon , maître de Calatrava. Dans le procès que les in** quîsiteurs entreprirent contre lui , aucune déposition ne constatait qu'il eût empêché l'exercice du tribunal pendant le^ deux insurrections , ni qu'il eût pris la moindre part à la révolte : seulement , le docteur Jean- François Torralba', lieutenant du grand-justicier (qui avait été dépouillé de sou emploi en vertu d'un arrêté des dix-sept jurés du royaume, à la suite des plaintes graves que Ferez avait portées contre lui) , prétendit que le duc était, par la nature même de son sang, ennemi et opposant du Saint-Tribunal, parce qu'il des- * cendait de juifs brûlés ou pénitenciés ^ par Estengua Conejo , femme juive , qui prit , lorsqu'elle fut baptisée f le nom de Marie Sanchez , et fut ensuite la concubine^ ou la femme de D. Alphonse d'Aragon , premier duc de Yillahermosa et aïeul de celui qu'il dénonçait. Torralba exposa , dans le plus grand détail , les preuves de tout ce qu'il venait d'avancer. Lorsque les habitans de Saragosse résolurent de s'opposer à l'entrée de l'armée castillane dans leur ville , le duc s'était pr^enté au grand-juge et lui avait offert, comme bon Aragonais, ses services pour la défense commune.

X. En lisant aujourd'hui de sang froid les détails de son procès, on n'y trouve pas la moindre apparence dm crime ; car les lois du royaume imposent à tout Aragonais , en état dé combattre , le devoir de prendre les armes pour la défense des privilèges lorsqu'ils sont attaqués. Les jurisconsultes avaient décidé que l'entrée d'une troupe étrangère dans la ville , mettait le peuple dans le cas d'une légitime insurrection. Les

k)téput^s avaient admis cette doctrine et ^ait uà appel au grand- justicier y aux gentilshommes et aux villes; 'en forte que cette résolution imposait au duc le devoir d'obéir comme les autres. On fit passer pour un crime d^avoir pris les armes contre le souverain ; cependant ' la constitution - politique du royaume avait prévu le cas 9 et la chose était non-seulement permise, mais encore commandée^ Dans les siècles précédens, le grand-justicier avant de prêter serment au roi, lui disait , au nom de la nation : Nous qui valons autant fjuc vous, €t qui pouvons plus que vous, nous vous faisons notre Roi, à condition que vous respec^ terez nos Fueroè ; sinon > notu Un autre article portait -j que si le roi violait les privilèges , la nation pourrait en élire un autre , qifand même il ne serait pas chrétien. Les Aragonais avaient usé> jusqu^à un certain point , de 'ce droit plus d'une fois , soit en imposant des conditions au roi Pierre I V^ soit en refusant Mathieu, comte de Foix, mari de la fille aînée de Jean r% et mettant à sa place Martin ^ frère de celui - ci ; ou en offrant la couronne à Ferdinand I, fils de sa sœur , plutô t qu'au comte d*Urgel, son parent en ligne masculine*

Xr. Cependant , le commissaire royal ne s'en tînt pas au procès que l'Inquisition faisait au chic de Villahermosa ; il le fit arrêter, le 19 décembre » pour se conformer aux ordres qu'il avait apportés de Madrid; il l'envoya en Castille au 'mépris d'une autre disposîUon du Fuero ; et le duc subit la peine ca-» pitale à Burgos, comme convaincu de trahison envers son souverain ; ses biens furent confisqués et le roi nomma au duché vaquant par sa mort , celui qui avait droit à sa succession.

XII. Le comte d^Aranda , D. Louis Xîmenez dé Urrea , fut airété le même jour que le duc de Villahermosa , c^esl- à-dire le 19 du mois de décembre ; il mourut dans la prison du bourg d^Alaejos^ le 4 «^oùt )592, échappant parla rigueur même de la fortune, à la mort qui Tattendaît sur Téchafaud. Il résulte du procès que lui fit Tlnquisition , qu'aussitôt qu'Antoine Ferez fut entré dans la prison du royaume, il se dé-* Clara son protecteur, pour remplir rengagement qu'il avait pris à Madrid avec Doua Jeanne Coello sa femme ; qu'il était un des principaux instigateurs des mouvemens populaires de Saragosse , et qu'il avait influé sur l'avis des avocats , qur déclarait illégal et contraire au 'Fuero^ l'acte par lequel Ferez avait été mis une seconde fois entre les mains de l'Inquisition; enfin, qu'il avait également pris part aux dispositions militaires faites dans la ville pour repousser les troupes du roi. D. Diègue Fernandez de Heredia déelara que le comte et Antoine Ferez avaient conspiré contre les )ours du marquis d'Almenara : cette circonstance n'est pas prouvée dans le procès de l'Inquisition, quoique D. Diègue eût découvert les complices, et appris que le coup n'avait manqué que parce que lui-même avait changé de résolution au moment de s'acquitter du devoir de la communion pascale , en détournant un dos assassins de commettre le crime. On ne trouve point ses dépositions dans les pièces du procès, mais il assura qu'il avait déjà tout déclaré devant le sénateur Lanz , pendant qu'il était dans la prison de ce magistrat. Au reste , laissant à part tout ce qui regarde cette conspiration , si les autres circonstances formaient la matière d'un délit, pourquoi Fhilippe II après le premier tumulte , lui ordonna-t-il de prêter secours aux

autorités pour faciliter la translation d*Ântoine Ferez? Pourquoi après Tiusurrection du a4 septembre , le roi lui écrivit-il une seconde fois pour le remercier d'à-* Voir bien rempli sa mission ? Qui ne serait indigné de voir un monarque puissant tromper ses sujets et cher-» cher à les punir par des moyens de surprise aussi contraires à sa dignité ?

XIII. Le comte de Morata , D. Michel Martinëz de Luna, vice-roi d'Aragon 9 fils du comte D. Pierre, fut dénoncé devant le Sa int-Office, après Tinsiirrection de Saragosse. D'aprèsPinstruction du procès 9 il avait blâmé la conduite du tribunal à Tégard d'Antoine Ferez ; celle des lieutenans du grand justicier, qui avaient exécuté les ordres des inquisiteurs , et approuvé l'événement qui les obligea de le faire ramener dans la. prison du royaume. Quelques témoins supposèrent qu'il était un des principaux chefs de la première insurrection , mais qu'ayant appris ensuite que Fhi-^ lippe II avait dit que Ferez était un ministre infidèle , il cessa de le défendre. Il y a certainement ici une erreur historique ; car la déclaration dil roi sur l'infidélité du ministre , est du mois d'août 1 Sgo , d'après l'acte par lequel Sa Majesté abandonne la poursuite du procès relatif à la mort d'Escobédo , et le* mouvemens de Saragosse arrivèrent au mois de mai iSgi. La révolution qui s'était opérée dans l'esprit de Martinëz de Luna , devait avoir un autre motif. Quelques circonstances de son procès prouvent qu'il fût informé de ce qui se passait à Madrid dans le Conseil chargé des affaires d'Aragon ; il prévit sans doute que les suites en seraient sérieuses , et c'est c« qui l'obligea à changer de système.

XîY« Èa effet ^ le toi le nomma vice-roi d^AragOtl en novembre iSqi 5 et Tîtiquisition supprima Hild-^ tracdon préparatoire du procès et le décret d'emprl-* lounement qu'elle avait déjà porté contre lui 5 commd ennemi du Sainl-Oiiice. Je ne crains pas d'assurer que dans le système des inquisiteurs ^ le comte do Morata était plus coupable qu'un grand nombre da malheureux paysans qui furent déshonorés dans TautOHia-fé du mois d'octobre 1592; mais ceci ne doit pas surprendre 5 parce que suivant le mot espagnol | 9i veut 4e roi , si veut ia (oi {i)» La, bulle d'exconimu-> nication de S. Pie Y semble dépendre dans ses effets de la volonté des inquisiteurs 5 d'après les principes poli-< tiques que nous observons ici* Le tribunal était saisi d^une autre information contre le comte 5 depuis l'année 1677 f dont le sujet était quelques propositions! tnal-sonnanles; mais la faiblesse des preuves n'avait pas permis de lui donner aucune suite«

XV. Malgré l'iiidulgence que les inquisiteurs m<m« trèrent pour le comte , on s'aperçut pendant tout le temps qu'il fut vice-^roi 5 qu'il. n*^é tait pas dévoué à leuv^ . paiti* Son indifférence fut cause que le fiscal eut la hardiesse de porter plainte contre luij le y décembre 1592 j et de demander qu'il fût décrété d'empriSou-< nement : il fondait son réquisitoire sur ce que l'iûqiiisiteur général Quiroga ayant publié ^ le 23 noVem-* bre , le dernier édtt de grâce en faveur de tous le» coupables qui n'avaient pas été arrêtés ^ afin qu'ils fussent absous des censures ^ et cette pièce ayant été communiquée au comte avant sa publication , il en

(i) Alla van leyc» doquiercu reyes^

avait parlé avec mépris , en disant qa^elle était impers tinenle , inutile et ridicule. Le fiscal présenta ce pro* pos comme nn signe du peu de cas que le vtee-i-oî faisait des censures dans lesquelles il prétendit que le comtp était tombé lui - mdme comme le principal coupable dans la première révolte , ce dont il offrait de fournir les preuves rafin de donner plus de poids à son accusation , il raconta que lorsque Tédit e ût été solennellement publié dans la procession , ( où lui-m^îme portail la bannière de la foi avec les deux consulteur» mieer Pueyeet micer Clabero, conseillers deTaudience royale 5 qui lui servaient d^acolytes ) le comte de Morata leur adressa des reproches sur ce qu^ls venaient de faire , en disant que cette publication n'aurait pas dû avoir lieu sans sa permission. Les deux conseillers lui répondirent qu%)n n'y avait rien perdu 5 à cause du grand respect dont le tribunal était environné ; à quoi le comte avait répliqué qu'il ne Tétait pas autant que celui de Taudieuce royale ; ce qui prouvait , suivant le liscal 5 sa haine pour Tlnquisition.

XVL II est certain que sans sa qualité de vice-roi d'Aragon , le comte de Morata D. Michel Marliuez de Luna, n'eût pas échappé à la vengeance des inquisiteurs. Lorsqu'il eut quitté sa vice-royauté , le tribunal n'était plus occupé par les mêmes hommes , et celte affaire était trop peu importante et trop ancienne pour attirer Fattenhon de leurs successeurs. L'opinion du comte sur la cérémonie qu'il avait blâmée, était fori )uste , puisque cette grâce ne fut accordée quelorsque rii)(juisition eut fait célébrer, le 20 du mois d'octobre, un auto-da-fé des plus solennels, où elle relaxa i&oixanle-dlx-neuf habilans de la ville , et condamna

à riiifamie de fait un bien pliis grand nombre ië personnages pleins d'honneur , sous prétexte de leë absoudre publiquement des censures ; outre qu'elle excepta du pardon ceux des prévenus qui avaient été déjà mis en prison.

XVII. Après avoir fait périr le grdrid justicieif du royaume^ le duc de Yillahermosd et le comte) d'Aranda , le roi accorda un pardon général $ l6 &4 décembre 1692 ^ en exceptant néanmoins plu-« sieurs individus comme ayant excité et dirigé lâl séditioué Ces exceptions furent extrêmement nooibreuses. On trouve cependant parmi les amnistiés ^ i). Jean de Moncayo Aragon/, beau-frère du comté de Sastago; D< Joseph d'Aragon ^ cousin du duC àe Yillahermosa ; Di François d'Altarripa et Alagon^ baron de Stuertos; D< Martin £spés> baron de LagilHà^ député du royaume ; D» Godefroy Bardaxi ; D. Diègu6 de Heredia j chevalier de Tordre de Saint-Jean , frère du justicier des niontagnes de Jaca; D. Jérôme soii ftutre frère ; D. Michel de Sese ; D. Louis de Gurrea } p. Pierre et D. Fi*ançois Fernandez de Hijar , de la maî-f 80U du duc de Hijar 9 et beaucoup d'autres chevaliers moins connus >. outre un grand nombre de coupables qui n« s'étaient pas montrés à la têt« des révoltés ni signalés par aucun meurtre. Cette disposition sauvai la vie à plusieurs milliers d'habitans du pays , pai*mi Lesquels on petit en comprendre au moins mille 'de Saragosse ; des circonstances atténuantes permirent «n«uite de faire grâce du dernier supplicie à tous ceux 4|u'on avait exceptés du pardon générAl > et de les soumettre seulemetit à d'autres peines moins sévères* XVIIL Le baron de Barboles D. Diégue Fernan- 4ëz de Heredia ^ frère et sii«eess«ur présompiii' êa

D. Charles, comte de Fuentes 9 Grand d^Espague f devait être arrêté par ordre de l'Inquisition , comme coupable de 's*ètre opposé au ministère du Saint-* Office. Mais, il le fut avant par ordre du général Targas , invoqua le Fuero du royaume , et fut conduit dans la prison des Manifestados , d*oii il sortit le 9 octobre 16929 pour avoir la tête tranché» par derrière , comme coupable de trahison. Il avait fait plusieurs déclarations devant le sénateur Lanz , et on en communiqua aux inquisiteurs ce qui pouvait servir au procès d'Antoine Ferez ; on l'avait déjà interrogé deux fois , comme témoin du procureur fiscal , danslaméme affaire 5 et il avait déclaré dans ces deux circonstances, un grand nombre de faits qui prouvaient que lui-même avait excité le soulèvement du peupleet entretenu l'insurrection avec le comte d'Aranda et plusieurs autres chefs , et qu'il s'était engagé dans la révolte , afin de tuer )e marquis d'Almenara ; mais que ce projet lui ayant Inspiré un remord salutaire , il avait révoqué les ordres qui avaient été donnéik pour son exécution : cependant, quelques témoins de riuquisition déposèrent que le 24 mai on Tavait vu sur le chemin de la prison , animer les assassins qui frappaient le marquis d'Almenara. Le baron de Barboles avait aussi déclaré qu'il était l'auteur principal de la plainte portée par Antoine Ferez devant 1« juge ordinaire de Saragosse , contre le secrétaire , 1% majordome et Técuyer du marquis d'Almenara et plusieurs autres personnes , qu'il accusait d'avoii' suborné par ordre du marquis , divers témoins de l'information reçue par le Saint-Office , dans U mois de mars 1691, pour leur faire déposer contre Antoine Ferez plusieurs faits dont les inquisiteurs

araient besoin , et dont la connaissance leur appartenait ; qu'ij^ 'avait également provo({aé et dirigé des tentatives et des efforts multipliés pour trouver des témoins qui confirmassent par leurs déclarations les articles portés dans la plainte , et qu'il avait déposé lui-m^me ce qu'il n'avait connu que par le rapport de l'agent d'Antoine Ferez.

XIX. Il existait, dans le tribunal de l'Inquisition , une autre enquête contre D. Diègue; elle avait été reçue pendant ie$ mois d'avril et de mai de 1691 ; il y était signalé comme ayant fait usage de la nécromancie pour découvrir des trésors 9 et comme ayant envoyé des chevaux en France.

XX. Le juge Torralba déposa qu'il avait entendu dire que D. Diègue avait été arrêté par ordre de l'Inquisition de Valence 9 pour avoir caché un Mauresque qu'un alguazil cherchait 5 par ordre de l'Inquisition , pour l'arrêter et le conduire dans ses prisons; il ajouta qu'on ne devait pas s'étonner que D. Diègue fût l'ennemi du Saint-Ofiice , parce que quoique sa famille n'eût pas été souillée par Te sang juif, cet avantage n'appartenait plus à ses enfans , sa femme 9 la baronne d'Alcaraz , étant de race juive par la ligne féminine des Serras de Catalogne 9 qui avaient été juifs ; et que la preuve en existait non-seulement dans plusieurs procès- criminels intentés contre cette famille 9 mais encore dans le livre vert d' Aragon j écrit par Micer Manente.

XXI. Philippe II voulut prouver au comte de Fuentes que s'il faisait punir les coupables 9 il savait récompenser les sujets fidèles ; il le nomma gouverneur et capitaine général des Pays-Bas, dont le commandement avait été entre les mains d'Alexandre Far-

ttèno, duc souveroin de Parme, neveu dû rôi^ lequel V<;nait de mourir.: Le comte n^aimait pas Antoine Perez f qu*il regardait comme la cause des malheurs du baron de Barboles; il n'est donc pas surprenant qu'il prit une part très-active au complot qui fut formé à Londres contre les jours de Tancien ministre. Cette tentative n'ayant pas réussi y deux conjurés furent jugés ctmis à mort, à la demande dû procureur fiscal anglais, à qui la reine Elisabeth avait ordonné de faire poursuivre les auteurs de ce complot. Les détails de cette affaire se trouvent dans les Reiatians d'An** loine Perez.

XXII, Le baron de Purroy, D. Jean de Luna^ Itoembre de la D^^putation du royaume pour la no- > blesse, subit le môme sort que le baron de Barboles» avec cette différence que le bourreau lui trancha la tète par devant. Son exécution eut lieu le même jour que celle de Barboles ; son principal crime était d'avoir eu beaucoup de paii aux deux révoltes des habitans de Saragosse , aux efforts qu'on fil dans cett« ville pour s'opposer à l'armée royale, et aux invitations que les Députés adressèrent aux représentans de la Catalogne et de Valence, pour leur demander des se* cours COR tre celui qu'ils appelaient l'ennemi commun. Quant à ce qu'il avait fait contre l'Inquisition, outre . ce que j'en ai déjà rapporté , on prouva que D. Jean de Luna était la cause des résolutions prises dans le comité delà Dépu talion , pour défendre avec vigueur, à Saragosse , à Madrid et à Home , Tindépendance de la prison des Manifestados , contre les prétentions des inquisiteurs ; pour faire adopler la mesure qui bornait leur juridioUon au seul crime d'hérésie, et leur ôter la çonn(us3{inct des faits pour cause de révolto

eu de tout autre délit semblable , dont îU entreprenaient de connaître, sous prétexte qu'on y trouvait des hommes qui avaient voulu s'opposer à rexercice de leurs fonctions; ces sortes d'affaires devaient être Jugées, disait-il 9 par une junte de trois é'vêques; enfin , D. Jean de Luna était coupable d'avoir contribué à la subornation des témoins qui furent examinés par le corrégidor de Saragosse , à la demande d'Antoine Ferez , contre ceux qui avaient été entendu» dans Vcrufuéte des inquisiteurs. D. Jean était jurisconwilte , et cette qualité lui donnait une grande prépondérance dans les délibérations du comité de la Députatlon permanente.

XXIII. Le baron de Biescas D. Martin de la Nuza, seigneur Hle Sallen et des villes de la Vallée de Tena^ se réfugia en France; mais ensuite il rentra en Espagne, espérant échapper à la sévérité du gouvernement et aux recherches des inquisiteurs. Il fut arrêté dans Ja ville de Tudèle de Navarre , par ordre du général Yargas , et il eut la tête tranchée. Il est établi dans 4e procès qui fut fait par Tluquisition, qu'indépen-o damment de tous les crimes commis par les autres révoltés, le baron de Biescas s'était encore rondu coupable en recevant et en cachant dans sa maison , Antoine Perez jusqu'au moment oii il avait p\\ se retirer en France ; d'ailleurs il avait pénétré avec un corps de troupes béarnaises dans la vallée de Tena et sur d'autres points du territoire espagnol des Pyrénées 9 en disant qu'il ne poserait les armes qi^'après avoir chassé l'armée Castlllanne du royaume d'Ara-i gon et vengé la mort de son parent D. Jean de la îfuza 9 grand justicier.

XXiV. Les autres Espagnols condamnés à^ mort

par le iënateur Lanz, furent D. Michel Gutrea, eou*- 6in du duc de Viliahtfrmosa, P. Martip de Bolea^ baron de Sietamo ^ D. Antoine Ferriz de Lizana , D« Jlean d'Aragon, beau-frère du comte de Sastago» f rançois Ayerve ^ Denis Ferez de Saiut^Jean et plu*flieurs autres gentilshommes moins connus , outre des laboureurs et des artisans qui avaient commis des meurtres pendant la sédition. Parmi ces derniers se trouvait Jean de Michel, exécuteur des hautes œu** vres ; il fut pendu par son aide , qui lui succéda.

XXV. Le sénateur Lanz condamna aussi à mort 4*autres révoltés qui n'échappèrent à. Téchafaud qu'en se retirant en France ou à Genève ; tels furetit P, Jean de Torrellas Bardaxi, gendre du comte de $astago,'D. Pierre de Bolea, cousin du comte de Fuentes et aïeul des comtes d'Aranda ; D, Philippe de Casiro-Cervellon de la maison des comtes de Boil; D» Pierre de Sese , fils de D. Michel , et père du régent D. Joseph, baron de Cerdan; D. Ivan Cos* con, D. Jean d'Augustin, D. Denis de Eguaras, Michel de FoncMllas , Gil Ibanez de Urroz , Jean de Gracia , capftaine de la garde de la prison du royaume; Jaime d'Urgel, Gil de Mcssa, Manuel Ponlope, et Jérôme Vallès , secrétaire de l'Inquisition. Tous ces Aragonais et beaucoup d'autres gentilshommes du pays que je ne nomme point , restèrent exilés jusqu'à la mort de Philippe II. Son successeur Philippe III leur permit de rentrer dans leur patrie, et annulla tous les articles des jugemens et des peines d|ms ce qu'ils pourraient avoir de contraire à l'intérêt des familles de ceux qui avaient été exécutés; le roi dédarant ^ue personne n» s* et ait rendu coupable d^ trahi-' êQ^\ cnvi^rs V4tàt, et qu'U reconnaiamit f/ue cfmcun

s'était cru oiligé de défendre les droits de sa pa» trie,

XWI. La cruauté des inquisiteurs ne fut point assouvie par les exéeutfons dont je viens de parler, et le nombre des victimes qui devaient périr le ao d^octobre, ne leur parut pas assez grand. Ils exposèrent au Conseil de la Suprême qu'ils n'osaient de^ mander au général Vargas les prisonniers , quoique leur affaire dût être mieuT entre les mains de l'Inquisition : que cependant il leur semblait utile qu'on leur remit au moins la personne du baron de Barboles, parce que son supplice effrayerait beaucoup plus les coupables , s'il était livré par l'Inquisition à la justice séculière. Le Conseil de la Suprême rejeta la demande des inquisiteurs.

XVII. Le refus que les ministres de rinquisition venaient d'éprouver ne les empêcha pas de retenir dans leurs prisons des hommes d'une naissance illus^ tre; tels furent D. Diègue de Heredia^ chevalier de l'ordre de S. Jean de Jérusalem, cousin du baron de Barboles ; D. Vincent d'Augustin , prieur de l'église métropolitaine 9 frère de D. Jean, condamné à mort; D. Jérôme Gamir, et D. Pierre Torrellas, chanoines du même chapitre ; tous ces Aragonajs appartenaient à la première noblesse du pays. Les inquisiteurs avaient aussi lancé des mandats d'eniprisonnement contre D. Galacian Cerdan , qui avait été corrégidor l'année précédente ; contre D. Antoine Bardaxi, baron de Concas; D. Rodrigue de Mur, baron de la Pinilla; D.. Denis de Eguaras; contre les prélats des couvens des minimes et des trinitaires, et plusieurs autres prêtres. Des femmes avaient été aussi l'objet de leurs proscriptions, entr'autces D. Q^

ronime d^Arteaga, femme de Michel de Foncilla« dont j'ai parlé, et deux religieuses des couvens de Ste Fol et de Ste Inès.

Artîcxe IT.

Amnistie accordée par ('Inquisition , et anecdotes particulières qui en furent (es suites.

I. Les inquisiteurs ayant publié Tédit de grâce , il se présenta plus de ciuq cents personnes qui demandèrent Tabsolution des censures qu'elles avaient pu encourir à Toccasion des événemens qu'avait causés

. l'aiTaire d'Antoine Perez ; elles promettaient avec serment de s'employer pour, le sei^ice de la Sainte Inquisition , toutes les fois qu'il serait nécessaire.

.Chaque postulant confessa l'espèce de péché qu'il avait commis , ce qui nous a fait connaître des

.détails presque plaisans.

II. Marie Ramirez , veuve de Melchior Bellido, déclare qu'en voyant conduire à l'Inquisition Antoine Père?, elle s'écria: pauvre malheureux! après Vavoir laissé tant de temps dans les prisons ils ne l'avaient pas encore trouvé hérétique !

III. Cristobal de Heredîa, domestique de la comtesse d'Aninda , confesse qu'il a désiré qu'Antoine Ferez se tirât d'affaire.

IV. D\ Geronime d'Arteaga, qu'elle a fait une ,petite quête auprès de quelques per senties ckarita-blés pour venir au secours d'Antoine qui ne pou^ vait jouir de son bien,

V. Louis de Anton, qu'il a été le procureur de Ferez et qu'il a fait plusieurs démarches pour le servir.

Vï. Martine de Alastuey, veuve d'Antoine AjnoK^ çu'eiic préparait dans sa maison ie manger (VAn-^ toine Ferez et que son fils Antoine de Agnoz » domestique du prisonnier , ie iui portait dans sa prison.

VII. D. Louis de Gurrea demande i' absolution $eulem&nt pour rassurer sa consciences car elle ne iui reproche rien,

VIII, D. Michel de Sese, la réclame aussi pour appaiser des scrupules.

• IX. D. Martin de Espes , baron de la Laguna, membre de la Députation du royaume pour la no-^ blesse , confesse que dans ie comité des représen-' $ans, il vota pour te recours au pape , au sujet de ia déciaration du traité fait avec le Saint-Ofpce, que Sa Sainteté avait confirmé,

X. Le docteur Murillo, qu'i/ a visité Antoine Ferez dan^ sa prison, pendant qu'il était fna^ iade.

XI. Marie Garcia , femme de Gil Ibagnes do Urroz , qu'étaâit marchande de plomù , de halles et dé poudre , elle en vendait à ceux qui venaient en acheter j soit de ia part des inquisiteurs pour le service du château d* Aljaferia , soit pour les gens qui marchaient contre l'armée Castillanne,

XII. On voit que beaucoup de ces prétendus péchés ne sont que des choses ridicules, par l'importance même qu'on leur donne ; que d'autres sont de véritables œuvres de miséricorde ; or, s'il n'en faut pas davantage pour encourir les censures de l'Inquisition , et si tout cela peut être la matière d'une Absolution f il est évident que le fiscal devait dénoncer comme suspect d'hérésie y le vice-roi, comte de

Morata 9 qui n*avait pas demandé Tabsolution da p^ché qu^il avait commis en prenant une part activa au mouvement excité en faveur de Pcrez.

XIII. L'histoire du même procès présente des circonstances entièrement opposées à cet esprit ignomi* nieux et rampant de scrupule et de pusillanimité.

XIV. Le docteur D. Grégoire de Ândta , vicaire de la paroisse de Saint-Paul, apprenant qu*nn prêtre avait refusé l^absoluliou à plus de deux cents personnes » parce qu*elles ne s'étaient pas fait absoudre des censures après la publication de la bulle du pape S. Pie y 9. ne put s'empêcher de dire : Ce prêtre est un ignorant. Que ces gens-ià viennent à mot et tous ceux qui ont été dans ia révolte; je les absoudrai de tous leurs péchés avec plaisir et sans craindre un seul instant de telles n\esures..y.SL hardiesse du vicaire le fit arrêter et il fut conduit -xlans les prisons secrètes : beaucoup d^autres partagèrent son sort , entr'auti<?s les personnes que je vais nommer, et pour les propositions suivantes.

\ XV. Hippolîte Ferrer , pour avoir dit que si un prince des Asturies se présentait dans l'assemblée des Certes d'Aragon , pour être reconnu successeur du roi , et recevoir le serment de fidélité de la nation , il ne le prêterait que dans le cas où le prince jurerait préalablement de faire cesser le mal que les inquisiteurs faisaient tous les jours.

XVI. Jean de Cerio, familier du Saint - Office , parce qu'ayant entendu dire que les Aragonais ne devaient pas souffrir plus long-temps l'Inquisition , il répondit : « Quant à moi , ils peuvent bien mettre « le feu à la maison , aux prisons, aux papiers et brû« « 1er même les inquisiteurs; je n'aurai rien à dire, •

XVII. Jean de Villacampa, prêtre de l'église métropolitaine , pour avoir dit un jour, u Vive Dieu ^ c c'est une injustice d'en agir ainsi avec Antoine Pe « rez; j'ai vu un soir 5 au commencement du mois « de mars dernier, le marquis d'Almenara et l'in- « quîsiteur Molina, travestis, parcourir les rues do « Saragosse , pour chercher des témoins qui dépo*- • sasseni devant l'Inquisition contre Antoine Ferez, n

XVIII. Gaspard de Segura , apothicaire de Sa« ragosse , pour avoir fait la réflexion suivante , sur la irévolte de celle ville. « L'événement a été miraca-

« leux : Dieu a pris en main sa propre cause , et n'a « point voulu permettre qu'Antoine Ferez fût victime M des faux témoins^ » Un homme qui venait d'entendre Gaspard , lui répliqua ; « Que ceux qui étaient c morts dans celte circonstance , pour la défense d% « rinquisition , étaient plus heureux que les autres c qui avaient péri sous l'anathème de Texcommuni- « eatiou. = Quelle sottise, (dit l'apothicaire) est- « ce que la Sainte Trinité peut approuver des excom* « muuications lancées par des juges qui se laissent c aller à des mouvemens de l'ame aussi criminels ? »

XIX. Un frère Iriuitaire qui, apprenant que leè Castillans voulaient réduire les Aragouais et anéan^^tir leurs privilèges, osa dire : « Si^JestLS-Christ était « Castillan , j& ne croirais pitis en lui* » '

XX. Mai-c de Plenas, laboureur^ parce que pressé d'aller demander grâce à l'Inquisition d'avoir pris part à l'affaire du 24 septembre, il s'écria : € Quoi! « Vous me conseillez d'aller demander grâce devant « l'Inquisition ! j'aimerais mieux avoir affaire à tous « les diables de l'enfer. J'irai parler au pape. >» On lui fit observer que Sa liai«leté refuserait d« l'eatendrtt.

puisque c'était elle-même qui avait établi la puissance de rioquisition , et il répliqua: • £h bien l je n*ai « rieu à démêler avec de pareils hommes; qu'ils « viennent méprendre.» Plenas n'attendit pas long^ temps, et il paya cher son imprudence^

XXI; Martin Giraldo qui 9 se trouvant le a4 niai avec beaucoup d'autres révoltés sous les armes aux portes du château d'Aljaferia^ avait Crié aux inquisi*^ teiira qu'il aperçut sur Une terrasse : « Vilains « Castillans 9 hypocrites > seuls hérétiques qu'il y ait « au monde 5 rendes la liberté aux prisonniers , ou c vous allez mourir dans le feuf-coaune vouvy faites c mourir les autres. »

XXII. Alichel I3rgel, procureur de l'audience toyale , avoua qu'après avoir entendu la déclaration des quatre conseillers ^ d'après laquelle la remise des prisonniers entre les mains de l'Inquisition , était une vioiation des Fuiras ^ il avait dit : o II faut se mo- € quer des lettres des inquisiteurs ; et si le roi les « soutient, il n'est qu'un tyran ; débarrassons-nous ■ de lui , et élisons un roi natif d'Aragou , puisque c lions en avons le droit. »

XXIII. Pierre Guindo, apprenant que le général Yargas s'avançait sur Saragosse avec une armée ^ dit : c Les montagnards de Jaca nous aideront à lui c barder les* chemins. Des Aragonais, comme nous ^ « se laiss^ont-^ils réduire par un traître qui a vendu le t Portugal ? pas même par un roi qui est plus excom- «I munie que Judas ; puisqu'il est parjure à l'égard t de nos di-oits que le pape veut qu'on respecte, sous c peine d'excommunication. Nous serions mieux avec t Vendôme en Aragon , et les Navarrais seraient mieux t aussi dans la Navarre que le Castillan a volée^ »

XXIV. Gîl de Messa , noble Aragonais ( qui fut ensuite geutilhomme de la chambre du roi Henri IV^ et Tun de ceux qui se doDuèrent le plus de mouve^ ment en faveur d'Antoine Ferez 7. en exposant sa vie à chaque instant au mépris de tous le» dangers dont il était environné ) dit à un de ses amis qui lui ro« prochait sa témérité : « J*espère que personne^ ne

c me rompra les os , car je porte sur moi un ç papier qui m'a été donné par un carme italien., « et sur lequel est écrite cette promesse de l'Ecriture « Saiiite« Os non coniminuetis ex eo » < Si ce bon gentilhomme fût revenu de Paris à Sarogosse avec sou talisman , il aurait pu le mettre à l'épreuve 9 car le sénateur Lanz l'avait condamné à mort, et les inqai<" siteurs à la relaxation.

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