XXV. Jean de Salanoba avait osé s'eisprimer ainsi
avec un familier de l'Inquisition , en apprenant que
les inquisiteurs enverraient Peinez à Madrid, si on
pouvait le prendre. « Dites à l'inquisiteur Molina
« qu'il se prépare à mourir ; car si la chose arrivtii,^
« je veux le tuer de ma propre main ^ quoiqu'on doive
« me pendre: et le roi qu'à-l-il affaire à nous envoyer
f des inquisiteurs castillans ?- Nous allons v6îr ce qu'il»
c veudent faire tt on y meitra ordre. *
XXVI. Pierre de Ségovia qui, à Poccàsion du tumulte arrivé le 24 septeoàbre , avait tenu le propos suivant : c Si on m'avait cru , l'inquisiteur Molina sef rait dans la. prison de Ferez, et fort heureux encovd « de n'être pas plus mal, car cet infâme mérite la ç mort. »
XXVU. Antoine de Agnoz, familier àvi Suint-Office , pour avoir osé dire, en parlant des résultats de lA. )ourttée du ^4 ^^^ ' Voyez comme Pieu est bon l q^i
{ 4oo )
« à ftauvé rinnocent? Antoine de la Alarolnitf, faùX « témoin de i^enquéte contre Antoine Perex e^ « mort , et j'ai appris qu'il a fini^ comme un enragé c et en reniant Dieu» Voilà ce qu^ett devenu cet « homine qui protégeait en père les filles dans leurs B^ c Yoilà les témoins qu'il faut à cette Inquisition qui t se fait appeler Sainte* Il est évident que Moliua as^c pirait à une mitre; il Taltendalt comme récomc pense. . . • et ce coquin de Torralba qui Faidait à tf trouver de faux témoins 5 le voilà sans emploi^ banni a du royaume. Qu'est devenu aussi Tinfame marquis « d'Almeuara? Il est descendu au fond des enfers; « la voiture qu'il avait prêtée pour conduire les pri^ c souniers dans les cachots de l'Inquisition 5 a servi t pour transporter son cadavre à Madrid; Dieu m c montre , il défend sa cause.
AftriGLB III.
Histoire de Jean de Basaréte , et d'autres pet"
sonnes.
I. Jean de Basante^ professeur de grammaiie lutintf et grecque à Saragosse , fut aussi persécuté par Tln-^ quisition , parce qu'il avait été l'ami de Ferez dans la prison des Manifestados : mais il méritait une partie du mal qu'il eut à souffrir^ pour avoir trahi la confiance de Ferez y par des révélations que de vains scru-* pules lui avaient fait faire » et auxquelles la perfidie n'avait pas eu moins de part. Il fut interrogé le lar mars 1 59a devant l'Inquisition ^ après avoir été cité par Diègue de Bustamante. Il parla dans cette circons-* tance avec sincérité et sans mauvaise intention j aussij
( 4oi )
malgré tous les efforts de rînquisîleur Molina, il ti6 fit aucune déposition grave contre Ferez ; il rappela seulement 9 comme étant de lui, la proposition déjà qualifiée par jaquelle il avait paru dire que Dieu dormait ; encore Basante avait-il cherché à atténuer Tinculpation faite à Taccusé. Ct^pendant, le 27 no* vcmbre pendant qu'Antoine Ferez était à Pau et l'armée castillanne à Saragosse, il écrivît au tribunal des choses que personne ne hiî demandait et qui prouvent qu'il avait tenu une conduite infâme avec Ferez depuis le milieu de septembre , et qu'il attendait alors le prix de sa trahison : il dit que comme Ferez ne lui cachait rien, il lui avait parlé du projet de limer U grille de sa prison, mais il se gardait bien de dire qu'il Tavait aidé lui-même en cela, ainsi que Thomas Ferez de Rueda ( qui avait aussi mis la main à l'ouvrage) le déclara lix6 janvier 1692. Basante ajouta que loiîwju'il n'y avait plus à limer que l'épaisseur d'un couteau , il lui vint des scrupules ; qu'il se sentit troublé» et s'adressa à son confesseur le père Roman , jésuite t qui lui demanda son consentement pour en parler au recteur et aux pères Escriba et Garces*
II. Les quatre prêtres décidèrent qu'il fallait en fair# part au Saint Office. Le père Escriba se chargea de cett« commission , après avoir obtenu des inquisiteurs et di\ vice-roi la promesse du pardon pour le complice Basante. - Le jésuite, après avoir fait son rapport à l'un et à l'autre 9 promit tout de la part de l'inquisiteur Morejon et du viçe^roi, et chargea Basante d'entretenir les mémet relations d'amitié avec Antoine Ferez et ses amis pour connaître leurs discours et leurs projets : le résultat de cette mesure fut d'empêcher alors la fuite' de Ferex et de faire connaître à l'inquisiteur Morejon tout çp III. 26
qui se passait. Lorsqu' Antoine Ferez quitta SaragosM le 24 septembre, il chargea Basante d'ouvrir les lettres qui lui viendraient de Madrid, en sorte que depuis plusieurs mois , il s'acquittait de cette commission.
III. Basante expliqua les chifires dont on se servait pour cette correspondance et indiqua les noms et les personnes qui étaient dans le secret. Il ajouta qu'ayant reçu deux lettres depuis le départ de Ferez, et les ayant remises à D. Martin de la Nuza, il sut que Pe-* rez était à Saragosse , et en informa Tinquisitear Mo* rejon ; Ferez eût été arrêté aussitôt si le hasard n'avait fait tomber entre les mains de Manuel Donlope une lettre de l'inquisiteur à D. Pierre Franqueza , seeréfairo d'état , laquelle décida le départ d'Antoino Ferez, parce qu'elle fit connaître à D. Martin de la Muza que Basante trahissait son ami, et que l'inqui-* siteur demandait pour lui le prix de sa trahison. Ces déclarations de Basante n'étaient pas les 'seules qui eussent disposé les inquisiteurs à lui faire grâce ; on avait encore su par lui une foule de particularités sur le compte de Ferez , et elles avaient servi à multiplier les charges de son procès; il y ajouta le 8 janvier 1 592 , de nouvelles révélations sur d'autres circonstances de la conduite de Ferez, telles que les nombreuses pasquinades des mois d'août et de septembre, dont le sujet appartenait à l'ex-ministre et que Basante mettait en vers.
IV. Lorsque Basante fit cette dernière déclaralion , il craignait d'être arrêta, puisqu'en parlant des ^andes récompenses qu'on lui avait promises, il disait qu'il ne demandait autre chose que de pouvoir vivre tranquille et de n'être point recherché pour ks pamphlets qu'il avait composés avec Pe-
re«> et dont il s'excusait comme 51 pouvait. Mais, l'in- €»rtuné Thomas Ferez de Rueda était alors dans les^ prisons secrètes du Saik*t-OiIîce , et H déclara, au milieu de l'interrogatoire qu'on lui fit subir, que Perei avait été secondé dans les tentatives qu'il avait faites pour s'évader, par lui-même et par Basante, en sorte que celui-ci fût réputé n'avoir fait que des aveut incomplets et avoir été mal-intentionné ; il perdit en un instant tout le fruit de ses révélations , parce que 1 es inquisiteurs se persuadèrent qu'il n'avait agi que par intérêt et non par amour pour ses devoirs de chrétien, puisqu'il avait caché ses propres fautos. Le silence qu'il avait gardé pendaht long-temps sur l'af* faire des pasqiiînades, au lieu d'être considéré comme un oubli , fut pris pour un elfet de sa mauvaise intention. On le fit arrêter, mais sans trop de rigueur^ et il fut mis dans la prison commune , le i5 du mois de janvier^ Les soupçons qui s'étaient élevés sur son compte augmentèrent, lorsqu'on eut reçu de Madrid les déclarations de Diégue Bustamante et d'Antoine de Agnoz; le 24 février il était déjà dans les prisons secrètes où il fit une nouvelle déclaration 5 et d'autres encore, le 25 mars , le 17 avril et le la août. Enfin, on lui tint la promesse qu'on lui avait faite de ne . point l'exposer à la honte de paraître connime pénitencié public dans t'autô-da-fé^ et Ton se contenta de le bannir de S^aragosse et de le priver de son emploi.
V.' Basaiite avait imputé à Perfez dams son dernier interrogatoire, tine cspèice d'énigme que cfoelcpieS circonstaiïces me font regarder plijtdt comme I'och vrage de ce délateur. Il feignit d'en ignorer lé sens?, mais il dit qu'il chercherait cepe»danl à U deviner.
( 4oi )
Elle consistait dans une ligne composée de onze , tant
chiffres que points; ceux-ci devaient être remplacée par des chiffres* Voici la forme de cette ligne :
Tl. L'énigme offrait ensuite huit lignes de lettres ou de points; des lettres devaient être mises à la place des points 9 et former des vers de sept ou de onze syllahes. Je joins ici le tableau de ces lignes composées de lettres et de points.
Quien ponga lo que falta
fin este ouceno numéro pititado
Y miraudo
Mostràre. •
y que-
Prol)âre
Proraeta deraostrar una gran cosa A toda nuestra Ëspana probecbosa.
C'est-à-dire ,
Celui qui suppléera ce qui manque Dans le nombre onze ici tracé
Et qui regardant
Fera voir
Et qui . . . .,
Prouvera
Promet de démontrer une importante chose Pour toute TEspagne d'un grand intérêt.
VII. La manière d'expliquer l'énigme consistait à mettre à la place de chaque point de la ligne des chiffres, un chiffre au choix de l'Œdipe; et, sur chaque point des lignes des mots, les caractères de lettres qu'on voudrait , pourvu que les lignes formassent un vers , dont la rime fût la même que celle 4'un autre I et qu'il offrit le sens inconnu. Tout 1^
mystère de ce travail est dans le nombre ohze, interprété et appliqué de différentes manières. Le résultat de cette combinaison est que la ligne des onze chif. ires se trouve remplie par les chifires suivans , qui ont pris la place des points.
lO, ooo 5 ooo, 502 lo, ]57, on , Ô24.
A ces chiffres correspondent les onze lettres dispo* sées ainsi : ^
Felipe II , Rey.
C'est-à-dire, Philippe H g rai.
YIII. Philippe II approchait de ses soixante-six ans, étant né en 1627 ; cetâge fait onze foissix ans, nombre mystérieux pour sa personne royale. La ligne des onze chiffres doit se remplir d'après la.méthode que j'ai indiquée , parce que les soixante-six ans qui composent l'âge du roi, étant multipliés par mille cinq cent vingt -sept, époque de sa naissance , donnent pour total , cent mille sept cent quatre-vingt-deux ; et cette quantité multipliée par elle-même , offre le total de dix milliards , cent cinquante-sept millions , onze mille cinq cent vingt-quatre qui s'expriment avec les onze chiffres 10, 167, 011, 524 dont est formée la ligne- des nombres. Les huit lignes des lettres se remplissent de la manière suivante :
Quicti poiiga lo que falta
Eti este onceuo numéro pintadci,
Y miraiido esphera alla MOvStrâre de lilipo el triste estado^
Y que satutnaUiado Probâre que le asalta , Promete demostrar una gran cosa A todanucstra£spaDa probtchosa.
Ces vers espagnols ne peuvent être Ira^nits en français avec un nombre de lettres égal à celui des points compris dans Téuigme; je me bornerai doue à en offrir le sens.
' Celui qui suppléera ce qui manque
Dans le nombre onze ici tracé Kt qui regardant la haute sphè/'e Fera voir le triste état où Philippe est arrivé y Et qui , sous P influence de Saturne Prouvera que ce prince est placSi Promet de démontrer une importante chose Pour. toute rEsj^agne d'un grand intérêt.
IX. La déclaration fait connaîtra que cette importante cbosc [fftancosa ) qui doit être si avantageuse à PEspagne, est que Philippe doit mourir dans ses onze fois six mis multipliés y et par conséquent , avant d'avoir atteint sa soixante-sixième année.
X. Pour le prouver, Tauteur combinait les onze lettres et les onze chiflres avec les onze cieux , et il indiquait l'influence de chacun d'eux sur la personne du roi 9 dans Tordre suivant.
Xï. La première lettre F avec son chiffre i , correspond au premier ciel, qui est celui de la Lune , dont rinconstance s'est assez fait remarquer dans Philippe.
XII. La seconde lettre E correspond au ciel de Mercure; on lui attribue la sagesse: or, Philippe ne connaît point la véritable qui consiste à gagner le cœur de ses sujets; voilà»i)Ourquoi cette lettre esta côté de zéro.
XIII. La troisième lettre L regarde le ciel de réy nus; le roi a eu peu de bonheur à cet V gard ; aussi cette lettre n'a^t-elle pour acolyte que Vunité, i.
XîV La ([uatiîcme lettre I coircspond au cîel du Soleil, donl la puissance s*éteudau loin ; le chiffre 5 lui convient.
XV. La cinquième lettre P répond à Mars : Philippe par le moyen de D. Juan d'Autriche et du duc d'Albe, a remporté de grandes victoires; c'est pour cela que le chiffre 7 accompagne cette lettre. . XYI. La «ixième lettre E indique le ciel de Jupi^ ter dont la suprême divinité répand, comme une pluie d'or, tous les biens sur la terre : mais comme Philippe est bien loin de l'imiter, le sixième chiffre n'a que zéro pour voisin.
. XVII. La septième lettre est la première numérale 1 , qui est pour Saturne dont' la pui:sance mélancolîfjue commence , parce que Sa Majesté entre maintenant dans l'âge de soitante-»ix ans , qui sont fjgurc^s par le septième chiffre 1 ; et lorsqu'ils seront accomplis , i« subira le destin saturnaL
XV 111. La huitième lettre est la seconde numérale qui correspond au ciel cristallin , dont la propriétéest de faire briller les objets. Le roi est peu disposé à faire remarquer cxi sa pei^onne la bonté qcii convient à un souverain , parce qu'il aime mieux être craint qu'aimé, aussi n'a-t-il pour lui que le petit chiffre 1.
XÏX. La neuvième lettre R répond au ciel connu des aslmnomes sous le nom d'oscilkint ou trem^ élaiit. On ne peut nier que la timidité ne soit le dt^faiU particulier de Philippe II ; elle en fait un prince irrésolu et sans C\*jrage, et c'est pour celte raison que le chiffre 5 lui est tombé eu partage.
XX. La dixième lettre E désigne le dixième ciel ou le Firinamcnt; il a pour caractère la constance; or^ Philippe eu moutre dans celte politique qui lui fait.
cacber ses véritables desseins sons de fausses apparences 9 quoique ses moyens manquent souvent leur effet; ainsi, le cbiffre a convient ici, parce quH marque deux degrés de perfection dans cçtte qualité du roi 9 en même temps que Tabsence de beaucoup d'autres.
XXL L'onzième et dernière lettre X, répond à la sphère onzième ou VEmpyrée, symbole de la JUpréme élévation. Le cbiffre 4 l'accompagne et marque que Philippe II ne possède qu*un peu plus de la troisième partie du mérite qu'il lui faut ^ en sorte que manquant à peu près des deux autres parties de celui qui conduit à la gloire de cette élévation , à Tdge de soixante-six ans, jamais il n'arrivera Juisqu'à l'emparée.
XXII. Divisant les soixante-six ans qui composent l'âge du roi en six périodes du nombre mystique onze, et les combinant avec les six planâtes 'i\w\ leur correspondent, l'auteur trouve une autre analogie avec les chiffres de son calcul.
XXIII Ainsi, Philippe II dans ses onze premières années fut inconstant comme la lune^ et son chiffre 1 dénote en effet ce défaut.
XXIV. Dans Pintervalle ÛQonze à vingt-deux ans^ il refusa avec obstination d'étudier, par mépris pour l'influence de Mercure, ce qui a fait de ce prince un tdro en fait de connaissances littéraires.
XXV. De vingt-deux à trente-trois ans , il s'atta^ cha, mais faiblement , ausculte de A^enw^ y c'est ce qui est marqué pai^ le chiffre i,
XXVI. De trenle-'trois à quarante-quatre ans, ii 9 brillé comme le Soleil, au-dehors et au-dedansde ses états; le chiffre 5 lui convient sous ce rapport.
XXVII. De quarante - quatre à cinquante-cinq ans, ila t'té dans un certain sens comme le dieu Mars; car avec le secours de ses généraux , il a exécuté de grandes expéditions de guerre dans le Pérou, en. Portugal, en Flandre et dans le golfe de Lépante, et à ce titre , on a pu lui appliquer le cliiffie 7.
XXVIII. Depuis cinquante-cinq jusqu'à soixantesix ans , on ne cite de lui aucune de ces belles actions qui ont fait la ^\oire de Jupiter, très-grand, trèsexcédent, et le maître des dieux. Aussi, n'a-t-on pu marquer que par zéro cette période de sa vie.
XXÎX. Ce travail ( auquel on peut appliquer le quantum est in rehus inane d'un poêle ) ne peutêlre considéré que comme un passe- temps de Jean Basante , jeune homme de trente ans, qui s'était aidé de quelques livres de la physique péripatéticienne et du grimoire astrologique , Perez étant incapable d'occuper son esprit de pareilles absurdités ; ce papier ne fait partie , comme pièce , d'aucun procès ; je l'ai trouvé^dans celui d'Antoine Perez ; il était écrit de la main de Basante; cependant on ne fit à aucun d'ei,ix un crime de son contenu, ce qui prouve qu'il n'avait été qu'un simple jeu ou un essai entre les inquisiteurs et Basante ; car si cette espèce de composition eût été authentique, elle aurait suiB pour motiver la charge la pïus sérieuse que le fiscal eût pu mettre dans son acte d'accusation.
XXX. Thomas Perez de Rueda, gentilhomme d'A^ ragon , et un des plus sincères amis d'Antoine , fut relaxé dans Vauto-da-fé général du 20 octobre iSq-x. Il avait été arrêté le premier janvier; je dJrai comment il Je fut , parce que la chose mérite 4'^l»'ev connue. JDom inique de Ayerbe^ son complice et son
faux ani', avait acheté rimpunité de son crime aux dcpens de sou Jiouneur et des personnes qui I« croyaient de leur parti. Il se retira dans les mor-» tagues de Jaca et dans la vallée de Tena , povir se réunir à un certain nombre de fugitifs. Il fut témoin de tout ce que disaient Christophe Fronlin , Thomas Ferez de Riieda et d'antres compagnons 9 et il en Gt part an chanoine de Huesca, le docleur Corlés, commissaire du Saint-Oiïire, qui le fit arrêter avec Thomas et quelques autres moins connus. Christophe Frontin , gentilhomme distingué de Tauste ^ fût aussi tombé entre ses mains, si Jean de la Casa qui était chargé de faire les arrestations ne l'eût averti de gagner promptement la frontière de France , ce qu'il fit sur le cheval même de Dominique Ayerbe. Le chanoine instiruit du secret voulut engager par des moyens iudirecls ce trailre à prendre aussi la fuite ; mais il le refusa, et les inquisiteurs ayant appris son arrestation, écrivirent au chanoine de lui rendre la liberté sur parole, parce que son affaire était différente de celle des autres; assertion impudente, puisque tout l'Aragon savait le contraire. Thomas de Rueda Ht une déclaration sincère de tout ce qui s'était passé; mais ses aveux ne purent le sauver, parce qu'il était un de ceux qu'on devait excepter de l'amnistie, quoique la liste de ces prévenus faite à Madrid eût été dressée d'après les noies qu'on envoyait de Saragosse.
XJiiXL Le 9 janvier,- Dominique Ayerbe fit un exposé si dé I aillé de tout ce qu'il avait vu ou entendu dans les monîagnes , qu'il apprit «lu tribunal une infante de circonstances et de faits f)arlîculiers qii'i^ aurait toujours ignorés sans celte communication;.
ils étaient rehilîfs à des procès de sa compétence ou k d'autres atïaires dont la connaissance appartenait au sénateur Laiiz, à qui les inquisiteurs donnaient communication sans formalité judiciaire, de tout ce qu'ils apprenaient, avec rcugagemenl de le faire dans les formes, s'ils en étaient re([uis par lui; générosité dont il serait diflîcile de trouver d'autres exemples hors du saint tribunal , mais qui ne fut pas perdue , puivSque le sénateur commissaire y répondit avec un zèle aussi empressé que digne de ses émules.
XXXÏI. D. Jeanne Coello et les jeunes enfans que son mari lui avait laissés, furent aussi victimes de ce qui s'était passé à Saragosse. Ils étaient détenus dans le château du bourg de Pinto , à deux lieues de Madrid, depuis le mois d'avril iSqo, époque à laquelle cette héroïne avait facilité aux dépens de sa liberté, l'évasion de son mari; la seconde fuite de Ferez qui venait de quitter Saragosse pour entrer en France, fit rendre leur détention plus rigoureuse. Les déclarations de Diégue Bustamante , de Jean de Basante, et de quelques autres déposans , apprirent aux inquisiteurs que rien n'affligeait plus vivement Ferez, que de penser que sa femme élaît plongée ^ans une prison avec îles encans à qui on ne pouvait imputer la moindre faute , puisque Ferez s'élant marié en 1578, D. Grégorine, sa fille aînée, n'était venue au monde qu'en 1679. Il est prouvé par plusieurs articles du procès que Ferez avait dit plusieurs fois dans sa prison , que rien au monde ne pou.^iît l^ faire renoncer au privilège de la prison du roi/auint, pour se metire volontairement entre les mains de rinquîsilion, si ce n'est l'assurance bien positive qu'on lui aurait donnée de laisser sa femme et seç
eufans jouir de leur liberté, et que i'espoîr seul de voir les inquisiteurs le juger à Saragosse suffirait pour l'engager à faire celte démarebe; mais que malbeureusement , bien loin d'oser attendre cette justice , il était pcrsuiiilé qu'on l'enverrait sur-le-ebamp à Madrid, pour le faire périr sur un échafaud.
XXXIII. Ces détails furent cause que les inquisiteurs écrivirent à Madrid à la fin du mois de septembre et au commencement du mois d'octobre 1691, qu'il serait bon de resserrer plus étroitement la femme et les enfans de Ferez, parce que celui-ci ne tarderait pas à l'apprendre , et qu'il viendrait , peut-être , se mettre volontairement dans la prison du roi/aume. Ces conjectures dos inquisiteurs étaient •fondées sur les renseîgnemens qu'avait fournis le perfide Basante, cet homme de confiance de Ferez , pour sa correspondance de Madrid. En effet, dans la dernière lettre airivée de cette capitale pour Ferez à la fin d'octobre , on lui apprenait que sa famille venait d'ê(re transférée dans une espi'ce de tour ou de bastioû du château de Pinto , bien plus incommode que son anrWnne prison ; cependant D. Jeanne Coello recommandait à son mari de songer à sa sûreté, parce queja nouvelle de sa fuite suflirait pour qu'elle et ses enfans jouissent d'une bonne santé. Comment ejtcuser les inqmsiteurs de la part qu'ils osèrent prendi*e dans celte odieuse intrigue? D. Jeanne Coello el ses enfans restèrent en prison et furent traités avec plus ou moins de ligueur, pendant la vie de Philippe II , qui en mourant recommanda à «on successeur de les faire mettre en liberté.
Article IV.
Attentats du Saint-Officô contre ia constitution.,
politique d'Aragon»
I. Tous les événemens dont je viens de parler avaient été occasionnés par le procès d'Antoine Ferez ; mais leur véritable cause fut le grand attachement des Aragon ais pour un privilège que Philippe II voulait anéantir comme . mettant des bornes à son despotisme ; ils n'avaient pas oublié que ce prince se servait de rinquisition pour des vues politiques , et ils se tenaient sur leurs gardes, instruits par des tentatives faites vingt ans auparavant, et dont je crois qu'il est ton d'instruire le lecteur.
II. Pendant que D. iVlnthias de Moncayo commandait dans la ville de Téruel , avec le titre de capitaineprésident, et que D. Bernard de Bolea, vice-chancelier du royaume d'Aragon, était dans cette ville en qualité de commissaire du roi , pour y régler quelques points relatifs à ses privilèges municipaux et à ceux de son district , le roi révoqua un droit que les habitans avaient acquis de Ch'arles V pour la somme de deux mille écus , qui leur fut remboursée. Les jésuites songeaient alors à établir un collège à Téruel : D. Bernard de Bolea, excité par le père Roman, proposa d'employer cette sbmme à la reconstruction d'une église qui tombait en ruine , pour la donner aux jésuites. La proposition de Bolea fut rejetée ; et lorsque cAiommissaire quitta la ville, il dit que les deux mille écus en fe];^ient dépenser plus de soixante-dix mille. Cette menace fut le commencement 'des malheurs de
ïériiel ; car, lorsque Bolea fut arrivé à Madrid , il fit entendre au roi qu«î celte Tille jouissait de privilège» parSiculiers, diffî-rens de ceux d'Aragon; qu'en vertu de Tun de ces droits, conOrmé par Pierre IV dan» les Corlès de Monzon de ramiée iSja, les babilans étaient dispensés de s^adresser pour leurs affaires au grand- justicier du royaume ; quHl* était , en consé-^ quence, nécessaire de les -empêcher de faire usagée contre la prérogative royale , du droit de firma ou manutention de jouissance ; de celui de ta priviie* • (jiada^ qui accordait au prisonnier la liberté soii9 caution ; et de la faculté connue sous te nom de M anifestaiioiu^ laquelle restreignait encore pilis que lef autres le pouvoir du souverain. Bolea ne dit point au roi que le privilège de Téruel était tnunicipai , et quMhes'appiiquait^raux aCTaires partictilières de soi» district, sans afTrancliircelur-Kïide Tobligation d*obéir i»ux lois générales du royaume dont il faisait partie.
111. Le 7.6 juillet i56*j, le roi fil expédier une ordonnance par laquelle il était défendu aux habitans .de Téruel d'avoir recours dans aucun cas au grandjusticier d'Aragon. Les inîéress<'»s réclamèrent vivement ; mais le gouverneur M oncayo , voyant que le mécoiîlenlement était à son comble chez des hommes qu'on dépouillait de leurs droits , eut recours pour les réduire , aux plus grandes violences et employ» même les exécutions. Les opprîm;^s s'adressèrent au grand-juslicier et à laDéputation permanente, qui, en voulant faire leur devoir, donnèrent occasion à Moneayo de rendre s^i tyrannie plus insupportable ; ses vexations étant appuyées par la cour de Madrid ^ à laquelle il rendait compte de ses opérations , il vint à bout du projet le plus infâme que la dépravatioa
tiimiaine puisse concevoir; ce fui d'cxcilcr une émeute* popula're , pour avoir une raison plausible de dépouiller le pays de tous ses privilt'ges. Les aireslations oombrenses '(pi*il commanda , les rijijueurs qu'il faisait éprouver à ses prisonniers , les amendes pécuniaires exhorbilanîcs dont il frappait les habitans ; et enfm , les^mauvais traitement de toute espèce dont il les accablait, poussèrent à bout ce peuple outragé, et U en résvilta une insurrection dans laquelle périt Jean de Oriliuela, l'un des familiers de l'Inquisition de Valence.
IV. Le roi chargea D. François d'Aragon , duc d« iSegorve (descendant du roi Ferdinand I,par l'infant D. Henri d'Aragon, son lils), de traiter le pays de Téruel comme s'il eût été en état de révolte, en réunissant promptemenl sous ses ordres les troupes qui étaient en garnison à Molina, Morella, Xerica, Calatayud , Daioca et dans d'autres villes. Le duc ( dent le caractère était malheureusement sanguinaire , injuste , arrogant , et d'autant plus dangereux qu'il pouvait ordonner en maître), engagea l'inquisiteur général à envoyer à Téruel un inquisiteur de Valence , qui y arriva en effet avec lui : c'était le docteur Soro de Calderon : ils firent leur entrée dans la ville , le Jeudi-Saint , et le lendemain , toutes les prisons étaient déjà remplies d'habitans , et les maisons converties en cachots. Je ne ferai point le tableau des horreur^ qui furent commises sur les habitans par le duc de Segorve , au mépris des réclamations du vice-roi d'Aragon , son cousin , D. Ferdinand d'Aragon , archevêque de Saragossé, pelit-fils du roi Ferdinand (é catholique, prélat que sa bonté, sa justice et sou amour pour la paix rendaient infiniment cher aux
habitans qui le nommaient leur ange tutélaire. La cruauté du duc 5 les injustices et les violences qu'elle lui lit commettre, ont été décrites , (avec trop de mo«dération pour le juste châtiment dû à sa mémoire ) p par le célèbre historien d'Aragon , Léonard d'Argeur sola, dans une histoire particulière, dont l'impression n'a pas été permise , par ménagement pour le règne de Philippe II.
y. Sur ces entrefaites, l'inquisiteur Soto de Calderon fit arrêter un grand nombre de personnes qui furent conduites dans les prisons secrètes de Valence ». en même temps que le duc de Segorve, en envoyait d'autres dans l'église paroissiale de Saint-Jean ; une bulle surprise au pape lui avait permis de la profaner . pour en faire une maison de force, sous prétexte qu'étant voisine du territoire ennemi , elle avait été aban-^
donnée. Michel Ferez Arual , procureur -général de« bourgs et des villages qui composaient le district de Téruel ; Jérôme Espejo, maire de la ville , et Michel Jean Malo, député pour suivre auprès de la Suprême les causes d'appel , tous les trois familiers du Saînt-Olïice , furent conduits à l'Inquisition tie Valence , comme coupables de n'avoir pas empêché l'assassinat de Jean de Orihuela, et pour avoir protégé les ministres du F uero d'Aragon^ plutôt que ceux du Saint-Olïlce.
VI. Antoine Gamiz, député représentant de la ville et du district de Téruel auprès du vice-roi d'Aragon, se hâta de revenir à ïéruel, lorsqu'il fut informé que le duc avait fait publier que tous les émigrés et les absens eussent à rentrer dans le pays , sous peine de mort , et à se présenter après les sommations judiciaires qui leur seraient faites pour répondre à l'accu- ^aVlon du procureur fiscal sur la part qu'ils avaient*
prise à la séditioii ï quoique Chuniz it^eût aueUii âujet de crainte pour lui-méiiiië ^ il avait obéi à l'ordre du commandant. Mais cette prébautioii tie lui Servit de tien , car le crime doût on voulait le piihir ^ étifit de défendre les privilèges de son j^ays. tl se^ ]^résenta'& la prison ordinaire- de la juridiction du g^ôOvèrneûi* D*. Mattiias de Moncayo. L'inquisiteur Galdei*on fit saisiif sa personne et on le conduisit dans le couvent des Religieux de la Merci (où Caldeibn logeait lui-ménie ) ; il fut ensuite enfermé dan^ la nouvelle pilsou de Saint - Jean d'aprë» l'ordre quie le d\ic eii ilVait' donné. Pendant qn-on l'y conduisait^ il a)ier{;ut dan^i ia-foule Jean de Sadla, oflicier du grland justicier du toyautne; il réclama* aussitôt le privilège d^ lit priàoi^ des Ma^ifestadas s' contre la violencequ'on lui 'faisait^ en le traînant dans une autre qui h^étuit (fa^ {jublt^ que; la populace s^ameula; une pattie prit là déffetise dU' commissaire de l'Inquisition 5 TaUti^e se rangea dil c6té du teprésentant^du gPàwd juM&ètfr. Un dbtdëàtique de rinqùiftileuf tira un coup- de pistolet à G^tmlâ^^ et le manqua ; cependant celui-ci fut ràmetlé^ danè la' prison ordinaire ^^ et Jeail* de Santli ne tiEn-da- pâft à l'envoyer dans celle des ManifestrUios^d^^S'aitàg/bl^i
VIL L'inqiMskcui' fit arrèter alors et^ edveya'à' Flri"-"
quisition deValente^ Jeaki dé Ambel > metttbte' db Ut
municipalité 5 Jesin de Ansadu2'« prêtre'^ Louis*- Jekri'
BlalOj Jean de Vallès y Pieme de^ Rodài ,< Pieite' de' ià<
Mata et Jean GalbOi Le jisge' ecdétièntiqiKf de lléiNlèl^
le disposait à* en-faire atitaift' à l^gard de qneiqtile^
prêti-es, en- les dirigeant «tir Saragosëe ^ ddnt' Téruel'
dépendait commef(éiHie>drco diocèse ; isfai^il rie^ pijtt^
en obtenir la permission ^- et on* les ' eafHwa d^nii ' léH'
prisons secrètes du uSîiini-i^ji^BM h^iM ^^Viùif^l^^
ti?ur convinrent d'engas^er le cloclcur Louis <te Cii-« tanfla ^ doyen de I^Eglîse de ïéruel 9 beau-frère d'Antoine Ganiiis 9 à se rendre à Saragosse ^ pour faire' renoncer celui-ci au Fuero de ta Manifestation , eu* lui promettant qu*à cette condition son affaire se terminerait promptement à son avantage. Le do3'eii revint à Téruel- sans avoir réussi auprès de Gamîz , et il fut aussitôt enlevé p«ir ordre de Tinquisrleur ^ et étroitement enfermé dans le couvent de la Sainte- * Trinité^ d'où on le transféra dans le» prisons du Saint-' Office de Tolède , chargé de fers, et sur une nijle sans selle. Ou lui fit faire ce voyage avec^ tant de précaution 9 que Peseorte ne marchait que pendant la nuit 9 et s'arrêtait toits les matins dans quelque furie-* ressi?. Le prisonnier ne vit pas une personne à qui il put adresser la parole. Cette conduite de Tinquisîteur ayant excité des murmures dans Téruel ^ il s'en yen^ gea en augmentant considérablement le nonïbre des arrestations parmi les prêtres et les laïques , et en envoyant les prisonniers aux cachots du Scklnt-Officv^ de Valence.
VI IL Les inquisiteurs d'Aragon ( à qui ceux de Valence s'étaient adressés pour qu'Antoine Gamiz leur fût livré ), essuyèrent un relus de la part de mîcer Jean Martinez de Vera, lieutenant du grand justicier, qui déclara que cette mesure était contraire aux privilèges du pays, tant que durerait le procès pour lequel Gamiz était détenu dans la prison du royaume; mais qu'ausisitôt que cette affaire serait terminée, îï ne ferait plus aucune difficulté de le mettre à l«ur disposition. Les inquisiteurs écrivirent tine seconde lettre, et excommunièrent Martines. Le grand jtn^ ticier Tayaut appris^ soumit l'a/fairc à la délibérationi
lie son Conseil, et il fut reconnu que son lieuteiidtil avait a^i conformément au droit ^ et qu'on devait dénoncer la conduite des inquisiteurs à la Députation dii l*oyaume> afui qu'elle songeât à défendre ses privilèges 5 c'est ce qu'elle fit en effet ^ et le dépit qu'en eurent' les inquisiteurs, les porta à excommunier les Hepré' ,8entaus eux-mêmes; Ceux-ci se défendirent eil pu-' bliant que si l'aflTaire ( dont les iuquisiteui's s'occut)aient ), eût intéressé la fol catholique^ ou l'aurait prise la première en considération , en suspendant l'effet du privilège , et en livrant à l'Iùquisitioii laf personne du prévenu ; mais que dans cette circoilstance ils ue devaient pas prendre ce parti ^ puist^il:;' le délit imputé à Gamiz par les inquisiteurs ^ et telui de les avoir otfensés» étaient de la coitipétence de^ tribunaux ordinaires j et ne devaient point faire sUs-^ pendre le procès pour lequel il s'était placé sous Isé sauve -garde du F^ucro du royaume. En i559, la Céputation permanente d'Aragon avait eu Un semblable^ démêlé avec les inquisiteurs qui l'excommunièrent comme dans l'occasion dont il s^agit^
iX. L'archevêque vice-roi, D* Ferdinand d'ArdgonV Voyant que l'esprit de faction et de mécoutentementfaisait chaque jour de nouveaux progrès dans le» royaumes d'Aragon et de Valence , par xme conséquence nécessaire des derniers événemens , se flattât d'arrétitr le mal , en persuadant à Gamiz de renoncei^ au Fuero dts Manifestados , sous la promesse tx^ presse qu'on aixangerait à Tamiable son affaire et oello de son beau-frere le doyen de Téruel ; et que toùtes^ les autres difficultés générales resteraient suspendue» jusqu'à la première iissemblée des Cortès. Gamiz ré-' |>ondit à l'archevêque que si çett« oonvenlioû pouvait
dt>(M ndie fie la parole de D. Ferdinand d'Aragon , îl côiiwnlirail volonfîere à ce qu'il lui proposait , malgré les macrvahi cxraifta très-réeens de trahison et der mauvaise ibi qu*ava<eiit dmiii^ le dnc de Segorve et le vice-ciiaaceHer D. Bem«rd de Boiea;^ mû que la promesse qu'il Kii feisaît Gomme Ttce-ioi , n'était pas de nature à lui inspirer autant de coiiftanre* Cette réponse eng^^a te vice-roî à- en délrbc*rer avec le ice-ebanGelîcp qui se trouvait alors à Saragoftse ; tl
' fut coDvemi qv'o» engageraîC les inquisiteurs à ne point ag^graver les censures-, comme ils étaient sulr le point de le faire , parée que ce nouvel acte de sévérifai produirait plus de mai que de bien. Les inquisiteurs promirent ce qu'on leur demandait ; mais seulement pour le temps qulife employeraient à prendre l'avis de Pinqiiisiteur général et du Conseil de la Su^ préme* Cette espèce d'arrangement n'empêcha pas l'inquisiteur Calderon d'envoyer tous les jours da nouveaux prisonniers à Valence depuis que les prisons de Térael ne pouvaient pfus en contenir.
X. La députation fit partir le gentilhomme Jérôme d'Albion pour Rome avec micer Romero , son assesseur, et D. Jérôme Cabrera , en qualité de commissaire pour MPadWd. SUr ces entrefaites , le lieutenant Martinez de Véra vint à mourir ; la Députation fit embaumer son corps qui resta déposé dans une salie magnifiquement tendue d ^ noir , pendant plusieurs
• mois, jusqu'à» ce qu'Albion eût obtenu à Rome (a permission de hii accorder la sépulture ecciésiasticpie. Le bref disait clairement que ni lie lieutenant de Véra, ni les Députés d'Aragon , n'avaient pu encourir las censures. Quant à ce qui concernait Gamiz , lorsqua la CoBs&il d'état de Pfailipps II c&t examiné son af-
faire, le roi ordonna cpie puistfue Rui Gomez de Sîlva, prince d'£voli s^était chargé d'être médiateur, à la prière de sou ami D. Jean de fiardaxi, il terminerait promptement l^aifTaire incidente, en suivant les formes dont ou était convenu, et que Taffaire principale rest^ait suspendue jus«]u'à la première réunion des Cortès.
XI. Le prince Rui Gomez, (le seul peut-être des favoris des rois qui ait constamment employé son influence pour faire ie bien , et jamais pour nuire à personne), écrivit à Gamiz le 17 décembre 1573 une lettre dans laquelle 0 lui disait : t Le seigneur D. Jean « de Bardaxi m*a écrit plusieurs fois qu'il est fort lié € d'amitié avec vovis , et qu'il désire vivement que « vos affaires se terminent à votre satisfaction ; il m'a < prié en conséquence , par l'amitié qui nous unit , « de me charger de celle qui vous concerne en ce « moment ; j'ai mandé à D. Jean ce qui m'empêchait « d'agir, lorsqu'il s'adressa à moi pour la première « fois. Maintenant que me voilà au courant de ce qui « vous Intéresse , |c croi» qu'il me sera possible de. vous 9 tirer de la position où vous êtes : pour y parvenir , « il faut que vous renonciez au Fuero de la prison « du royaume, et que vous veniez ici le plutôt qu'il t vous sera possible : vous arriverez directement chei « moi i^ï rien ne doit vous inspirer la moindre crainte : « quand vous y serez, je vous tracerai la conduite que « vous aurez à tenir pour que votre procès se termine « d'une manière honorable et satisfaisante pour vous*" « Le seigneur D. Jean vous dira le reste. »
XIL Malgré les derniers mots de cette lettre , Rui Gomez en écrivit une autre le 18 du même mois : « Afin ( disait-U à Gamiz ) que vous puissiez venir
^ ?rî librement ^ j'ai Tait écrire aux inquisiteurs qu'au«« ft sitôt que les lîeutenans vous auront livré au Saintf Ofpccn ils vous ordonnent de paraître dans le délai t de vingt jours devant le Conseil* de TlnquisilioiK « J'envoie l'avis par le courrier d'aujourd'hui ; ainsi f vous pouvez renoncer au Fuero de la prison des t Manifestados dont vous avez cru devoir profiter, et r VOUS consentirez qu'on vous mette en Ire les mains « des inquisiteurs, qui au lieu de vous retenir pria sonnier, vous pernlettront de partir pour venir vous « présenter ici ; et lorsque vous y serez arrivé, on exft pédîera promplement votre affaire, avec tous les « égards qui sont dûs à voire réputation, Vous poua vcz donc faire votre renonciation et venir ici en t sûreté sous la garantie de ma parole, avec l'assu-? « rance que les choses se passeront comme je vous $ l'annonce, puisque j'ai pris cette affaire sur moi, v après en avoir eu la certitude comme je l'ai enft core. »
XIII. Antoine Gamiz se rendit à Madrid; le Conseil de rinciuisilion lui donna la ville pour prison, otil y resta jusqu'au .7 du mois d'août iSjS : son procès fut terminé la même année ; la sentence portait qu'attendu le long se jour que Gamiz avait fait dans la prison, îl n'était condamné qu'à s'absenter de Téruel pour un an ,011 pour un délai pluscourt, suivant la décision de rinquisiîenr général , et à payer les frais du procès, Jl faut convenir que si nous supposons que Gamiz fût coupable , la manière dont on le traitait , était fort douce ; mais il ne faut pas oublier que dans le système du Saint-Onîce, "celui-là est coupable qui s'oppose flux choses ménifs les plus injustes qu'un inquisiteur yepf; e^itr^prendre pour rinlp^t {\e rinnulsltion,
•XIV. On voit le niêirie esprit diriger les inquisileurs dans l'affaire, du doyen de Téruel. On lui accorila au bout de trois ans de détention, la liberté de se retirer • dans sa maison; mais il prit cette mesure pour une in- .suite, parce qu'elle n'était pas accompagnée d'une réparation publique à laquelle il avait droit de prétendre, et il demanda avec instance à être jugé. Il le fui, mais bien autrement qu'on n'eût espéré ; les inquisiteurs le bannirent pour six mois du royaume d'Aragon, et parlèrent de leur jugement comme d'un acte de bonté qu'ils avaient motivé sur le long séjour que le Doyen avait fait dans les prisons.
XY. C'est à peu près ainsi que se terminèrent les procès des autres prisonniers de Valence et de Saragosse ; je dois cependant faire une exception à l'égard de ceux de Jean de Santa, de Jean Ferez et de Louis Jean Malo. Ces trois prévenus ayant obtenu leur liberté, après avoir fourni une caution en argent (laquelle fut de nlille cinq cens écus pour les deux premiers, et de cinq cens pour le troisième ) ne voulurent plus comparaître pour entendre leur sentence qui contenait des articles humilians; ils perdirent leur argent et on les laissa^ tranquilles.
XVI. La dispute générale qui portait seulement sur rinviolabilité de la prison des Manifestados , môme de la part du tribunal du Saint-Office , resta indécise et suspendue jusqu'à la pi*emière assemblée généralr des Cortès du royaume. Ceile-ci fut convoquée par le roi,et commença ses travaux à Monzon ,dans l'année i585. On y convint qu'avant six mois il serait nommé de» arbitres x>ar le Saint-Office d'un côté, et par la Dépulation de l'autre; qu'ils seraient chargés d'aplanir les difficultés et de proposer un accommodement; quo
#i les inquîsîlcurs refusaient de nommer des commit* ^reSf les Dc^putc's du royaume s'adresseraient à rin* quisiteur général cl au Conseil de la Su/yténie, et que M ci'ite tentative était inutile , on écrirait au souverain Fontife. £n effet , le Saint-Office refusa de nomm^ des arbitres; et il fut souvent question , dani le comité ^ ile la Députation permanente, d'avoir recours an pftpej '; mais différens motifs ne permîr^H point d*en venir t cette extrémité. Le principal était que tes Dépntéi du royaume n'étant alors en fonctions cjot peikbi^ lin an, ils désiraient remplir leur mission sans i9 ùâté ; . -, des ennemis. Les dépenses énormes qu'avaient oeca«» t| #ionpées les é%'éncmei>s de Téruel , en faisaient crain* ■ dre de nouvelles si on entreprenait de se melire èa.^ relation avec la couv de ftome. On connaissait peior . . :^ ainsi dire d'avance la résolution que prendrait lé Gov*-- ^}i seil de la Supréwô, après les délais presque inlera^ î^ nobles qu'il était facile de prévoir. Toutes ees dtconfk». tances firent mettre beaucoup de lenteur et d'indiflPé* rence dans cet objet important , et telle était lJ| ■ f ituatîon den; affaires, loraque le procès d'Antoine Pères irint rappeler les anciennes violences commises par ■ les inquisiteurs, au mépris du Fuero de (a prison 4^ Manifestados , et disposer les esprits aux meu- Temens populaires qui troublèrent la tranquillité de Sara^osse,
XYII. L'insurrection des Aragonais offrit à Phi* ' lippe II f Poceasion quUl désirait depuis long-temps de se rendre souverain absolu de l'Aragon , par l'aboli^ tion de la magistrature intermédiaire du grand )u8«' ticier du royaume et de tous les Fueros de la constitution primitive qui bornaient l'étendue de sa puia^ IHiKce» I3ue dutre cause de i'însurreetiop ordgonaîsc«
fut la politique qui avait fait plonger dans la disgrâce et dans une inquîitude continuelle toutes le» premières fantiHles de cet illustre royaume , et un grand nombre de ceUes du second ordre et même de la classe du peuple. On savait que ces malheurs tétaient la conséquence du système des inquisiteurs , toujours attentifs
. h humilier et à avilir quiconque ne baiserait pas les pieds du moindre di'entr^cux , et à saciliier tous les hoinmes assez imprudens pour ne pas avouer que
.'leur tribunal était une institution des plus saintes , et l'unique boulevard de la foi» comme ils le publient racore et le font publier par leurs partisans , quoique dans le fond de leuni aoics i!s soient convaiiicus du contraire