CHAPITRE XXXVIT
Dos princifjaTix évéîmnens de V Inquisition , * sous le règne de Philippe 111.
Article premier,
Expuislcni des Mauresques,
, I. Philippe II mourut le i3 septenvbre iSgS , et laissa la couronne à son fils Philippe III 9 que son édûcattou avait rendu plus digne de vivre sous le froc de Saint - Dominique , que propre à gouverner une monarchie : Tlnquisition était alors aussi redoutable et aussi puissante qu'avant les constitutions de l'année i56i. Comme le nouveau monarque voulut avoir un iiiquisitt'ur général de son choix, on profita de ce qu'une bulle de Clément VIII obligeait tous les évoques à résider dans leurs diocèses, pour inviter l'inquisiteur général D. Pierre Porto-Carrero à se retirer à Cuença dont il était évéque ; il avait déjà occupé les siépjes de Calahorra et de Cordoue. Philippe III lui donna pour successeur dans l'Inquisition générale, en 1099, D. Ferdinand Nigno de Guevara, cardinal de l'Eglise romaine , qu'il nomma peu après archevêque de Séville. Ce prélat alla gouverner son diocèse en 1602, après avoir renoncé à ses fonction* d'Inquisiteur général , en vertu d'Un ordre du roi, que la Cour de Rome avait sollicité , pour punir ce prélat de. la conduite qu'il avait tenue dans l'afTaire des jésnîles d'Alcala ( 1 ). Son successeur fut D. Jean de Zugiiiga, évéque de Carlhagène, qui mourut la même
(i) Voyez le cliap, 29.
Dnn('e. D. Jean- Baptiste de Acebedo , ('îv)5qnede Valladolîd , prit sa place et mourut dans ses fondions en 1607, avec le titre de patriarche des Indes. Il eut pour successeur D, Bernard de Sandoval-Roxas, car* dinal archevêque de Tolède, frère du duc de Lerma, premier ministre et favori du roi ; à sa mort , arrivée en 1618, l'Inquisition d'Espagne eut pour chef D. F. Louis de Ah'aga, religieux dominicain, confesseur du roi et archimandrite de Sicile, que Philippe IV, en montant sur le trône , obligea de renoncer à son ministère. L'affection que Philippe III portait à son confesseur , lui avait fait créer une place dans le Conseil duSaint-Oitice pourles religieux dominicains, chose inconnue dans les temps qui avaient précédé , malgré l'opinion de quelques auteurs étrangers qui ont été trompés en voyant qne le premier inquisiteur général Torquemada était moine de cet institut.
II. J'ai rapporté ce qui se passa en 1603 , à Alcala, au sujet d'une thèse des jésuites , sur la question de savoir s'il était de foi ou non que Clément VIII fût le véritable vicaire de Jesus-Christ: la même matière fut agitée quelque temps après sôus le pontiGcat de Paul V : le 4 du mois de janvier 1606, Jean Paul Vidal d'Esparraguera en Catalogne, entreprit de soutenir publiquement la thèse suivante. NoiLS sommes ohiigés dt croire , cmnm,e article de foi f que Ciém,ent VIII a été Ugitlm^ement ^iu , et vrai pontife : mais il n'est que moralefnent certain que Paul V soit véntai^lement vicair» de Jesïts-Christ, Le pape ayant appris co qui se pasfait, fit écrire à l'inquisiteur général d'inlerdire de pareilles discussions. Cette défense fut euvo3^éé à Alrçç^çi sous la date du 5o ayril 1 606,
ni. Philippe III ayant assemblé en 1607, les Coriè«
eu royaume à Maditd , où ils restèrent réunis pendant
près d'un an ^ ces représenrtans exposèrent au monar-
4ii«9 « qu'en 1679 <^^ 1586) ih avaient demandé la
« réforme des abus qui se commettaient datis le tri-
« bunal de l'Inquisition 9 pour mettre (kk aux torfts
f considérables et continuels que causait à ses ^jetA
4 le droit que les inquisiteurs avaient usuxpé de con-
« natfre de certains crimes étrangers à celui d'héré*
fl sie ; que Philippe II , son père , avait promis d'ap-
« plîquer le remède au mal dont on se plaignait 9 mait
« qu'ayant été surpr» par la mort , sa promesse était
c restée sant effet : en conséquence 9 ils rencmvelaieiU
M auprès de Sa ïlalesté, la même prière , attendu que
« le désordre a^ait augmenté et qu'il élak temps qoe
■9 personfie ne pût être arrêté et mis dans les prisons
« secrètes de Tlnquisition pour d'autres crimes que
« rhéréiie ; car le plus grand nombre des espagjbols
« n'étant pas en état de distinguer les motifs des ar-
« restai ions 9 regardait tous \eè pH»>Bniers oonHue
« hérétiques; et cette disposition exposait ceux qui
« avaient eu le malheur d'être arrêtés par le Saint-
t OiSce 9 à ne pouvoir contracter de saarîages^
ff parce qu'on les croyait dédK>norés c^inme les au-
« très; qne le moyen de remédier à la cenfnsion qui
« sYtait introiluite da^is le^ lois 9 était de statuer que
€ les prévenus de crimes autres que l'hérésie 9 se-
« raient détenus dans les prisons ondinaivcf pour f
• attendre leur jugement. »
IV. Philippe répondit aux Gorlès qu'il prendrait les mesures les plus convenables pour faire dtoil à leurs plaintes. En i6i 1 9 lorsqu'il eut convoqué jes nouveaux Cortès; les états firent à ce prbice de nouvelles repré-
ienlafîoTifi : la réponse du 8{>uveraiii fut la méme^ mais elle n'ewl pas plus d*eflVt que la première ; eu sorte que les inquisiteurs devenaient, de jour en jour plus insolens 9 et continuaient à répandre la terreur^ eii distribuant à leur gré rinfamie et en remplissant Ifiurs prisons de vi^tioies.
V. L*archevéque de Valence , patriarche d'Antîoche ^ D» Jean de Ribera , à qui le pape a accordé les bon- ' nt^nrs de la béatification, représenta à Tliilippe III quUl serait impossible d*opérer la véritable conversion des Mauresques du royaume de Valence , quoique cetouvrage eût été commencé sous Charles V; cjue leur opiniâtreté à persévérer dans l'erreur , et leur adresse dans les travaux de ragrîculture et dans les arts, étaient de justes motifs de craindre qu'ilis ne troublassent uo jour la tranquillité publli^ue avec le secours des Maures d'Alger et des autres élablissemens d^Afrique, aves lesquels ils étaient en bonne intelligence et en relation continuelle; que ces considérations Tengagaient à proposer à Sa Majesté de lies bdnnir entièrement du royaume , pour y conserver Ih pureté de la foi et la * paix au milieu des peuples.
VI. Les gentillihommes, qui comptaient un grandnombre de Maures({ues parmi leurs vassaux, expo-* sèrent au monarque le tort immense que cette mesure leur causerait, en leur enlevant les sujets quf faisaient lisi'force de leurs domaines et qui en étaient les homitiee ïts plus utiles ; et que cette émigration ', si elle avaif lieu , ne laisserait presque pîus d'habitans ni de cul' tîvaleurs sur leurs terres ; à toirtes ces raisons 11$ «'joutèrent que le récit de Tarchevéque était choquant par son exagération , puisque le tribunal du Saint-* OtàQc Â'avait pas manqué , «ne scisle fois | de châtier
Ceux qui tombaient clans Thérébie > après les avoir' découverts par le moyen de ses prisonniers ou àe • ses espions ^ continuellement occupés à surprendre les cou[>ables; en sorte qu^on pouvait assurer que le noml)re des mauvais catholiques était bien moindre qu'on ne Pavait annoncé ^ quoique Tlnquisitiou n'c^xerçdt pas une sévérité extraordinaire contre les Mauresques.
VIL Le roi convoqua une assemblée de tous ses conseillers d'état.' L'inquisiteur général qui eu était membre j vota l'expulsion des Mauresques, et cette mesure fut approuvée par plusieurs membres de l'assemblée. Après qu'on eût entendu un grand nombre de rapports 9 d'avis et de discussions , la retraite de ceux du royaume de Valence fut û%ét au 1 1 dii moi» de septembre 1609^ et celle de tous les autres au 10 janvier suivante
VIIL Cette émigration fît perdre à l'Espagne un million d'habitans utiles et laborieux qui passèrent tous en Afrique ; car , quoiqu'ils eussent demandé à • être reçus en France, pour y peupler les Landes de Gascogne, Henri IV y ayant mis pour condition qu'il» professeraient la religion catholique^ ils n'osèrent le promettre, craignant d'être un jour persécutés comme ils l'avaient été dans leur patrie. Les circonstances de la sortie des Mauresques du royaume d'Espagne, méditeraient une histoire' particulière, composée aveo plus de critique quexciles de Fr. Marcos de Guadaiaxara , et de Fr. Jaime Bleda ; mais Cet objet n'appartientpas essentiellement à mon sujet; je dirai seulement que les inquisiteurs eurent la plus grande pari à cette résolution de Philippe III ^ et qu'ils notèrent «omme suspects dans la foi tous ceux qui avaient coii«
dftfnft(' celte mesure politique; eutr'autres le duc d'Os^ ÈuiMX <iu'il8 in?rent en jugements Cette affaire n'eut aucune suite éclatante , parce que la nature du procè» n'offrait aucune proposition hérétique ou favorable à l'hérésie^ quoiqu'on en qualifiiit plusieurs de téméraires ^ de scandaleuses, et offensant le» oreillet pieuses. Le duc ayant été nommé vice-roi de Naples, il en exerça les fonctions ; mais quelques années aprè» il fut destitué et mis en prison par ordre du roi.
IX. Les inquisiteurs saisirent celte occasion pour l'appeler leurs anciennes charges ; mais l'espoir dtf tant d'ennennis fut trompé , le duc étant mort dansletf cachots 5 avant que le jugement définitif sur sou ^r faire prhicipale eû( été prononcé.
Article IL Secte des Sorciers.
1. Le y et le 8 novembre i6io,. les inqaisiteurs dà logrogno célébrèrent un auto-da-fé des plus solennels , après avoir condamné cinquante-deux personnes; onze à la relaxation , vingt à la réconciliation et vingt-une à diverses pénitences. Parmi celles qui avaient été relaxées, six furent brûlées en réalité, et cinq en effigie , avec leurs ossemens qu'on avait exhumés ; on comptait parmi les autres 5 six blasphémateurs ; huit auteurs de propositions suspectes ; six {udaïsans ; un mahométisant; un luthérien ; deux voleurs , ministres supposés du Saint-Office 5 et dix-huit sorciers.
IL jVi déjà dît que chaque tribunal de l'Inquî-- >ition célébrait tous les ans, au moins, un auto-da^ fé, composé d*un nombre plus (m moitis coiisidé^
table de vîcfîmcs; je pourrais donc, ce semUte y ttié dispenser de faire mention de eelui-ci; mais, )e mc^ Cit)i8 obligé d^en parler, pc'ftroe qu'il oûTi-c des circonstances qui^ Le rendent dîg;Re d*uue mention particu-» lière. Les- onze i«ulivi'(Ju6> qiû furent oondâipiH^s à étr^ iteicDxds ^ et dix^huit des i*éconciliés y faisaieot partie d'iwe secte de sorciers^ Leurs déclarâlionâ furent franclie^ et fort étendues i ce qu*on n'avait pu obic'^ nîr de& six individus condamnés à Id reinxatiati. It$ expliquèrent la nature de celle association ^ son système et ses cbuVires ; ksi détails qu'ils, douuèrent soni si nombreux et si variés» q.ue malgré tout ce <|ue j!ai pu dire aillei;u*s sur oetl» matière ^ yew parlerai encore ici aGn d'éclaircir,>-il- esi possible^, un objet qui a fait di^biter dans toù ilestemps^ un si grand nombre de fables. Si Ton peut compter sur les confessions des diiL-buit réconcilié st de Marie de Zuzaya qui fut reiaxce comme dogmatisante ^ les vingt- neuf condamnés ;^ talent du bourg de Vera et du lieude Ziugacramiurdi dans la vallée de Bastan , au royaume de Navarre ^ suj^ la frontière de France. Ils nommaient leur assemUée j^quciarre , mot gascon , qpi signifie. /}9*e du DouCi, parce qu'elle se tenait dans- un pré ou le diable avait coutume de se présenter à eux sous* la figure de cet animaL
m. Le lundi , te.mercredi et le vendredi de chaq(iti semaine étaient marqiu*s. p^our' lesassemblécsi^ outrd les grande^ fêtes. de Tfglise^ comme Pâques», la Pen-* te côte ^ Noël ; et 9 de mémaq^e. ces. jours sont consa* orés d'une manière plus spéciale et plus soleonellef au culte que les. chrétiens, rendent à' Dieu ^ de: mémsF aussi >; il plaisait au démoaque ^es adwatears^ choî« sistent le *niêmes. JQurs pour. Toonorer plu* partit»-'
lièrement. Dans chaque sëauce de ces sorciers, et surtout lorsqu'il y a quelque réception à faire , le diable prend la figure d'un homme triste , colère ^ noir et . laid ; il est assis sur un siège élevé , qui est tantôt doré , tantôt noir comme l'ébène , et accompagné de tous les accessoires qui peuvent en faire un trône majestueux ; il porle une couronne de petites cornes, deux autres grandes cornes sur le derrière de la léte , et une troisième qui est pareille, au milieu da front: c'est avec celle-ci qu'il éclaire le li^u de i'assem- Mée; sa lumière est plus brillante que celle de la lune et moindre que celle du soleil. Ses yeux sont grands, ronds et bien ouverts, lumineux , effrayans : sa barbe est semblable à celle d'une chèvre; il est moitié homme et moitié bouc. Ses pieds et ses mains sont comme ceux d'un homme, ses doigts égaux et terminés par des ongles démesurés qui s'alloiigenl et finissent en poinle. Le bout de se» mains est recourbé à la manière des serres d'un oiseau de proie , et celui de ses pieds imite les pattes d*uhe oie. Sa voix est comme celle de l'iine, rauque, discordante et formidable. Ses paroles sont mal articulées , prononcées sur un ton bas, fâché et irrégùlier, et d'une manière grave , sévère et arrogante ; sa physionomie exprima la mauvaise humeur et la mélancolie.
IV. A l'ouverture de l'assemblée tout le monde se prosterne et adore le dénion , en l'appelant son maître et son dieu , et en répétant l'apostasie qui a été prononcée lorsqu'on a été reçu dans la secte; chacun lui baise le pied, la main et le côté gauches, l'anus et la verge. C'est à neuf heures du soir que la ' séance commence ; elle finit ordinairement à minuit , ■ et ne peut être prolongée que jusqu'au chant du c<mj '
V. Aux principales fôles de l'année, i celles Ae la ' , Sainte Vierge et de Saint Jean-Baptiste, les principaux
assistans confessent au démon leurs péchi^s, (fui sont d^ avoir assisté à la messe et à d^autres cérémonies de la religion chrétienne ; et il leur fait une vive réprimande, leur défend d'y retomber, et leur donne l'absolut ion, lorsqu'ils lui ont promis de se corriger : souvent il fait chÂtier à coups de fouet ses pénitens , par un des sorciers qui fait Toilicc de bourreau.
VI. A cette cérémonie en succède une autre, qui est une imilaliou diabolique de la messe. Tout-à-coup on voit paraître six ou sept diables subalternes /]ui dressent l'autel et apportent le calice, la palëne , lé missel , les burettes et les autres objets nécessaires, ils disposent le dais ou la chapelle : on y voit des figures
^de démons, seniblables à celle que Sdtan a prise pour la cérémonie ; ils l'aident à prendre la mitre , l'aube , la chasuble et les autres ornemens, qui sont noirs comme ceux de Taulc^l. Le diable commence la messe ; il rinterrompt pour exhorter les assislans à ne jamais retourner au christianisme, et leur promet un paradis bien meilleur que celui qui est destiné aux chrétiens ; ils l'obtiendront , et la joie en sera d'autant plus grande , qu'ils auront mis plus de soin à faire; les choses que les chrétiens regardent comme défendues dans celte vie. Il reçoit l'offerte sur un siège noir; la principale sorcière ( qu'oif appelle la reine des sorcières) s'assied à sa droite, tenant une paix sur laquelle est gravée la figure du démon ; à sa gauche paraît le premier des sorciers ( qui en est (e roi) avec un bassin à la main. Les principaux assislans et les autres profès apportent leur offrande, suivant leur iniention et leurs moyens; les femmes présentent des gâteaux de fro--
ttietît : on baise ensuite la paiX) on adore à genoux la démon , et on lui baise encore une fois le fondement^ ' d'où il laisse échapper une odeur fétide , pendant qii'uit desservant lui tient la queue levée î la messe est continuée ; le diable consacre d'abord une chose noire et ronde qui i^ssemble à une semelle de soulier ^ et sue laquelle est son image , en prononçant leà paroles de la consécratioi) du pain ; et ensuite le calice ^ qui contient une liqueur dégoûtante, il communie et donne la communion sous les deux espèces; ce qu'il donne à man* ger, est noir, âpre , difficile à mdcher et à avaler; la liqueur est noire , amèrc et nauséabonde.
VII. Lorsque la messe est finie > lé diable ^'uiiit charnellement avec tous les hommes et toutes \ei femmes ; et leur ordonne ensuite de l'imiter : ce commerce finit par le mélange des sexes , sans distinction de mariage ni de patenté. Les proséliles du démon tiennent à honneur d'être appelés les premiers aux œuvres qui se font ^ et cVst le privilège du roi d'avertir ses élus ^ comme c'est celui de la reine d'appeler les femmes qu'elle préfère*
VIII. Satan renvoie tout son monde après la cérémonie 9 en ordonnant à chacun de faire autant de mal qu'il pourra aux chrétiens et même aux sorcières qui l'auront offensé) et à tous les fruits de la terre , aprè» s'être transformé pour cela en chien , en chat, en loup, en renard, en oiseau de proie , ou en d'autres animaux suivant le besoin , comme aussi en employant des poudres et des liqueurs empoisonnées qui se préparent avec l'eau , tirée du crapeau que cha([ue sorcier porte avec lui et qui est le diable lui-même obéissanj à son commandant sous cette métamorphose, depuis le moment où il a été reçu dans ^la
secte. Voici la manière dont se fait cette réception. IX. L^liomme ou la femme qui a engagé quelqu'un à se faire sorcier, Tamèûe dans la première assemblée ; le diable dit : Jt U' traiterai hien , afin que beaucoup d^autrcs se présentent comme lui , mais il faut qu'il abjure sa foi et qu'il em^brasse ia mienne. Le candidat, apostat de Dieu, de Jésus- «•Cbrist , de la très-saiutç Vierge , de tous les Saints et de la religion cbrétienne, promet de ne plus invoquer les noms de Jesus-Cbrist et de Marie ^ de ne plus se sanctifier ni faire le signe de la croix ou accoaq>lir aucune œuvre de chrétien ; il reconnaît 16 démon poiur sou unique Dieu, et maître; il Tadore comme tel f lui promet obéissance , fidélité et constance jusqu'à la mort , rononçant au ciel , à la gloire et à la félicité éternelle des cbrétiens , pour jouir, en cette vie , de tous les plaisirs qu'il pourra se procurer dans la secte des sorciers , et ensuite du paradis qui leur est promis. Le Seigneur ( nom sous lequel ils désignent et invoquent toujours le démon ) marque alors l'initié avec les ongles de sa main gauche , siur quelque partie de son corps ; en même temps, il ioiprime avec une pièce de ironnaie d'or sur la prunelle de l'œil gaucbe, et sans causer la moindre douleur, la figure d'un très-peUt crapaud qui sert à tous les sorciei*s de signe de reconnaissance, et lui livre , par les mains de son parrain ou de sa marraine , suivant le sexe du i*écipiendaire , un crapaud habillé, en lui disant d'en avoir bien soin , de le nourrir et de lui faire souvent des caresses, d'empêcher surtout que personne ne puisse le voir , le maltraiter, s'en emparer ni le tuer, vu que tout son.bonheuren dépendri; OSLT, il lui fait présent , dans ce petit animal , d'un
esprit puissant avec lequel il pourra voler dans les airs, se transporter en peu de temps et sans fatigue , aux lieux les plus éloignés; se rendre invisible «juand bon lui semblera ; se métamorphoser en tel ou tel animal, selon qu'il le jugera utile; faire du mal à quiconqut lui déplaira; et dont le corps lui fournira la liqueur dont il aura besoin pour les onctions qui doivent le rendre invisible et le faire voler. Le diable se garde bien cependant de confier le rcplile au nouveau prosélite; il le dépose entre les mains du parrain ou de la marraine et lui recommande d*en prendre soin jusqu'au moment où il jugera qu'on peut le lui confier.
X. Le vêtement du crapaud est un petit sac garni d'un capuchon libre , par lequel sort la tête de ranimai ; ce sac est à jour vers la partie du ventre ; mais cette ouverture est garnie à son milieu d'un cordon qui tient lieu de ceinture: l'étoffe en est indifTércnle; on dit cependant qu'on y emploie ordinairement le drap ou le velours verd ou noir. Sa nourriture est le pain, le vin, la viande et en général ce que mangent ses maîtres ; ceux-ci doivent la lui présenter de leur propre main , en le caressant ; s'ils oublient de . le faire ou qu'ils s'en actjuittent avec négligence, le crapaud s'en prend à son maître et le gourmande vertement, en lui disant tout ce qui lui passe par îa têle. L'office du crapaud est de réveiller son maître s'il est endormi au moment où il faut se rendre à l'assemblée, et de l'en avertir lorsqu'il l'oublie, pour lui épargner les coups que Satan ne manque pas de faire appliquer à tous ceux qui arrivent tard ou qui ne se rendent pas.
XL Le sorcier est reçu profès , lorsque le rapport
fait par son parrain prouve qu'il a déjà commis tani de sacrik'ges contre la religion chrétienne , quHl n*est plus permis de douter que son apostasie ne soit réelle» il en fait connaître les principaux à rassemblée. Le diable alors lui donne sa bénédiction , mais d'une manière qui n'est qu'à lui. Il élève ja main gauche à moitié fermée , abaisse ensuite rapidement le bras > et porte les doigts à sa verge : il répète le premier mouvement en décrivant des cercles de droite à gauche comme pour défiler du fil à contre-sens , après quoi il remet au candidat le crapaud que le parrain avait gardé jusqu'à ce moment,
XII. Un des moyens employés pour augmenter le nombre des sorciers, et s'établir çivantageusement dans l'esprit du diable , consiste à amener de jeunes enfans au-dessus de six ans à rassemblée , les jours où l'oi) doit y danser au son du fifre , de la vielle , de la trompette maure et au bruit du tambourin : car on peut espî^rer qtie le plaisir dé ce divertissement engagera ceux qui l'auront goûté , à y conduire d'autres enfans qui viendront y danser et s'en feront ensuite une Iia- J3itude. Cependant, comme il est à craindre qu'ils ne racontent ce qu'ils auront vu , un article du règlement de l'assemblée charge un inspecteur des enfans de leur procurer tous les jeux et les récréations possibles, mais de les tenir asFez loin du foyer , pour qu'ils n« puissent voir ce que font avec le diable les maîtres ^rciers i car on ne veut ni les engager à apostasier ni leur faire aucune autre proposition délicate, jusqu'au moment où , arrivés à TAge de raison , on pourra leur permettre de soulever un coin du voile, observer leurs dispositions, et, après avoir reconnu leur goût pour l'assemblée^ leur insinuer ce qu'il faut faire pouç être
aç^lmis ^lî noviciat. Ce n'est que f :rt long-femps après qu'on donne à ces élèves le cWipaud de l'ordre, et qu'on leur confie des sipcrets d'une grande importance. On attend que le parrain, qui est chargé d'étudier le caractère du postulant, ail rendu un bon témoignage de ses voeux et de sa résolution.
XIlï. Avant de se rendre à l'assemblée , le sorcier £( l'attention de s'oin<lre le corps avec une liqueur :pii a été vomie parle crapaud, et qui s'obtient <lc la manière suivante : il le fait bien manger, et le frappe ensuite à coups de petites verges, ju.«;qu'à ce que le démon, qui est logé dans le reptile, dise : c'est assez ; il est enflé. Le sorcier presse alors le crapaud contre terre avec le pied ou la main , jusqu'à ce que l'animal fasse un mouvement pour lâcher, par la gueule ou par l'anus, ce qui l'incommode ; îlie place aussitôt de manière à recevoir dans un petit vase cette liqueup , qui est une eau verddtre et dégoûtante ; le sorcier la conserve dans une bouteille, et s'en sert pour s'en frotter la plante de» pieds, les paumes des mains, le visage, la poitrine et les parties naturelles, et pouvoir ensuite s'envoler avec le reptile, qu'il porte sur lui. Quelquefois le sorcier voyage à pied, et son crapaud, qui le précède, fait des sauts qui, en peu de minutes, leur font franchir d'énormes dislances; ceci n'a lieu que pendant la nuit , et avant que le chant dii coq ait annoncé l'aube ; car , à ce signal , le reptile disparait , et le sorcier se trouve réduit à son état naturel. I^ crapaud ne tarde pas à reparaître au lieu où il était gardé.
Xiy. L'art de composer des poisons mortels n'est pas connu de tous les sorciers , [lors même qu'ils ont été reçus profès. Ce talent est uu don particulier qu^
iUo)
le démon accorde aux plus parfaits de la secte ; cVsN à-dire à c^^ux qu*une union plus intime attache à sa personne; cette composition se fait ainsi : le diabte indique le jour et le lit;u qù il faudra se procurer les matière^ et les ingrédiens des poisons : ce sont des crapauds , des couleuvres , des lézards des deux espèces ^ des escargots 9 des colimaçons 9 d'autres reptiles et des insectes 9 outre plusieurs plantes quUl ne manque pas de «lécrire. On en trouve en abondance avec le secours du démon, qui accompagne quelquefois les sorciers ; on lui présente tout ce qiV'on a apporté ; il bénit les animaux et les plantes. Les sorciers écorchent arec leurs dents les crapauds et les autres reptiles; comme la chose, a ses diilicuUés/ le' diable vient au secours ; ils les coupent en morceaux avant qu'ils ne soient morts; les mettent dans un pôt, avec de petits os et des cervelles d'hommes morts et tirés de la sépulture des églises; ils jettent dans ce mélange Peau verddtre des crapauds démoniaques ^ font bouillir le tout jusqu'à la calcinafion , le réduisent eu poudre 9 le mêlent avec Teau des reptiles, et ce composé est un ongueii^ vénéneux , dont chaque sorcier prend la part à laquelle il a droit. Quelquefois la composition reste en poudre, parce que l'expérience a prouvé à quelques sorciers que, dans cet état, elle fait plus de mal, particulièrement lorsqu'il s'agit de nuire aux récoltes des grains ou des fruits ; dans celte circonstance , le diable fait une seconde bénédiction de cette poussière; et, au sortir de ses mains, on en envoie des provisions à ceux qui ont à travailler sur les fruits de la terre, que l'on voit bientôt dessécher ou périr, en tout ou en partie, au gré de ces redoutables ministres de Satan. Lorsqu'il s^agit de faire du mal aux personnes, le poison réussit
également dans ces deux cas, suivant les occâsioiM où on veut l'employer : on s'en sert, 80U5 f^rme d'onguent , lorsqu'il y a contact physique avec Tindividu à qui on veut nuire, ou avec quelque substance dont U doit se nourrir. Quant aux poudres de cette composition , elles opèrent aussi de cette dernière manière; et sont encore destinées [lour agir à de grandes distances, et pour empoisonner , par leur mélange, les boissons et les alimens.
XY. De toutes les superstitions qui plaisent au démon , aucune ne le flatte autant -que de voir ses adorateurs enlever des tombeaux des églises les corps des chrétiens; en manger et en faire manger les petits ossemens , les cartiiages du nez et la cervelle , lorsque ces différentes parties ont été préparées avec l'eau dijs crapauds animés par Satan. Lorsqne les sorciers veulent préparer cet horrible repas , le plus délicieux , dit-on, qu'on puisse offrir à leur mature^ ils cherchent, avec lui-même, le corps d'un petit enfant mort et enterré sans avoir reçu le baptême ; ils lui coupent un bras qu'ils allument par les doigts comme une torche ; à l'aide de cette lumière , ils voyent par tout, pendant que personne ne les aperçoit : ils s'introduisent de nuit dans les églises, ouvrent les tombeaux , en retirent tout ce dont ils ont besoin , et les . referment avec le plus grand soin. Ils le présentent au démon qui le bénit, et lorsque le repas est prêt , leur maUré se nourrit dtj cette offrande avec plaisir 9 et en distribue les restes comme délicieux, surtout si le régal a été préparé avec des cadavres de chrétiens qui aient succombé à la violence du maléfice.
XVI. Afin qu'un homme puisse être sorcier à l'insu de sa femme , et une femme sorcière à Tinsu de
aon m.'iri^ le démon charge des geng qiiî sont à son service de prendre, quand il le faut, la figure de la personne , dans sa chambre à coucher , si cVst la nuit, et dar:s sa maison , si c^st le jour , pendant qu'elle assiste à rassemblée générale ou au rendez-vous particulier du démon , dans le pré du Bouc ou dans quelque autre lieu : un autre avantage que ce moyen offre au démon , cVst de multiplier les outrages faits à la sainteté du mariage , par les incubes et les suc-< cubes qui résultent de la méprise du mari ou de la femme. Souvent aussi, les agens du diable envoyent par son ordre un sommeil si profond à celui quMl faut tromper, qu'il ne se réveille que long temps après et lorsque tout est fait. D'autres fois la personne est chez elle , entourée de tout son monde ; et cependant le diable , abusant de son invisibilité , procure des jouissances criminelles , sans que ceux qui sont présens s'en aperçoivent.
XVII. La propension au mal est si naturelle au démon, que si un sorcier reste long-lemps sans nuire, soit aux hommes, soit aux animaux ou aux fruits de la terre , il lui en fait tle vifs reproches dans rassemblée, et ordonne à l'exécuteur de ses hautes œuvres de le fustiger avec des épines, ce qui se fait avec tant de cruauté, que la doifleur et les taches durent pendant plusieurs jours, lorsqu'il ne les guérit pas après l'exécution , avec un certain onguent rouge qui appaîse la douleur , et fait disparaître les empreintes des coups. Le diable fait un grand mystère de la composition de ce lénitif. Cette sévérité a les conséquences les plus fàrhouses ; car boaùcou*^) de sorciers qui ne songeaient qu'à vivre tranquilles , sont poussés par Ja çr^Unte du châtiment , dans la carrière du mal et en
font autant que les autres ^ et quelquefois même d.ivanta<;e , afin de faire oublier au diable Tinaclion dang laquelle ils ont vécu»
XVIII. Les détails que je YÎens de donner et beaucoup d'autres que j'omets, furent connus par la dé-
''claration de Marie de Zuzaya qiii mourut repentante f et par celles de dix-huit autres sorcières qui évitèrent le feu , pour avoir tout révélé dès le commencement. L'assemblée des sorciers de Zugarramurdi fut décour verte par une^ielite fille de France qu'on avait mise chez une femme de l'endroit , laqiielle était sorcière elle-même , et menait souvent à l'assemblée cette enfant trop jeune encore pour être traitée comme novice. Lorsqu'on l'eut ramenée dans sa famille , une de ses compatriotes la pressa de se faire sorcière , et lorsqu'elle se fut décidée à abjurer la religion catholique, elle renonça à tous les articles de la foi, excepté au culte qu'elle voulait toujours rendre à la Sainte- Vierge : un an et demi après, elle fut attaquée d'une' maladie grave , se repentit et obtint l'absolution de
' l'évêquc de Bayonne ; étant retournée ensuite à Zugarramurdi , elle y vit Marie Jurreleguia, et lui dit qu'elle savait qu'elle était sorcière. Sou mari en fut informé et lui en fit des reproches ; celle-ci nia le fait; cependant l'autre donna' des preuves si évidentes - qu'elles étaient allées plusieurs fois ensemble au pré du Bouc, que Marie se voyant convaincue , avoua tout , se repentit sincèrement et découvrit , devant l'Inquisition de Logrogno, tout ce qui se passait parmi les sorciers. On se contenta de lui faire poster le San-' Benito i^endant Vaido-da-fé qui suivit son jugement, et elle eut la permission d'habiter sa maison sans autre pénitence que ce qu'elle avakiléjà soufTert pm^
idant sa réclusion où elle fut cependant traitée avea douceur j à cause de la sincérité de son repentir.
XIX. Marie de Jurreteguia, femme d'Etienne de Navalcorrea , ayant été convaincue par la femme française et convertie , à la suite de ce qui s'était passé entr'elle et son mari , avoua sa faute devant rinqnîsition de Logrogno , et expliqua tout le système de la secte dont elle avait fréquenté les assemblées ; son récit fut confirmé plus tard , par dix-huit de ses complices ; quant aux faits de son histoire » elle apprit qu'elle était sorcière depuis son enfance; qu'elle avait été menée aux assemblées des sorciers dès ce tempslà , par Marie et par Jeanne Chipia , ses tantes maternelles ; que celles-ci ayant été arrêtées , confessèrent leur crime et furent réconciliées dans le même auto-da^fé. Harie raconta que pendant qu'elle était sorcière , elle ne voyait jamais clairement l'hostie consacrée , ce qui arrivait aussi aux autres membres de l'assemblée , 'parce qu'une sorte de vapeur venait, disait -on, la cacher à leurs yeux ; mais lorsqu'elle se fût confesiée au curé de Zugarramurdi ^ elle commença à là voir. Elle apprit qu'elle avait fait beaucoup de mal à dillerentes personnes , à qui elle en demanda pardon , d'après le conseil de son curé ; que lorsque le démon eût appris sa conversion , il la fit persécuter avec violence par les sorciers du pré du Bouc, qui mirent tout en œuvre pour la faire retourner à leurs assemblées; qu'elle n'avait d'autres armes contre ses surprises invisibles, que la croix du rosaire qu'elle portait à son cou , ei l'invocation des noms de Jésus et de Mane , qui mettaient en fuite ses ennemis, mais non pas si complèlement qu'ils ne revinssent quelque temps après renouveler leius attaques ; qu'à la fin le
démon Tabanclonna , mais qu^en la quittant pour la dernière fois , il lui appliqua de rudes coups de sa main gauche sur la poitrine, et continua de se venger, en faisant arracher par les sorciers tous le* choux de son jardin , détruire ses pommiers, et causer de grands dommages à un moulin de son beaupère dont elle avait la jouissance; que pendant son enfance , lorsque sa tante voulait la mener hors de la maison , elle la faisait sortir souvent par de petits trous dont la porte était percée , pendant que celle-ci et toutes les autres étaient fermées ; que la déclarante demanda à sa tante pourquoi elle diminuait la grosseur de son corps ; car il fElut savoir que toutes les sorcières croyent à cette réduction dans certaines circonstances , quoique peut - être le démon ait soin d'aggrandir les ouvertures par où elles passent.
XX. Marie de Zuzaya fut relaxée quoiqu'elle eût satisfait les inquisiteurs par ses déclarations , et témoigné le plus grand repentir. Elle avait dogmatisé avec presque tous ses complices , et les juges ne crurent pas avoir droit de lui faire d'autre grâce que d% la sauver de la peine du feu que subirent les cinq sorciers négatifs. Elle fut étranglée et brûlée après sa mort. Dans la déclaration ipi'elle fit de ses crimes, elle dit qu'elle était visitée chaque nuit par le diable , qui lui tint lieu de mari , pendant plusieurs années , et qu'elle le voyait même dans le jour j qu'une nuit , étant allée au pré du Bouc y une de ses voisines vint emprunter d'elle un pain : le diable prit sa figure , répondit pour elle et renvoya celte femme avec te qu'elle demandait; qu'elle avait causé beaucoup de mal à un gi'and nombre de personnes qu'elle nomma^ en leur faisant éprouver, par enciiantcment , (W
viveii douleurs et leur causant de longues maladie^ \ qu^ellc n'avait pas niieux traité les fruits de la terre f en employant des poudres empoisonnées contre les poires y les pommes , les iloix , les châtaignes et les autres fruits; qu'elle avait procuré la mort d'un homme au milieu de coliques ^.troces, au moyen d'un œuf où elle avait mis des mêmes poudres ; et enfin ^ qu'elle s'était souvent moquée d'un prêtre qui aimait à chasser le lièvre, en prenant la fi^re de cet animal et en le fatiguant par les longues courses qu'elle lui faisait faire.
XXI. Michel de Goiburu^ roi des sorciers de Zu* garramurdi 9 avoua ce qui se passait , en général ^ dans les assemblées de sa secte ; quant à ce qui le concernait personnellement^ il déclara que sa société étant allée à une assemblée de sorciers qui se tenait en France dans un lieu voisin de la frontière, il s'y trouva plus de cinq cents personnes : que Stéphanie de Tellechea sorcière de Zugarramurdi, s'étant écriée : Jésus, que de monde! A l'instant la scène avait disparu , et chacun était retourné chez soi , parce que l'assemblée ne pouvait plus avoir lieu ; que Marie Escain ayant persuadé à un marin de se faire sorcier ^ celui-ci vint à la première assemblée, et ayant aperçu le diable sous sa forme ordinaire , il dit : Jésus , (ju*U est (uni! El aussitôt, tout s'était dissipé comme la première fois» Qu'un autre jour, le diable ayant annoncé qu'il arrivait six vaisseaux, et ayant donné l'ordre ' d'exciter une tempête, le déclarant et plusieurs antres ' sorciers s'étaient avancés jusqu'à deux lieues dans la mer de Saint- Jean de Liiz et avaient découvert les bàtimens; qu'en ce nion;enl le diable avait sauté trèsprès d'eux dans la mer, leur a\ait donné la bénédlc-
tîoii et prononcé trois fois le mol vent. 0u'à l*în«-» tant, il s'éfail élevé une- horrible lempéte qui semblait devoir briser les vaisseaux les uns contre les autres ou sur la côle , sans qu'aucun secours humain pût Fempécher, lorsque les malelots ayant invoqué le nom de Jésus et f.iit uiie croix ^lans l'air, le démon s'était enfui , à celle vue , et que hii déclarant et s(^ compagnons, n'eurent pas la force de résister, et se retirèreot dans leurs maisons; il confessa qu'il était tombé triîs fréquemment dans le péché le plus familier au diable, tantôt comme passif avec lui, tantôt d'une manière active avec d'autres sorciers ; qu'il avait plusieurs fois profané les églises, en y arrachant les morts de leurs tombeaux pour faire au diable son offrande d'os humains et de cervelles. Qu'il s'était plusieurs fois réuni au démon pour jeter un sort sui" les champs; qu'en sa qualité de roi des sorciers, il portait le bénitier qui était de cuir noir, et l'eau bénite, c'est-à-dire, l'eau verdâtrc des crapauds méléô avec les poudres préparées comme poison; le diable faisait sa b;'nédiclion et disait d'une voix rauque : Que tout périsse ; quelquefois , il n'appliquait ces paroles qu'à la moitié des fruits de la terre, ou même à telle ou telle partie distincte, suivant ce qu'il s'était proposé. Le.^ jours d'une chaleur étouffante étaient ceux que le diable préférait ponr sortir dans la plaine; MâCÎiel avoua qu'il avait fail mourir beaucoup d'enfan» dont il nomma les pères, en leur suçant le sang aux endroits de leur corps qu'il avait piqués avec une pingle, qiielquefois au fondement ou aux parties naturelles; que quoiqu'il fît cela par un désir de vengeance ou par méchanceté , il arrivait cependant quelquefois qu'il n'avait d'autre motif que de faire
|>laislr au démon qui aimait beaucoup à voir les sorciers sucer le sang des enfans , et Texhortaît à le faire , en leur disant : Sucez , sucez , c'est ifon pour vous autres. Il avait fait périr ainsi son propre neveu ^ iVnfant de sa siœur.
XXII. Jean de Goiburu, frère de Michel 9 mari de Gracienne de Earrenechea, la reine des sorcières, et beau-père de Marie et de Stéphanie Iriarte Barrenechea qui furent tous réconciliés dans le même autoda-fé, confessa les mêmes choses que les autres sorciers sur les circonstances les plus générales : il ajouta comme détails qui le regardaient personnellement j que c^était lui qui dans les assemblées » touchait du tambourin pour faire danser les sorciers et les sorcières, et surtout les petits garçons et les petites filles; qu'ayant un jour prolongé son jeu au-delà du chant du coq , son crapaud disparut » et il fut obligé de retourner à pied à Zugarramurdi , qui est éloigné de près de àexm, lieues du pré du Bvuc; qu'il avait plusieurs fois déterré des morts et préparé leurs os pour en manger, même avec le diable, et qu'il avait eu commerce avec les autres sorciers et sorcières , quoique ce ne fût pas jour d'assemblée ; que le démon leur disait que les os des enfans tués par les sorciers , étaient meilleurs que ceux des autres ; que lui déclarant tua un jour son propre enfant , l'enterra et l'exhuma quelque temps après, pour préparer avec ses ossemens un repas où il invita plusieurs sorciers qu'il fit connaître par leurs noms.
XXill. Gracienne de Barrenechea, femme de Jean Goiburu , était la reine des sorcières ; elle confessa qu'ayant été jalouse de Marie-Jean de Oria , à cause de l'amour que le diable avait pour cette femme , elle
ne négligea rien pour le rendre infidèle ; qu^en étant Tenue à bout , elle lui demanda la permission de causer la mort 'de sa rjvale , et qu'ajant obtenu son consentement , elle commit cet homicide pendant que sa victime dormait tranquillement dans sa chambre ^ une nuit où il n'y avait pas d'assemblée , en faisant tomber sur son corps de la poudre empoisonnée qui causa à Marie une maladie violente , dont elle mourut au bout de trois jours ; qu!elle avait fait mourir plusieurs enfansy eu haine de leurs mères qu'elle nomma ; détruit des moissons et procuré des maladies avec les poudres et Tong^ent des sorciers ; que son prentîer mari, Jean de Iriarte, n'avait pas' été sorcier ni sa troisième fille sorcière ; que son gendre ^ mari de cette troisième enfant ne Tavait pas été non plus, et qu'elle ss cachait d'eux ; ce qui ne l'avait pas empêchée cependant de leur faire manger des os, descartf'^'^es et de la cervelle des morts qu'on avait déterrés.
XXX III. Marie de Iriarte Barrenechea , fille de la précédente, déclara qu'elle avait vu le démon que sa mèi^ lui présenta , qu'il |ouit d'elle comme il voulut , et qu'e:lie en eut de violentes douleurs qui furent suivies d'une grande perte de sang ; elle 's'en plaignit à sa mère qui lui dit de ne pas s'en inquiéter, parce que la mém« chose lui ét^it arrivée à elle-ii:énie dans son enfanct lorsqu'on l'avait mise entre les mains du diable : ell« confessa qu'elle avait fait mourir neuf petites créatures en leur suçant le sang par les parties naturelles ; trois h.cHiMmes et uee iemme dont elle dit les noms , aveo ks poudres de la secte , outi*e quatre autres personne» avec la liqueur verdâtre , dont le contact suflisail^ pour tuer à l'instant, mais dont le diable but cepen*dant on jour devant elle et reng;agea à en boire aWssiy
en rassurant que puisqu'il n'en mourait pas ^ elle i]*avait rieu à craindre : que néanmoins^ cette raison n'avait pu rengager et qu'elle refusa d^en goûter. Stéphanie 9 la sœur de Marie ^ confessa les mêmes crimes.
XXXIV. Jean de Sansin , cousin du roi étés sorcîers, Michel de Goihuru^ dépoi^a qu'il jouait* de la ilute dans les assemblées du pré du Bouc 9 pendant que le démon abusait des hommes et des femmes ; car, il fut un temps où ce passe-temps lui faisait plaisir, et ce ne fut que quelque temps après qu'il s'amusa à ceux dont j'ai parlé.
XXXY. Martin de Vizcay déclara qu'il était le surveillant des enfans et des garçons qui venaient à l'assemblée; que son emploi consistait à les laisser s'amuser librement , et à les tenir éloignés de ce qui se passai^ entre les sorciers et leur mattre. Que la première fois que le démon abusa de lui , il lui fit une blessure considérable , par laquelle il perdit beaucoup de sang. Sa femme qui n'était point sorcière et qui ignorait qu'il fût de la secte , ayant vu Tétat de sa chemise et de ses chausses lui en demanda la raison. Le déclarant lui dit qu'il était tombé sur la pointe d'un pieu et qu'il s'était blessé.
XXXYI. Stéphanie de Tellechea confessa qu'elle avait causé la mort de beaucoup de monde , en s'approchant des personnes pour les toucher sous différens prétextes, et en leur frottant le col et une autre partie du corps avec l'onguent mortel qu'elle tenait entre les doigts; car, par une faveur particulière du démon , l'onguent des sorciers n'a aucune force sur eux-mêmes. Ëntr'autres homicides qu'elle avait commis ^ elle cita celui d'un enfant qui lui avait dit :
Vieille P, y tjite le diable te torde le côu \ Elle avAU fait mourir aussi une de ses petites filles , parce que* la portant un jour dans des bras^ elle avait taché sa fobe qui était neuve. Stéphanie mêla de la poudre de poison dans ce que mangeait son enfant^ et il lui sur* vint une maladie qui l'emporta presque aussitôt.
XXXVII. Jeanne de Tellechea y sœur de la précédente , dit que suivant un usage fort ancien , les habitaus^ Zugarramurdi s'assemblaient le doit du jouf de la Saint- Jean pour élire un roi des chrétiens et un roi des Maures y qui devaient commander les deut partis de chrétiens et de maures , dans les batailles simulées qui avaient lieu plusieurs fois dans Tantiée pb\xt Tamusement du peuple ; que son mari ayant été choisi pour représenter le roi des Maures en 1608, elle n* put se rendre au pré du Bouc cette nuitrlà, parce que beaucoup de personnes étaient venues chez ellô pour complimenter son mari qui n'était point engagé dans la secte ^ et qu^elle avait été obligée de faire les honneurs de sa maison; que malgré cette bonne ex^ cuse 9 le diable la fit fustiger dans la première assem-» blée, par son exécuteur Jean d'Echalaz.
XXXY III. Ce même Jean d'£chalaz , forgeron , et qui était le bourreau secret des assemblées du pré du Bouc, confessa que lorsqu'il fut reçu novice > le diable lui imprima sa marque sur l'estomac 9 et que ce point devint impénétrable. Les inquisiteurs ordonnèrent qu'on y enfonçât de fortes épingles; mais tous les efforts furent inutiles^ quoique ces pointes pénétrai sent sans difficulté dans toutes les autres parties du. corps: que la première nuit qu'il parut à l'assemblée^ les sorciers qui sortaient pour aller faire du dégât dans 1 a campa(gM y Brènt* autant de bniit qu^ quariMito
chevaux eifarouchés, et que ce vaoârme ressemblait liii bruit du tonnerre. Étonné de ce qui se passait , le déclarant dit sans réflexion : Jésus l Qu'est - ce ià? Et à Tinstant tous les obiets disparurent , et le pré se trouva aussi solitaire que si iaoïais il n'y avait eu d'assemblée ni de cérémonie.
XXXIX. Marie Echaleco^ sorcière, déclara que la reine Gracienne de Barrenccbea Tt^mporta un jour dans Tair et la desc(^ndit dans un champ où elle la laissa seule , ce qui Tobligea d'entrer dans une ca- Verne voisine; qu'elle vit arriver, peu de temps après la reine et Stéphanie de Tcllechea ayant au milieu d'elles le diable qu'elles embrassaient ; que sa figure lui parut si horrible, qu'au milieu de l'effroi dont elle fut saisie-, elle s'écria : Ah! Jésus /Que ces mots dissipèrent la vision; elle se trouva seule et reconnut qu'elle était dans le pré nonuné Berroscoberre , le même que celui où se célébraient les assemblées nocturnes , et auquel les sorciers avaient donné le nom à,'Aquciarre ou le prè du Bouc,
XL. Marie JuancJio, autre sorcière, apprit que quelques en fans du bourg de Vera ayant divulgué ce qu'ils avaient vu dans l'assemblée où leurs pères les avaient amen^'s, furent fustigés si cruellement dans une de$ assemblées suivantes, qu'ils tombèrent malades et commencèrent à dépérir, ce qui engagea Ib vicaire du lieu à les exorciser. Ces enfans révélèrent tout ce qu'ils savaient et ne voulurent plus retourner au pi*e. Ils furent fort persécutés par les sorcières qui ne traiter rent pas mieux d'autres enfans, qui refusaient aussi de s'y laisser conduire. Ces femmes les liaient et les emportaient dans les airs, et revenaient ensuite les déposer dans leurs lits où elles continuèrent de veuiif
les prendre, jusqu'à ce/qne le vicaire de Vera eut prî$ là précaution de faire coucher toules les nuits dans s& ch ambre j les enfans qui n'avaient pas encore atteint l'dge déraison, el dont le nombre s'élevait au-delà de quarante ; il les exorcisait , et les arrosait d'eau bénite ; le vicaire ayant omis de faire la même chose pendant deux nuits, les sorcières les enlevèrent et le§ transportèrent dans le pré où elles les fouettèrent cruellement. Quelque temps après, les mêmes enfans étant à l'école, ils virent passer deux femmes qu'ils reconnurent pour être celles qui les avaient fustigés ; ils sortirent et fondirent sur elles à coups de pierres, en proclamant pourquoi ils agissaient ainsi : cette circonstance fit porter rafraii*e en justice et les enfans affirmèrent hardiment devant le juge ce qu'ils avaient dît. La dernière partie de cet événement fut prouvée au procès de l'Inquisition , et reconnue conforme au récit de Marie Juancho. Cette accusée et sa sœur Marie Ressona confessèrent aussi que le diable Its ayant ^ondées de ce que depuis long- temps elles ne faisaient de mal à personne, elles résolurent de tuer leurs deux petits enfans avec les poudres de Satan, sans autre motif que l'envie de faire plaisir à lernr maître qui parut très-satisfait de ce sacrîtîce.
XLI. Telle est l'hisloîi^e abrégée des procès des sorcières de Logrogno , procès dont le tribunal connais"sait parfaitement la conduite , puisque déjà il avait ■puni en 1607 plus de trente sorciers , et en 1527, cent cinquante autres. La première affaire engagea D. Martin d'Andosilla , chanoine de la cathédrale de Pampelune , et archidiacre de Yaldorbe à faire imprimer à Paris, en i5i7, "" ^^vre latin sur tes super stiticyiis contre ttê maUfiçcg et iés sçrtiiéfjes fjui font $€mt dehruU
dans (e monde, La seconde donna lieu à un autre traité publié en langue espagnole pendant Tannée 15299 par F. Martin de Castagnega; enfin ^ le troisième événement dont je viens de rendre compte 9 fut Tobjet d'un traité qui aurait mérité de voir le jour^ Son auteur, Pierre de Valence y savant théologien , l'adressa au cardinal graiAl inquisiteur '; il y examinât avec une critique impartiale les difficultés qu*on pouvait et qu'on devait même élever sur les faits et sur la vérité des déclarations des dix-neuf personnes qui confessèrent devant Tlnquisition de Logrogno f les sorcelleries et les maléfices qui ont rempli une si grande partie de ce chapitre. Il établit d'abord les trois principales opinions soutenues parles théologiens sur cette matière. D'aptes la première^ toutes ces prétendues histoires de sorciers ne sont que de pures fables , quoique les accusés les attestent ; parce quUls espèrent échapper à l'Inquisition avec d'autant plus de facilité , qu'ils auront plus franchement avoué que toutes les charges des délateurs et des témoins sont véritables 9 ou parce qu'ils craignent d'être condamnés et punis comme négatifs. Les partisans de la seconde opinion , admettent comme constans les faits qui sont établis ^ surtout s'ils sont avoués par des accusés qui doivent en être punis: les théologiens du troisième parti croient aux histoires des sorciers, quant au fond ; mais ils ne peuvent ajouter foi aux circonstances les plusmerveilleuses qui les accompagnent. L'auteur reconnaît qu'il est de foi que les mauvais anges peuvent transporter les corps humains d'un lieu dans un autre , si Dieu le permet , et que ce pouvoir appartient Aussi aux bons anges lorsque Dieu leur commande de l'exer" cer; seulement, il n'ose croirequc Dieu le permette, et
ÎL cherche à prouver son opiiiiou par diffërens passa* ges de l'Ecriture-Sainte /qu'il cite à propos et qu'il explique avec soin ; il voudrait que les inquisiteurs interrogeassent les accusés et les témoins dans leê procès pour cause de sorcellerie , sans indiquer par aucun signe qu'ils croyent aux prodiges des niagi* ciens; et qu'ils affectassent, au contraire, de les regarder comme fabuleux , parce qu'en se livrant trop au préjugé qui^ les fait admettre, ils présentent leurs questions de manière à faire croire aux accusés qu'ils leur feront plaisir en multipliant les histoires des sorciers et les prodiges des magiciens.
XLIL L'auteur del'ouvrage cité, revenant aux circonstances du procès dont il s'occupe , expose aussi trois systèmes. Le premier ne permet de voir dans tous les phénomènes de ce genre, que des effets de causes naturelles, sans secours ni influence active et mystérieuse de la puissance démoniaque, si ce n'est celle qui a porté les accusés à commettre toutes sortes de crimes , et qui pousse les personnes dominées par le désir du plaisir ou de la vengeance, à satisfaire l'un et l'autre, par des moyens purement humains, et dont ils font un œuvre de Satan , afin d'avoir des imitateurs et de multiplier leurs complices. Le second système suppose la réalité d'un pacte avec le démon , par l'apostasie des sorciers et la connaissance qu'ils acquièrent des poisons et des onguents homicides ; mais il rejeté les voyages et les apparitions des sorciers aux assemblées nocturnes , quoiqu'ils pensent
y aller véritablement ; leurs translations à travers l'espace, d'un lieu à un autre , bien qu'ils s'imaginent qrie les choses se passent ainsi; et toutes les parti«^ culaiités qu'ils racontent de leurs assemblées, et qui
leur paraissent incontes! ables. Les partisans du sys^ tème dont je parle , croyent que Tusage que les sor^^ . ciers font des onguents et des poudres , les pUmge dans le sommeil , et que le diable profite de ce temps , pour imprimer sur leur cerveau toutes les représentations dont ils croyent , à leur réveil , avoir vu la réalité. Enfin , d'après une troisième classe de théologiens 9 tout ce qui arrive est produit par la force du pacte y comme Tattestent les témoins et coname Tavouent les accusés , par Teffet d'une permission de Dieu 9 dont il n'est pas donné à Thomme de pénétrer les desseins.
XLIII. l/auteur présente des argumens très-forts pour nous persuader qu'après avoir reconnu, comme catholique^ que Dieu peut permettre les faits dont il vient d'être question , nous devons cependant nier qu'ils arrivent , au moins aussi souvent qu'on pourrait le croire, d'après l'importance que les tribunaux donnent à ces sortes d'affaires, ni sans un concours de circonstances extraordinaires qui servent à l'aceomplissement des desseins de la providence , pour le salut des âmes , le triomphe de la religion , la destruction du péché et le retour des pécheurs ; or non seulement on ne voit rien de semblable dans les assemblées des sorciei'S, ni dans leurs opérations ; il est certain, au contraire, que dans ce parti tout conduit à une foule de crimes les plus monstrueux , ( au moins quant à l'intention ) contre Dieu et ses Saints , contre les hommes et la nature.
XLIV. Les raisons que je viens d'exposer , portent l'auteur de l'écrit à croii^ que parmi les choses qu'on raconte des sorciers , il y en a qui sont certaines et réelles , mais produites par des moyens naturels ; que
d^utres ne sofrl que des écarts de rîmaginalîon, de la nature des songes , des aberrations des aliénés , et
du délire de certains malades : les sujets chez lesquels ces illusions sont produites.^ croyent à la réalité des fjotômes qui les obsèdent, et voilà pourquoi ceux qu^on appelle des Rcpentans, confessent les faits avec tant de bonne foi : enfin il est d'autres choses qui n'arrivent point aux sorciers , et dont leur imagination n'est pas frappée, mais que quelques-uns racontent cependant , pour rendre leur histoire pius surprenante et satisfaire leur vanité , mobile si puissîant chez tous les hommes 9 et qui leur fait préférer si souvent de honteuses chimères aux biens les plus solides.
XL-V. A la classe des choses purement naturelles , qui sont l'ouvrage des sorciers, on doit rapporter les meurtres qu'ils commettent sur leurs semblables , parce qu*on peut être homicide sans être sorcier , <ui employant les sucs mortels des plantes, les poudres , les onguents, les liqueurs ou d'autres substances ; et lorsque l'imagination de celui qui s'est précipité aVec plaisir dans le crime , a retrouvé le calme qui lui est naturel , il n'est pas impossible qu'il pense avoir mêlé des procédés diaboliques dans ses actions les plus naturelles , et que son esprit s'attache fortement à cette idée.
XLVI. La secondé espèce de phénomènes imputés aux sorciers , et qui nç sortent point de Tordre naturel, ce sont les voyages aériens pour arriver aux assem- Mées nocturnes, et les détails que ces hommes donnent sur ce qui s^y passe. L'auteur rappelle ce qu'Ao; dré Laguna , médecin du pape Jules III , dit dans le quatrième chapitre du 76'. livre de Son Cùfnthentairè
«ttr Dioseorides j au sujet de la racirio d'uoe espèce de Soianum , dont une dragmo prise en décoction dans du vin , excite dans rimaginaiion les représentations les plus agréables; il ajoute qu'en i545, traitant en France le duc de Guise , François de Lorraine, ou anrla dans ce pays, comme sorciers^ un lioninie et sa femme qui habitaient dans un ermitage aux environs de la ville de Nanci ; on leur trouva un pot d'onguent verd; Lagunale trouva corn* posé de dilTérens extraits de cigùe • de soianum , de jusquîame, de mandragore et d'autres plantes narcotitpies et assoupissantes ; il en prescrivit l'usage pour la femme du bourreau , qui était attaffuée de phrénésie et ne pouvait dormir. Lorsqu'on eût frotté avec cet onguent tous les membres de cette femme , elle dormit pendant trente-six heures, et son sommeil eut duré bien plus long- temps , si l'on n'eût pris le parti de la réveiller en employant des moyens très-actifs • entr'autres les ventouses. Elle se plaignit amèrement et gémit de ce qu'on venait de Tarracher des bras d'un jeune homme aimable et vigoureux.
XLVn. La Fable nous représente Oreste , voyant, à son réveil , les furies qui le poursuivent pour le punir du meurtre de sa mère. Les femmes qui, dans la Grèce , se consacraient au culte de Rhéa , la mère des Dieux , croyaient entendre sans cesse le bruit des tambours et des autres instrumens de musique , et voir des danses , des Faunes , des Satyres et d'autres fantômes : pour jouir plus facilement de ce spectacle, elles gagnaient les montagnes et les forêts, où elles assuraient qu'elles trouveraient le comble de leurs délices ; c'est ce que les sorciers disent aussi de leurs assemblées noctunus.
XLVIII. Les témoins dans les affaireti de sorcellerie ne doivent pas inspirer leancoup de confiance 9 quelque nombreux et graves qu'ils soient. Nous savons que 9 lorsque.' les empereurs romains persécutaient les chrétiens , beaucoup de témoins s^accordaient a déclarer qu^ils tuaient des enfans, qu'ils s'assemblaient pendant la nuit pour les manger 9 et qu'ils commettaient ensemble 9 au milieu des ténèbres, les obscénités les plus horribles : parmi ces témoins se trouvaient des hommes qui pouvaient savoir la vérité 9 pour avoir été chrétiens et s'être trouvés dans ces assemblées 9 avant leur apostasie ; des esclaves de chrétiens quf observaient de près leur conduite et voyaient s'ils faisaient profession du christianisme : cependant rien n'était certain 9 quoique la preuve judiciaire nous paraisse entière set complète ; parce que les apostats 9 à qui des récompenses étaient promises 9 s'ils faisaient connaître des chrétiens 9 employaient la calomnie sans crainte d'être punis ; et les esclaves 9 de leur côté 9 dénonçaient leurs maîtres 9 pour éviter la mort dont ils étaient menacés en se déclarant chrétiens.
XLJX. L'opinion que le diable représente quelquefois la personne du sorcier en prenant sa figure 9 offre de grandes difficultés 9 soit que l'on suppose 9 d'après ce principe 9 que le démon s'empare delà couche du mari 9 soit que l'on convie&ne que c'est celui-ci qui l'occupe 9 et que le démon s'en va jouer le rôle du sorcier dans les assemblées ou ailleurs. Le premier cas expose au double crime involontaire de la communication charnelle 9^ le diable pouvant être incube ou succube 9 à l'insu de la femme ou du mari. Le second cas joint au premier 9 rend impossible la preuve du crime, £n effet 9 quelque nombreux que soient les faits
avancés conlre l'accusé, celui-ci pourra dire.'rî/e n'in pas de pitts grattd ennemi que ie di'mmi; U a pri» wa figure' afin de ine faire jpasser pour coupable ; car j'étais chez moi, et je prouverai V alibis Jamais Tacciisé négatif ne pourrait éti-c condamné légalement, comme le hirent à Logrogno, cinq de ceux qui fuixuit livrés au bras séculier.
L. Pierre de Valence finissait son mémoire, en di«' sant qu'il n'y avait aucun procès qui demandât plus de critique et de discernement que ceux qu'on intentait contre des sorciers et des sorcières ; qu'il conviendrait de récb'ger une instruction particulière pour Tusage des inquisiteurs dans ces sortes de cas ; qu'il ne croyait point qu'il fût sûr de condamner à la reloa^ti&n les accusés négatifs^ quelques preuves qu'on eût réunies pour prouver leur crime, parce qu'elles sont toutes extrêmement incertaines; et que, dans le doute , il vaut mieux épargner un coupable que de frapper un innocent , ou de le punir plus sévèrement qu'il ne le mérite.
LI. Le cardinal porta l'affaire des sorciers de Logrogno au Conseil de l'Inquisition où elle fut long-temps discutée , et bientôt après il adressa une instruction a^x Inquisitions provinciales, en leur recommandant de s'y conformer et d'en suivre exactement l'esprit dans les procès de ce genre dont ils auraient à s'occu* per à l'avenir; il indiquait un grand nombre de précautions à prendre dans l'examen des témoins , et dans la confession et les déclarations des accusés. Ces mesures ne furent pas inutiles; car je ne crois pas que depuis l'époque dont je parle, il ait été célébré aucun auto-da-fé général , de l'espèce de celui de l'année 1610. Un autre effet de cet heureux cbangement, fut
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d*affaiblîr l'ardeur que l'on niettaîl à tîc'noncer de» sorciers 9 et à faire lomher le goût qu'on avail pour la ' sorcellerie ; depuis celte époque, les lumières se sont accrues, et le nonmbre des sorciers a diminué avec celui des dupes qui croyaient à leurs miracles. Si Pierre de Valence vivait aujourd'hui , il s'applaudirait d'avoir annoncé que la sorcellerie offre des phénomènes certains 5 mais parement naturels; des effets imagina ires 9 mais regardés comme réels; et d'autres, qui n'ont d'autre fondement que l'imposture.
LU. J'ai rapporté ailleurs assez de procès del'In- ~ quisition jugés sous le règne de Philippe III , pour me dispenser d'en insérer d'autres ici. Je me boi^ieraî à citer celui de D. Antoine Manrique, comte de Mo-trata, fils de D. Pierre, lequel fut accusé en i6o3, d'avoir avancé des proposilî^ons hérétiques. Il fit abjuration sans subir la honte d-un au4o-da-fé. J'ai va son procès à Saragosse en 181a , avec oeuK d'un gr«'\nd nombre de personnes de la pren^ière noble^e; j'en ai nommé une partie ; parmi les autres ^ on remarquait D. Jean de Gurrea, seigneur d'Argabieso, ac-? cusé en iSSg; Jean Perez d'Oiiban, conMilteur du Saint-OIÏice, jugé en i559; D. Jean de Calasanz ,:âfai«^ gneur de Clara valle , arrêté en 1 564 > l^ni« de fte^is , seigneur de Malejan et de Lucenic, dénoncé en i58i$ D. François de Palafox , Sfejgneurel premier marquis de Ilarlza , qui le fut en i5S6, et micer Gabriel de Juan , régent de Majorque , danl l'afiaire est dt Tannée i554.