‹ Histoire critique de l'inquisition d'EspagneChapitre 32 sur 34 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

Des pmcès et des auto*da-fé les plus fanieiioc du règne de Philippe IF^.

I. Philippe IV monta sur le tr^^ne le Si mars i6ai ^ et monrut le 17 septembre i665. Pendant les trente* quatre années de son règne , TBspagne eut successU vement pour inquisiteurs généraux, savoir : en 16a 1, D. André Pachoco^ qui succéda à D. F. Louis Aliaga, que le roi avait foreé de se démettre de son emploi , le 25 avril ; en 1626 , et après la mort de Pacheco, le cardinal D. Antoine de Zapata et Mendoza ; en 1 652 lorsque -celai-ci eût quitté saplacç% D. F. Antoine de Sotomayor, archevêque et eonfessenr du roi ; et en 1645 , D. Diègue de Arce et Aeinoso , évèque de Tui , d'Avila et de Plasencia, lorsque son prédécesseur eut aussi renoncé à ses fonctions. D. Dîègue mourut le même jour que le roi d'Espagne.

II. Plusieurs événemens auraient dû faire sentir à une sage administration la nécessité de supprimer le tribunal du Saint - Office , comme impolitique , attentatoire et opposé à Tordre judiciaire et à la tranquillité publique; ou au moins, de réduire son pouvoir aux seuls procès qui auraient pour cause Théreste pure et simple , comme l'avaient demandé plusieurs fois les Cortès du royaume ; et de le soumettre aux formes établies pour les tribunaux ordinaires 9 afin de détruire à leur racine les abus énormes du secret de la procédure ; mais l'indolence de Philippe IV ne permit point d'opérer une réforme aussi utilo. C%

prince permît au contraire aux inquisiteurs , en l'Ôi^, de connaître des délits de contrebande relatifs à l'exportation de la monnaie de cuivre , et de disposer du quart de tout ce qu*il en tomberait entre leurs mains ; mesure non moins scandaleuse que celle que son aïeul avait ordonnée contre la sortie des chevaux d^Espagne pour la France.

m. Dans le nombre des auto-da-fé qui furent célébrés pendant le règne de Philippe IV, il y en a quelques-uns dont j'ai Thistoire sous les yeux et qu« je vais faire connaître , coinme plus importans que les autres.

IV. Le 21 juin 1621 , Tlnquisltion voulant célébrer à sa manière Tavénement de Philippe IV au trône ^ offrît comme un spectacle digne d'amuser le peuple , Vauto-da-fé de Marie de la Co^iccption, béate et fameuse hypocrite du règne précédent , qui avai^ d'abord trompé beaucoup de monde par ses révélations supposées , sa sainteté simulée , ses fréquentes communions et ses nombreuses extases y et qui fuiit par donner dans la luxure la plus effrénée avec ses directeurs et quelques autres prêtres. On l'accusa aussi d'avoir fait un pucte avec le Démon ; d'être tombée dans les erreurs d'Arîus, de Nestorius , d'Elvidîus , de Mahomet ^ de Luther , de Calvin 5 des matérialistes 9 et enfin dant l'athéisme. On la fit paraître dans YautO'da-fé avec le San^Benito complet, la mitre sur la tète et le bâillon sur la bouche. Elle reçut deux cents coups de fouet et fut condamnée à une prison perpétuelle. J'avoue que si je pouvais approuver l'existence d'un tribunal comme l'Inquisition 9 ce serait a6n qu'il eût à punir des coupables comme Mari» de ia Conception et d^autres faux dévots et

by[^ocn(e8 qui font plus de mal à la religion «atho- Ifque , que les hérétiques cachés qui a*attachent aucune importance à faire des prosélites.

V. Le 5o novembre i650) rinquîsitioo de Sévill^ célébra un auto-da-fé général de cioquapte condamnés, dont six furent brûlés en efûgie et liuît en personne , comme coupables d'avoir embrassé rhérésie des 1 Uuiniiiés ; de cinquante réconciliés; et de six qui furent absous ad caïUeiam ou pénitenciés , comqie suspects de vehenientL

y T. Le 21 décembre 1627, il y eut dans la ville de Cordoue un auto-da-fé général, composé de quatrevingt-un condamnés ; quatre étaient judaïsans ; ils furent brûlés en personne ; onze le furent en effigie avec leurs ossemens qu'on avait déterrés ; on y vît les statues de deux autres hérétiques judaïsans avec l'habit de réconciliation , parce qu'ils étaient morts après avoir obtenu cette grâce ; cinquanle-huit autres condamnés présens furent réconciliés pour le même motif : il y parut aussi deux blasphémateurs , un po- Ij'^game et trois sorciers. On voyait parmi ces derniers Anne de Jodar, d'Isnatorafc qui habitait Yilianueva del Arzobispo : elle avait jt*té des sorts sur le monde, en Invoquant les noms de Barrabas et de Béelzcbulh et de dona Marie de Padilla , fer»me célèbre de Tolède, et veuve de celui qui avait commandé les communes insurgées contre les Flamands qui gouvernaient l'Espagne du temps de Charles- Quint. Celle-ci mêlait la cendre des estampes des Saints canonisés avec du soufre, de la poudre d'agathe, des cheveux d'homme et de femme, des figures humaines de cire et autre» choses semblables, afin de faire naître l'amour et de produire d'autres effets al>surdcs de ce genre auxquels

les hothmes j[>enrers n^auraient pWs recouts ^ û \&i ei^ prits crédules ne les y encourageaient par leur nom^* bre et leur confiance : ^= La trdîsiènie sorcière était Marie de Saint-héon y Espejo établie à Cordoi^* Elle «'était adonnée à la même superstition , et l*sivaît exercée pendant les nuits en étudiant le« astres , un entr^autres auquel Marie supposait plud d'influence qu'aux autres ; elle lui disait t n Étoile « qui te promènes d'un pôle à l'autre^ je te conjure it par l'ange loup de me conduire à l^endroit où se ce trouve un tel ; amène-le moi ^ quelque part qu'il c soit, et fais en sorte qu'il me porte d.ins son cœur c par tout où fi ira : étoile ^ je te conjure de me Ta-* t àiener malade 9 mais non en danger de mort 9 et jâ ft te perce de toute ma force, t £a disant ces motd la sorcière enfonçait un couteau dans la terre jusqu'au inanche les yeux tournés vers son étoile. = Alpiiunse Lopeas de Âcugnà ^ né à la Pegna de Francia, portugais d'origine et judafsant, fut rèiaxéen effigie pour s'être étranglé dans sa prison avec une corde faite des feuilles d'un balai de palmier et des fils du drap de sa culotte, tordus avec un instrument à piler qu'il' avait réufwi à se procurer^

VII. En i652, Madrid eut un grand atito-da-fé général où le roi assista accompagné de la famille royale. Il y eut cinquante-trois condamnés, dont-ëept furent brûlés en pei-sonhé, quatre en effigie > et qi^fante-dènx réconciliés : ils étaient presque tous ju" daîsâns porlugai<( 011 nés de parens portugais. Uno , Circonstance rendit cet auto-da-fé très-fameux. Michel Kodriguez et Isabelle Martinez Albarez , sa femme ^ étaient les propriétaires de la maison où les condamnés s'étaient réunis comme dand une syns^^^^goi» pour

y pratiquer les cérémonies du culte judaïque. Oo leur imputa d'y avoir frappé à c^ups de fouet l'image d^ Jcsus-Christ, de l'avoir crucifiée , el insultée de plusieurs autres manières comme pour se venger de tout le mal que les chrétiens faisaient souffrir à ceux de leur religion. Le Saint-Office fit raser cette maison et on mit sur la place une inscription pour en.perpétuer- le souvenir. Elle était située dans la rue de Las infantas, où Ton bâtit dans la suite une maison de capucins , que Ton nomma le couvent de la patience s pour faire allusion aux outrages que le Sauveur du mond« avait permis que Ton y ftt à son image révérée; on fit alors courir le bruit que le crucifix avait parié trois fois aux Juiis et que cependant ils n'avaieni pas hésité à le brûler. Ce dernier fait n'est pas aussi certain que le soin que l'on eut à Madrid et dans un grand nombre de villes du royaume , de célébrer des messes solennelles en expiation du sacrilège qui avait été commis. Tous les condamnés étaient des Portugais ou originaires de Portugal.

VIU. Le 22 juin i636, il y eut à Yalladolid un autre atito-da-fé général , composé de vingt- huit condamnés , dont dix judaïsans, huit fripons, qui s'étaient dits sorciers 9 trois bigames, trois blaphémateurs , uns femme hypocrite, un vagabond , qui s'était donné pour, un ministre du Saint-Office , et deux effigies. Le châtiment qu'on fit subir aux Juif!» me parait entièrement nouveau , et je n'sfi rien rencontré de semblable dans aucune aihre procédure : on leur cloua une maiasur le bras d'une croix de bois , et ce fut dans cet état qu'ils entendirent, au milieu de Vauto-da-féf le rapport de leur procès et le jugement qui les condamnait à une prison perpétuelle avec le San-B«nlto, pouf avoir

tttitné \^ inlÂgès de Jésus et de Marie ^ et outragé le fils et la mère par leui*s blasphèmes* = La béât«r qui parut dans le même auto-da-fé» très-connue soui^ le nom de Lorenzat était de la ville de Simancasi son crime était le même que celui des autres femmetf de sa classe : elle avait supposé des apparitions du Dé-* ikion, de Jésus- Christ, de Marie ^ et une infinité d« révélations; mais elle n'était, au fond, qu'une femnui adonnée au libertinage, et qui n'avait pas cru èffeaser* Dieu 5 en se livrant à ses penchans déréglés*

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