‹ Histoire critique de l'inquisition d'EspagneChapitre 33 sur 34 · IX. Je citerai, comme ayant fait encore plaida · texte numérisé non relu

IX. Je citerai, comme ayant fait encore plaida

bruit que la précédente, au tribunal de Valladolid^

Une autre béate, religieuse de Saint-Claire de CarrionV

de los Condés, appelée Louise de t' Ascension* M. La-*'»

vallée a parlé des morceaux de la croix qui avait'

appartenu à cette femme, dans son Histoire de Vin"'

ffuisition^ imprimée à Paris en 1809. Cet auteur (qui*^

n'a fait qu'ajouter quelques nouvelles erreurs à ce*

qu'ont publié sur ce sujet Marsolier et d'autres écri-«^

vains des deux derniers siècles) prétend que cette croix '

élatt une de celles que les inquisiteurs faisaient mettra'

au^ cou des condamiiés : l'auteur s^e trompe; cette pra^

tîipie n'a jamais été connue de l'Inquisition : la croix

dont il s'agit appartenait à la religieuse ; quant à l'in»*'

cription qu'elle portait , M. Lavallée en a mal etpti^

que les fragmensi J'ai vu une de ces croix dans

-;M>n entier : on lit à la partie supérieuro les lettres

I* N. R. L , qui sont les initiales de mots JesU3

Nazarenus reœ Jtulikorum^ sur le montant et lesr

bras, et vers le pied, ces autres mots que je traduis :

Jésus* La Très^Sainte Marie , conçue sa/ns péché

originel. Sœur Louise de V Ascension , esclave in^

drigii^ de mon tris^-dou» Jesvs* Celte r«H^ieas6 doii*^

çait des croîs pareilles à to^ig ceux qui 9 séduits par sa séputation de sainteté , venaieut se recommander à 1^ prières dans leurs nécessités, soit spirituelles 9. soit fjeinporelles. £Ue pouvait ainsi satisfaire le défîr qu« Ijui lérnoignaient ceiix qui venaient la visiter , d^eiHporter .quelque chose qui lui eût appartenu. LUii^criptÎQn de la croix y av.ût été mise par hasard et sans aucune intention particulière. Pressée plvisieurs fois d^ donner cette croix , elle 7 avait consenti ; oiais n'avait pas manqué d'en faire une autre pour son usage 9 Spus prétexte que Tinscription lui rappelait sans cessa Içs voux qu'elle avait faits d!avaiicer dans la perfection , et de persévérer dans l'obéissance qu'elle devait à Jesus-Ghrist. Cette croix une fois donnée j fut cause qu'on lui en den^anda et qu'elle en dx>ana beaucoup d'autres ; et l'envie d'en avoir fut bientôt si générale» , qu'on prit le parti d'en faille graver , de manjièr^e qu'elles devinrent l'occasion et même le sujtet du procès : l'Inquisition s'étant fait envoyer toutes ceUes qu'on put trou.ver , on en a vu quelques-unes à V ailadoiid et à illadrid.

. X. Il ne faut pas confondre néamuoins la sœur Louise de l'Ascension avec les hypocrites et tes fausses dévotes , teiies que Marie de la Conception die Madrid ; sœur Laurencp de Simancas; JUadeieine 40 ia Croix de Cordoue, et d'autres semblables. On peut^ avec plus de raison , la comparer à la béate d^ piedrahita, et à quelques autres dont la vie fu| pure , innocente 9 religieuse et sans hypocrisie : et i:egarder les soupçons qui s'élevèrept sur son compff comme un effet de ses illusions ou de sa bonne foi dans la vie spirituelle qu'elle avait embrassée. La cons^ tante vertu de Louise ( à la vanité pràs)> avait ét4

réconnue par Ie« religieuses de Sainte - Claire dé Carrîon 9 et non>seu1ement par les habitant de ce Meni mais encore par tous ceux du pays. Ce fut cette grandô réputation €[ui la perdit, tant les hommes sontdisposes à soupçonner la feinte et Thypocrisie , plutôt qu*à croire à la sainteté. Il existe encore aujourd'hui des mémoires qui, malgré le procès que rinquïsitioh de Yalladolid fh 'à' Louise de l'Ascension, assurent que cette religieuse fut un modèle de sainteté, et victîai«V du zèle outré des uns, de' l'ighorance et du défaut def diseernen^ent deà autres; ei enfin, quVn supposant qtie soii illusion fût réelle , on né peut lui reprocher nif mauvaise foi, ni intention criminelle.

XI. Le 23 Janvier 1639, il y eut à Lima , capitale du Pérou, un aùto-da-fé général oiii^ditùrenl soixantedôu:^é' condamnés; doilt trois comme ayant facilité* aux prisonniers les moyens dé communiquée lés uns' avec les autres, et avec' des personnes du dehors ; un comme bigâmë ; cinq pour çàùsë de sorcellerie, et s6ixânté-trbis qu'on- avait accusés de judaïsme et (jilf étaient Portugais ou ehfaiis dé'Juîfs de cetté'nàtîoii': on:fee furent livrés au ' bi-àâ séculier , et brûlas vifs* coninië impénfténs'; un* autre le fut en eflfigfé'poW s'être pendu datis sa'prlsbhi Vahi cet aiito-dà^fé, oh vit paraître avec horiheui*, sui* un siiégè élevé et a^ec des pahiie de 'chevalier, six individus que de* fatix témoins avaîetit fait ah*èteip, et qui réussirent à* prouver qà^onlek'afàii injustement accusai ,^ et q il Ils' n*avaïehVpàn$ cèss^ d'^titf b6Viâ* Catholiques.' Parmi leisf Julf^ bbsBués îl s'en trouvait un Toit savarttdâùsrécri-* tiirè sainte; îl ddttàndà à disputer aVèé dés Ihè^ttgiiéns et en'conft/u'dit ptusiéuiij qui n'étaient qÀe' d'igùôràtls sc1î6la$tt^ùes; d^aatres^céjreh'dâLâi lui pfbà-'

Yèrfntle véritable gens des prophéties, en les rappfo-» çLant des événemens qui étaient arrivés depuis le temps des prophétes>

XII. La ville de Tolède vit célébrer un auto-<la-fé le 3o novenibre 1661 ; il fut composé de treize personnes <! dont un sorcier , un blasphépaateur , un escroo, faux niinit^tre du Saint*Offîce, et huit judaïsans portugais, ou d^origii^e portugaise. Il y en eut douze de réconciliés ; le treizième , qui était un blasphémateur, fut livré à la justice royale de Daimiel, après avoir reçu Tabsolution des censures ad CatUetam ; il avait été déjà condamné à être pendu pour avoir assassiné son beau-père.

XIII. A Guença, Tlnquisition ordonna, le 39 juin 1654 , un aulO'da-fé général de cinquante-sept condamnés , il y en eut dix de brûlés j^ et les autres f u* rent réconciliés. Ceux-ci étaient judaïsans , à Texceptien d^un seul qui fut traité comme luthérien : presque tous étaient venus de Portugal ; les premiers étaient des Espagnols que les Juifs avaient élevés dès leur enfance dans la loi de Moyse. Quelques-uns de ces condamnés ont rendu leur histoire intéressante, par des circonstances singulières de leur procès; tels furent , i*" le docteur André de Fonseca, avocat des conseils royaux, né à Miranda de Portugal, et qui s'était établi \ Madrid , où il fut un des défenseurs les plus célèbres de son temps. Il avait été déjà réconcilié par Plnquisition de Valladolid , après avoir abjuré , en 1624, comme violemment suspect, et cependant il sut se défendre dans cette circonstance avec tant de talent et de bonheur , qu^on se contenta de le déclarer suspect de ievi , et de le bannir de Madrid et de Cuença pour dix ans , après lui avoir fait payer une

amende de cinq cents ducats. Dona Isabelle Enriques sa femme, née à San-Feiicesde iosGaliegos, près de Cîudad Rodrigo , et qui avait été déjà réconciliée à Madrid en 1625, partagea le sort de son mari, mais ne paya qu'une amende de trois cents ducats. La force de sa constitution lui fit supporter sans accident la torture où elle persista à tout nier. Elle avait fait le mariage d'un jeune homme et d'une jeune fille , tous deux enfans de Juifs portugais , et leur avait servi de marraine ; elle avait dit , en faisant l'éloge de cette union ; ces jeunes gens sont detix bienheureux , Us oAservent (a toi de Dieu. Il résultait des déclarations de plusieurs condamnés qui parurent dans cet auto^ da-fé, que les mots observer ia ioi de Dieu, signifiaient professer la religion de Moyse , et que c'était le mot d'ordre et de ralliement entre les Juifs pour se reconnaître quand ils se voyaient pour la première fois ; a"* Simon Nugncz Cardoso de Lamego en Portugal , habitant de Pastrana , docteur en médecine à l'université de Salamanque , médecin titulaire de Cifuentes, et qui avait été réconcilié par l'Inquisition de Coïmbre : il nia qu'il fût retombé dans le judaïsme et résista aux douleurs de la question ; la seule chose qu'il déclara fut qu'on lui imputait faussement d'avoir fait un pacte avec le Démon, et que ce qui pou- ' Tait avoir donné lieu à ce bruit , c'était d'avoir reçu dans son oreille un gros taon qui lui disait sans cesse^: ne fariù pas de religion' Nugnez abjura de levi, " fut eondamné à une amende de trois cents ducats, et à quelques pénitences ; 3*" Balthasar Lopez , né à Yalladolid , de parens portugais , sellier des écuries du roi; il était allé à Bayonne, pendant sa jeunesse , ' afin d'y suivre pins librement la religion de Mo^se;

fl retourua tn Espagne 9 en 1645^ et. entratna dans.lo: Judaïsme un de sesparens, en lui citant coniaie una-. preuve que le Messie n*étail pas encore venu, uQ' octave du poème de TAraucana d' Alphonse de Ber* cnia 9 lequel finit par ce vers :

Jusqg*au moment où Dieu permettra qu^il paraisse. XIT. Il fut étranglé et brûlé après sa mort. Soncaractère facétieux lui suggéra des plaisanteries/mème en allant au supplice^ Un des religieux qui l*aocom« gagnaient , Texhortait à rei\djre grâce à Dieu dé ce qu^il allait entrer dans le paradi» san»- quMl lui en coûtât rien : que dUcê-vouSj mofi père? ta eanfiê^ cafion ne m^èmporte-t-elU pas deux ceM nUUê ducats f et même sans que je sois sûr que mon tnar-* efU tienne ? Étant sur le bûcher , il s'aperçut que le l)purreau s'y prenait mal^ pour étrangler deux condamnés; Pierre, lui dit- il, si tu m' étrangles aussi mai que ces deux pauvres .diables, tu feras mieux dp me brûler vif. Lorsqu'on Teut. mis devant lov po* teau I l'exécuteur voulut lui lier les pieds; pour Dieu, lui dit Balthasar en colère , si tu ni'atta^hes , je fie crois plus en Jésus- Christ, Prends ce Crucifix, et , s^ns attendre, Balthasar le jeta à terre. Le religieux le ramena à des sentiniens plus chrétiens , et le condamné deman4a alors pardon à Jesus-Christ de l'outr^age qu'il venait de lui faire , et donna des signes de repentir; au moment où le bourreau commençait à l'étrangler y son confess^W* qui allait lui donner l'ab* solution 9 lui demanda s'il levait une véritable douleur dç| ses péchés; et Balthasar» malgré la diffîQulté qu'il fiyaUdéjà de se faire ente;ndrei répondit avec vivacité, mais If mon père, croyes^voitsqtm ce soit le» moment de plaimn^fif: .^L'iLb^luliQn.luiiutdonnéey on Téiran^

,, ( fM"^ )

^a- et il fut brûlé. Si le Saiut-Ofïipe ne fait pas de con« versions plus sincères, je doute qu'il en obtienne ja-' mais un |;raud nombre par la craifite> qu'il veut ii>spîrer. —

XV. Le 6 décembre i654f l'Inquisition de Gre^iade' fit célébrer un (Mito-da^fé ^ composé de douae personnes punies pour cause de judaïsme. On y vit parattre* aussi l'ef&gie* d'une femme qui avait été déjà condamnée à une pénitence 9 par l'Inquisition de Gordoue 9 exilée pour dix ans de cette dernière ville , de Grenade et de Madrid, et qui s'était retirée à Malaga. Elle fut arrêtée pour la seconde fois, parce qu'on la soupçonna d'être retombiée dans son ancienne bérésîe ; elle mou-* rut de mort subite dans les prisons secrètes; le tribunal décréta que son effigie serait portée dans VaiUo^ da-féi avec le San-Bt-nito des réconciliés. Je n-al rien lu qui indique que cette espèce de figure ait paru dans^* les exécutions du Saint-Office ^ avant le règne de Philippe III. Ces sortes de procès finissaient avec la vies des accusés, et cet. usage était même fondé sur unedisposition du Conseil de la Suprême , décrétée leaa janvier i58a, à l'occasion du procès dé Mtehet ^anchez , mort dans sa prison après avoir été condamné. Il est vrai que le fiscal pouvait intenter une' action contre la mémoire ,- la sépulture et les biens du (défunt; mais, en- pareil. cas, il était obligé de< citer les parens du mort qui. avaient la faculté de le' défendre. Lorsque ce moyen n'avait pas lieu, l'afiTaire» n'allait pas: plus loin. Les. effigies des récoocili'és. sont une invention insultante pour l'hùnneur des familles^ et dont les auteurs ne se sont proposé que de mnltiptier les victimes; résultat qui ne peut que confirmer l'opi*»'.

nioii générale sur resprit qui n^a eessé d^aDÎmer les chefs de l'Inquisition.

XYL Le i5 avril 1660, rinqnisition de Sévtlle eut un auto^da-fé général composé de cent condamnés. On y vît deux bigames, trois sorciers, un faux commissaire du Saint-Office et quatre-vingt-quatorze Juifs ; de ces derniers, trois furent brûlés vifs comme Inipénitens ; quatre , après avoir été étranglés , et trente-trois en effigie; on en réconcilia quarante-six ; sept firent Tabjuration de vehementi , et on y fit paraître la statue d'un mort réconcilié.

XYII* Outre les auto-da-fé publics et les procès dont i'ai fait mention dans les chapitres 249 ^^ ^^ ^^* il y eut du temps de Philippe IV plusieurs autres causes particulières dignes d'être connues pour le nom ei le rang des personnes intéressées. D. Rodrigue Calderon^ marquis de Siete-Igiesias y secrétaire de Philippe III, fut mis en jugement par l'Inquisition qui n'eut pas le temps de le condamner, parce que ce seigneur fut décapité à Madrid en 16a 1 , en vertu d'une sentence des juges royaux. Les inquisiteurs l'avaient accusé d'employer les sortilèges et les enchantemens pour se concilier la faveur du roi. Ce grief fut reproduit dans l'accusation du procureur fiscal du tribunal civil de Madrid; mais les juges n'y eurent aucun égard , et ce ne fut pas sans raison , puisque le marquis voulant prouver qu'il n'avait fait aucune de ces opérations diaboliques , ou que s'il en avait exécuté , elles n'avaient rien produit , fit supplier le roi , du fond de sa prison , de déclarer certains faits qui pouvaîent servir à sa défenise ; mais le monarque qui n'avait sans doute éprouvé aucun eifet des enchante-

meni, en dît bien moins que Taccusé n'aurait dc^sîré. Il est certain que le marquis fut viclime d'une intrigue de Cour, çl que le comte duc d'Olivares, fit un tort irréparable à sa mémoire en voyant de sang froid l'exécution d^un homme qui , pendant sa faveur, lui avait rendu de grands servicjBs.

i XVIIL D. F. Louis Aliaga , archimandrite de Sicile, confesseur de Philippe III et inquisiteur général, renonça à celte dernière place en 1621 , par ordre de Philippe IV, et peu de temps après que le cardinal Zapata lui eut succédé , il fut mis en jugement par rinquisition de Madrid pour quelques propositions suspectes de luthéranisme et de matérialisme qu'on lui avait imputées. Aliaga mourut en 1626, et son pi'ocès ne fut pas poussé plus loin que l'instruction préparatoire. Ou peut croire que s'il eût été continué, Aliaga aurait prouvé qu'il était victime de quelques inlrigans qui trompaient le roi , comme l'avait été en i6ao, 90US Philippe III, le marquis de ^tefe-Z^/mo^^ accusé d*avoîr empoisonné Aliaga lui-même, accusation que tes juges repoussèrent comme n'étant fondée sur aucune preuve. S'il faut s'en rapporter à des mémoires de ce temps-là , ce moine méritait sa disgrâce. Créature du duc de Lerma, il devint par sa bassesse et sa perfidie , la cause de la chute de ce seigneur , et -par conséquent, de celle du laaLrquisde Sicterlgicsias^qm fut puni de ses intrigues et de celles des autres , par la persécution que lui suscita cet houmie méprisable. . XIX. Sous l'année 1645 , on trouve le procès de D. Gaspard de Guzman, comte -duc d'Olivares, favori et premier ministre de Philippe IV. Il fut mis en jugement^ par rijsquisition de Madrid, sous le ministère ie l'inquisiteur général .D. Diègue de Arce qui lui

devait lei évéchés de Tui , d'Avilà et de PlasencTa. t>. Diègue iroublia point son bienfaiteur , et ce fut à sa prudence que le duc fut redevable de Tissue fayp-^ rable d'une affaire qui aurait pu avoir^ entre d'autres mains , les plus funestes conséquences. Le duc dH)lf « vares fut disgracié en i643; peu de temps après , on adressa au roi des mémoires renkplis de plaintes contre Tex^mlnistre , et où il était accusé des plus ^^andscrimes, ce qui rappelé le proverbe espagnol que de i'arhre tombé chacun casse une branche^ Ce fut aussi dans ce teàipà-là qu'où entreprit de le poursuivre devant un tribunal où tous les faux rap-^ ports sont accueillis ; il y fut dénoncé comme croyant à l'astrologie judiciaire pour avoir consulté plusieurs personnes qui passaient pour habiles dans la connais-^ sance de l'avenir par le cours des astres; on le représenta aussi comme ennemi dé TÉglise catholique , quelque soin qu'il mît à couvrir d'un voile, hypocrite ses véritables sentimens; et on croyait le prouver en assurant qu'il avait voulu empoisonner le= pape Urbain VIII; on citait même l'apothicaire de FldrenCe qui avait préparé le poison ; et le moine italien 'qu'oui avait chargé de l'exécution de ce complot odieux ; enfîn y on offrait de donner les preuves ' de tous les forfaits qu'on avançait contre lui. L- Inquisition fit commencer l'instruction préparatoire; mais Ist leYi^ teur que l'on y mit, et la nécessité où l'on 'se' trouva de faire venir les déclarations de plusîetirs témoins d'Italie j retardèrent les premières formalités du procès qui ne permettait pas encore de* lancer le tiiàndâ^ d^arrét, quand le coihttr-ddc mourut 1 >

\li. Le iésuiie D; Jean-Baptiste PoifâyOcCùpa av^ set éoritsr l'Inquisition générale d'Espagne et mémèr

celle de .Rome 9 pendant presque tout le règne A& Philippe IVy p^tictiHèrement depuis 1629 jusqu^çn ^30. J'ai parlé dans le chapitre a5 de cette histoire ^ article Baivoa, du mémoire présenté par l'université de Saia^anque contre les îésuites, et dont l'objet était d'empêcher que le collège impérial de Madrid, qui était sous la direction de ces pères 9 ne ÏCii érigé en université. Poza écrivit pour défendre la prétention de ses confrères; il fut attaqué; sa réponse fut suivit d'une réplique : le jésuite publia de nouveaux mé-* nioire9'9 et enBn , un voUinle de ses opuscules écrit en latin, qu'il destinait pour Rome vCtlç même en castillan fiour r£spagne. Tous ces écrits furent condamnés par \\n décret de Tlnquiaition de Rome ^ le 9 septembre i653. Les ennemis des jésuites désjraie^nt que celle d'Espagne pcit.une mesure «emblable; majs celle-ci refusa long- temps , dans la crainte 4e déplaire au comte-duc d'Olivares^ qui yoykxfJtaXt du plos gr^and cré** dit et dont le confesseur était jésuite. Ce fut ^loiss que François Roales , né à Valdemero, docteur de Funi-> vei'sité de Salamanque, aumdvier et conseiller du roi, professeur de mathématiques et précepteur du* cardinal infant D. Ferdinand , publia le 5 octobre 1^33 9 un ouvrée qui fit {)eaucoop de hvuii. L'auteur y dénonce k l'Eglise éatholique en général^ et à chacun de ses membres en particulier ; au aou*veraiu pontife , aux autres évéques, aux tribuitaux de l'Inquisition et à tous les souverains catholiques , Icf écrits de Poza comme hérétiques et entachés tl'athéiS'* me ; il raconte qu'il a voulu prouver la vérité de ce jugement à Poza lui-qaème dans des entretien$ partl>* entiers , et ensuite devant sept jésuites désignés par leurs supérieurs pour assister ^ 4^te d^yeussioa d'a^

près Tordre clu roi , en présence des dacs de Leinia et de Hijar ; des comtes de SaUnas et de Saldagna et de plusieurs autres Grands d^Ëspag^ne ; et qu'il a démontré sous leurs ^yeux , la fausseté des citations et des autorités alléguées par le jésuite Poaea ; que cette démarche n^ayant pas suffi, il a dénoncé publiquement et sous sa responsabilité , à riuquisition d'Eik* pagne , sa doctrine comme hérétique ; et comme sus* pects d'hérésie son auteur et les jésuites qui le dé-^ fendent. Que ces demien ayant employé des moyens criminels pour défigurer la vérité 9 H se croit obligé de publier cet écrit , et d'accuser Pozà et les jésuites ses défenseurs, d'être formellement hérétiques et contu-^ maces ; qu'il est prêt à le prouver devant le pape, k' roi^ les évêques, les inquisiteurs, et qu'il consent à subir la peine du talion , s'il en impose , toutes les fois que ceux qu'il accuse voudront cotnparaître et le ' citer en justice , devant quelque tribunal et en quei^ que lieu que ce* soit. Il proteste que s'ils se refusent à cette discussion , il continuera de publier en latin dans tout le monde catholique que Jean-Baptiste Poza est un novateur, un faussaire , hérétique notoire , dogmatisant et hérésiarque , et qu'il se chargée dt le faire voir en prouvant que pour ce qui concerne se» apologies , c'est par malice et non par ignorance que Poza a défendu et continue de défendre des propositions hérétiques qu'il cherche à prouver aux yeux des tgnorans en tronquant et altérant les textes de l'écriture, des conciles et des pères de TÉglise : et qu'à l'égard des chefs des jésuites et des docteurs de la compagnie , non-seulement ils approuvent la doctrins de Poza, mais qu'ils l'ont encore nommé maître pour l'Instruction publique dans leur collège impérial de

Madiid , et^'efforceut de discréditer auprès du roi et dans les Coui^eils de Sa Maie^té les décrète de la Congrf^gatioii des cardinaux de rinquisitiou générale d« Rome 9 afin de les faire tomber dans le,mépris; entia , que dans une. affaire aussi délicate ^ il ne peuts'en^ pêcher de les accuser comme suspects d'hérésie au plus haut degré.

XXI. Urbain yIiI^ instruit de tout ce qui se pas« tait, aurait bien voulu déclarer Poza hérétique ; il ne le ût pourtant pas y dans la 'crainte de déplaire à la Cour de Madrid , dont le premier ministre était le protecteur déclaré des jésuites : il se contenta de le faire dépouiller de l'emploi de professeur, et d'exiger qu'il fût envoyé dans une maison de jésuites de quelque petite ville du royaume de Castille , avec défense expresse de prêcher , d'enseigner et d'écrire. Quoi* que les jésuites , en faisant leur quatrième vœu ^ proniiftsent d'obéir au pape sans restriction, et qu'ils fussent , généralement parlant , les partisans les plus outrés de son autorité considérée comme absolue , il» refusèrent cependant d'obéir, parce. qu'ils se voyaient, appuyés par la Cour de Madrid. On ne tarda pas ki publier hors de l'Espagne l'ouvrage d'Alphonse de. Yargas, dont j'ai déjà parlé dans le a 5' chapitre démette histoire , et dans lequel l'auteur avait exposé* au grand jour les slratagèmes , la perfide politique et la mauvaise doctrine de» jésuites « dont le général cherchant à excuser à Rome la désobéissance de se» religieux , alléguait qu'il leur était impossible d'exécuter les ordres de Sa Sainteté , par la défense que leur en avait faite le foi d'Espagne : tel était l'état des. ' choses lorsque le duc d'Olivares fut disgracié.\> On • défendit alors en Espagne i^ comme on l'avait déjà fait;

à Rome, les ouYrag;e8 da Pi Posa; luî-niéiiie'fiït Cod* damné à abjurer les hérésies auxquelles semblaîcïnt conduire quelques - unes de sert propositions ; elles n'étaiedt cependant pas en aussi grand noiiibt*e, ni aussi susceptibles de déductions dangereuses que ralliaient prétendu ses ennemis ; mais ceul -Gi étaient animés du zèle le plus outré pour Thonneur de Técole de Saint-Thomas > et ils erurent qu'elle allait tomber dans le mépris , si les Jésuites parvenaient à faire rëcetoir pour leur collège impérial de Madrid , le plan d'études qu'ils avaient proposé ; ont vit de part et d'autre des excès d'autant plus violens ^ que Ton tenait plus aux intét^ts que l'on Toulàit défendre, pendant que la religion catholique n'éVut que le prétexte de ces manœuvres scandaleuses ; effet trop ordinaire de toutes les diseussions qui s'élèvent parmi les théoio^ giens de l'EcolCé

' XXII. Un autre jésuite, connu par la morale extré-» mement relâchée de ses ouvrages imprimés , fut beau^ coup plus heureux dans le procès qu'il eut avec l'Inquisition. Je veux parler de Jean-Nicolas de Diana , Hé dans la ville de Gagliari en Sardaigne« Il fut mis en jugement par les inquisiteurs de cette île pour un sermon qu'il avait prêché le jour de la fête de Saînt- Lucifero, archevêque de Cagliarî, laquelle tomba cette année le dimanche de la Trinité , à cause des variations des fêtes mobiles. Cette circonstance jointe à Phistoire du saint, et les rapports qu'elle avait avec les hérésies d' Arius , furent cause que le prédicateur ^ança quelques propositions qui furent jugées hérétiques, te tribunal de l'Inquisition de Sardaigne le condamna aies rétracter ; mais le jésuite en publia la défense imprimée , et quitta l*tle pour venir eu Espagne.

S' se présenta «levant rinqaîsîteiir ^énérid , et demanda à être jugé par le Conseil de la Suprême. Celui -ci , après avoir entendu plusieurs qualifica^ leurs t annulla le 19 décembre t653, le lugementqol avait été rendu en 3ardaigne, et non content d*acquitter le fésuite 9 il le choisit pour être ton de ses qualificateurs.

. XXIII. Il y eut une autre procédure d'un^ «^pèQD plus délicate en Sicile. Ce fut celle à\Hi Arrae^ V^TTorèB surnommé It Renégat. C'était un Maure de Tunis 9 dlHcier très-eslimé du monarque de ce pays : i^ant été pris et conduitàPalermey il fut racheté-et retourna à Tunis. Oes esclaves chrétiens qui étaient dans cette ville, ayant appris ce qui lui était^arrivét furent fort étonnés qu^on eût' voulu accepter larrançon d*un apostat , au l(eu de le plonger dans les prisons duSaiut-Oflice. Le tribunal informé de Topinion de ces esclaves chrétiens , fit publier qu'il avait Ignoré qu'Ali Arraez FerraréS eût été chn'ti^'n avant de professer le mahométisme , ainsi que son surnom de Renégat, qui pouvait eu faire natlre le soupçon. Ali fut pris un^ seconde fois en i^a4 9 et quoiqu'il n'existât d'autre preuve de son apostasie que le bruitqui en avait couru 9 il fut traduit dans les pusousdu Sainl-OIficié de Sicil«r^ Afin d'établir la preuve de son crhne , on entendit un grand nombre de témoins siciliens, génois et autres^ qui le connaissaient personnelltHnent et l'avaient vu à Tunis et aillt*iirs. Il» s'accordèrent toiu à dire qu*Ali avait le surnom de Renégat^ 6t quelques -nos aiou* tèrent même qu'ils lui avaient entendu dive qu'il avait été chrétien. Ali nia le fait Cependant la tribu» nal le regarda comme convaincu, et le condamna à la relaxation. Le Conseil de la Sufirémc décida, HP^' m. 3l

la preuve du crime n^était pas complète , anntiUa la sentence 9 et ordonna la question contre le prévenu pour acquérir de nouvelles preuves ^ et établir un second jugement d'après leur résultat. Ali résista à la violence de la torture 9 et persista à nieir Comme auparavant. Il trouva le moyen d'instruire le roi de Tunis de sa situation ; le monarque maure reçut ti( lettre au moment même où on lui amenait captifs F. Ferdinand de Reina 9 F. ^artbélemi Ximenez 9 F. Diègue' de la Torre.et trois autres carmes qu'on avait pris dans la traversée 9 pendant qu'iU se rendaient à Rome, pour rendre compte au général de leu^ Ordre des affaires de leurs couvens de la province d^ÂndalousiCé Le roi de Tunis les chargea d'écrire aux inquisiteurs d^ Sicile de mettre, en liberté Ali Arraez Ferrarés, d'accepter sa rançon , et de leur annoncer qu'en cas de refus 9 il ferait enfermer dans de plus étroites prisons et mettre à la torture tous les esclaves chrétiens qui étaient en son pouvoir. Les religieux s'excusèrent, en disant qu'Us ne connaissaient pas les inquisiteurs , et en faisant valoir d'autres raisons 9 en sorte que l'affaire en resta là auprès du roi mahométan. Sur ces entrefaites 9 les inquisiteurs de Sicile songèrent à faire transférer leur prisonnier dans la prison dite de la

Ficairit ; mais le Conseil de la Suprême ordonna qu'il fût mis au cachot et aux fers. Dans le mois d'août 1628 9 Ali Arraez profita d'une nouvelle occasion d-éccire au roi de Tunis , et il lui apprit qu'il était enfermé avec un capitaine chrétien , dans un caehot obscur et fétide 9 où ils étaient obligés de satisfaire, à < tous leurs besoins naturels 9 d'endurer les plus mauvais traitemens 9 et presque réduitsà mourir d^ faim« Lorsque la lettre d'Ali parvint au monarque

aiFricaîn ,' les religieux espagnols traîlaîenl de* ledr rançon. Le prince les fit venir , et tenant à la main la lettre d'Arraez ( suivant ce qu'îk écrivirent euxmêmes avec sa permission , le 2 septembre de la même année, aux inquisiteurs de Sicile )y il leur dit} « Pourquoi veut-on , à force de tourmens , obliger ce t reïiégat à se faire chrétien ? Si l'on ne supprime c 'cette Inquisition, ou si au lîioîns les inquî^teurs' € n'envoyent promptement ce renégat aux galères t avec les autres esclaves , je ferai brûler tous les « chrétiens qui sont mes captifs : écrivez-leur cela c de ma part. » Les trois religieux exécutèrent cet ordre et ajoutèrent dans leur lettre que si la justice ■ et la religion demandaient la mort du prisonnier , lef inquisiteurs ne devaient pas se laisser intimider par ' des menaces, parce qu'ils étaient prêts, quoique dani les fers, à souffrir le martyre, s'il le fallait, plutôt que d'approuver une chose contraire à la justice et à la religion. Le roi de Tunis consentit ensuite au rachat des six religieux. Cependant Ali Arraez était encore en prison en 1640 , niant toujours qu'il eût été baptisé, et au bout de seize ans de détention, les inquisiteurs n'avaient pas encore acquis plus, de preuves sur ce fait que le premier jour. Le souverain de Tunis fit offrir alors d'échanger un prêtre esclave contré le . capitaine AH ; l'Inquisition de Sicile refusa d'accepter le traité , en disant que c'était aux parens du prêtre à le racheter; nï-aîs que mettre le renégat impénitent en liberté ,. serait preildre une part activé et directe •à sa persévérance dans le mahbmétisme et 'à sa dam-^ ' nation étemelle ; on nUprésenta aux-'inqni{(ïte%i'rs que ' leur refus pouvait avoir les suites lès plus funeste» ' pour tous les èsciaves chrétiens qui étaient à Tunis ;

mais cette considération fut inutile et ne lei toacka point , comme $i une détention de seize années n^eût pas suffi pour prouver aux inquisiteurs qu*Ali mourrait mahométan dans leurs caohots , et que ce ne fût p^a d^ailleurs une grande injustice de différer si l<>iig-. tçmps de le juger sous prétexte qui*on attendait de nouvelles charges contre lut , malgré ce qu'avait éta* Ui de i^ntraire une loi formelle des <ionstitutioos éb. Saiût-Offic^.

XXIV Une affaire d'une nature bien différente et qui Ht beaucoup plus de bruit dans le monde ^ occupait alors à Madrid le conseil de la Sup^rétne: il avait été fondé dans cette ville un couyent de religieuses d^ Saint^Benolt » sous Tin vocation de Saint-Placide , . d^ns l'arrondissement de la. paroisse de Saint-Martin. liUmaison eut pour premier directeur spirituel et pouv confesseur, Fr. François Garcia ^.religieux du même institut y qui passait dans son Ordre pour un homme plein de savoir et de sainteté. Dona Thérèse de Silva (qui avait eu la plus grande part à la nouvelle fondation, et qui, pendant les quatre années précédentes , n'avait rien fait que par les conseils de F. François .) en fgt nonimée supérieure, quoiqu'elle n'eût alors que vingt-six ans ; distinction qui fut comme le prix des soins qu'elle' s'était donnés pour l'établissement d'une maison qui devait son existence aux libéralités de aa famille et du prqtonotaire d'Aragon , qui Tav«iieut fondée pour elle. La communauté fut composée de trente religieuses, qui paraissaient toutes vertueuses et avoir embrassé la profession monastique de leur plein gré et sans oéHer à aucune de ces considérations de famille , qui en entraînent quelquefois d'autres dans les monastères. Mais pendant

que le nouveau couvent jouissait de la plus grande, réputation , les actions , les gestes et les paroles dHine religieuse firent croire qu'elle était dans un état surnaturel ; F. François Garcia eut recours aux exor» cismes : le 8 septembre , jour de la Nativité de la Vierge ) de Tannée 162B on annonça qu'elle était énergumène; peu de temps après, plusieurs autres religieuses se trouvèrent dans le ni^me état ; et le jour de Tal tente de l'enfantement de la Vierge (1) } Tabbesse fondatrice du couvent, Dona Thérèse, y tomba elle-même; le même accident arriva presqu'aussitôt à quatre ou cinq autres religieuses; et en On,, sur trente filles qui composaient Ta communauté , vingt-einq furent atteintes de cette espèce de Contagion. On peut juger dés choses extraordinaires qui durent se passer au milieu d'une communauté de trente femmes enfermées dans une seule maisoti avec vingt-cinq démons vrali ou supposé^ en po^ses^ sion de leurS corps. L'un d'euz^ ^ nommé Percgrino était leur chef commandant , tous les autres lui obéis^ salent. Il y eut des consultations sur l'état de ces filles^ etitre des honmies savans et respectables par leurs vertus: tous pensèrent que les religieuses étaient véritablement possédées : leur confesseur répétait tous les |oun ses exorcismes ; et comme les accidens èxtraor- ^ dinaires étaient fréquens et inspiraient quelquefois des craintes, non -seulement il entrait dans le couvent ^ mais il passait encore les nuits et les jours pour

(i) I/atteute de rcnrantemeut de la Sainte Vierge est une fête inslitoée par le roi Recesuiiite ; on la célèbre le sS décembre à Tolède d* une, manier e'trè'ssoleuaelle ainsi que dans toutes les églises d'£spagne«

ii»

\' n.-.;-if a la fin

1 •: a;:i..]i.j:'.tc su . k\ i*:;i V i'A les 'Ztr l'Viïsi siîiiiuiicre

l: • "c «jliâ.'i-i rllc ^zz It C-r îj..i <e

Page 1