‹ Histoire critique de la grande enterprise de Christophe Colomb, comment il aurait conçu et formé son projet, sa présentation a différentes cours, son acceptation finale, sa mise a exécution, - son véritable caractèreChapitre 40 sur 127 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

RETOUR DE COLOMB A LA RABIDA ; SES PREMIERES RELATIONS AVEC MARTIN ALONSO PINZON

I. — Projet de Colomb de'passer en France. Court séjour chez le duc de Médina-Celi.

A la fin de l'année 1490 et au commencement de Tannée suivante, Colomb se trouvait dans une situation encore plus difficile que celle qu'il subissait depuis quelque temps. A la suite de la décision de la commission royale que son projet était inacceptable, les Rois Catholiques lui avaient signifié son congé, et après cinq années d'une attente pénible, il se voyait tout d'un coup, au moment où il avait la charge de deux enfants en bas âge, privé des maigres ressources que lui assuraient les subventions intermittentes de la couronne et sans aucune perspective ouverte devant lui (1).

Jusqu'alors, plein de confiance dans l'excellence de son projet, animé d'une ardeur que rien n'avait pu refroidir, il s'était compludansl'espoir que ses propositions seraient acceptées, et les encouragements qu'il recevait de quelques personnages haut placés, qui lui voulaient du bien, avaient entretenu cet espoir. Maintenant son œuvre tout entière était à recommencer.

(1) Las Casas dit qu'à ce moment Colomb manquait des choses les plus nécessaires à la vie et qu'il partit plein d'affliction et de tristesse. (Liv. I, eh. XXIX, Vol. I, p. 234.)

Avec cette énergie morale qui fut l'un des traits de son caractère, il ne s'abandonna pas et prit le seul parti qu'il y avait à prendre : celui de s'adresser à une autre puissance. Il n'y en avait qu'une à ce moment, à laquelle il pouvait penser. Le Portugal l'avait repoussé ; l'Angleterre avait décliné les ouvertures faites par son frère ; Venise était l'ennemie de Gènes, sa patrie, et celle-ci ne l'aurait probablement pas écouté. Restait la France. C'est là qu'il résolut d'aller (2). Si Ton s'en rapportait à ce qu'il a dit, il aurait été en correspondance avec cette puissance et il aurait même reçu d'elles des avances (3). Mais ces assertions sont évidemment controuvées et il ne faut y voir qu'une de ces exagérations familières à sa nature ardente et que son sens moral ne réprouvait pas. La France, en tous cas, pouvait seule alors l'écouler, et même, mieux que la Gastille dont la marine commençait à peine à se former, elle était en mesure d'exécuter un projet comme le sien. Colomb y avait d'ailleurs pensé depuis longtemps, puisqu'il avait conseillé à son frère, Barthélémy, de s'adresser à elle, si les ouvertures qu'il allait faire à l'Angleterre étaient repoussées.

Cependant, avant de prendre un parti aussi radical que celui d'abandonner la péninsule hispanique à laquelle l'attachaient des souvenirs intimes et des affections de

(2) Fernand Colomb dit que son père voyant qu'il ne pouvait convaincre les Rois Catholiques « résolut de sadresser au roi de France auquel il avait « déjà écrit relativement à son projet ». {Historié, ch. XII [bis], fol. 34 recto et verso.) On verra à une note suivante que Las Casas porte le même témoignag-e. Dans sa lettre au Grand Cardinal le duc de Médina-Céli dit aussi que « Colomb se proposait de se rendre auprès du roi de France pour solliciter «sa faveur et son appui dans son entreprise des Indes.» (Voyez cette lettre ci-dessus, Etude II", Sources n" 5.)

(3) Colomb se vante d'avoir décliné les avances de la France dans trois lettres: celle sans date, citée par Fernand Colomb et Las Casas ( Scritti, in Rsiccolta, appendice II, n» VI, Vol. Il, p. 237^; celle de 1500 (Scri'^fi, n° XXX), et celle de 150j (Scritti, n°LVIlII).

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diverses natures, il avait des dispositions à prendre relativement à ses deux fils et des amis à voir ou à consulter. Parmi ceux-ci, quelques-uns, comme les franciscains du monastère de la Rabida, et comme le duc de Médina-Celi, auxquels il avait de si grandes obligations, ne pouvaient être négligés. Il paraît avoir vu d'abord ce dernier.

C'est une opinion très accréditée parmi les colombistes que c'est à cette époque seulement que notre Génois «ntra en relations avec ce grand personnage, ainsi qu'avec le duc de Médina-Sidonia. Cette opinion se fonde sur un passage de la lettre du duc de Médina-Celi, citée à un chapitre précédent, portant que, lorsqu'il accueillit Colomb, celui-ci se proposait de se rendre en France, dessein qu'il semble n'avoir formé qu'après avoir été remercié par les Rois Catholiques. Mais nous avons montré que cette lettre est contradictoire dans certaines de ses parties, et que les termes dans lesquels le duc lui-même dit avoir parlé de Colomb à la reine indiquent qu'il s'agissait d'un homme absolument inconnu à la cour, qui avait quelque chose de nouveau à proposer, et non d'une personne qui pendant cinq années consécutives avait pressé les souverains d'accepter ses propositions et qui était bien connu d'eux, ainsi que de plusieurs de leurs conseillers les plus importants.

Cette raison, et d'autres qu'il est inutile de rappeler ici, nous ont conduit à conclure que Colomb avait connu ces deux ducs dès son arrivée en Espagne, et, comme Médina- Celi assure lui avoir donné l'hospitalité pendant deux ans, ce qu'il n'a pu faire à cette époque, puisque le futur amiral, qui avait quitté le Portugal vers la fin de l'année 1484, était reçu par les Rois Catholiques dans les premiers mois de l'année 148G, nous admettons, avec plusieurs critiques autorisés, qu'après avoir été officiellement avisé, à la fin de l'année 1490, ou au commencement de l'année suivante, que ces propositions ne pouvaient être acceptées.

il retourna chez le duc et y séjourna encore quelque temps, pendant lequel il mûrit sa résolution de passer en France et se prépara à la mettre à exécution (4).

II. — Décidé à se rendre en France, Colomb va chercher son fils Diego à la Rabida, 1491.

Après être resté quelque temps chez le duc de Médina- Celi, Colomb, bien décidé à quitter TEspagne, se rendit au monastère delà Rabida (5), où, comme nous l'avons vu, il avait laissé, cinq ans auparavant, son fils Diego, et où il savait retrouver des amis sur le dévouement desquels il pouvait compter.

Sur le fait delà visite de Colomb à la Rabida en 1491, il n'y a aucun doute et personne ne la conteste; mais il n'en est pas de même des circonstances qui l'y amenaient. Ici nous nous trouvons en présence de deux versions différentes. D'après l'une, Colomb, lorsqu'il arriva à la Rabida, en 1491, avait avec lui son fils Diego, et se rendait à Huelva, auprès de sa belle-sœur, chez laquelle il voulait laisser cet enfant, avant de passer en France. C'était la première fois qu'on le voyait dans ce couvent, où, cependant, on l'accueillit avec sympathie et dont le prieur

(4) Voyez la III» Étude de ce volume, chapitre II, où celte question des relations de Colomb avec les deux ducs de Médina-Sidonia et de Médina-Celi est amplement traitée.

(5) « Il alla au monastère de la Rabida, de l'ordre de Saint-François... avec « l'intention de se rendre à Huelva, chez un de ses beaux-frères... pour de « là passer en France et proposer son affaire au roi. » (Las Casas, Liv. 1, ch. XXXI, Vol. I, p. 241.) Las Casas n'a pas emprunté ce qu'il dit là aux Historié, où se trouve la même assertion, car il déclare expressément qu'il a tiré ces faits « de certains passages de lettres de Colomb aux souverains « qu'il a vues, et plus particulièrement de l'enquête provoquée par le pro- « cureur du roi à l'occasion du procès que dut faire l'amiral Diego Colomb, 4 successeur de son père, pour la défense de sa fortune et de ses privilèges. » (Op. cit., Vol. I, p. 240.)

prit un si grand intérêt à son projet qu'il voulut intervenir auprès de la reine pour qu'on l'examinât de nouveau avant que Colomb ne le portât ailleurs.

Cette version, qui est acceptée par plusieurs des meilleurs biographes modernes de Colomb, par M. Harrisse notamment (0), vient du médecin Garcia Fernandez, qui rapporte les faits de cette manière dans la déposition qu'il fit à Palos en 1515, déposition dont nous avons fait connaître les principaux passages à un chapitre précédent. Mais on a vu aussi à ce chapitre que cette déposition, qui est la source unique de cette version, soulève de si graves objections qu'on a été conduit à supposer que Fernandez avait dû confondre dans son récit des faits survenus à deux époques différentes, et que ce n'est pas en 1491 que Colomb, conduisant son fils Diego par la main, s'arrêta à la Rabida, mais en 1484 ou 1485, lorsqu'il arrivait du Portugal (7).

Ce récit de Fernandez, que ne confirme aucun autre témoignage et qui se concilie si difficilement avec l'ensemble des faits connus, est en outre, comme on l'a vu, contredit formellement par deux autres témoignages qui, dans l'espèce, pèsent d'un grand poids, celui de Las Casas et

(6) « Ce ne fut donc pas à la fin de l'année 1484, mais bien sept ans après, « au commencement de l'hiver do 1491-1492,que Colomb se rendit pour la pre- « mière fois au monastère de la Rabida. » {Harrisse, Christophe Colomb, Vol. 1, p. 348.) M. Harrisse suppose que Colomb alla prendre son fils Diego à Cordoue pour le confier à son beau-frère, et que c'est ainsi qu'il l'avait avec lui lorsqu'il s'arrêta fortuitement à la Rabida (/jbtd.,pp. 356-357) ; c'est aussi la manière de voir de Sanguineti (Viia, p. 43). C'est là une supposition que rien ne motive. Si Colomb avait voulu confier son fils à Molyart, rien ne l'empêchait de le faire ; mais il ne le fit pas et un peu plus tard nous le voyons le renvoyer à Cordoue.

(7; Voyez sur tous ces points le chapitre l"' de la IIP Étude, consacré à l'arrivée de Colomb en Espagne. Notons entre autres objections au récit de Fernandez, que, Colomb venait de Séville ou de Cordoue et allait à Huelva pour y conduire son fils, et que la Rabida n'était pas sur sa route.

celui du propre fils de Colomb (8). Eu présence de témoignages aussi autorisés, la critique ne saurait hésiter. Assurément ces deux premiers biographes de Colomb ne sont pas toujours absolument dignes de foi. L'un a quelquefois voulu nous tromper ; l'autre a été souvent induit en erreur; mais il n'y a pas lieu de supposer qu'il a pu y avoir duplicité ou erreur de la part de l'un ou de l'autre dans le cas présent. Nous pouvons donc tenir pour suffisamment bien établi, que lorsque Colomb se rendit à la Rabida en 1491, il y était parfaitement connu et que l'objet principal de celte visite était, comme le disent son fils Fernand et son historiographe Las Casas, de prendre son fils Diego et de l'envoyer àCordoue, avant de quitter lui-même l'Espagne (9).

Notons bien toutefois que, lors même qu'il n'en serait pas ainsi et que ce serait seulement en 1491 que Colomb se présenta pour la première fois à la Rabida, cela ne changerait rien au cours des choses, et le séjour que le futur amiral fit à ce monastère dans l'année qui précéda sa grande aventure conserverait toute son importance. Cette visite, quel qu'en ait été l'objet original, eut, en effet, pour conséquence de ramener Colomb à la cour et de déterminer l'acceptation de ses propositions.

(8) On trouvera tous les textes justificatifs des vues exposées ici dans le chapitre ci-dessus indiqué.

(9) Parmi les auteurs qui ont ainsi vu les choses, il convient de nommer Tarducci qui dit:. ...si mise in viaggio verso il convenlo di Santa Maria délia Rabida por ringraziare délia sua carilà il buon P. Ferez de Marchena, e ripreso il fujlio Diego, condurloà Cordova, dove aveva Valtro suo fîgliuoletto. {Vita... Vol. I, p. 1"3.) Gaffarbl, Hist. de la Découverte de l'Amérique, Vol. I, p. 82 ; AsENSio, Cristobal Colon, Vol. I, p. 1-13; Lazzaromi, Crisloforo Colombo, Vol. 1, p. 271 et 273, et Sir Cloments Markham, Columbns, pp. 3 et 63, ont formulé la mémo opinion. Les deux visites de Colomb à la Rabida sont admises parla plupart des Golombistes, Harrissc, Ruge et Pinilla sont des exceptions à cet égard.

III. — Intervention du P. Ferez en faveur de Colomb, d'après la déposition de Garcia Fernandez.,

D'après la principale des sources d'information auxquelles tout le monde se rapporte, pour ce qui eut lieu à la Rabida quand Colomb s'y présenta en 1491, c'est-à-dire d'après la déposition du médecin Garcia Fernandez, qui forme le fond de ce que disent les Historié et Las Casas à cet égard, les choses se seraient passées rapidement et presque sans difficulté.

On a vu à un chapitre précédent( 10) que Colomb, interrogé par l'un des religieux du couvent, le frère Juan Ferez, aurait fait connaître ses efforts persistants et toujours infructueux pour décider les Rois Catholiques à accepter les contrées qu'il voulait leur donner, et aurait déclaré qu'ayant étéainsi repoussé et raillé par les uns et les autres, il avait définitivement quitté la cour et se rendait chez son beau-frère à Huelva (11). Intéressé par ce récit, Ferez aurait envoyé chercher le médecin Garcia Fernandez, qui s'entendait un peu aux choses de l'astronomie (12), et tous deux se seraient entretenus avec l'étranger de son projet (13). Et, comme il n'entrait pas dans les desseins de la Frovidence, dit le fils de Colomb, qu'une si grande entreprise fût perdue pour l'Espagne, Dieu fit en sorte que le gardien de cette maison conçut une si grande amitié pour l'amiral et fut tellement séduit par son projet, qu'il s'affligea de sa résolu-

(10) Ci-dessus, III" Étude, chap. 1", vol. I, p. 494.

(11) DépositioQ de Fernandez. Ce témoin parle comme si Colomb avait renoncé à toute démarche en Castille ; mais il ne dit pas que son dessein était de passer en France. Fernand Colomb et Las Casas ajoutent cette particularité à son récit.

(12) ... E porque alguna cosa. sabia del arte astronoinyca.(Dép.de Fernandez, Pleitos, Vol. II. p. 192 et Appendice I.)

(13) Même déposition et Las Casas. Les Historié ne mentionnent pas cette particularité.

tion et qu'il le pria d'en différer l'exécution jusqu'à ce qu'il eût pu communiquer avec la reine dont il avait été le père confesseur, et qui, il l'espérait, ajouterait foi à ce qu'il lui dirait pour faire écouter Colomb (14). Celui-ci ayant acquiescé à cela (15), Ferez, sans avoir rien de spécial à dire à la reine à ce sujet, lui aurait écrit une lettre qui eut pour résultat, comme on le verra au chapitre suivant, de le faire appeler lui-même auprès de la souveraine et de tout arranger.

Ainsi, d'après cette version, le P. Ferez, qui n'avait jamais vu Colomb et qui n'entendait rien aux questions de cosmographie, se serait soudainement épris du projet de cet étranger, et, sans consulter aucune autre personne que le médecin Garcia Fernandez, qui, de son propre aveu, n'avait que des notions élémentaires sur ces matières, il aurait écrit à la reine pour lui faire des représentations à à ce sujet, puis se serait rendu de sa personne auprès d'elle et Faurait amenée, sans difficulté apparente, à accorder à Colomb tout ce qu'il demandait.

L'invraisemblance de ce récit dont nous avons déjà constaté l'incohérence et les contradictions saute aux yeux. Les supérieurs des couvents et les confesseurs des rois sont des gens circonspects et réfléchis, qui ne s'éprennent pas comme cela des projets aventureux qu'un inconnu peut leur soumettre, et ne se mettent pas aussitôt en campagne pour les faire réussir, alors surtout qull s'agit de choses auxquelles ils ne comprennent rien et qui intéressent l'Etat. Remarquons bien que si, comme le dit Fernandez,

(14) F.Colomb, ch. XII [bis], fol. 34 verso.

(15) Las Historié, ch. X[l [bis], fol. 34 verso; Las Casas, Liv. I, ch. XXXI, Vol. I, p. 242. Ce dernier s'étend sur les motifs que Colomb avait de se réjouir à la pensée de renouer avec les Rois Catholiques, qu'il ne tenait pas pour resDonsables des refus qu'il avait essuyés. Fernand Colomb se borne •à dire que son père préférait continuer avec l'Espagne parce qu'il y avait eu ses enfants.

Ferez ne connaissait pas Colomb auparavant, et n'avait jamais entendu parler de son projet, et si, comme le veut la tradition, ce projet consistait à aller aux Indes orientales par l'ouest, tout ce que ce moine pouvait dire à la reine pour la faire revenir sur sa décision, c^est qu'il ne fallait pas laisser Colomb porter ailleurs ses propositions, considération dont les conséquences ne pouvaient avoir échappé à la reine et à ses conseillers.

Dans les conditions qui nous sont indiquées, la lettre de Ferez ne pouvait contenir autre chose; cependant, si l'on doit s'en rapporter au témoignage du médecin de Palos, confirmé sur ce point par Fernand Colomb, la reine, au reçu de cette lettre, aurait écrit à son ancien confesseur de retenir Colomb et de venir la trouver immédiatement ; tout se serait alors arrangé sans difficulté. On a peine à croire que les choses aient pu se passer ainsi.

Lors même, d'ailleurs, qu'on admettrait que Ferez a pu prendre une attitude aussi contraire au caractère d'un religieux occupant sa position que celle qui lui est prêtée, on ne pourrait concéder qu'une question aussi grave que celle dont il s'agissait ait été tranchée avec la promptitude et la facilité dont parle Fernandez. Las Casas, qui cite, sous réserve, le témoignage de ce médecin, remarque avec raison qu'il ne pouvait savoir ce qui se passa à la cour et quil parle d'après les résultats acquis (16). Nous allons voir, en effet, que ce témoin se trompe non seulement sur les circonstances qui déterminèrent l'intervention du F. Ferez, mais encore sur celles qui amenèrent l'acceptation du projet de Colomb.

(16) Las Casas, Liv. I, ch. XXXI, Vol. I, p. 243.

ViGNAUD. Nouvelles Études. II.

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