‹ Histoire critique de la grande enterprise de Christophe Colomb, comment il aurait conçu et formé son projet, sa présentation a différentes cours, son acceptation finale, sa mise a exécution, - son véritable caractèreChapitre 42 sur 127 · VII.— Pinzon communique ses renseignements à Colomb · texte numérisé non relu

VII.— Pinzon communique ses renseignements à Colomb

On a vu au paragraphe précédent que Colomb, auquel on avait sans doute dit à laRabidaque Pinzon était homme à lui être très utile, chercha à le connaître et dut attendre son retour de Rome pour le voir.

D'après les déclarations des gens qui furent témoins des préparatifs et de l'organisation de l'expédition de 1492^ ainsi que d'après celles attribuées à Martin Alonso Pinzon lui-même, qui était mort depuis longtemps, quand ces dépositions furent prises, ce dernier aurait communiqué à Colomb toutes les informations qu'il rapportait de Rome relativement à l'existence de terres nouvelles à l'ouest, et lui aurait dit qu'il s'était proposé d'armer deux caravelles pour aller à la découverte de ces terres, sur lesquelles il croyait avoir des indications précieuses (44).

cette histoire, qu'il réduit à des proportions vraisemblables, en disant que le bibliothécaire avec lequel Pinzon s'entretint a pu lui montrer un manuscrit du Milione de Marco Polo, où il est question de Gipangu comme d'une île qui se trouvait à une grande distance de l'Asie et lui parler aussi des voyages ordonnés par Salomon à Ophir et à Tharsis, d'où l'on tirait tant d'or. Pinzon, qui n'était pas un lettré, aura été frappé par ces indications, dont il ne comprit peut-être pas bien le sens, et il n'y a pas à s'étonner que ceux qui les mentionnèrent d'après lui, bien d;is années plus tard, les aient si mal interprétées. (Tardugci, Vila, Vol. I, ch. XII, p. 200.)

(44) Las Casas dit qu'aux deux questions du Fiscal : s'il est vrai que Pinzon se proposait d'aller lui-même à la découverte des terres sur l'existence desquelles il avait des indications obtenues à Rome, et s'il est vrai qu'il communiqua ces informations à Colomb, un seul témoin. Arias Ferez, fils de Martin Alonso répondit affirmativement et que ces « deux faits furent regar- « dés comme prouvés, sans qu'il se trouvât une autre personne capable d'en « soutenir la vérité >. (Liv. I, ch. XXXIV, Vol. I, p. 238.) Gela est ine-xact.

Sur le premier point, il ne peut y avoir aucun doute. Il est certain que pendant le séjour qu'il fit à la Rabida en 1491, Colomb chercha auprès des gens de mer de la région des renseignements complémentaires sur l'entreprise qu'il méditait ; lui-même témoigne du fait en nommant plusieurs de ceux qui le renseignèrent alors. Parmi ceux-là, il ne nomme, il est vrai, ni Vasquez, ni Pinzon, qui semblent lui avoir fourni des indications plus utiles que celles obtenues par toutes les autres voies ; mais il n'y a pas à s'en étonner. Colomb faisait mystère de bien des choses et cachait surtout très soigneusement les sources véritables de ses informations. Le fait qu'il conféra avec Pinzon et que celui-ci lui donna des indications dont nous ne connaissons pas bien le véritable caractère, mais auxquelles tous ceux qui en parlent, et Colomb lui-même, attachaient de fimportance, est attesté par trop de témoins différents, pour être méconnu (45). Ici encore, d'ailleurs.

Outre Arias Ferez {Pleitos, Vol. II, p. 228), deux témoins, Martin Martinez et Manuel Valdovinos, auxquels on demanda s'ils savaient que Martin Alonso se disposait à aller à ses frais à la recherche des terres que Colomb découvrit (11» question, Pleilos, Vol. II, p. 126), répondirent, l'un, qu'il avait entendu dire cela par Pinzon lui-même (op. cit., p. 139), le second, que d'autres aussi le disaient (op. cit., p. 147). Quant à l'autre fait on va voir qu'il est également attesté par plusieurs témoins. Du reste Las Casas paraît n'avoir connu que la première enquête ; celles de 1532 et de 1535 lui ont échappé, ou s'il les a connues, il n'en a pas fait usage.

(45) Nous avons à cet égard les témoignages suivants : lors de l'enquête faite à Séville le 11 août 1515, on demanda aux témoins s'ils savaient que Martin Alonso Pmzon donna avis à l'amiral de l'existence de la terre découverte par Colomb, et s'il s'entretint avec lui de cette découverte et des indications obtenues à Rome. (12° question, Pleitos, Vol, II, p. 126.) Martin Martinez répond simplement qu'il a entendu dire cela ù Palos à l'époque. (Op. cit., p. 137.) Mais Arias Perez Pinzon, celui-là même qui avait accompagné son père à Rome, est très explicite sur ce point. Il déclare que, lorsque Colomb se fut entretenu avec Martin Alonso, celui-ci lui montra le document qu'il avait rapporté de Rome, « que cela fut pour l'amiral un grand encouragement », et que son père finit par lui donner l'original de la pièce : e le dio la, escripliira original. (Pleitos, Vol. II, p. 229-230.) Dans l'enquête de 1532, on revient sur ce point en demandant aux témoins s'ils savent qu'au

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Colomb reconnaît indirectement le fait en montrant, dans son journal de bord, qu'il conférait avec Pinzon sur les terres qu'ils cherchaient et sur la route à prendre pour les trouver, route que celui-ci réussit à faire changer. Diverses autres particularités, relevées dans ce journal, laissent voir que Pinzon avait des idées à lui sur les terres qu'il s'agissait de découvrir.

Le second point n'est pas si bien établi. A la question du Fiscal, s'il est à la connaissance des déposants que Pinzon se disposait à aller à la découverte des terres que l'amiral découvrit plus tard, les fils de Martin Alonso répondent par l'affirmative et plusieurs témoins disent tenir le fait de lui-même. Il est vraisemblable, toutefois, qu'il y a là quelques exagérations. Pinzon, qui croyait que Colomb lui était très redevable, a pu tenir ce langage sans qu'on doive en conclure qu'il se proposait réellement de faire la découverte qui fut faite en 1492. Mais que Pinzon ait eu ou n'ait pas eu quelque intention de ce genre, il n'est pas moins certain que la question du Fiscal suppose que l'objet de Colomb était simplement de découvrir les îles mêmes qu'il a découvertes, ce qui est un point intéressant à constater.

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