V. — Equipement et armement des trois navires de Colomb
L'armement et Téquipement de la Capitanaet des deux autres bâtiments, qui ne devaient prendre que dix jours, d'après l'une des ordonnances royales du 30 avril 1492, ne furent terminés qu'après deux mois d'efforts laborieux, que paralysaient la mauvaise volonté des uns et l'indiirérence des autres, et dont toute l'énergie de Colomb n'aurait pu triompher sans le concours que lui donnèrent les Pinzon.
Enfin, le 2 août, la petite flottille était prête. Elle se composait, comme Colomb Pavait désiré, de trois bâtiments, que l'on désigne généralement parle terme de caravelle, auquel on donne à tort le sens de petit navire (274), et
« mer, ou bien que Ijs écritui'es furent égarées par suite des circonstances << de la mort de Martin Alonso en l'absence de ses fils, ou bien, qu'ayant foi, « comme un homme d'honneur qui ne manquait pas à sa parole, dans celle « de gentilhomme du général de Leurs Altesses, qui n'était pas encore et « ne devait pas être jusqu'après la victoire en possession des dignités pro- « mises, il aura remis à plus tard la rédaction du contrat. »(0p. cit., p. 56.) (274) Le dépouillement de nombreux document du temps, fait à l'occasion de la célébration du quatrième centenaire de la découverte du Nouveau Monde, a montré que le nom de caravelle était donné, au xv siècle, à des navires de genres différents, mais pas nécessairement petits. L'expression
qu'on se représente, également à tort, comme ayant été peu propres à la grande traversée qu'on allait entreprendre (275). Elles étaient petites assurément, mais on peut
emportait avec elle ridée de légèreté et de rapidité dans la marche, plutôt que celle de petitesse. Beaucoup avaient quatre mats, ce qui dénote déjà d'assez grandes dimensions. Leur qualité principale était la facilité de la manœuvre. « Avec la caravelle, dit un juge compétent, la boussole et l'astrolabe, on pou- « vait faire le tour du monde. Le difficile était de l'entreprendre. » (Juriejj DE LA Gravière, Les marins des xv'' et xvi« siècles, Vol. I, pp. 40.)
Le fait que Colomb désigne toujours la Santa-Ma ria par le terme de Nao — le navire, la nef — et réserve celui de carahela pour la Pinla et la Nina {Journal, 14, 13, 16, 17, 19 oct. 1492), a donné à penser qu'il y avait une différence dans la construction de ces navires. Mais comme ces mêmes trois bâtiments sont désignés dans d'autres documents du temps comme étant des caravelles, on est fondé à dire qu'il n'y avait entre eux aucune différence de forme. Ainsi, on peut relever nombre d'exemples de l'emploi facultatif des termes de nao et de carabela. Colomb lui-même a désigné ses trois bâtiments comme étant <res navios {Journal, lettre-prologue), et les Rois Catholiques les ont appelés très carabelas. (Ordonnance du 30 avril 1490. Navar- RETE, Vol. H, p. 11.) Il semble donc qu'en se servant de l'expression de la Nao pour désigner \a Sanla-Maria, Colomb ait simplement voulu marquer la prééminence de ce navire sur les deux autres, parce que c'était celui oîi il se trouvait. E:i tous cas les travaux de la Commission archéologique espagnole constituée en 1831 pour étudier la roconstru:;tion des trois famcu\ bâtiments avec lesquels le Nouveau Monde fut découvert, ont confirmé ce que le capitaine Fernandez Duro avait déjà dit, que la caravelle, conçue comme type de navire sujet à des formes déterminées et ayant une mâture et un gréement uniformes, n'a jamais existé. (Duiio, Disquisiciones Naulicas, V'ol.IV, p. 126.)
(275) Washington Irving s'était figuré Ijs navires de Colomb comme des barques légères, semblables aux bâtiments côtiers de nos jours, ouverts et sans pont au milieu (Hist. of ihe Life of Colnmbus, Liv. II, ch. IX, Vol. I, p. 181.) Lamartine, dans sa très attachante notice sommaire sur Colomb, a encore exagéré ce tableau en parlant des « barques » sur lesquelles s'accomplit le mémorable voyage de 1492, barques dont la plus grande était un « étroit et frêle navire de commerce », alors qu'il « aurait suffi d'une lame « pour engloutir les deux autres » (Chrislophe Colomb, pp. 10:i et 104). Un biographe plus récent de Colomb, auquel l'esprit critique ne fait pas défaut, cependant, s'étonne que les découvreurs de l'Amérique « se soient aventurés « sur d'aussi misérables bâtiments, plus dignes du nom de barques que de « vaisseaux. C'est là une des choses les plus étonnantes de ce voyage mé- « morable : E questa una délie cose piii stupende di quel viacfqio memorabile.» (Lazzaro.xi, Cristoforo Colombo, Vol. I, p. 310.) En général cette idée est celle qu'on se fait des trois bâtiments de Colomb. Ce n'est pas celle qu'il en avait lui-même.
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avancer qu'elles étaient solides, convenablement gréées et bonnes marcheuses.il ne nous reste, malheureusement, aucun document donnant leurs dimensions, leur tonnage, leur armement et leur chargement. Giàce, cependant, à quelques indications fugitives relevées dans le Journal de Colomb particulièrement, et en s'aidant de gravures et d'autres pièces du temps, les hommes du métier ont pu recueillir sur ces différents points des renseignements assez satisfaisants. De même que les paléontologistes sont arrivés à reconstruire des espèces éteintes au moyen de quelques os échappés à la destruction, les archéologues de la marine sont parvenus à reconstituer théoriquement et matériellement les trois navires quiabordèrent au Nouveau Monde avec Colomb (270).
C'est la tradition que ces trois caravelles avaient des dimensions différentes, la Santa-Maria étant la plus grande et la Nina la plus petite. C'est ainsi qu'on les voit représentées partout et c'est ainsi qu'on les a reconstruites pour le quatrième centenaire de la découverte de l'Amérique; mais il faut dire que, comme bien d'autres parties de la légende colombienne, celle-ci ne repose que sur de vagues indications, qui ne permettent aucune affirmalion. En réalité, il n'est pas du tout certain que la Santa-Maria fût plus grande que la Pinta (277). Quoi qu'il en soit, la
(276) Ce travail a été fait en 1802 à l'occasion de la célébration du quatrième centenaire de Colomb. Une commission royale espaj^nole dont faisaient partie le capitaine Cesarco Fernandez Duro et MM. Casimir Bona et Rafaël Monleon, hommes spécialement compétent? en ces matières, fut chargée d"étudier les moyens de reconstruire les trois navires de Colomb et soumit à cet effjt des plans qu'une commission technique agréa. A la suite de ces études le Gouvernement Espagnol se chargea de la reconstruction de la Santa-Maria, et celle des deux caravelles, la Pinla et la Nina, fut confiée par le Gouvernement des États-Unis au lieutenant Me Carthy Little, de la marine fédérale.
(277) Voici les seules indications que nous ayons à ce sujet. La première et la plus importante est un dessin de doux groupes de trois caravelles de grandeur différente qui se trouve sur une carte de l'île Espagnole ajoutée au
commission archéologique espagnole a admis que, d'après leur grosseur, les trois bâtiments de Colomb devaient s'échelonner dans l'ordre suivant : la Santa-Maria, la Pinta et la Nina.
La Santa-Maria (278), que montait Colomb aurait me-
Pierre Martyr de 1511, appartenant à la Colombine de Séville. On attribue celte carte à Fernand Colomb, voire nicmc à son père, et on suppose que les trois caravelles qui figurent dans chacun de ces deux groupes représentent celles avec lesquelles on fit la découverte. Mais ni l'une ni l'autre de ces suppositions n'est bien justifiée; en premier lieu, la plupart des critiques qui se sont occupés de celte carte n'ont pas admis qu'elle fût de Colomb ou de son fils. (Voir ci-après l'appendice III : Les cartes attribuées à Colomb.) Quant à la supposition que les caravelles qui y figurent représentent la Sa.nla.-Ma.ria,, la Pinla et la iVina, elle est détruite, ou du moins singulièrement alïaiblie, par le fait que, dans l'un de ces groupes, la plus petite des trois caravelles a trois mâts, tandis que dans l'autre elle nen a que deux. Tout ce qu'on peut avancer c'est que ces dessins représentent des caravelles du temps. L'un de ces deux groupes est reproduit par Asensio, Vol. I,p.l76, par Markham, Journal of Columhus, p. IV, et dans le Mémoire la Xao Santa-Maria, p. 15.
Une autre raison d'admettre une différence de grandeur entre la Sanla-Maria et la Pinta est l'assertion de Juan de Escalante, que les navires de Colomb mesuraient un peu plus de 100 tonneaux, mais pas plus de 200. (La Nao, p. 26.) Cet Escalante était de l'époque, puisque le 5 octobre 1501 il fit un contrat pour découvrir de nouvelles côtes (Co/ecc. de docum. ined, de Indias, Vol. XXII), cl son témoignage a de la valeur; mais il ne suppose pas nécessairement que la Sanla-Maria était le plus grand des trois bâtiments. Enfin, on a remarqué que, d'après le Journal de bord de Colomb, 10 janvier 149;!, la Pinta put entrer dans une rivière à cause de son peu de tirant d'eau, ce qui suppose que lu Sanla-Maria n'aurait pu le faire, et on note que Colomb appelle batel fembarcation de la nao et harca celle des deux autres caravelles, d'où l'on peut inférer que ces dernières étaient de moins grandes dimensions que la première.
C'est sur ces données, et sur quelques autres du même genre, comme celle que la Nina portait une voilure latine, qui était attribuée aux petits navires, et sur le fait que Colomb, qui choisit la Sanla-Maria pour s'embarquer affecte de l'appeler nao, que la commission archéologique espagnole s'est basée pour admettre, avec la tradition, que la Santa-Maria était le plus grand des trois bâtiments de Colomb.
(273) Colomb no donne nulle part ce nom à ce navire, qu'il appelle toujours comme on l'a dit ci-dessus, la nef, la nao, ou la capitana. D'après Herrera, cependant, ce serait Colomb qui lui aurait attribué ce nom (Dec. I, Liv. I, ch. IX) que lui donne aussi Fernand Colomb (ch. XV, fol. 38, recto) et qui
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suré 39 m. 10 dans sa plus grande longueur et 22 m. GO entre perpendiculaires, ce qui donne la longueur du pont. Son déplacement ou sa capacité de chargement aurait été de 233 tonnes (279). Elle avait ce qu'on appelait alors un gros château au gaillard d'arrière, et un plus petit au gaillard d'avant. Elle était pontée de bout à bout, avait trois mâts et portait une voilure carrée.
La Pinta aurait été de dimensions un peu moindres. Son
lui est resté. D'un autre coté Oviedo dit que le navire que montait Colomb s'appelait Galleçja (Hisloria, Liv. II, ch. V, Vol. I, p. 21) et nous voyons par le témoi,çnage de Cristobal Garcia Xalmianto, qui était le pilote de la Pinia, que l'amiral perdit à Espaiiola son navire qui s'appelait Marie-Galante : que se ilamava Marigarante. (Pleilos, Vol. II, p. 200.) Un document publié par Navarrete (Biblioteca Marilima Espanola, Vol. II, pp 208-209) montre que ce navire appartenait à Juan de la Cosa de Santona. Comme le dit Xalmianto la Santa-Maria ou Marigarante se perdit sur la côte d'Haïti le 25 décembre 1492, parla faute d'un novice auquel La Cosa avait confié le gouvernail. Colomb accuse ce dernier d'avoir pensé dans cotte circonstance qu'à se sauver. (Journal de bord, 23 décembre 1492.)
(279) Ce sont là les mesures principales finalement adoptées par la Commission, sur lesquelles la Sanla-Maria a été reconstruite. (Voir la.Vao.p. 35.) On y est arrivé en prenant pour base la moyenne de l'assertion d'Kscalante, mentionnée à une note précédente, sur le tonnage des navires de Colomb, et en se fondant sur diverses autres indications, dont l'une, donnée par le Journal de bord de Colomb est que la barque de la Sa;i/a-J/ar('a mesurait cinq brasses, ce qui permet do déduire les dimensions du navire auquel elle appartenait. En procédant d'après cette méthode, le capitaine Duro, président de la Commission, avait môme trouve que la Sanla-HIaria pouvait avoir une capacité do chargement de 271 tonnes. (La A'ao, pp. 26-27.) Il va sans dire que ce s(mt là des déterminations essentiellement approximatives et qui peuvent s'éloigner sensiblement de la vérité. Nous nous bornerons à faire remarquer que si la Santa-Maria avait les dimensions qu'on lui attribue ce navire l'emportait de beaucoup sur celui avec lequel Cristobal Guerra alla deux fois, en 1500, à la côte de l'Amérique du Sud, lequel n'avait que 50 tonneaux (HaraissE, The Discovery, pp. 678 et 683), sur celui de Vincent Yanez Pinzon, la Fraila, qui ne jaugeait que 47 tonneaux et avec lequel il alla bien plus loin que Colomb à son premier voyage ; s"- les deux navires de Juan Diaz de Solis, dont l'un était de 60 tonneaux et l'autre de 30, et enfin sur la célèbre Victoria, de l'expédition de Magellan, qui fitle tour du monde et qui n'avait que 85 tonneaux. (Voyez Duno, Disquisiciones Xaulicas, Vol. IV, p. 134.) Ajoutons qu'à son dernier voyage Colomb lui-môme n'avait aucun bâtiment jaugeant plus de 70 tonneaux.
pont avait 17 m. 80 de long, et sa hauteur, au plancher de la dunette, était de 0 m. 50. Sa plus grande largeur, à la poupe, était de 6 m. 80. Gomme la Santa- M aria, eWe avait trois mâts et portait une voilure carrée (280). En somme, d'après la Commission, la Puita ne différait de la Santa- Maria que par les dimensions; sa construction, ainsi que sa voilure, étaient exactement les mêmes. Elle était plus rapide que les deux autres bâtiments (281).
La Nina est celle des trois caravelles que l'on fait la plus petite. La longueur de son pont aurait été de 17 m. 10, quelques centimètres de moins seulement que celui de la Pinta, mais sa hauteur était bien moindre : 3 mètres au gaillard d'arrière. Elle n'avait pas de dunette. D'après la Commission, la Nina ne différait pas beaucoup de la Pinta, la principale différence consistant en l'absence de gaillard ou de château d'avant. Sa construction était bonne, c'est Colomb lui-même qui le dit (282). Dans les conditions indiquées son tonnage devait nécessairement être restreint. Il faut remarquer cependant que cette caravelle n'était pas si petite qu'on le suppose, puisque, après la perte
(280) Une phrase du Joui'iial de bord de Colomb, dans le texte de Navarrcte, porte littéralement qu'on fit la Plnla ronde, de latine qu'elle était : hicieron la Pinta redonda, porque era laliiia (9 août 1492), ce qui veut dire qu'on la gréa à la façon des vaisseaux ronds, qui portaient une voiture carrée. (Voyez une note de Jal à ce sujet, Archéologie Navale, Vol. II, p. 231.) Mais le texte de la RaccoUa, corriijé sur le manuscrit de Las Casas, porte Nina au lieu de Pinta. (Scritli,Vo\. I, p. 4.) Fcrnand Colomb dit, d'ailleurs, que c'est la voilure de la Nina qui fut chang-ée. (^Historié, ch. XVI. fol. 40 verso.)
(281) On a vu que cette caravelle appartenait à Gomes Rascon et à Cristobal Quintero, qui faisaient partie de son équipage et qui étaient opposés au voyage (Journal de bord, 6 août), auquel, sans doute, ils n'avaient pris part que parce que leur navire avait été saisi ou nol se. On attribue à leur malveillance un accident qui arriva au gouvernail de cette caravelle. (Journal de bord, même date.) Cependant plusieurs des témoins qui déposèrent dans les procès de Colomb ont déclaré que la Pinla était la propriété des Pinzon. (DuRo, Colon y Pinzon, Informe, pp. 291, 292.) Quintera et Rascon n'y avaient peut-être qu'un intérêt.
(282) Journal de bord, 17 fév. 1493.
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de la Santa-Maria, Colomb s'y transporta avec tout son monde, — moins ceux qu'on laissait au fort delà Navidad, — et tout ce qu'il rapportait en Espagne (283).
Ces deux caravelles étaient pontées (284), comme la Santa-Maria, et comme elle aussi bonnes voilières (285).
(283) Des recherclies semblables à celles de la commission archéologique espagnole, entreprises en Italie, également à l'occasion du quatrième centenaire de la découverte, ont conduit à des résultats à peu près semblables à ceux que nous venons dindiquer. D'après le capitaine d'Albertis, de la marine royale italienne, la Sa/i/a-iliarùt devait avoir 26 m. 32 de long sur 8 m. 40 de large. Sa quille mesurait 19 mètres et sa capacité maximum était de 200 tonnes. La Pinta avait 25 m. 20 de long sur 7 m. l'3 de large, son tonnage était de 110. La iVi;ia avait 24 m. 08 en longueur sur 7 m. 28 en largeur, son tonnage était de 105.
D'après d'autres calculs, la capacité de transport des trois navires aurait été bien moindre. Markham estime que celle de la Sanla-Maria était de 100 tonnes, celle de la Pinta de 50 et celle de la Nina de 40. {Life of Chrislopher Colomhus, pp. 66, 79 et 71.) Bien des années auparavant, un érudit historiographe de la marine, Jal, avait calculé que la Santa-Maria devait avoir 27 m. 77 de long sur 8 m. 12 de large. [Archéologie Xavale, "Vol. II, p. 230.) On voit que ces divers calculs ne diffèrent pas beaucoup les uns des autres. Voir sur les données qu3 l'on peut utiliser pour reconstruire les caravelles de Colomb, y.a i\ao Santa-Muria, Memoria de la Commission Arqueolojjica ejecativa, Madrid, 1892, in-4'' ; Reslanracion Injpolelica de las carabelas de Cristobal Colon por D. Rafaël Monleon, Madrid, 1891, 8" ; D'Albertis, LWrle Naulica ai Tempi di Colombo, in Raccolta Colombiana, Rome, 1893, 1 Vol. in-fol. ; Jal, Archéologie Xavale. Paris, 1S40, 2 Vol. 8\ Article Caravelle. (2S4) Pierre Martyr dit que la Sanla-Maria seule était pontée. (Déc.I,ch. I.) Se fiant à tort à cette assertion, plusieurs auteurs ont pensé que Jal s'était trompé en soutenant que les trois caravelles de Colomb devaient être pontées. {Archéologie navale, article Caravelle, à l'index.) Les raisons que l'éminent historiographe de la marine a données à l'appui de son opinion sont cependant péremptoires. et tous les gens du métier qui ont eu l'occasion de s'occuper des caravelles de Colomb en ont jugé de même ; on vient de voir que la commission archéologique qui les a fait reconstruire en 1492 les a faites toutes trois pontées. Comment admettre, en effet, que des navigateurs et des pilotes expérimentés comme les Pinzon, les Nino et autres qui eurent une si grande part à l'organisation de la flottille de Colomb, auraient consenti à s'embarquer sur des navires non pontés pour une expédition que l'on jugeait devoir être longue et dangereuse ?
(285) Elles firent la traversée en trente-cinq jours, — Gomera 6 septembre, Guanahani, 11 octobre. Aujourd'hui encore les navires à voiles ne parviennent pas toujours à franchir l'Atlantique en moins de temps. Elles faisaient en
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C'étaient d'excellents bàlinients tout à fait propres à l'usage auquel on les destinait ; Colomb lui-même le reconnaît (:286). Les trois navires étaient armés ; mais nous ne savons comment. Nous voyons par le journal de Colomb que le 26 janvier 14lJ,S il lit tirer une bombarda et une espingai^da ; mais nous ignorons s'il avait plusieurs pièces de cette artillerie, cela est cependant probable (287).
moj'ennc 15 milles italiens ou 11 milles marins à l'heure, ce qui est une belle vitesse pour des navires voyageant de conserve.
(286) « Je vins à la ville de Palos... où j'équipai trois vaisseaux très con- « venables pour une pareille entreprise »: Très navios miiy aptos para semejante fecho. (7oizrnai, lettre-prologue, Navarrete, Vol. 1, p. 2.) Le 12 février, étant pris par la tempête, Colomb, qui montait alors la Nina, dit que si la caravelle n'avait pas été si bonne et en si bon état, il aurait craint de périr. (Navarrete, Vol. [, p. 149.) Cjpendant, Colomb a dit ailleurs que \a. Santa- Maria était peu propre aux découvertes 1 (Navarrete, Vol. I, 26 déc. ) Jal formule de la manière suivante sa manière de voir sur les bâtiments de Colomb : « On peut conclure, contre une opinion trop généralement répandue, « que ces navires étaient à peu près de l'importance d'un brick de guerre « moderne de 12 à 16 canons, qu'ils étaient boas, solides et propres à l'entrc- « prise que le pieux Génois voulait mener k fin; qu'ils n'étaient pas mauvais « voiliers, enfin qu'ils ne ressemblaient en rien à ces barques infimes, non « pontées, délabrées et pour ainsi dire dépourvues de tout, que Timagination « de quelques biographes a créées. » {Archéolojie Xavale, Vol. II, pp. 236- 237.)
(287) M. d'Albertis, de la marine royale italienne, dont nous avons déjà cité les intéressants calculs sur les dimensions des caravelles de Colomb, a aussi cherché comment elles pouvaient être armées, et voici ce qu'il dit à ce sajet : « Nous devons admettre que la Santa-Maria avait quatre bombardes « se chargeant par bouche, du calibre de 10 centimètres environ et d'une « longueur de 1 m. 50 ; elles devaient lancer des projectiles de pierre, comme « on peut le voir par le journal de bord de Colomb et par d'autres docu- « monts. Elles devaient être en batterie dans l'entrepont à l'arrière du grand « mât. Pour défendre l'arrière du navire et le château de proue, il devait y « avoir six fauconneaux, se chargeant par la culasse, d'une longcur de 1 m. 30 « environ et d'un calibre de 5 à 7 centimètres, lançant des projectiles de « plomb, ou de fer cerclés de plomb, dont le poids devrait être d'un kilo- « grammj environ. Les deux caravelles, la Pinla et la Nina ne devaient avoir « que deux bombardes et quatre fauconneaux placés sur les bords pour « la défense delà poupe et de la proue. » (L'arte naulico ai tempi di Colombo, volume de la Raccolta, p. 228.) Bien que ces indications viennent d'un homme du métier qui, avant de les donner, a pris la peine d'étudier l'artillerie en
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La croix était peinte sur toutes les voiles ; c'était Tusage pour distinguer les navires portugais et espagnols de ceux des infidèles. Ramusio dit, nous ne savons d'après quelle source, que la bannière déployée par Colomb sur la Santa- Maria montrait le Christ crucifié (288).
Plusieurs auteurs ont écrit que la flottille de Colomb emportait des vivres pour un an, ce qui montrerait qu'on prévoyait une très longue navigation ; mais cette assertion, empruntée à Herrera, qui ne dit pas d'où elle lui vient (289), n'est confirmée par aucun document du temps et est contredite, indirectement, par Las Casas, qui dit que le 24 septembre, c'est-à-dire dix-huit jours après le départ de Gomera, les gens de Colomb craignaient déjà de manquer de provisions pour le retour (290). Remarquons en passant qu'une pareille crainte, qu'elle fût fondée ou non, n'aurait pu être formulée à la date indiquée, si réellement l'expédition avait pour destination les extrémités orientales de l'Asie. Un autre fait qui a la même signification, c'est que Colomb embarqua nombre d'objets d'échange, tels que des colliers de verre, des miroirs et autres de ce genre qui n'étaient certainement pas destinés à trafiquer avec les riches populations de Quinsay, de Zaiton et des îles des Épices.
usage sur les navires espagnols au xv» siècle, nous estimons qu'elles sont d'une précision un peu exagérée.
(288) Délie navigazioni, Vol. III, p. 1. apud Tarducci, Vol. 1, p. 204. Au xv° et au xvi" siècle, il était fréquent de peindre des ligures d'ornements sur les voiles. La croix était le plus commun. On la voit sur l'une des caravelles de l'édition illustrée de la lettre de Colomb à Sanchez,de Rome, 1493. Mais si les trois caravelles qui figurent sur la carte attrii^uée à F. Colomb représentent celles avec lesquelles la découverte se fit, aucune de leurs voiles ne porte de croix. La commission archéologique en a orné celle de la Santa-Maria. Mais les trois caravelles avaient chacune une bannière royale, où figurait la croix avec les lettres F et Y à droite et à gauche. {J. de bord, 11 octobre 1492.)
(289) Ilisluria, Dec. I, Liv, I, ch. IX.
(290) Op. cit., Liv. 1, ch. XXXVII, Vol. I, p. 276. Voyez aussi les Historié, •ch. XIX, fol. 44 verso.
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