‹ Histoire critique de la grande enterprise de Christophe Colomb, comment il aurait conçu et formé son projet, sa présentation a différentes cours, son acceptation finale, sa mise a exécution, - son véritable caractèreChapitre 55 sur 127 · VII. — L'expédition met à la voile. Palos, 3 août · texte numérisé non relu

VII. — L'expédition met à la voile. Palos, 3 août

Colomb avait achevé tous ses préparatifs le 2 août 1492 (324). Ses navires étant prêts à partir, il confia son fils Diego à un religieux et à un ami nommé Cabezudo, qui devaient le conduire à Cordoue, auprès de Beatriz Enriquez sans doute (325), et prit ses dernières disposi-

(320) Francisco Garcia Vallejo, qui était aussi à bord de la Pinta, dépose le l^' octobre 1515 que c'est ce Bermejo qui le premier vit une lumière briller dans l'île qu'on allait découvrir; mais d'après le Journal de bord, Colomb luimême avait aperçu cette lumière auparavant. En tous cas, c'est lui qui eut la prime de 10.000 maravédis promise par les Rois Catholiques à celui qui verrait le premier la terre. Oviedo dit que Triana dépité da ne pas avoir eu cette récompense qu'il croyait avoir méritée, passa en Afrique à son retour et se fit mahoçiétan. (Liv. H, ch. V, Vol. I, p. 24.)

(321) Journal de bord de Colomb.

(322) Le Journal de bord, F. Colomb, Las Casas, etc., 11 oct. 1492.

(323) M. Harrissc a cru que Nino avait été le pilote de la Santa- Maria (Discovery, p. 663), parce que Colomli le nomme comme étant avec lui lors de son retour en Espagne ; mais Colomb montait à ce moment la Nina par suite de la perte de la Santa-Maria. Voyez la déposition de F. G. Vallejo, Pleitos, Vol. II, p. 219, et le Journal de bord, passim.

(32 5) Las Casas, ch. XXXV, Vol. I, p. 261.

(3251 Ceci résulte des faits suivants. Le 12 février 1515, un habitant de Moguer, Juan Rodrigez Cabezudo. dépose qu'au moment où Colomb partait de Palos, il lui confia, ainsi qu'ù un religieux nommé Sanchez, son fils Diego : al tiempo que se pàrliô, le diô à Don Diecfo sn hijo en guarda à este tesligo e à Martijn Sanchez, clerigo. {Pleitos, Vol. II, p. 18.) Cabezudo ne dit pas qu'on le chargea de conduire Diego à Cordoue ; mais comme Colomb écrit dans son Journal de bord, à la date du 14 février, que ses deux fils sont en

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tions. Le lendemain, au lever du soleil (326), après s'être confessé et avoir reçu le saint-sacrement (327), il leva l'ancre au port de Palos (328), franchit la barre de Saltes

ce moment à Gordoue, où ils font leurs études, et comme c'est dans cette ville que résidait la mère de Fernand Colomb, lequel n'avait alors qu'un peu plus de quatre ans, il n'est pas douteux que Sanchez et Cabezudo avaient reçu l'ordre de conduire Dieafo chez JBeatriz Enriqiiez. On doit noter que ce Cabezudo est un témoin cité par Diego lui-même et que c'est lui qui loua à Colomb, en 1451, la mule avec laquelle le P. Ferez se rendit à la cour. Ces faits donnent à penser que Colomb entretenait avec lui des rapports d'amitié.

(326) « Le 3 août, au point du jour, ils firent voile en droite ligne vers les Canaries. » (F. Colomb, ch. XV, fol. 38 rect.)

(327) Oviedo parle comme si c'était au P. Juan Ferez que Colomb se confessa, car après avoir dit qu'il resta avec ce religieux à la Rabida, où il se mit en règle avec Dieu en plaçant, comme un catholique, son entreprise dans ses mains, il ajoute : « Et après s'être confessé, il reçut le très saint-sacre- « ment de l'Eucharistie, le même jour qu'il prit la mer. » (Ilist. Gen., Liv. Il, ch. V, Vol. I* p. 21.) Si l'on en croyait le P. Buldu, les pêcheurs de Palos et de Mogucr aiment à raconter que le jour où Colomb mit à la voile, sa femme Beatriz Enriquez aurait communié avec lui, après quoi elle se serait rendue à Cordoue. (Lettre du F. Buldu, de Moguer, en date du 20 sept. 1877, publiée dans l'édition espagnole du livre de Roselly de Lorgnes : Monumento â Colon, Vol. I, p. 134.) Le capitaine Duro, qui a pris la peine de faire une enquête à ce sujet, dit que D. Baldomero de Lorenzo, curé de Huelva, ne confirme pas cette tradition. (Nehulosa... note 102, p. 2'o6.)

(32S) Et je partis dudit port, dit Colomb : Vine à la villa de Palos, que es puerto de mar... y pîirli. del dicho pnerto. (Journal de bord, prologue.) Plus loin le Journal dit : nous partîmes de la barre de Saltes : parlimos... de la barra, de Saltes. (Journal, 3 août.) Palos est sur le Rio Tinto,un peu en amont ; au point où cette rivière et le Rio Odiel se jettent à la mer se trouve l'île Saltes, aujourd'hui inhabitée, qu'on ne peut dépasser sans franchir une barre formée par les sables à la jonction des deux rivières.

A propos de Palos, certains érudits ont imaginé que Colomb ne fit pas voile de ce petit port qui doit à cette circonstance toute sa célébrité, mais de Cadix, Un savant espagnol, auquel on doit d'estimables ouvrages, D. Adolfo de Castro, s'est fait le champion de ce paradoxe historique. Dans un premier travail, il avait imprudemment dit que Colomb était parti de Palos, mais il se repentit d'avoir eu raison sans le vouloir, et dans un petit mémoire intitulé : La salida definitiva de Colon... il entreprit de se réfuter lui-même et le fit consciencieusement. Compulsant un tas de vieux auteurs, il montra que Pierre Martyr, en 1493 (Lettre au comte Tendilla) ; Sébastien Munster en 1532 (Cosmographie) ; Garcia Malamoras en 1553 {De Academia) ; Pedro Simon en 1627 (Primera parle de las nolicias...) ; le P. Jérôme de la Con-

et mit à la voile pour les grandes destinées qui s'ouvraient devant lui.

ception, en 1688 {Emporio del orbe); Wadding, en 1648 {Annales ordinis Minoriim), et d'autres, ont tous écrit que Colomb était parti de Cadix, Fernand Colomb et Las Casas ont bien dit que c'est de Palos que Colomb partit, mais ce sont des auteurs sans autorité. Ceux qui sont bien renseignés sur ce point sont ces auteurs du xvi" et du xvii* siècle, parce qu'ils s'appuient sur Colomb lui-môme qui a dit : Tricesimo tertio die poslquam à Gadibus discessi in mare Indicum : trente-trois jours après mon départ de Cadix, j'entrai dans la mer de l'Inde. (Lettre à Raphaël Sanchez.) '£.h. bien ! Colomb n'a jamais dit cela. Cette phrase est une interpolation du traducteur latin au texte espagnol, où elle ne se trouve pas, noa plus que dans le Journal de bord, ce qui n'empéchc pas nombre d'auteurs de répéter les uns après les autres que Colomb fit voile de Cadix. M. de Rosny lui-même est tombé dans cette erreur. Voir note 1, à sa traduction de la lettre de Colomb.

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