RESUME DU CHAPITRE
En résumé ce chapitre a fait voir :
Que Colomb était parti avec la conviction qu'il découvrirait une île nouvelle vers le 28° parallèle à environ 750 lieues des Canaries, et qu'il s'était engagé envers son équipage à faire cette découverte dans cette limite ;
Que ne l'ayant pas faite à cette distance, ses gens voulurent revenir en arrière, malgré ses déclarations répétées qu'on n'était pas loin de la terre qu'il cherchait et qu'il la trouverait ;
Que c'est grâce à l'altitude énergique de Pinzon, qui pensait à Cypangu, que l'expédition ne fut pas arrêtée et qu'on put continuer la recherche;
Que c'est la découverte de l'île ou de la terre ainsi cherchée qui fut la préoccupation constante de tous les membres de l'expédition, et non le dessein de passer aux Indes orientales, dont il n'y a pas trace qu'on ait jamais parlé;
Que cette recherche continuant à être vaine, on prit à 200 lieues des Antilles une autre direction qui, d'après Pinzon, devait conduire à Cypangu et d'après Colomb à
une île dont il disait connaître l'existence et la situation ;
Qu'on arriva ainsi aux Antilles, où, dans Tîle qu'il nomma Espaîiola, Colomb reconnut la Cypangu de Pinson;
Que cette île était celle même qu'il cherchait, d'où il résulte que Colomb avait des indications sur cette île et que c'est pour la découvrir que l'expédition de 1492 fut organisée.
Cette assertion que Colomb avait des indications matérielles sur les terres qu'il cherchait s'appuie encore sur les faits suivants :
La clause des capitulations où il parle des îles qu'il propose de découvrir comme s'il les connaissait lui-même;
Le témoignage de Las Casas, qui dit qu'il agissait comme s'il était allé en personne à ces îles et comme s'il les tenait sous clé ;
Les instructions écrites qu'il donne au départ de ne plus naviguer la nuit, si on n'avait pas trouvé terre à 700 lieues des Canaries, et sespromesses répétées que c'était à 750 lieues au plus que la découverte se ferait;
La détermination d'aller prendre le parallèle de Gomera pour se mettre en route, ce qui n'était pas nécessaire si son objectif élait Cathay ou les Indes orientales et la ténacité avec laquelle il s'attacha à suivre ce parallèle dont il ne voulait pas s'écarter ;
La carte par laquelle il se guidait, qui indiquait des îles sous ce parallèle et son désappointement, partagé par Pinzon, de ne pas les trouver ;
La déclaration de Las Casas qu'il avait une telle foi dans cette carte qu'il ne douta jamais de trouver les terres qui y étaient indiquées;
Sa propre déclaration, lorsque six jours avant la découverte, on prit une direction qui devait conduire aux Antilles et à Espanola, qu'il connaissait cette île, qu'il aurait pu y aller auparavant et que c'était celle qu'on appelait alors Cypangu ;
Ses réticences au sujet de ce qu'il se proposait de découvrir, de crainte qu'on ne profitât de ses indications;
L'opinion généralement accréditée à l'époque qu'un pilote l'avait renseigné sur des îles qu'il découvrit ;
Et, enfin, le fait significatif que Las Casas consacre un chapitre entier à l'histoire de ce pilote, qu'il la raconte, sans y faire aucune objection, en constatant que les premiers découvreurs la tenaient pour vraie, et qu'il admet que la Providence a pu vouloir éclairer Colomb de cette manière.
ViGNAUD. Nouvelles Études. II