II. — Sources de l'histoire du pilote anonyme
Il paraît que l'histoire de ce pilote circulait en Espagne dès la fm du xv" siècle, c'est-à-dire à l'époque même des premiers voyages de Colomb (40G); mais ce n'est que vers le milieu du siècle suivant qu'elle fut imprimée. Les deux premiers auteurs qui lui donnèrent de la publicité sont Oviedo (407) et Gomara (408). L'un la donna en 1535, en disant qu'elle avait cours parmi le vulgaire et qu'il n'y
(406) Voir ci-après le paragraplie V.
(407) Historia gênerai y naliiral de las Indias... Madrid, 1851-1855, 4 vol. in-4''. La première édition des XfX premiers livres est de 1535, Séville, et la seconde de 1547, Salamanque. L'histoire du pilote se trouve au Liv. I, ch.ll. Elle est encore mentionnée au cli. IV, Vol. I, pp. 13 et 18 de l'édition de Madrid.
(408) Primera y secjonda parle de la hisloria gênerai de las Indias... Çaragoça, 1553, fol. Nous citons Tédilion d'Anvers, 1554, 8% oh. XIII, XIV et XV.
Gomara était en position de recueillir sur cette histoire des renseignements de première main, car plusieurs des compagnons de Colomb vécurent assez longtemps pour qu'il ait pu les consulter. Voyez sur ce point notre Toscanelli, p. 134 et note 136.
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croyait pas (409); l'autre, qui la publia en 1553, la présenta comme parfaitement authentique (410).
Bien qu'Oviedo eût plus d'autorité que Gomara, c'est le sentiment de ce dernier qui prévalut dans la péninsule hispanique, et la plupart des auteurs espagnols et portugais qui mentionnèrent l'histoire, après lui, latinrentcomme lui pour authentique. Telle était l'opinion de Garibay (1571) (411), d'Acosta(1590) (412), de Fructuoso (1590) (413), de l'éminent historien Mariana (1601) (414), de Simâo de
(409) Que eslo passase assi ô no, ninjuno con verdad lô puede affirrnar: pero aquesta novela assi anda por el miindo entre la viilgar gente de la manera que es dicho.Para mi yo lo tengo por falso,éeomodice el Augustino : Melius est dubilare de ocultis, quam liligare de incertis.« Que les choses se « passèrent ainsi ou non, personne no peut l'affirmer. Mais ce récit, ainsi « qu'on vient de le lire, court le monde, parmi les gens du commun. Pour <.< moi je le tiens pour faux. Gomme dit saint Augustin, il vaut mieux douter « de ce que nous ignorons que de disputer sur ce dont on n"est pas cer- « tain. » {Ilistoria, Vol. I, p. 13. Édit. de 1831.)
(410) Après avoir donné la légende du pilote, Gomara dit : « Voilà comment Ghristophe Golomb eut connaissance des Indes », (... Y assi tuvo Christoval Colon noticia de las Indias.) Plus loin il explique que Golomb n'était pas un homme instruit, mais de bon jugement, et qu'ayant ainsi appris l'existence de ces nouvelles terres, il consulta les gens qui savent et se convainquit que ce que lui avait dit ou écrit le pilote qui mourut dans sa maison était certain: Y assi creyù por muy cierlo lo que le dexo dicho y escrito aquel piloto, que inuriû en su casa. {Ilistoria gênerai, 1554, fol. 17 verso et 18 recto.)
(411) Garibay (E.). — Los XL libros del compendio historial de las chronicas y universal historia de iodos los reynos de Espana. Ar^vcrs, 1571,4 V. fol. Llv. XVIII, ch.30. Édit, de 1628, V. II, p. 650. Garibay la mentionne aussi dans son mémoire De Don Cristobal Colon, publié en partie par Duro, Nebulosa, p. 196.
(412) AcosTA (J.).— Historia natural y moral de las Indias, Séville. Liv. I, ch. XIX.
Une simple mention.
(413) Fructuoso (G.). — Saudades da terra. Liv. I, ch. XXII.
Gette partie de l'ouvrage est encore manuscrite. M. Azevedo a publié le passage ci-dessus indiqué en note à son édition de la partie des Saudades du P. Fructuoso consacrée aux îles portugaises. Funchal, 1873, p. 659 et 660. On le trouve aussi en note dans le mémoire de M. L. Cordciro : Part des Portugais, etc., 1876. p, 39.
(414) Maria>-\ (Le P.). — Historia gênerai de Espaiïa... Toledo, 1601, Liv. XXVI, ch. III. Dans l'édition française le passage sur le pilote inconnu
Vasconcellos (1603) (415), de Gregorio Garcia (1007) (416), de Garcilaso de la Vega (1609), qui donna l'histoire avec des détails précis, en assurant qu'il la tenait de son père qui lui-même la tenait de compagnons de Colomb (417), de Tome Cano (1611), qui dit Tavoir apprise de première main (418), du P. Torquemada (1613) (419), et d'un assez grand nombre d'autres auteurs (420).
se trouve au même Liv.26, § IX, Vol. V, p. 126. L'édition de 1601 est la première où parut ce livre 26. Marlana n'ajoute rien aux récits précédemment connus et croit à l'histoire.
(4'5) Vasconcellos (Simâo de). — Chronica da companhia de Jesu do estado de Brasil. Lisbonne 1663. Édition de 1865, Liv I, Noticias, p. XXVIII.
(416) GiRciA (Gregorio).— Origen de los Indios, Liv. I, ch. IV, § I.
(4 17) Garcilaso de la Vega. — Primeira parle de los commentarios reaies- Lisbonne, 1609, ia-fol. Liv. I. ch. III.
Garcilaso naquit en 1540. Étant enfant, il entendit raconter l'histoire par son père qui mourut vers 1560. C'est donc entre les années 1550 et 1555 qu'il recueillit ce témoignage. A celte époque il existait encore quelques-uns de ceux qui avaient accompagné Colomb; mais le père de l'Inca pouvait la connaître depuis longtemps et par conséquent il n'est pas impossible, matériellement, qu'il ait tenu l'histoire de quelques-uns de ceux-là. Cependant un témoignage recueilli dans de telles conditions ne peut avoir un grand poids et on ne doit guère en retenir que le fait que le père de l'Inca, qui était en position d'être bien renseigné croyait à l'histoire.
(418) Cano (Tome). — Arte para fahricar, forlificar y apareiar naos o de gnerra y merchanle... Séville, 1611, in-4°.
(419) 'l'onQUEMAnA (Juan de).— Los veinle i iin libros ritiiales y Monarchia Indiana... Madrid, 1723, 3 vol. in-fol. Liv. XVIII, ch. I, Vol. III, pp- 283-284. La première édition est de l'année 1613.
(420) L'histoire du pilote est encore mentionnée comme véritable dans les ouvrages suivants qui sont de la même époque.
Mauiz (Pedro de). — Dialogos de varia hlslorla... Co'imbre, 1594. Deuxième édit., 1597, in-8°.
Victoria (Fr, Juan de). — Calalogo de los reyes godos de isspana. Manuscrit du xvi« siècle, appartenant à la Bibliothèque nationale de Madrid. (Voyez sur ce document la Bihllografia Colombina, p. 467, n" 1163, et Dlro, Colon y la hisloria posliima, Madrid, l!S85, pp. 223, 251, 299.)
Aliirete (Bernardo).— Varias anliguedudes de Espana... Anvers, 1614, 8°.
Solorz.\no Pereira (Joannes de). — De Indiarum jure'... Lyon, 1682,2 Vol. in-fol. (La première édition est de 1 629.) Liv. I, ch. V, n»» 6 et 7, Vol. I, p. 29.
Barreda (Onofre Antonio de la). — Compendio de la vida de los Senores
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Aucun de ces auteurs n'était contemporain de Colomb ; mais ils vivaient dans le milieu où avaient vécu ceux qui les premiers eurent connaissance de l'histoire et ils avaient pu l'entendre raconter par des gens qui la tenaient directement d'eux. Cette circonstance donnait à leur témoignage quelque autorité et on y ajoutait généralement foi (421). Il convient de remarquer qu'au xvi' siècle la mémoire de Colomb n'était pas populaire en Espagne. Le souvenir des déceptions et des souffrances éprouvées par ceux qui avaient pris part à ses voyages n'était pas effacé, la Couronne contestait l'importance et l'étendue de ses découvertes, et en général on était plutôt disposé à déprécier les services qu'il avait rendus qu'à les reconnaître. On doit tenir compte de cet état d'esprit, quand on note que la
Reyes Catolicos de Espana, D. Fernando V y D' Isabel por... Manuscrit de la Bibliothèque Nationale de Paris, 1631.
Caro (Rodrigo). — Antiguedades y principado de la ilustrisima ciudad de Sevilla... Séville, 1G34, in-fol. Liv. III, ch. 76.
Orellano (Pizarro y). — Varones ilustres del Nuevo Mundo... Madrid, 1639, in-fol., ch. II.
EsTAÇo (Gaspar). — Varias antigaeda,des de Portugal. Lisbonne, 1625, in-4'*, ch. LXXX, p. 286.
Simon (Pedro). — Primera parle de las noficias historiales... Cuenca, 1626, ch. XIV, p. 44.
Remon (Alonso). — Historia gênerai de la orden de Niiestra Senora de la Merced. Madrid. Vol. I, 1618, p. 89.
(421) L'histoire du pilote est aussi consignée dans des manuscrits espagnols du tempSjdont l'un, qui appartient à l'Académie Royale d'Histoire de Madrid, est peut-être le plus ancien document où on la trouve. C'est un manuscrit du XVI" siècle formé de pièces réunies par un religieux nommé Antonio de Aspa. Il est décrit aux sources de cette IV' Étude, n° 5. La mention de l'histoire du pilote sans nom qu'on y trouve est, après celle de Las Casas, la plus ancienne que nous ayons.
Le capitaine Duro, dans son élude sur la Tradicion de Alonso Sanchez {Boletin de la Real Academia de la Historia, Tome XXI, p. 40, Madrid, 1892), estime que cette mention de Aspa est antérieure de vingt-cinq ans à celle d'Oviedo. Oviedo est cependant nommé par le P. Aspa, mais c'est dans les feuillets qui suivent la relation de Chanca,qui sont évidemment de date postérieure. (Voyez ci-dessus. Sources, vol. II, p. 6.)
plupart des auteurs espagnols du temps tenaient poup authentique l'histoire de ce pilote.
III. — Protestation de Benzoni et de F. Colomb. Silence d'Herrera.
Dès cette époque même, cependant, une voix s'était élevée pour protester contre l'authenticité de l'histoire et surtout contre les conséquences qu'on en tirait. En 1565 le Milanais Benzoni, qui avait voyagé en Amérique et en Espagne, publia son Histoire du Nouveau Monde, dans laquelle il releva avec amertume ce qu'avait dit Gomara de l'aventure du pilote et n'hésita pas à l'accuser d'avoir dénaturé les faits pour faire tort à Colomb, qui n'était pas Espagnol (422).
Le livre de Benzoni fut suivi de près par celui de Fernand Colomb (1571), où il mentionne l'histoire du pilote pour en donner une explication incompréhensible (423).
(422) La Historia del Mundo Nuevo, Venise. 1565, Liv. I, ch. V. Édition française de 1579, pp. 32-40. Benzoni, qui revint de son voyage en Amérique avec des sentiments peu favorables aux Espagnols, n'est pas un témoin impartial. 11 accuse Gomara de mauvaise foi et en donne pour preuve le récit attribué par Ramusio h Pierre Martyr, d'après lequel Colomb aurait offert son projet à Gênes avant de passer en Portugal, récit dont aucun des écrits du célèbre Milanais ne garde trace, et conclut ainsi :
€ En quoy l'on peut voir que cest auteur hespagnol, Gomara, en meslant « et obscurcissant la vérité par plusieurs inventions, ne prétend à autre « chose qu'à diminuer le renom immortel de Christophe Colomb. Car aussi c cela fait mal au cœur à plusieurs et ne peuvent supporter que l'on die « qu'un estranger, mesmement issu d'Italie, ait acquis tant d'honneur et tant « de gloire, non seulement par-dessus la nation hespagnole, mais sur toutes « les autres nations. » {Histoire nouvelle du Nouveau Monde... Genève, 1579, 8j, p. 38.)
(423) « Don Gonsalvo dOviedo raconte dans son Histoire des Indes que « l'amiral eut un écrit dans lequel il trouva les Indes décrites par quelqu'un « qui les avait découvertes auparavant, ce qui n'est pas et n'advint pas, sinon « de la manière suivante.» (Historié, ch. IX, fol. 23, recto.) Fernand Colomb raconte alors l'histoire de ce Vincente Dias, exposée précédemment, qui n'a
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Cet ouvrage, qui donna une forme précise et autorisée à la légende colombienne, jusqu'alors un peu flottante, c'est-àdire à l'histoire des origines de Colomb et de celles de son grand dessein, telle qu'il voulait qu'on la connût, eut une influence considérable sur les idées que Ton s'est formées depuis sur le découvreur de l'Amérique et sur son œuvre- A partir de ce moment Thistoire de Colomb, d'après Colomb lui-même, fut acceptée à peu près par tout le monde et lorsque quelques années plus tard Herrera entreprit de faire connaître, dans un ouvrage devenu classique, les conquêtes d'outre-mer des Castillans, il était si complètement sous l'influence de la tradition colombienne, qu'il passa entièrement sous silence l'aventure du pilote anonyme, qu'il avait cependant trouvée dans l'œuvre manuscrite de Las Casas, dont il eut communication et à laquelle il emprunta à peu près tout ce qu'il dit de Colomb.
Il faut constater, toutefois, que le nouveau courant d'idées ainsi formé n'eut guère d'influence sur les auteurs portugais et espagnols de notre temps, qui, à peu d'exceptions près (424), ont continué à considérer l'histoire du pilote anonyme comme ayant un fondement historique assez solide pour la faire accepter (425). La plupart cependant se sont bornés à reproduire l'histoire, sans chercher
aucun rapport avec celle du pilote anonym:;. Las Casas, qui raconte aussi l'histoire de ce Dias,ne fait aucun rapprochement entre les deux aventures, bien qu'il eût sous les yeux le texte original de Fernand Colomb. Il faut donc croire, ou qu'il n'aimettait pas la rectification de F. Colomb, ou, et c'est plus probable, que cette prétendue rectification ne se trouvait pas dans le texte original des Historié.
(42 4) Parmi ces exceptions citons : Navarrete, Coleccion de los viar/es .. Vol. I, Madrid, 1825, 8°, pp. XLVII et 5 et 6 ; Glader\, Investigaciones hisioricas... Madrid, 1794, 4*, p. 44 et passim ; Santarem, Essai sur l'hisloire de la cosmojraphie. .. Paris, 1839, 3 Vol. 8°, Vol. I, p. 257.
(425) Parmi les auteurs espagnols ou portugais du xvni» et du xix» siècle qui ont ajouté foi à 1 histoire, on peut citer : le P. Torrudia, chroniqueur ancien de l'ordre des Franciscains; Bernard de Estrada, auteur estimé dune histoire encore manuscrite des découvertes et conquêtes faites au Nouveau
à l'élucider. Seuls M. Cordeiro, alors président de la Société de Géographie de Lisbonne (426), et M. Duro, secrétaire perpétuel de l'Académie d'Histoire de Madrid (427), la sDumirent à un examen critique sérieux et apportèrent à la discussion des arguments et des faits nouveaux, qui, malheureusement, passèrent inaperçus.
IV. — Sans connaître Las Casas, la plupart des auteurs anglais, français et italiens rejettent l'histoire.
Ailleurs qu'en Espagne, on jugea les choses dans un tout autre esprit. Influencés par le livre du fils de Colomb, et par l'œuvre magistrale d'Herrera, qui pendant longtemps ont été les principaux, pour ne pas dire les seuls guides de tous ceux qui écrivirent sur Colomb, les auteurs français, italiens et anglais ou américains, ont considéré l'histoire du pilote comme Benzoni l'avait fait, et l'ont mise au nombre des calomnies auxquelles les grands hommes sont souvent en butte de la part des envieux. C'est
Monde ; le jésuite brésilien, Ayres de Cazal {Corografla, Brazilia) ; Abreu DE Lima, Memoria sobre as colonias de Portugal.
Dans les deux ouvrages suivants la question est traitée spécialement. CouTO (D. José Ferrer de), Colon y Alonso Sanchez. Madrid, 1857, 8=; Leal (Baldomero de Lorenzo y), Cristohal Colon y Alonso Sanches ù el primer descubrienlo del Xaevo Miindo, por el presbltero... Jerez, 1892, 8°. Ouvrage dont la principale utilité est de réunir un grand nombre de textes.
(426i ConoEmoi Lucien). — La part des Portugais dans la découverte de l'Amérique. Lisbonne et Paris, 1875, in-S". Travail érudit, le premier qui ait été fait sur la question. Le Cristoforo Colombo in Porlogallo de l'abbé Peragallo est presque entièrement consacré à la réfutation de cet ouvrage.
(427) Duro (Cesareo Fcrnandez). — La tradicion de Alonso Sanchez de Huelva (Boletin de la Real Academia de la IJistoria. Madrid, 1832, tome XXI, pp. 33- 65.) Etude critique très judicieuse. Le très érudit et très obligeant secrétaire perpétuel de l'Académie d"Iltstoire de Madrid s'est occupé plusieurs fois de celte tradition, notamment dans : Colon y la historia postuma... Madrid, 1833, in-S" ; dans Nehulosa de Colon. Madrid, 1890, 8° ; et dans Pinzon en el descuhrimiento de las Indias, Madrid, 189 2, in-8<-.
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dans ce sens qu'en ont parlé Roberlson, d'abord (428), Washington Irving, ensuite (429), Humboldt, après (430), puis Roselly de Lorgues (431), M. Harrisse (432), M. Gaftarel (433), sir Cléments R. Markham (434), Tarducci(43D), Ruge (43G), Haebler (437), et la plupart, sinon tous ceux qui, en deçà des Pyrénées, eurent l'occasion de traiter la question.
Les uns affirment que l'histoire n'a pour source que le récit d'Oviedo, copié par tous ceux qui Tout racontée après lui (438) ; les autres sont certains qu'elle est née de Ten-
(428) HisLory of America (1111). Note XVII au Vol. I. Édition française de 1828, Vol. 1, note 23.
(■429) A Ilislory of ihe lifeand voi/aç/es of Chrislopher Coliunhus, Londres, 1828, 4 vol. 8°, Vol. IV, appendice XVII.
(430) Examen critique. Paris, 1836-1839, 5 vol. 8°, Vol. I, p. 225; Vol. II, p. 155.
(431) Christophe Colomb... Vol. I, p. 17 ; Histoire posthume de Christophe Colomb... Paris, 1885, 8°, p. 83.
(432) Christophe Colomb... Vol. I, p. 106 et p. 297.
(433) Histoire de la découverte de V Amérique. ..Paris, \.S9-2, Vol. l,p. 49-52-
(434) Ce critique, le plus compétent assurément de ceux qui en Angleterre se sont occupés de Colomb, a parlé plusieurs fois de cette histoire : Dans une note à son édition anglaise de Garcilnso, Vol. I, pp. 24-26, où il se montre moins sceptique qu'il ne la été plus tard ; dans sa Life of Chrislopher Columhus, Londres, 1832, 8°, pp. 37-38 ; et dans la lettre qu'il a bien voulu mécrire : A letter from sir Cléments B. Markham, Londres, 1898, p. 31.
(435) Vita di Cristoforo Colombo. Milan, 1885,2 Vol. 8», Vol. I, pp. 80-85.
(436) Ruge appelle cette histoire « un conte de matelot » et la range parmi les fables « qui ne peuvent en imposer qu'aux esprits crédules ». {Die Echtheit des Toscanelli-Briefes in Zeitschrift der cjesellschaft fur Erdhunde, 1902, n" 6, p. 508.)
(437) Ce savant trouve l'histoire d'une fabrication si grossière qu'il s'étonne qu'on y ait cru si longtemps : Il is so clumsy a fabrication that it is surprisiny that it has been so long crediled. {.America, dans la History of Ihe icorld, de Helmolt, p. 319.)
(438) M Harrisse est le premier, croyons-nous, qui ait formulé ce jugement, que tant d'autres depuis ont copié : « C'est également dans VHistoria 4s; gênerai (Oviedo)qu3 se trouve pour la première fois le conte du pilote an- « dalou, portugais ou basque qui serait mort dans la maison de Colomb à « Madèi-e ou au Cap Vert, et lui aurait communiqué le secret de l'existence « des terres transatlantiques. Las Casas, Gomara et Garibay répètent cette
vie et de la jalousie et qu'elle était propagée par des gens sans aveu.
On a vu que c'est Benzoni qui le premier avança cette opinion. Washington Irving, pour qui Colomb était impeccable, n'a pas hésité à accepter cette manière de voir et lui a ainsi donné généralement cours (439). Après le célèbre historien américain, cette opinion devient monnaie courante et on la retrouve un peu partout. Humboldt nous parle de l'aventure comme d'un événement dont « les en- « nemis de la gloire de l'Italie s'efforçaient d'exagérer l'im- « portance » (440); et Roselly de Lorgnes n'y voit qu'une « ignoble calomnie... digne du vieux Ferdinand» (441); Tarducci, qui s'étend longuement sur l'histoire, et qui croit qu'elle vient d'Oviedo, qu'il accuse de malveillance pour Colomb, nous assure qu'elle a été inventée pour enlever à un Italien la gloire d'avoir découvert l'Amérique afin de l'attribuer à un Espagnol (442). Peragallo pense comme Tarducci (44.3) et Galfarel suit le même courant d'idées (444), auxquelles le très érudit géographe italien, Luigi Hugues, a donné la forme la plus nette et la plus
« légende en copiant presque mot à mot Oviedo, qui est évidemment leur « seule autorité. » (Cliristophe Colomb, Vol. I, p. 106.) Ailleurs, M. Harrisse mentionne encore la « fameuse histoire du pilote qu'Oviedo fut le premier à « raconter » et dit qu'il la donnj comme un « bavardage du vulgaire. » (Op. cit., p. 297.) « C'est Oviedo, — écrit M. Gaffarel, — qui le premier... raconta « dans son Histoire... » {Op. cit., Vol. 11, p- 51-52.) M. Tliacher répète : « He (Oviedo) narrâtes for the first time a siory of a pilote... »(Colombiis, Vol. 1, p. 326 ) Sir Cléments R. Markham fait de même : « Gomara... copying no doubt from Oviedo. » {A Letter from sir... Londres, 1903, p. 13.)
(439) Among the varions attempts to injure Colombus hy ihose who where envions of his famé, was one intended to destroy ail his merit as an original discoverer. (Op. cit.. Vol. IV, p. 197.) Suit l'histoire du pilote.
(440) Examen critique. Vol. II, p. 155.
(441) Christophe Colomb, Vol. I, p. 1", et Histoire posthume, p. 83.
(442) Vila, Vol. I, p. 80-85.
(443) Cristoforo Colombo in Poriugallo, Gênes, 1882, pp. 125-175.
(444) « Dépouiller un héros au profit d'un inconnu, il y avait là de quoi «satisfaire bien des envieux. » {Op. cit., Vol. 1, p. 53.)
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vigoureuse (445). Plus récemment, à propos de la campagne menée conlrc noire Toscanelli, plusieurs auteurs et desplus autorisés se sont exprimés dans le même sens (44C). Avec les seules informations qui étaient alors à la portée de tout le monde, ces auteurs étaient fondés à porter un tel jugement. Pour eux Thistoire n'avait d'autres sources que les témoignages contradictoires d'Oviedo et de Gomara, entre lesquels on ne pouvait hésiter. L'un venait d'un historien judicieux et généralement impartial, l'autre provenait d'un écrivain auquel ces qualités manquaient.
(445) « Que faut-il déduire de tout cela ? Rien autre chose, si ce n'est qu'en « l'année 1502, il circulait à Hispaniola l'histoire d'un pilote inconnu, lequel « on ne sait en quelle année aurait précédé Colomb dans la découverte des « Indes occidentales. Mais si l'histoire était véritable, pourquoi ne l'a-t-on
< pas connue plus tôt et même immédiatement après le premier voyage '?Au
< lieu de cela ce n'est que plusieurs années après que cette légende se produit « et on la voit prendre une consistance de plus en plus grande quand toutes « les trames ourdies contre Colomb étaient déjà tissées; quand l'envie causée « par la glorieuse entreprise accomplie par lui était arrivée à son comble: quand « on l'enchaînait avec ses frères Diego et Barthélémy, par ordre de Bova- « dilla et qu'on le conduisait ainsi en Espagne ; quand il écrivait de Cadix à « dona Juana de la Torre la lettre fameuse dans laquelle se reflète tout entier « l'état de son esprit dans l'année 1500, si triste pour lui; quand enfin, préci- « sèment dans les derniers jours de juin 1502, Ovando, nouveau gouverneur « de l'île Espagnole, lui refusait avec barbarie l'accès de cette île, que l'état « pitoyable d'une de ses caravelles, à moitié brisée, rendait nécessaire. C'est « en un mot dans l'histoire même du grand navigateur, connue de tous, qu'il « faut chercher l'origine de la légende du pilote inventée de toutes pièces « par ses ennemis. » La lettera di Paolo dal Pozzo Toscanelli... Casale Mont, 1902, pp. 39-31.
(446) Gallois m'a dit à cette occasion que « la malveillance des compagnons « de Colomb, leur hostilité qui s'est traduite par des faits bien connus, n'ex-
< plique que trop ces légendes haineuses •» (Toscanelli et Christophe Colomb, Extrait des Annales de Géographie, mars 1902, p. 110), et mon éminent adversaire, sir Cléments R, Markham, a bien voulu, à ce même propos, me donner l'assurance que l'histoire tout entière devait être écartée comme une fable malveillante : « The whole slory must be dismissed as an ill nature fable.» (A Letter from sir Cléments R. Markham, etc. Londres, Sands, 1903, p. 31.) Dans son Coliimbiis, il avait dit de l'histoire qu'elle avait été inventée pour obscurcir la gloire de Colomb. {Op. cit., p, 37.)
Quelle sanction pouvait donner à ce dernier témoignage celui des autres auteurs du temps, qui ne savaient rien par eux-mêmes et qui ne pouvaient être que l'écho de bruits dont la véritable source leur était inconnue ? Comment croire au récit circonstancié et si précis de Garcilaso, qui, bien qu'écrivant après les autres, sait ce qu'ils ont tous ignoré ? Comment tenir pour vraie une histoire qui paraissait si invraisemblable, dont les particularités étaient rapportées de diverses manières ; une histoire contre laquelle protestait un témoin aussi digne de foi qu'Oviedo et qui était en contradiction manifeste avec tout ce que l'on savait alors de la vie de Colomb ?
Dans ces conditions, on devait tout naturellement pencher pour cette conclusion que tous ceux qui avaient rapporté l'histoire après Oviedo n'en connaissaient que ce qu'ils lui empruntaient, que des gens sans aveu seuls y ajoutaient foi et qu'elle n'était pas croyable. C'est à cette opinion que s'arrêta le plus grand nombre de ceux auxquels leur compétence en ces matières donnait quelque autorité, mais qui n'avaient pas connu ou avaient négligé d'étudier la plus importante de nos sources d'informations sur cette tradition, celle dont nous allons maintenant parler-
Production du récit de Las Casas, qui regarde l'histoire comme vraisemblable.
La question semblait être jugée en dernier ressort, lorsqu'un document de la plus haute importance, le récit de Las Casas, qui avait passé inaperçu jusqu'alors, fut apporté au débat.
Ce document n'était pas nouveau et on avait eu maintes fois l'occasion de le connaître. Las Casas en avait recueilli les éléments à Haïti dès son arrivée dans cette île et il est probable que c'est vers 1527 qu'il le mit en
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écrit (447). Son llistoria de las Indias, dont il forme le chapitre XIV, ne fat publiée, il est vrai, qu'en 1875, mais dès l'année 1600 les érudits avaient obtenu communica-r tion de l'œuvre manuscrite, et les plus notables historiens de Colomb la connurent. Herrera lui fit des emprunts considérables; Muîioz en avait une copie ; Washington Irving eut à sa disposition celle que Ricli avait fait faire ; Prescotl, Bancroft et Helps en avaient chacun une et M. Harrisse compulsa le texte original lui-même. Cependant Herrera etMunoz passent entièrement sous silence l'aventure du pilote ainsi que les conséquences qu'on en tirait à l'époque, sur lesquelles Las Casas s'arrête longuement ; Washington Irving dit que ni lui ni Fernand Colomb n'en ont parlé (448) et M. Harrisse, ainsi qu'on l'a vu, le met au nombre de ceux qui n'ont fait que copier Oviedo. La publication de l'ouvrage ne changea rien aux choses ; la conviction que l'histoire de ce pilole n'avait été inventée que pour faire tort à Colomb était si profondément
(447) Las Casas dit qu'il commença son livre en 1327 et nous savons qu'il en écrivit une partie à Tile Espagnole, où il arriva pour la première fois en 1502 avec Ovando. C'est lui-même qui dit qu'il apprit l'histoire dans les premiers temps de son séjour dans cette île. « Je veux écrire ici ce que l'on disait « et l'on croyait communément à cette époque (comunmente en aquellos « tiempos se decia y creia) et ce que j'ai pu obtenir moi-même à ce sujet, « me trouvant là à un moment très rapproché de ces premiers temps... Parmi « nous, qui à celte époque nous trouvions là, et qui étions venus au commen- « cément, il était fréquent, comme je l'ai dit, d'en parler [de cette histoire] et « de s'en entretenir comme d'une chose certaine » ; Tractarlo y platicarlo como por cosa cierta. {llistoria, Vol. I, p. 103.)
(448) « Las Casas, Fernando, the son of the admirai and... are ail silent ta « this report. » {A Hislory of the Life and voyages of Chrislopher Colnmbus. London, 182S, Vol. IV, appendice XI, p. 198-199.) En ce qui concerne Las Casas, cette assertion du célèbre historien est d'autant plus extraordinaire que son livre est en très grande partie basé sur l'œuvre de Tévêque de Chiapas dont il avait une copie manuscrite. Son assertion n'est pas plus exacte en ce qui concerne Fernand Colomb qui, ainsi qu'on l'a vu, relève la mention qu'Oviedo avait faite de l'histoire. Irving connaissait cependant les Historié, qu'il cite fréquemment.
ancrée dans les esprits qu'on tint pour acquis que Las Casas ne pouvait que l'avoir écartée.
• La révélation qu'il en était tout autrement et que l'apôtre des Indes, que Ton doit considérer comme le véritable historiographe de Colomb, avait rapporté l'histoire tout au long (449), obligeait à la considérer bien autrement qu'on ne l'avait fait jusqu'alors, puisque son témoignage remettait en question les faits mêmes sur lesquels on s'était appuyé pour en nier raulhenticilé. Il établit en effet que, contrairement à ce qu'on avait pu penser, Oviedo n'était pas le premier qui connut l'histoire, qu'elle était généralement répandue de son temps et que ceux qui Tont mentionnée après lui n'ont pas eu besoin de la lui emprunter; qu'elle n'a pas l'origine vulgaire que ce chroniqueur lui attribue (450), que ce ne sont pas non plus des ennemis ou des envieux de Colomb qui en parlaient (451), puisque
(449) La constatation que Las Casas avait raconté rhistoirc tout au lon^^ a été faite, je crois, pour la première fois par le capitaine Duro dans son mémoire précité sur la Tradicion de Alonso Sanchez: mais elle était passée inaperçue, bien que M. Travers eût donné, en français, un résumé étendu des vues du critique espagnol : Alonso Sanchez de Iluelva. Paris, Picard, 1892, 8°.
Nous avons refait celte démonstration dans notre Toscanelli, en Tappuyant sur des extraits de Las Casas qui auraient dû la rendre indisculalile.
(450) Las Casas dit que l'histoire se répétait « non seulement parmi ceux « qui étaient venus avec l'amiral lui-même lors du premier voyage pour s'y « établir [à Haïti], au nombre desquels il y en avait quelques-uns qui l'avaient « aidé c\ découvrir l'ile, mais encore parmi ceux qui peu de temps après vin- « rent y habiter ». {Uisloria, Liv. I, ch. XIV, Vol. I, p. 103.)
(451) Las Casas ne dit pas un mot indiquant que ceux qui contaient l'hîstoire, et de qui lui-même la tenait, fussent des gens animés de mauvais sentiments pour Colomb. C'est une observation qu'il n'aurait pas manqué de faire s'il y avait eu quelque raison pour cela. Gomara lui-même, qui donne l'histoire pour véritable et qu'on a mis à tort parmi les ennemis de Colomb, ne lui a pas adressé des critiques aussi vives que celles d'Oviedo et de Las Casas. Il dit que, si sa découverte ne lui avait pas été suggérée son mérite aurait été plus grand, mais il ajoute qu'il a fait néanmoins une grande chose, que son nom ne sera jamais oublié et que l'Espagne lui sera toujours reconnaissante. (La Hisloria, ch, XXV, fol. 32, recto.) Le dernier dos quatre