‹ Histoire critique de la grande enterprise de Christophe Colomb, comment il aurait conçu et formé son projet, sa présentation a différentes cours, son acceptation finale, sa mise a exécution, - son véritable caractèreChapitre 63 sur 127 · TOSCANELLI, INITIATEUR DE LA DÉCOUVERTE DU NOUVEAU MONDE · texte numérisé non relu

TOSCANELLI, INITIATEUR DE LA DÉCOUVERTE DU NOUVEAU MONDE

Jusqu'à présent, nous avons pu suivre strictement la méthode qui s'impose dans les recherches historiques : bien établir les faits d'abord, et en tirer ensuite les conséquences légitimes. L'application rigoureuse de cette règle a conduit à cette constatation, à laquelle on ne s'attendait guère, qu'en ce qui concerne le caractère et le but de la grande entreprise de 1492, les informations obtenues des sources colombiennes sont en contradiction avec toutes cslles que l'on peut recueillir par d'autres voies.

On a vu, en effet, qu'il résulte de l'enquête, rendue nécessaire par la constatation de ce fait extraordinaire, que cette fameuse entreprise avait eu pour objet, non le passage aux Indes en traversant l'espace maritime s'étendant à l'ouest, mais la découverte de nouvelles îles, sur lesquelles Colomb avait obtenu des indications, et que les pièces, publiées sous le nom de Toscanelli, qui prouveraient que les choses se sont passées comme le rapporte la tradition colombienne, ne viennent pas de ce savant. Mais on a vu aussi que celle constatation, qui change complètement le caractère que l'on était en droit d'attribuer à l'œuvre de Colomb, n'épuise pas la tâche de la critique et qu'il reste encore à donner l'explication des faits ainsi établis. Elle doit rnonlrer comment cette incroyable légende de Colomb cherchant une nouvelle route pour aller aux Indes, contre laquelle s'élève tant de faits avérés, a pu se former, s'accréditer et entrer dans l'histoire; et il lui incombe de dire comment il se fait que les biographes autorisés de l'heureux navigateur, les dépositaires de ses papiers, les interprètes de sa pensée, les défenseurs de sa mé moire, ont été amenés à produire des pièces aussi extraordinaires que celles que l'on dit venir de Toscanelli, dont l'existence n'était même pas soupçonnée, dont l'authenticité ne peut être

établie, et qui, si elles étaient authentiques, enlèveraient à celui même dont ils sont les panégyristes, le mérite auquel il tenait par-dessus tout, qui est d'avoir seul conçu le plan de l'entreprise qu'il a mise à exécution.

C'est à ces questions que nous allons essayer de répondre dans ces deux dernières Études. Mais, en entreprenant de le faire nous ne pourrons pas toujours nous appuyer sur des faits positifs et bien avérés; il nous faudra quelquefois entrer dans la voie des hypothèses qui ouvre de larges perspectives et qui souvent laisse voir des vérités cachées, mais qui n'est pas toujours sûre. Ici, en effet, il ne s'agit plus seulement de montrer que les faits dont se compose la vie de Colomb ont été mal connus ou complètement ignorés; il faudra les concilier entre eux et chercher leur signification en montrant les conséquences qu'ils comportent. Il nous arrivera ainsi d'abandonner parfois le terrain de la critique pure pour entrer dans le champ des conjectures, ce qui est souvent dangereux; mais c'est une nécessité de l'histoire. Les faits en eux-mêmes ne sont rien; ce sont des lettres mortes, tant qu'une explication ou une interprétation ne leur a pas donné la vie.

Nous espérons que celles que nous proposerons confirmeront les propositions précédemment formulées et expliqueront les points restés encore obscurs.

Nos sources d'informations sur les faits embrassés dans cette V« Étude sont, pour la plupart, celles déjà indiquées aux Études précédentes. Les auteurs contemporains qui ont parlé de la découverte de Colomb sont assez nombreux; mais nous ne leur empruntons que quelques lignes et ce que nous en disons aux notes suffit. Les documents sur lesquels il convient de s'arrêter ici sont ceux énumérés ci-après.

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