‹ Histoire critique de la grande enterprise de Christophe Colomb, comment il aurait conçu et formé son projet, sa présentation a différentes cours, son acceptation finale, sa mise a exécution, - son véritable caractèreChapitre 64 sur 127 · COLOMB. — Lettre à Santangel, contrôleur général · texte numérisé non relu

COLOMB. — Lettre à Santangel, contrôleur général

Archives royales de Simancas ; liasse Despacho y correspondencia gênerai interior de Estado al numéro 1. Quatre feuillets in-folio. Aucun titre; commence par le mot Senor. Pas d'alinéa ; date : 15 février, à la hauteur des Canaries [ou de Santa-Maria]. P. S. daté de Lisbonne, 14 [ou 4 mars] 1493. Note de l'archiviste du temps portant que Colomb envoya cette lettre à VEscribano de Racion avec une autre pour Leurs AUeses. Reproduction par Navarrete, Viacfes, Vol. I, pp. 167-175, d'après une copie authentique faite

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en 1818, sur Vorig'mal— El docuinenlo original — déclare l'Archiviste de Simancas, Thomas Gonzalez, déclaration confirmée à deux reprises différentes par Navarrete (pp. 174 et 175). Navarrete constate que certaines parties du document, les indications numériques notamment, se lisent difficilement. Pour la date du P. S. il a lu 4 mars. Bergenroth qui a copié le même document a lu 14. (Calender of Spanish papers, Vol. I, n» 80.) Le copiste de la pièce mentionnée ci-après a également lu 14. Il n'y a aucune reproduction pliotographique de cet important document, mais il en existe une autre copie authentique faite en 1840 par les soins du conservateur des Archives de Simancas, Don Ililario de Ayala y Ayala,en vue de conserver la pièce, dont il constate l'état de détérioration. Cette copie, faite ligne pour ligne, et qui contient des observations marginales sur les passages devenus difficilement lisibles, appartient également aux Archives de Simancas. Elle a été exposée à Madrid, en 1892, à côté du document dit el original et nous en avons fait faire une photographie, ce qu'il a été impossible d'obtenir pour l'autre, en raison du mauvais état de conservation dans lequel il était alors. Nous n'avons pu nous assurer s'il existe en» core et où il se trouve.

L'authenticité de ce document est établie par la note administrative, officielle on peut dire, indiquant sa destination et par la place qui lui est assignée dans les archives royales. Le fait mentionné par cette note, que la lettre envoyée par Colomb était accompagnée par une autre destinée aux souverains, se concilie avec l'assertion de Fernand Colomb et de Las Casas, que Colomb les avisa de sa découverte aussitôt après son arrivée. On comprend qu'ayant à leur faire parvenir une communication comme celle-là, il l'ait confiée au haut fonctionnaire qui remplissait auprès d'eux une charge importante, et qui avait si grandement contribué au succès de son entreprise. Il était tout naturel qu'il procédât ainsi, et il n'était pas nécessaire, dans ce cas, de nommer celui qui remplissait alors cette charge. C'était au fonctionnaire et non à l'homme qu'il s'adressait.

Malgré l'opinion des archivistes Gonzalez et Ayala, opinion confirmée par Navarrete et par les auteurs de la Bihliografia Colomhina, publiée par les soins du gouvernement espagnol en 1892, p. 195, les critiques sont à peu près tous d'accord pour se refuser à voir dans le manuscrit de Simancas un document original. Si on entend par là que ce manuscrit n'est pas de la main de Colomb, cela ne peut guère faire l'objet d'un doute, et il est vraisemblable que les archivistes et bibliographes espagnols n'ont pas prétendu dire cela. Mais s'ils ont simplement voulu dire que le document de Simancas est une copie authentique, faite sur la lettre même envoyée par Colomb, nous ne voyons aucune raison pour écarter cette manière de voir, bien que cette copie puisse être incorrecte sur quelques points,

comme le sont toutes celles qui n'ont pas été obtenues par des procédés mécaniques. On ne saurait, en tout cas, lui préférer aucun des autres textes espagnols que nous possédons aujourd'hui.

Ces textes sont, comme on le sait, les deux suivants :

P Celui de l'édition in-folio, imprimée vraisemblablement à Barcelone, en 14.)3, dans l'olficine du P. Pedro Posa. (Haebler, Der deutsche Kolumhushrief.) Découverte en 1889 par Maisonneuve et publiée en fac-similé par cet éditeur d'abord, puis par Ouaritch qui en avait fait l'acquisition, la lettre, d'après cette édition, est destinée, comme dans le manuscrit de Simancas, à VEscribano de Racion et n'a aucun titre ; elle commence aussi par le mot Sei'ior.

'2° Celui de l'édition in-4° de l'Ambrosienne de Milan, que le baron Pietro Custodi fit connaître en 1852 et qui fut publié d'abord en 1863, puis par le marquis d'Adda, qui en donna en 1866 une édition figurée, et en dernier lieu par Thacher, qui le reproduisit en fac-similé dans son Columhus. Ce texte, qui aurait été imprimé à l'époque même, à Lisbonne, selon Pasqual de Gayangos, à Naples, d'après Ouaritch, à Séville selon Aseusio,et à Barcelone, suivant Varnhagen et Harrisse, ne date, en réalité, que de l'année 1497 et est sorti des presses de Pietro Giraldi. imprimeur italien établi alors à Valladolid. (Haebler, Der deuslcheKolumhusbrief,p.9,elDequelques incunables... ppAD-20.) Comme dans le manuscrit de Simancas et dans l'édition in-folio, le destinataire de la lettre, qui n'a aucun titre, est VEscribano de Bacion.

Nous passons sous silence le texte d'Ellis dont il n'y a pas à tenir compte, puisqu'il est faux. (Londres, 18S9J.

Pour les raisons suivantes, sans parler de plusieurs autres, ni l'un ni l'autre de ces deux textes ne peut avoir la priorité sur celui de Simancas : l'in-folio, parce qu'il contient nombre de cata lanisraes que Colomb n'a pu commettre et dont le texte de Simancas est exempt; l'in-quarto, parce qu'il est manifestement la reproduction, avec quelques changements, de l'in-folio.

Est-ce à dire que le texte de Simancas est une reproduction fidèle de celui de Colomb même? Diverses raisons nous feraient hésiter à reconnaître ce caractère à cette pièce. Nous n'en mentionnerons que deux. La première porte sur la date. Dans le texte de Simancas, comme dans celui des deux éditions in-folio et in-quarto, la lettre est datée des îles Canaries, 15 février. Or, à cette date Colomb n'était pas dans le voisinage des Canaries, mais au large des Açores. On a cherché à expliquer cette date en disant que Colomb a pu croire qu'il était réellement aux îles qu'indique sa lettre; mais il suffit de lire son Journal pour voir que tel n'était pas le cas. Colomb n'a jamais cru qu'il était près des Canaries ; il savait parfaitement, au contraire, que l'île qu'il

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avail en vue le 15 fcvriei* cLait l'une des Açores, et le IS, quand il y aborda, il apprit que c'était celle appelée Santa-Maria. (Voyez le Journal à ces différentes dates.) H semble donc impossible que Colomb ait donné à sa lettre la date qu'elle porte dans le texte du maauscrit de Simancas et dans ceux qui ont été imprimés à l'époque. Nous ne trouvons à cette singulière méprise, qui est manifeste, que deux explications valables. Ou Colomb a réellement commis la grande erreur de croire que le 15 il avait devant lui l'une des Canaries, et a arrangé son Journal, après coup, de façon à ne pas laisser voir qu'il s'était trompé aussi grossièrement, ou sa lettre originale portait la date du 18. que le premier copiste aura mal lue, ainsi que le nom de Santa-Maria qui a pu être pris pour Canaria. Cette ingénieuse supposition, qui nous vient de M. Justo Zaragoza, secrétaire général du IX» Congrès des Américanistes et que sir Cléments Markham a également faite {Columhus, p. I3lj, trouve une certaine confirmation dans le texte de Valence, qui seul porte la date de Sanla-Maria, 18 février. Si nous étions certains de l'authenticité de ce texte, la question serait tranchée; malheureusement il n'en est pas ainsi. Cependant, il faut dire qu'on ne voit pas où le copiste de ce manuscrit a pris celte date, puisque de son temps le Journal de Colomb, où il aurait pu la trouver, n'était pas connu. La supposition que le texte original de Colomb, aujourd'hui perdu ou inaccessible, aurait été mal lu par celui qui le copia pour les Archives de Simancas n'a donc rien d'invraisemblable. Ce serait, dans ce cas, sur cette copie défectueuse qu'aurait été imprimée l'édition in-folio, type de celle in-quarto et source également, comme on le verra plus loin, des différentes éditions latines.

L'autre objection (|ue nous avions en vue est la date du P. S. : Lisbonne, 14 mars. A cette date Colomb n'était plus depuis vingtquatre heures dans les eaux du Tage, qu'il avait quittées la veille. D'un autre côté, nous savons par Colomb lui-même que c'est le 4 mars qu'il entra dans le port de Lisbonne et on voit parla teneur du P. S. qu'il a été rédigé ce jour là. La véritable date de ce P. S. ne peut donc être que celle du 4, et l'erreur s'explique par la remarque de Navarrete que, dans le texte original, cette date est écrite d'une manière confuse. (Viaçfes, Vol. I, p. 175.) Ici encore le premier copiste aura mal lu. Navarrete et JM. de Lollis ont lu : 4 mars.

Quoi qu'il en soit, nous estimons que le texte du manuscrit de Simancas est celui qui se rapproche le plus du document original envoyé par Colomb à ïEscrihano de Racion.

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