‹ Histoire critique de la grande enterprise de Christophe Colomb, comment il aurait conçu et formé son projet, sa présentation a différentes cours, son acceptation finale, sa mise a exécution, - son véritable caractèreChapitre 68 sur 127 · LA LEGENDE DE COLOMB CHERCHANT LES INDES PAR L OUEST · texte numérisé non relu

LA LEGENDE DE COLOMB CHERCHANT LES INDES PAR L OUEST

I. — Les assertions du Journal de bord sur le dessein de Colomb.

La légende de Colomb à la recherche des Indes en prenant par l'ouest ne s'est pas formée tout d'une pièce et, avec quelque attention, on peut suivre les différentes phases par lesquelles elle est passée. A ne s'en rapporter qu'aux documents et à les prendre par ordre de date, on la voit apparaître pour la première fois dans le Journal rendant compte de la grande découverte. Si Colomb a avancé antérieurement que c'est aux Indes qu'il voulait aller et qu'il n'avait pas d'autre dessein, le fait n'a laissé aucune trace. C'est donc dans ce même Journal de bord, où nous avons relevé tant de particularités démontrant que l'objet du voyage était la recherche de certaines îles ou terres, sur lesquelles on avait des indications, que nous allons maintenant relever des assertions qui contredisent formellement les inférences que les faits semblent clairement justifier.

Jusqu'à présent, on l'a vu, il n'a rien été dit des Indes. Colomb a conduit toutes ses négociations, tant avec le roi de Portugal qu'avec les souverains de Castille, sans prononcer, que nous sachions, le nom de cette région ; il a organisé son expédition et mis à la voile sans en parler, et une grande partie du voyage s'est faite, non seulement sans qu'il ait été question d'y aller, mais dans des condi-

lions qui indiquent qu'on ne pensait pas à cela. Cependant, on va maintenant voir Colomb s'inscrire en faux contre son propre Journal en affirmant que la destination de l'expédition est les Indes, que c'est là que les Rois Catholiques l'envoient et qu'il n'a d'autre souci que d'y arriver.

Ces singulières assertions, — singulières en raison de ce qui est constaté dans d'autres passages de ce Journal, et que Colomb avance ici pour la première fois, — se trouvent dans deux parties différentes et bien distinctes de ce document: dans le corps du Journal même, indiquant jour par jour les diverses particularités du voyage, et dans une lettre adressée aux Rois Catholiques, qui en forme rintroduction ou le prologue. Chose remarquable, dans le Journal même, c'est incidemment que Colomb fait cette importante déclaration, inattendue dans les circonstances connues, que son objectif était les Indes, et c'est seulement le 19 septembre, quarante-huit jours après son départ de Palos, qu'il la fait. Sa flottille se croyait alors dans le voisinage de quelques îles qu'on ne trouvait pas et Colomb nous dit qu'il ne voulut pas s'arrêter à les chercher parce que sa volonté était de poursuivre sa route jusqu'aux Indes (1). C'est la première fois que cette expression figure dans le Journal de Bord.

Le 3 octobre, parlant de ces mêmes îles qui étaient marquées sur sa carte et sur lesquelles il avait des données, mais qu'on n'apercevait pas, Colomb répète qu'il n'a pas voulu s'attarder à les chercher parce que « son but était « de se rendre aux Indes » (2). Le 10, il répond à ses gens qui se plaignaient de la longueur de la route, qu'il était venu dans ces mers « pour se rendre aux Indes et qu'il « entendait poursuivre son voyage jusqu'à ce qu'il les eût

(1) Porque su voluntad era, de seguir adelante hasta las Indias. {Primer Viage, 19 de setiembre, Navarrete, Viages, I, p. 11.)

(2) Pues su fin era pasar a las Indias. {Op. cit., 3 de oclubrc, p. 16.)

« trouvées » (3). A partir de ce moment, il ne parle plus d'aller aux Indes parce qu'il croit y être arrivé. Le 13, il exprime l'intention de pousser jusqu'à Cypangu, le 21 il projette de se rendre auprès du Grand Khan, et s'il ne tente pas de le faire c'est que diverses circonstances l'en empêchèrent.

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