VIII. — Témoignage de Bernaldez
Bernaldez, qui, le premier, recueillit des renseignements sur Colomb, obtenus de Colomb même, avec lequel il s'entretint dès son retour des Indes, où il disait être allé, et qui lui donna des indications sur les sources de son projet, en parle à peu près comme Estanques et comme Aspa.
C'est la connaissance de la sphéricité de la terre, nous dit-il, qui persuada Colomb que, quelque direction qu^on prît, < on ne pouvait manquer de trouver la terre (89) », Convaincu de cette vérité, il vint l'exposer aux Rois Calho-
(88)iYo lo descuhriô del lodo eZ secrelo como el lo sahia y lo ténia por memoria, escrilo,sa.lvo dandole de lexos alyuna nollcia, y razones como se sabia, que avia cierlas tierras ygnolas y no conoçiudas lan quales halladas seviam de mucho provecho si fuesen avidas e sojuzgadas e por que avia en ellas macho oro... que a las partes occidentales avia ynfinilas yslas y que las hallaria si fuese ayudado de naos e gente y las cosas neçesarias. (Aspa, Relacion de los dos prinieros viages... Manuscrit de la Real Academia de la Historia de Madrid, fol. 1. Voyez ci-dessus IV" Étude, Sources, n» 6.)
(89) ... Por cualquier parle del mar Oceano,andando y travesando no so podia errar tierra... (Bernaldez. iîeyes catolicos, Vol. I, ch. CXVIII, p. 358.)
liques, auxquels il assura « qu'il était certain de ce qu'il « disait (90) », et leur inspira ainsi le désir de connaître les terres dont il parlait — de aquellas tierras (91). Ils s'informèrent alors auprès de ceux qui étaient renseignés en ces matières, et leur opinion ayant été que Colomb disait la vérité, ils lui donnèrent des navires et l'envoyèrent à la découverte.
« Ils partirent de Palos et s'avancèrent toujours vers « l'Occident, là où tous les marins croyaient qu'il était « impossible de trouver une terre. Bien des fois les rois « de Portugal avaient envoyé dans cette direction pour « faire des découvertes, car l'opinion de beaucoup de gens « était que, par cette voie, on devait rencontrer des terres « très riches en or, mais jamais on ne put rien découvrir... « Pour la bonne fortune du Roi et de la Reine, Dieu voulut « que, dans leurs jours, elles fassent trouvées et découver- « tes (92). La terre susdite ayant été découverte par le dit « Christophe Colomb, il revint en Castille et arriva à « Palos (93). »
Passant ensuite au second voyage de Colomb, Bernaldez raconte les efforts qu'il fit pour se rapprocher de Cathay et des extrémités de l'Asie et dit que sa croyance, à lui Bernaldez, est « qu'en faisant mille et deux cents autres « lieues... on n'y arriverait pas... Je le lui dis et donnai à
(90) y dijo ser cierlo lo que les decia, (Ihid.).
(91) Ibid.
(92) ... Por donde todos los marinas creian ser imposihle hallar iierra, y miichas veces los reyes de Portugal enviaron por aquella via â descubrir tierras, pues la opinion de muchos era que por aquella via se habian de hallar tierras muy ricas de oro,y nunca pudieron fallar ni descubrir lierra alguna, siempre se volvian con el trabajo perdido ; y la buena venlura del Rey y de la Reina, y su merecer, quiso Dios que en sus dias y tiempos se hallasen y descubrisen. {Op. cit.. Vol.. I, p. 359.)
(93j Descubierla la tierra susodicha por el dicho Crislobal Colon, se viao à Castillane llerjô à Palos. {Op. cit., Vol. I, pp. 368-3G9.)
« entendre, ajoute-t-il, quand il vint en Gastillc la pre- « mière fois (94) ».
Ainsi, après avoir causé avec Colomb, Bernaldez ne crut pas qu'il avait été aux Indes, et entreprit môme de lui démontrer que cela était impraticable, bien qu'il sût que la rotondité de la terre rendait la chose théoriquement possible. Il faut aussi remarquer que, dans cette conversation avec Colomb, qui eut lieu chez Bernaldez même, en présence de Fonseca, et qui fut très sérieuse, puisque c'est là que Colomb donna les indications, ainsi que les documents sur lesquels le curé de los Palacios rédigea les chapitres de son livre relatifs à la découverte du Nouveau Monde, il n'a été question ni de la route des Indes, ni de Tordre du roi Ferdinand d'aller faire connaître l'Occident à l'Orient. Le récit de Bernaldez indique d'ailleurs très clairement qu'il ne s'agissait, lorsque l'expédition de 1492 fut organisée, que de la découverte de terres que Ton disait exister à l'Occident et que les Portugais avaient vainement cherchées.
Tout ce que dit ce véridique et consciencieux chroniqueur apporte donc une confirmation de plus à la supposition que c'est seulement après être arrivé aux Antilles que Colomb s'imagina qu'il se trouvait aux Indes et que ce n'était pas à y aller qu'il s'était engagé.