‹ Histoire critique de la grande enterprise de Christophe Colomb, comment il aurait conçu et formé son projet, sa présentation a différentes cours, son acceptation finale, sa mise a exécution, - son véritable caractèreChapitre 96 sur 127 · I. — La lettre de Miintzer au roi Joao, 11 juillet · texte numérisé non relu

I. — La lettre de Miintzer au roi Joao, 11 juillet

A l'époque où Behaim se rendit à Nuremberg pour recueillir la succession de sa mère, c'est-à-dire en 1491, il y connut deux savants avec lesquels il paraît avoir contracté des liens d'une véritable amitié. L\in est Hartmann Schedel, Fauteur de la fameuse Chronique de Nuremberg; l'autre, le D' Hieronymus Miintzer, qui était un érudit jouissant d'une certaine notoriété.

Scliedel, de beaucoup plus âgé que Behaim — il était né en 1440 — avait déjà commencé sa Chronique, œuvre de longue haleine, quand il connut notre cosmographe, dont il encouragea le grand travail, auquel, vraisemblablement, il collabora, tant par sa plume que par la communication des nombreuses sources d'information que contenait sa riche bibliothèque. Behaim, de son côlé, lui donna une note sur le voyage qu'il aurait fait aux côtes d'Afrique avec Diogo Cam, et Schedel l'inséra, ou consentit à ce qu'on l'insérât dans sa Chronique (49).

L'autre savant, Miintzer ou Monetarius (50), est moins

(49) Ce passage se trouve -à la page CCXG verso. Chose curieuse, il ne se trouve pas dans le corps du manuscrit original de la chronique écrit par Schedel ; il y a été ajouté après coup. Voyez les Sources n° 12.

(50) Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'orthographe du nom de ce personnage. Les uns l'appellent Munzmeister, les autres Miintzer, Duns sa fornie

bien connu. On sait qu'il mourut en 1508; mais on ignore la date de sa naissance; bien qu'on sache qu'il vit le jour à Feldkirch dans le Tj^rol. Il avait étudié à Pavie et dès Tannée 1478 il exerçait la médecine à Nuremberg où il se lia avec Schedel. Celui-ci ayant résolu d'insérer dans sa Chronique une partie d'un ouvrage de Pie II (^neas Sylvius), chargea Miintzer de reviser ce travail pour le mettre à point, ce qu'il paraît avoir fait avec beaucoup de soin (51).

Les érudits qui se sont occupés récemment de Mûntzer et de Schedel, Stauber,dans sa monographie sur la bibliothèque de ce dernier, et Grauert dans son appendice à cette monographie (52), sont disposés à croire que Mûntzer collabora aussi au globe de Behaim, et cela semble assez probable, étant donné ses étroites relations avec Schedel, qui s'intéressait à ce travail, et avec Behaim lui-même, qui ne paraît pas avoir eu une érudition assez grande pour trouver seul tous les matériaux nécessaires à une œuvre aussi considérable. C'est, en tous cas, peu de temps après l'achèvement du globe et au moment même où la Chronique allait paraître, — elle fut terminée le 12 juin 1493, — que nous voyons Miintzer et Behaim s'occuper d'un projet de passage aux Indes par l'ouest, qui a une grande importance pour l'histoire des origines de cette idée et de son influence sur la découverte de l'Amérique.

L'existence de ce projet nous a été révélée par un document qu'on n'a connu que de nos jours, bien qu'il fût imprimé dès la fin du xv' siècle, ou tout au moins au

latine le nom devient Monetarius ou Montanus. Kuntsman, Stauber et Grauert écrivent Mûnzer. Ravenstein s'en tient à la première orthographe : Miintzer.

(51) Nous avons une lettre de Mimtzer à Schedel où il lui rend compte de son travail. Cette lettre est datée du 15 juillet 1493 ; elle a été publiée par Kuntsman. (Ilierony mus Mûnzer' s Bericht ûber die Entdeckung der Guinea. Dans Aus den abhandlungen... Munich, 1884, 4°, pp. 6-7, note.)

(52) Op. cit., p. 309.

commencement du xvi% et qui mérite toute notre attention. C'est une lettre que Miintzer adressa au roi Joâo II de Portugal pour l'engager à entreprendre la découverte du passage d'Europe en Asie en naviguant à l'ouest (53). Elle est datée de Nuremberg, 14 juillet 1493 ; en voici la substance.

Miintzer commence par rappeler au roi les découvertes qu'il a faites, ainsi que les entreprises maritimes qu'il a favorisées, et lui dit, qu'en raison de toutes ces choses, le roi des Romains, Maximilien, le convie « à chercher le « très riche pays oriental de Cathay ». Développant celte proposition, Miintzer cite Aristote, Sénèque et d'Ailly, qui ont reconnu, avec bien d'autres savants, que « l'Orient « est assez voisin de la fin de l'Occident habitable », ainsi que le prouvent les éléphants qui sont nombreux dans les deux régions, et les roseaux que la tempête chasse des extrémités de l'Orient aux plages des îles des Açores. De ces faits, et de nombreuses autres raisons tout aussi valables, selon Miintzer, on doit conclure, presque avec certitude, que la mer Océane « peut être naviguée en peu de «jours jusque vers le Cathay oriental ».Ilne faut s'en rapporter, remarque-t-il, ni à Alfragan qui a dit qu'un quart seulement de la terre est au-dessus de l'eau, car c'est le contraire qui est vrai, ni à ceux qui prétendent que la région équinoxiale n^est pas habitable, car le roi sait par expérience que tel n'est pas le cas.

Le roi n'a donc pas de raison pour se refuser à faire connaître l'Orient habitable à l'Occident. Cette entreprise, qu'il a les moyens de faire exécuter, assurerait de grands profits à son commerce et rendrait les îles de l'Orient ses tributaires. Il peut la confier au seigneur Martin de Bohême, « spécialement envoyé par le roi Maximilien, pour faire

(53) Sur les textes que nous avons de cette lettre voyez les Sources n" 13. Nous la donnons aux pièces justificatives, avec une traduction française.

ViGXAUD. iXouvelles Éludes. II 29

« cela », ainsi qu'à bien d'autres marins que rien ne rebuterait. Il se doit à cette grande œuvre, qui assurerait l'immortalité à lui et à ceux qui Texécuteraient.

Il résulte de ce document, qui est daté comme nous l'avons dit du 14 juillet 1493, que quatre mois après le retour de Colomb à Palos, où il arriva le 15 mars 1492, Behaim et Mûntzer proposaient aux Portugais de faire exactement ce qu'on assure que Toscanelli avait suggéré de faire à ces mêmes Portugais quelques années auparavant, et ce que l'aventurier génois, devenu amiral et viceroi, croyait avoir fait et disait avoir toujours voulu faire.

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