‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inédits (volume 2)Chapitre 162 sur 325 · Floquet,^/«rf'«..., II · texte numérisé non relu

Floquet,^/«rf'«..., II

Carmélites de la rue du Bouloi, où Leurs Majestés entendirent Vêpres, et la prédication de l'abbé Bossuet, dont elles furent très satisfaites. »

Le sermon est l'unique que nous ayons pour le dimanclie dans r Octave de Noël, qui tombait cette année le 30 décembre. M. Floquet {^) déclare n'avoir pu savoir autre chose du sermon que ce qu'en dit la Gazette. C'est qu'il l'avait assigné par erreur à l'époque de Metz (2). Il n'aurait eu garde de le faire, s'il avait tenu compte de l'orthographe du manuscrit. Cet autographe est absolument identique à celui de la Circoncision 1664, écrit le lendemain ou le surlendemain, et ressemble également à un panégyrique prononcé au commencement de cette année, celui de saijit Snlpice.

Veut-on des preuves d'une autre nature .'' Quand l'auteur écrit : Mes sœurs, mes très chères sœurs, ou : âmes saintes (3), à qui songe-t-il, sinon aux pieuses Carmélites .■' S'il ajoute : messieurs {^) (dans une variante inédite), cela désigne-t-il l'auditoire de Metz, ou celui de Paris ?

Ces appellations se rencontrent dans les deux exordes, la seule partie du discours qui ait été rédigée, à proprement parler. Le reste ne consiste qu'en quelques pensées, notées à la hâte, et dont le tour elliptique, comme dans certaines pages de Pascal, semble encore ajoutera la profondeur et à l'éclat. Tel est le début : « JÉSUS ne doit pas dégénérer de sa haute et admirable bassesse. Si de la honte de ce qu'il se cache, plus de ce qu'il se découvre. De pauvres bergers. C'est à eux auxquels il envoie ses anges. Mon Sauveur, cachez-vous plutôt ! )>

Or, même dans cette ébauche rapide, il est possible de reconnaître l'auditoire que l'orateur a en vue. Il ne s'adressera pas aux seules religieuses : il aura aussi des enseignements

I. Études..., II, 295. — 2. Études..., I, 446. — 3. Voy. des passages raturés.

4. « Je me propose, messieurs, de vous représenter comme an raccourci les circonstances particulières de l'histoire de ce Dieu enfant, avec leurs secrets rapports à l'œuvre de la Rédemption de notre nature, .\insi mon dessein n'est pas aujourd'hui de vous parler simplement de la naissance.... » Var. négligée par les éditeurs.

pour les puissances. Voici les conditions auxquelles, après les pauvres, elles seront reçues à leur tour dans le royaume de Dieu :

« Trois conditions : offrir son or à JÉSUS, ses richesses à ses membres ; son encens, lui rendre hommage de sa grandeur ; sa myrrhe, lui présenter au milieu des pompes du monde le souvenir de sa mort, la mémoire de sa sépulture : grand et agréable sacrifice de la main des grands ! »

Anne d'Autriche, atteinte d'un cancer, voyait, comme Bossuet le dira un jour, la mort s'avancer « sous la figure qui lui avait toujours paru la plus affreuse (i). » On rapporte que se dévouant à tous les maux à l'avance, elle agréait toutes les maladies, le seul cancer excepté (2). Au moment où le mal « aussi cruel qu'irrémédiable » lui laissait un peu de répit, Bossuet prit son temps de lui adresser indirectement, sans trop de dureté, cette exhortation que par sa foi et sa piété cette princesse était digne d'entendre :

« Que nous sacrifions volontiers à Dieu des plaisirs médiocres ! Que nous mettons volontiers au pied de la Croix des contradictions légères et des injures de néant ! Que nous sommes patients et humbles, lorsqu'il ne faut que donner à Dieu des choses qui ne coûtent rien à la nature ! Choisissez-moi tonte antre croix ; je veux bien souffrir, mais pas cela ; mais toujours celle qui nous arrive, c'est celle que nous refusons. »

— i66/f : Circoncision. Sermon aux Carmélites de la r2ie du Bouloi. (Mss., 12.821, f. 342-346 ; 321 ; 328-432,)

En beaucoup d'églises les prédications de l'Avent se prolongeaient jusqu'à l'Epiphanie, et quelquefois au-delà. Bossuet prêcha encore aux Carmélites le jour de la Circoncision. La

1. « Anne, avertie de loin par un mal aussi cruel qu'irrémédiable, vit avancer la mort à pas lents, et sous la figure qui lui avait toujours paru la plus affreuse. » ^Oraison funèbre de Marie-Thérèse, édition Jacquinet, p. 234.)

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