Rébelliau, Sermons choisis. Introduction, X
il pleure l'a duchesse d'Orléans, où il adresse un si noble et si touchant adieu à Coude et à l'Oraison funèbre ?
M. Gandar, certes, ne l'entendait pas ainsi. Il a écrit, il est vrai, et avec infiniment de justesse, cette parole que nous avons déjà citée : « Le Carême du Louvre marque pour Bossuet, et d'une façon plus générale, pour l'éloquence religieuse en France, au xvil^ siècle, ce point, si difficile à saisir, gui est celui de la maturité' et de la perfection {^). » Mais cette métaphore du point si difficile à j-<^/V/;' n'amenait pas nécessairement l'idée que cette perfection atteinte fût essentiellement fugitive. L'auteur en effet ajoutait aussitôt : « La maturité pour beaucoup, même parmi les plus illustres, vient tard, et elle dure peu. Elle est venue pour Bossuet à son heure. Elle devait durer plus de trente ans. »
Est-ce à dire que, durant ce vaste espace de temps, cette éloquence soit demeurée immobile dans sa perfection ? Ne dirait-on pas plutôt que Bossuet s'est répété sans cesse à luimême le mot d'Origène, qu'il redisait volontiers dans la chaire : « Il faut renouveler la nouveauté même : » Ipsa novitas ijinovanda est. Si « la familiarité s'atténue chaque jour davantage dans les derniers SQïvaons prêches à la cour, 'h ne reparaît-elle pas, plus à propos, devant d'autres auditoires? Le malheur, c'est que dès lors nous n'avons presque jamais intégralement le texte des sermons qu'il prêche en dehors de la chaire royale. Mais parcourons les esquisses rédigées hâtivement, en vue de Saint-Thomas du Louvre, en 1668. Nous constatons sans peine que le caractère qui domina dans ces discours où une si large part était laissée à l'improvisation, ce fut la simplicité et la véhémence. Sans doute l'orateur s'effaçait le plus qu'il pouvait derrière l'autorité de Dieu même : si c'est en ce sens que l'on trouve sa prédication impersonnelle, ce ne saurait être l'objet d'un blâme : une telle critique eût même été à ses yeux le plus sensible des éloges. Ne souhaitait-il pas dans cette station même {Ego vox,