‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inédits (volume 2)Chapitre 247 sur 325 · Voy. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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2. On voit ce qu'il faut penser de certaines appréciations à la mode sur nos orateurs de la chaire : « Le vague, l'abstrait, toujours substitués à la vérité vivante ; aucun détail familier, qui fasse tressaillir, comme une divulgation publique, le malade qui se reconnaît ; rien que des contours, des formes flottantes, une image convenue, dans

Dans sa prédication paternelle à ses diocésains, Bossuet nous est apparu plus familier que jamais, mais avec des rechutes dans le sublime. Là il disait, au commencement d'un Carême : « Satan, pour porter celui qu'il veut renverser à céder à ses efforts, cherche à lui inspirer une espérance téméraire du pardon : Jette-toi du haut du temple la tête devant ; précipite-toi dans le crime. Dieu te soutiendra, te pardonnera... C'est son ancienne manière: Nequaquam morte moriemini : Assurément vous ne mourrez pas, disait-il à Eve. Consentir à ses suggestions, c'est plus tenter Dieu que si nous nous précipitions du haut du temple : car la pesanteur naturelle du corps ne nous pousse pas si naturellement vers la terre que le péché dans l'enfer (i).»

Pendant une mission, il avait des traits comme celui-ci :... « Pourquoi, mon Sauveur, faut-il vous quitter ? — Discedite : Retirez-vous! — Votre bénédiction avant de partir! — Maledicti : vous êtes maudits... (2)!»

Mais partout la simplicité était alliée à la véhémence ; et Saint-Simon était bien renseigné, quand il représentait Bossuet comme un « excellent évêque, visitant et prêchant luimême son \.xo\x^ç.dM,vies2iraiit ses instructions à sa portée {^). »

Ledieu, qui l'avait vu à l'œuvre pendant plus de vingt ans, ne nous disait-il pas de son côté : « Son grand talent était de se proportionner à son auditoire et de se rendre intelligible en prêchant ? De là, la facilité de traiter toute sorte de matières

laquelle on reconnaît les termes généraux de la nature humaine, rien de l'homme dont on veut faire le portrait. Voilà les caractères généraux de l'éloquence religieuse au XVIIe siècle. » (Paul Albert, la Prose, X'Vr leçon, p. 359.) —On ajoute, toujours en prenant le contrepied de la vérité : « Elle est bien le produit de la société pour qui elle est faite, disons mieux, qui l'a faite. » Ce qui n'empêche pas de prétendre, en même temps, que Bossuet « a rarement essayé » de se tenir à la portée de son auditoire. « Ne lui demandez pas de s'abaisser jusqu'à nous, il ne le peut. Ce n'est pas le médecin attentif, charitalDle, qui s'enquiert doucement des souffrances d'une âme malade ou dévo3ée. 11 frappe, il blesse, il écrase...» Nous connaissons ce refrain. Mais alors comment son siècle a-t-ii fait son éloquence ?

1. Voy. Pensées chrétitmies et morales, VI. (Lâchât, X, 591.)

2. Ibid., 602, (n° IX.) — Voy. aussi Pâques, 1685 : « Marche, marche, » etc.

3. Écrits itiédits de Saint-Simon, publiés par M. Faugère (1880).

et devant des personnes de différents états, avec le même succès et dans le même temps. » Il aurait, ajoute-t-il, « cent exemples à citer de ce caractère ('), le trouvant à tout propos familier, simple, naturel, élevé quand il le fallait ; pressant, persuasif; se conciliant d'une manière admirable, comme un autre saint Augustin, l'attention des esprits les plus tardifs ; et toujours plein d' onction {^). »

Le témoin journalier de la vie de Bossuet a raison d'appeler notre attention sur un côté trop peu connu de son éloquence. Ce qui semble avoir dominé en effet dans la prédication de Meaux, c'est le pathétique. L'orateur ne dédaigne pas les moyens extérieurs qui aident à le faire éclater.

Dans son second synode diocésain, il inaugure (1683) une façon de conclure ces assemblées, que Raveneau, le curé de Saint-Jean, trouve « aussi pathétique que singulière. » « Monseigneur, dit-il, s'accusant tout le premier d'être la cause de tous les péchés de son diocèse par son mauvais exemple et son scandale (vu que, comme il répéta plusieurs fois, tout ce qui manque à la sainteté des prêtres est un scandale ; n'être pas saint, c'est être scandaleux), il fit sa confession publique, dit son Confiteor tout haut, et ensuite tous les curés le dirent à leur tour. » On comprend sans peine ce qu'ajoute le naïf annaliste, que <i cette action fut touchante. » Elle se renouvela avec un nouveau succès les années suivantes.

Prêchant dans sa cathédrale un peuple nombreux « partagé entre ceux qui ont déjà fait leur Jubilé, leur mission (1692), et

1. Il n'en rapporte qu'un, que j'ai dû renvoyer ici en note, sa phrase étant trop peu française : « Un matin, après avoir tonné contre les péchés capitaux, les inimitiés et les injustices, en une paroisse de campagne (Quincy), car il était très véhément orateur, le soir, donnant la Confirmation à des religieuses dans une sainte abbaye (le Pont aux Dames), il les éleva jusqu'au sein de la Divinité et leur découvrit le Saint- Esprit procédant du Père et du Fils par cette voie d'amour qui est la source de la sanctification des âmes et de toutes les grâces. On crut voir les cieux ouverts et les dons célestes descendre par ses mains sur ces âmes chastes et tremblantes, comme autrefois les langues de feu sur les Apôtres. »

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