PREMIER POINT
Comme le privilège de la sainte Vierge est fondé sur la hauteur de sa vocation, et sur l'alliance particulière avec la nature divine, à laquelle elle a été élevée, il est nécessaire de bien entendre quelles sont les pérogatives de cette alliance ; et pour cela rappelez en votre mémoire que le Fils de Dieu a deux rapports avec cette Vierge admirable, le premier (') en qualité de Sauveur, le second en qualité de Fils. La première de ces alliances lui est commune, comme vous savez, avec tous les hommes. JésUS-Christ est un bien commun ; ses mystères sont à tout le monde. Il appelle tout le genre humain au banquet où il se donne lui-même ; sa mort est le sacrifice public ; son sang est le prix de tous les péchés ; sa prédication instruit tout le monde ; et nous verrons bientôt assez clairement que JÉSUS est le bien commun de toute la nature, puisque ce divin Enfant ne sera pas plus tôt né que les Juifs seront appelés à sa crèche par les anges, et les Gentils par les astres. Cependant, et voici, messieurs, le privilège incomparable de la sainte Vierge, elle a un droit [particul]ier (^) de posséder JÉSUS [toute seujle parce qu'elle peut [le possédejr comme Fils ; nulle [autre créature] n'a part à ce [titre. Il n'y a qu]e Dieu et Marie qui puissent avoir le Sauveur pour Fils ; et par cette sainte alliance JéSUS-Christ se donne tellement à elle qu'on peut dire avec un saint Père que le trésor commun de tout l'univers devient son bien particulier.
Écoutez les belles paroles que nous lisons dans une de ces homélies qui porte le nom d'Eusèbe Emissène : « Réjouissez-vous (3), Mère bienheureuse, qui avez enfanté le salut aux
1. Âfs. La première... la .seconde. — Inadvertances provenant de la rapidité de la rédaction.
2. Légère déchirure au bas de la page 6. On peut suppléer facilement d'après la page 8 raturée, qui contenait le même passage.
3. Le latin en marge: Exulta, mater salutis humanœ : ecce Doviini mei per tôt rétro sœciila promissiim frima suscipere mereris adventum : habitaculuvi immensœ Divinitatis efficeris ; spem terraru?!i, decus sœculoriim, commune mundi gaudium peciiliari munere sala poisides. — Dans le sermon de 1656, .2^ p., cette citation est attribuée à saint E'ucher. Le nom de ce saint évêque de Lyon est encore revenu en i663 sous la plume de Bossuet; mais il l'^efface et cherche non sans peine une formule e.xactc pour sa citation. (Sur Eusèbe d'Emèse, voy. Patrol. gr., LXXXVI, 461.)
hommes. Vous recevez la première, vous recevez seule, celui qui a été promis depuis tant de siècles à tout l'univers ; vous devenez le temple de la Divinité ; et ce JÉSUS, ce divin Sauveur, l'espérance du genre humain, la gloire de toute la nature, le bien commun de tous les hommes est à vous par un titre particulier que Dieu seul peut partager avec vous, tant la puissance divine vous a voulu distinguer de toutes les créatures !
Quel édifice assez grand et assez auguste pourrons-nous bâtir sur un si beau fondement ? Toute la source de notre gloire, c'est la bienheureuse alliance que JÉSUS a contractée avec nous en qualité de Sauveur, c'est à cause que le Père nous l'a donné et nous a donnés à lui. C'est pour cela que vous avez cessé d'être enfants d'Adam, devenus par sa miséricorde enfants de Dieu ; non plus enfants de malédiction et de colère, mais enfants d'adoption, de bénédiction et de grâce, c'est pour cela que nous avons été séparés de cette masse corrompue. Si donc la très sainte Vierge a été donnée à JÉSUS, si JÉSUS a été donné à la sainte Vierge, d'une façon singulière et incomparable, si l'alliance est particulière et sans exemple, serons-nous téméraires d'avancer que la grâce de la Rédemption a dû lui être appliquée avec un privilège incommunicable. Puisque JÉSUS est son Sauveur, elle doit être séparée avec les autres ; mais puisque JÉSUS est son Fils, elle doit être séparée avec une prérogative extraordinaire ; et ne sera-t-il pas permis de penser de la sainte Vierge quelque chose qui soit unique?
Je demande maintenant à ceux qui craignent d'apporter une exception en faveur de la sainte Vierge à la généralité de la loi qui condamne tout le genre humain, quelle raison leur inspire cette retenue. Ce que l'on craint ordinairement, c'est la conséquence. Voyons quelle peut être cette conséquence, et si on la doit appréhender en cette rencontre. Mais peut-être prévenez-vous déjà ma pensée, et vous voyez bien, chrétiens, qu'on ne doit craindre la conséquence qu'où