‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inédits (volume 2)Chapitre 298 sur 325 · Var. marqué · texte numérisé non relu

Var. marqué

2. Bossuet, pris de court, comme nous l'avons déjà remarqué, s'est abstenu d'écrire la troisième partie, qu'il trouvait toute faite dans un autre manuscrit (i2.825,f. rSet 19). Nous aurions pu nous contenter d'y renvoyer ; mais comme les éditeurs (Lâchât, XI, 27) ont gâté, par une interpolation de vingt-cinq lignes, ce passage, qui faisait la fin du ler point, en 1656, nous aimons mieux le reproduire, au moins en substance, pour permettre de suivre jusqu'au bout la pensée de l'auteur.

m. CONCEPTION, 1668. 433

dès qu'ils sont conçus: ô JÉSUS, vainqueur tout-puissant, n'y aura-t-il donc que ce seul endroit où votre victoire ne s'étende pas ? Votre sang, ce divin remède qui a tant de force pour nous délivrer du mal, n'en aura-t-il point pour le prévenir? Pourra-t-il seulement guérir, et ne pourra-t-il pas préserver ? Et s'il peut préserver du mal, cette vertu demeurerat-elle éternellement inutile, sans qu'il y ait aucun de vos membres qui en ressente l'efifet ? Mon Sauveur, ne le souffrez pas ; et, pour l'intérêt de votre gloire, choisissez du moins une créature où paraisse tout ce que peut votre sang contre cette loi qui nous tue. Et quelle sera cette créature, si ce n'est la bienheureuse Marie?... Il est juste certainement que ce sang précieux du Fils de la Vierge exerce sur elle toute sa vertu, pour honorer le lieu d'où il est sorti... Marie a cela de commun avec tous les hommes, qu'elle est rachetée du sang de son Fils ; mais elle a cela de particulier que ce sang a été tiré de son chaste corps.. Elle a cela de commun avec tous les fidèles, que Jitsus lui donne son sang ; mais elle a cela de particulier qu'il l'a premièrement reçu d'elle. Elle a cela de commun avec nous que ce sang tombe sur elle pour la sanctifier ; mais elle a cela de particulier qu'elle en est la source. Tellement que nous pouvons dire que la Conception de Marie est comme la première origine du sang de JÉSUS ; c'est de là que ce beau fleuve commence à se répandre, ce fleuve de grâce qui coule dans nos veines par les sacrements et qui porte l'esprit de vie dans tout le corps de l'Eglise. Et de même que les fontaines, se souvenant toujours de leurs sources, portent leurs eaux en rejaillissant jusques à leur hauteur qu'elles vont chercher au milieu de l'air, ainsi ne craignons pas d'assurer que le sang de notre Sauveur fera remonter sa vertu jusques à la Conception de sa Mère, pour honorer le lieu dont il est sorti.

Ne cherchez donc plus, chrétiens, ne cherchez plus le nom de Marie dans l'arrêt de mort qui a été prononcé contre tous les hommes : il n'y est plus, il est effacé : et comment ? par

ce divin sang qui, ayant été puisé en son chaste sein, tient à gloire d'employer pour elle tout ce qu'il renferme de force en lui-même contre cette funeste loi qui nous tue dès notre origine. D'oîi il est aisé de conclure qu'il n'est rien de plus favorable que la dispense dont nous parlons, puisque nous y voyons concourir ensemble l'excellence de la personne, l'autorité des exemples, et la gloire du Souverain, c'est-à-dire de Jésus-Christ même.]

Praefatio in Evangelia et Actus Apostolorum (').

MERITO Origenes candorem ac sinceritatem, uno verbo rb mlàlrfitç commendat in evangelicae apostolicaeque historiae scriptoribus ; qui primum nihil ambitiose de Christo ejusque discipulis, nihil magnifiée de se suaque historia, nihil acerbe de Judseîs aliisque christiani nominis adversariis dicant ; tum si qua imbecilliores animos offendant aut obtrectandi ansam prsebeant, ea non dissimulent aut élèvent, sed candide omnino ac sine ulla tergiversatione conscribant. Hinc habemus Apostolorum vilia, imo et odiosa ministeria, cum a Christo sunt vocati ; et postquam vocati sunt, rudes

I. Ce remarquable document apologétique, dont nous avons {îarlé(p. 298) comme d'une compensation pour nombre d'œuvres perdues, est tiré de la fameuse Biâie dti Concile (collection Floquet). Les éditeurs de Versailles l'ont entrevue :« M. Brajeux, libraire, auquel elle appartient, disent-ils, nous a bien permis de l'examiner chez lui, mais non avec le loisir et le soin que nous aurions désiré d'y apporter. » (I. Observations de l'éditeur, XLIII. ) — Dans cette préface du Nouveau Testament, qui leur était spécialement signalée, ils ont bien cru « reconnaître le style de Bossuet, du panégyriste de saint Paul ; » mais ils se consolent en disant que « ce n'est qu'un fragment, une grande pensée. » On verra si cette œuvre inédite a aussi peu d'importance qu'elle a peu d'étendue.

Elle est écrite, ainsi que le sennon pour la Profession de M'"^ de la Vallière, de la main de Fleury, « secrétaire du Concile, » et véritable calligraplie. Bossuet a revisé la copie. Fleury avait laissé échapper : incamenta, peut-être d'après une abréviation mal interprétée : l'auteur corrige : i)icantamcnta. .Plus loin, le copiste, trouvant deu.v expressions, dont l'une était une variante [v^ rédaction), les transcrit étourdiment à la suite : affm^runt objectant: preuve qu'il avait sous les yeux l'ouvrage d'autrui. D'ailleurs, outre l'ampleur de la forme et la force incomparable des raisonnements, certaines analogies avec le Discours sur l'histoire universelle, dont nous signalerons des exemples, suffiraient à révéler l'auteur véritable.

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