I. Edition Gazier, p
émue, autant que solide et victorieuse : « Eh quoi ! homme, pouvez-vous penser que tout soit corps et matière en vous, etc.? » — Puis, c'était Montaigne, avec ses « belles sentences, » qui était directement pris à partie : « M^is dites-moi, subtil philosophe... » Dans la conclusion, tous ceux qui cherchent ainsi à se retrancher derrière des doutes grossiers étaient énergiquement gourmandes à leur tour. « Par conséquent, homme sensuel, qui ne renoncez à la vie future que parce que vous en craignez les justes supplices, n'espérez plus au néant; non, non, n'y espérez plus : voulez-le, ne le voulez pas, votre éternité vous est assurée... Entendez-vousces vérités? Qu'avezvous à leur opposer ? Les croyez-vous à l'épreuve de vos frivoles raisonnements et de vos fausses railleries ? Murmurez et raillez tant qu'il vous plaira : le Tout-Puissant a ses règles qui ne changeront ni pour vos murmures ni pour vos bons mots ; et il saura bien vous faire sentir, quand il lui plaira, ce que vous refusez maintenant de croire. » Puis le ton s'attendrissait : « Pécheurs, il y a déjà trop longtemps que l'enflure de vos plaies est sans ligature..., » jusqu'à cet appel suprême, qui résumait toutes les idées précédentes : « Éveillez-vous donc, ô enfants d'Adam ; mais plutôt éveillez-vous, ô enfants de Dieu, et songez au lieu de votre origine ('). »
Cependant les lecteurs, qui suivent en toute confiance le texte des éditions, ont de quoi être déconcertés en plus d'un endroit. I. Nous lisons, par exemple, dans le second sermon pour la fête de la Conception de la sainte Vierge, vers la fin du 2^ point : « La voilà séparée : Fecit niihi magna qui potens est. C'en est assez ; voyons maintenant comment nous sommes aussi séparés. C'est ma troisième partie, à laquelle je passerai, chrétiens, après vous avoir fait remarquer qu'encore que nous ne soyons pas séparés aussi excellemment que la sainte Vierge, nous ne laissons pas que de l'être. Car qu'est-ce que le peuple fidèle? C'est un peuple séparé des autres (2). . . » — Suit
I. Ibid., 474. — 2. Lâchât, XI, 35. — Texte de toutes les éditions sans exception.
le développement de cette pensée, qui achève le second point. Voilà une étrange suite d'idées, ou, pour mieux dire, un désordre parfait, une confusion absolue.
L'orateur (si toutefois c'est lui qui parle ici) montrera donc, dans le troisième point de son discours, que nous aussi, nous sommes séparés de la contagion générale; et il leva montrer, dit-il, en attendant avant de finir le second point. En revanche, tout autre sera en réalité le sujet de la dernière partie ; elle établira que l'amour éternel de Dieu rt:/nw7/// miséricordieusement l'heureuse Marie, comme les deux précédentes avaient prouvé que Marie avait éX.é dispensée '^d.x l'autorité souveraine (i^r p.), et séparée de la contagion par la grâce (2^ p.).
En présence d'un texte aussi peu satisfaisant, cherchons à qui, de l'auteur ou des éditeurs, il faut en imputer la responsabilité. Heureusement l'original existe ('). Voici comment il nous donne la clé de cette énigme. Bossuet a refait plusieurs pages du second et du troisième point de ce sermon. Il a conservé toutefois, à titre de document, la rédaction primitive. Deforis n'a rien trouvé de mieux que de garder ce que l'auteur abandonnait, de reproduire sous sa première forme ce qu'il avait refait, et en même temps <\' incorporer, comme il disait, la seconde rédaction à la première.
Il en résulte des redites choquantes ; mais c'est le moindre mal. Vient le moment où il faut opérer une soudure. Dans certaines œuvres, elle est, comme nous le verrons, assez heureuse. Ici, tout au contraire, les mots : « C'est ma troisième partie, à laquelle je passerai..., » sont le retour à l'ancien développement. Là, concluant son second point, l'auteur disait : « O Marie, je vous reconnais séparée, et votre bienheureuse séparation est un ouvrage de la sagesse, parce que c'est un ouvrage d'ordre. Comme vous avez avec votre Fils une liaison particulière, aussi vous fait-il part de ses privilèges. Vous êtes au-dessus des autres. Il les délivre du péché, mais il vous préserve; il guérit le mal dans les autres, mais en vous