‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inéditsChapitre 159 sur 243 · Mss., 12.824, f · texte numérisé non relu

Mss., 12.824, f

2l6 DEUXIÈME PARTIE.

— 21 mars i66j. Panégyrique de saint Benoît.

(Ms.àMeaux.) \

Cette esquisse est précieuse par les nombreuses indications d'oeuvres antérieures, qu'elle contient. Parmi ces références, il \ faut remarquer un Sermon de saint Benoit,c'est-d.-d\re un premier Panégyrique, malheureusement perdu pour nous.

— AvEXT AU Louvre. 1665.

Le jour de la Toussaint, le roi entendit à Saint-Germain l'Auxerrois la prédication de l'abbi Thèvenin ('). La station , s'ouvrit au Louvre le 29 novembre, i*^'' dimanche de l'Avent.

— P'' dimanche : Sermon sur le Jugement dernier. ({ Tune videbunt. . . » ( Manuscrit de la collection de M. Choussy.)

Deforis, l'abbé Vaillant, M. Floquet, M. Lâchât, tous les critiques et éditeurs, ont répété que le Tune videbunt portait, de la main de Bossuet, la date de 1669, et que par conséquent l'autre sermon prêché devant le roi ( Hora est, sur la Vigilance) ne pouvait l'avoir été qu'en 1665. On ne manquait pas de trouver dans la comparaison de plusieurs passages (2) des preuves littéraires de la supériorité du sermon du y//^^ment dernier sur celui de la Vigilance, ou, comme on l'intitule plus souvent, de la Nécessité de travailler à son salut.

M. Choussy, possesseur actuel du manuscrit du Tune videbunt, a, le premier (3), fait remarquer qu'il porte formelle-

1. Voy. Gazette du 7 novembre. — M. Floquet a supposé, miis gratuitement, que Louis XI\' avait, par faveur, permis à Bossuet de prolonger son séjour à Metz, où nous le trouvons, le 22 août précédent, prenant possession de ses fonctions de grand Doyen, et installant archidiacre en sa place son propre père, le conseiller Bossuet, entré depuis peu dans les Ordres. Au Louvre, il n'y avait point sermon aux jours des grandes solennités. L'esprit de l'Eglise est qu'en ces jours les privilégiés eux-mêmes se mêlent à la foule pour assister à l'Office paroissial ; aussi excepte-t-on les très grandes fêtes dans les autorisations de célébrer en une chapelle privée. En 1668, Mascaron prêche aux Tuileries, mais il n'y a sermon ni le jour delà Toussaint, ni le jour de Noël. Au contraire, à Saint-Germain-en-Laye, la chapelle ayant les privilèges paroissiaux, nous trouverons des sermons pour Noël, la Toussaint et Pâques.

2. Vaillant, 126. — Floquet, Etudes..., III, 370. — Gazier, Choix de sermons, p. 329, etc.

3. Dans l'Etude qui précède le fac-similé du sermon (Palmé, 1884). — Reproduite dans les Rectifications littéraires et historiques (1887).

ment la date de 1665, et non celle de 1669, comme on le prétendait universellement sur la foi de Deforis. D'ailleurs un fac-similé complet de l'œuvre permet à tout lecteur de constater non seulement l'exactitude de cette remarque importante, mais la parfaite ressemblance de cet autographe avec tous ceux de 1665. Dès lors il devient oiseux de proposer les raisonnements qui pouvaient établir par une autre voie cette conclusion, puisque désormais elle s'impose d'elle-même. Je ne retiendrai de la démonstration que je supprime qu'une simple observation, qui aurait dû frapper tous les critiques, même loin des manuscrits. Comment n'avait-on pas songé qu'en s'obstinant à placer en 1669 le sermon sur le Jugement dernier, on faisait commettre à Bossuet la plus inadmissible des redites? Dans le sermon de la Toussaint,. 1669, il dit à Louis XIV:

« Sire, celui-là serait haï de Dieu et des hommes, qui ne souhaiterait pas votre gloire même en cette vie, et qui refuserait d'y concourir de toutes ses forces par ses fidèles services. Mais, certes, je trahirais Votre Majesté et je lui serais infidèle, si je bornais mes souhaits pour elle dans cette vie périssable... »

On lui fait reprendre, presque mot pour mot, cette allocution dans le sermon suivant, si on met le Tune videbiint dans l'Avent de Saint-Germain. C'est bien assez qu'il l'ait répétée(^), par exception, à cinq ans d'intervalle.

— IP Dimanche: « Cœci vident » (2^). — Divinité de la Religion, ou plus exactement : Divinité de Jésus-Christ.

(Mss., 12.821, f. 163.)

Tout le monde est d'accord à placer ce sermon au 6 décembre 1665, second dimanche de l'Avent. La raison qu'on

I. Il y a quelques nuances de détail. Ainsi les derniers mots du Tune videbunt : « C'est la félicité que je souhaite à Vos Majestés au nom du Père... », deviennent dans \Ul sit Deus : « C'est la félicité que je vous souhaite avec le Père, etc. ». — Rien n'est mis au hasard dans les phrases de Bossuet : ce simple changement rappelle tout le sujet du sermon de la Toussaint : « Dieu sera tout en tous. »

2l8 DEUXIÈME PARTIE.

a apportée ne valait rien (^), mais il n'importe, puisque la ! conclusion s'est trouvée véritable. La Reine était présente, 1 au témoignage de la Gazette. Pour Louis XIV, qui avait I entendu dans le sermon précédent la condamnation de ses ? désordres, il aima mieux s'étourdir que de revenir si tôt ; écouter de nouvelles leçons. On n'avait pas craint de pro- I noncer devant lui le mot terrible de Tacite sur Domitien, \ « qui, sans se mêler d'affaires publiques, » avait commencé \ seulement « à faire le fils du prince par ses adultères et par I ses débauches (2)» : Nihil qiiidquavi piiblici muneris attigerat, 1 sed stiipris et adulteriis filiuin principis agebat. Ce n'était ; pas une allusion directe ; elle n'aurait pas été juste de tout : point. Le sens du passage était général ; il s'agissait de ces ! pécheurs insolents qui « mettent une partie de leur grandeur

dans leur licence effrénée,» qui, non contents de transgresser I la loi, veulent encore insulter publiquement à la sainteté de

la loi : c'était avertir le prince de l'excès abominable où il se [ jetterait bientôt par ses scandaleuses légitimations. N'étant

pas résolu de se corriger, il fuyait le sermon ; nous en verrons

d'autres exemples dans le Carême suivant. Il se priva cette

fois d'entendre l'œuvre la plus digne d'être méditée par un

noble esprit : ce fut son châtiment.

— 8 décembre : Conception de la sainte Vierge (3). Addition au sermon de la Nativité, i6jç.

(Manuscrit de M. le Supérieur de Saint-Sulpice.)

Le mardi, 8 décembre, fête de la Conception, il y eut sermon à la chapelle royale, au témoignage de la Gazette. Bossuet paraît avoir été pris de court. Aussi n'écrivit-il pas de sermon pour cette circonstance. Il relut un des trois

1. On croyait qu'en 1669, le second dimanche de l'Avent étant le 8 décembre, Bossuet avait dû prêcher ce jour-là son discours sur la Dévotion à la sainte Vierge. Voy. ci-après, 1669.

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