Tune videbunt, 3*-' point
3. En tôte du sommaire des sermons pour cette fête, Bossuet avait écrit : « Conception, 2 » (niss., 12.825, f- 4)- I^lus tard (1669), il ajouta, à la sanguine : « 3. Dévotion en général. »
discours pour la Nativité de la sainte Vierge (le premier des éditions : Nox prœcessit). Là les vérités qu'il avait à prêcher se trouvaient déjà solidement établies. On voit par les passages qu'il souligne, qu'il reprend les preuves principales à l'aide desquelles il avait jadis (1659) montré en Marie « l'exemption de péché, la plénitude de grâces, une source incomparable de charité pour les pécheurs. ;^ II y a plus. Non content d'annoter cet ancien manuscrit dans les endroits bons à reprendre, d'y refaire des membres de phrase, d'y changer au besoin : « Elle naît », en : « Elle vient », il fait tout un nouveau début pour le commencement du second point. Il est facile d'y reconnaître l'écriture et les habitudes de rédaction de 1665. Ce morceau, que les éditeurs ont donné comme variante du sermon de 1659, contient d'ailleurs une allusion manifeste à la chapelle royale (i) et aux embellissements du Louvre.
— IIP Dimanclie. « Misenuit Judœi... » Sermon sur V Honneur du monde, écrite non prêché. (Mss., 12.821, f. 213.)
« Celui qui règne dans les cieux, » et qui de là « instruit les princes non seulement par des discours et par des paroles, mais encore par des effets et par des exemples, » venait d'adresser à cette cour frivole un de ses redoutables enseignements. La nuit du samedi au dimanche (troisième de rAvent),Gaston de Foix était emporté,à 27 ans,« ayant laissé, dit la Gazette, un deuil inconcevable dans toute sa famille et même en cette cour, par ses belles qualités. » Il avait succombé à un mal, plus effrayant peut-être que la mort même ; c'était la petite vérole, qui avait à cette époque une malignité extrême et des effets foudroyants.
Bossuet s'était pourtant enfermé avec le malade, pour
I. Lâchât, XI, 74, note b. — 11 ne saurait être question de Versailles. La nouvelle chapelle ne date que de 1699. Mais depuis longtemps, notamment depuis 1659, on travaillait au Louvre : de nouvelles constructions étaient à l'ordre du jour. Le 17 octobre précédent, on avait posé la première pierre du nouveau Louvre. (Voy. Félibien, Hist. de la ville de Paris, II, 1473, 1492.)
l'assister dans ces circonstances désespérées. « Celui-ci, ra- ■ conte Ledieu, ne voyait goutte, tant il était couvert de petite \ vérole : ses paupières en étaient collées et ses mains toutes j gâtées. Mais touché de componction et percé jusqu'au vif ' des tendres exhortations de son confesseur, il lui prenait les mains et les serrait de joie ('). »
Cette conduite de Bossuet. qui ne saurait étonner de la part ' d'un disciple de saint Vincent de Paul, était sans doute plus éloquente encore que son éloquence même. Aussi Ledieu \ ajoute en son style: « Cette action d'éclat, sue de toute la ' cour par le sermon manqué, fit beaucoup d'honneur à l'abbé \ Bossuet. C'était des éloges publics de son bon cœur, qui lui ■ avait fait exposer sa propre vie pour son ami (2). Dès ce temps, avec l'estime générale, qu'il s'était acquise par ses grands ! talents, il avait su gagner tous les cœurs par sa modestie et ; par sa douceur. Dans le commerce du monde, il semblait s j s'oublier lui-même, en descendant de ses sublimes pensées et '] s'abaissant à la portée des plus faibles, coinine il a fait toute sa vie. »
Voilà le vrai Bossuet, tel que nous l'ont dépeint ceux qui l'ont vu de près.
On a cru pouvoir s'autoriser des faits que nous venons \ de raconter, pour prétendre que Bossuet n'écrivait pas ses j \ stations à l'avance. « Si Bossuet, dit-on, n'a pas prêché le | 3e dimanche de l'Avent 1665, il n'a pas non plus laissé de ' sermon pour ce jour-là (3). » Cela est insoutenable, la preuve comme la conclusion : Bossuet avait composé le sermon qu'il | ne prêcha point. Il en détruisit lui-même la plus grande partie trois mois plus tard, quand il le refit, sur un autre évangile, mais d'après le même plan, pour le même auditoire j