‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inéditsChapitre 210 sur 243 · Ledieu, Journal, I, p · texte numérisé non relu

Ledieu, Journal, I, p

3. N'oublions pas que c'est Ledieu qui parle dans ce résumé. Pour les développements que Bossuet dut donner à sa pensée, on peut s'en faire une idée en se reportant aux Élévations, surtout aux trois premières : « Mon âme, âme raisonnable, mais dont la raison est si faible, pourquoi veux-tu être et que Dieu ne soit pas?...» — « Comment entends-tu la privation, si ce n'est pa»" la forme dentelle prive? Comment l'imperfection, si ce n'est parla perfection dont elle déchoit?... Le parfait est le premier et en soi et dans nos idées, » etc. [V Sem., \'<^ et 11^ Elév. )

en. III, LES SERMONS PERDUS.

que l'imparfait : notre intelligence est imparfaite, notre vertu est imparfaite. Mais il y a une intelligence parfaite ; c'est Dieu, qui a dit de lui-même à Moïse (') : Je suis Celui qui suis. Voilà le parfait adorable.

« Il y a aussi le parfait adorateur : c'est JÉSUS-Christ, Fils de Dieu, qui est lui-même parfait adorable, et tout ensemble parfait adorateur et parfait adorable. Nous n'étions pas capables de rendre à Dieu une adoration parfaite. Son Fils unique, seul Dieu comme le Père, et sortant éternellement de son sein, pouvait seul lui rendre cette adoration et nous réconcilier avec lui depuis le péché... »

Puis, faisant un récit abrégé de la vie, de la Passion et de la mort de JésUS-Christ, il insistait principalement sur son agonie et son abandon : « Ut quid dereliqiùsti me ? O Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous délaissé ? C'est le sacrifice du parfait adorateur, et sa soumission totale à la volonté de son Père ; par là il a mérité d'arriver à la résurrection glorieuse. Mais en ressuscitant il nous a ouvert à nous-mêmes le chemin à l'immortalité et à la résurrection. Il ne nous reste qu'à nous souvenir par où le parfait adorateur est arrivé à cette gloire ; au milieu des plus grandes détresses, demeurons dans la soumission à la volonté de Dieu : c'est la parfaite adoration que nous lui devons et le moyen de ressusciter un jour nous-mêmes dans l'éternité. »

Bossuet prêche de même à son peuple la solennité de la Pentecôte, d'abord pendant cinq années consécutives, de 1685 à 1689 inclusivement, puis en 1691 et 1692, enfin en 1701 et 1702. Mais de ces neuf sermons (et il yen eut d'autres

I. « Je suis Celui qui suis : Celui qui est m'envoie à vous » : C'est ainsi que Dieu se définit lui-même ; c'est-à-dire que Dieu est Celui en qui le non-être n'a point de lieu ; qui par conséquent est toujours, et toujours le même ; par conséquent immuable: par conséquent éternel ; tous termes qui ne sont qu'une explication de celui-ci: Je suis Celui qui est... Dieu est donc une intelligence qui ne peut ni rien ignorer, ni douter de rien, ni rien apprendre ; ni perdre, ni acquérir aucune perfection ; car tout cela tient du non-être ; or Dieu est Celui qui est, Celui qui est par essence. . » (III^ Élév.J

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qui n'auront pas été mentionnés) il ne nous est venu qu'une esquisse autographe, dont nous avons parlé à l'année 1692, et une (') analyse (1701).

Celle-ci nous indique un sujet des plus difficiles à traiter: « Le 15 de mai, fête de la Pentecôte, dit Ledieu dans son Journal, il a prêché pendant une heure, et a expliqué ce que c'est que le péché contre le Saint-Esprit (-), pourquoi il est irrémissible, et le plus grand de tous les péchés.

« Son texte fut pris de saint Matthieu, Xll, 32: Quicumque dixerit verbiim contra Filhim hojninis, et le reste de ce verset entier, avec l'endroit de saint Marc, m, 29: Qui aiitem blasphemaverit in Spirituni Sanctuvi, et le reste du verset entier. Il demanda d'abord pourquoi le péché qui se commet contre Jésus-Christ se pardonne, et que celui qui est contre le Saint-Esprit est irrémissible ; pourquoi cette différence, puisque l'un et l'autre est contre Dieu même. C'est, dit-il, une grande difficulté que saint Augustin a traitée devant son peuple, et sur laquelle il implora le secours de son auditoire, pour parvenir à l'intelligence de cette vérité évangélique. Je vous demande la même chose, dit M. de Meaux... Ave, Maria.

« L'opération du Saint-Esprit, c'est une opération intérieure qui se fait en, nous-mêmes, c'est l'action de Dieu même opérant en nous la rémission des péchés, qui est attribuée au Saint-Esprit comme à l'auteur de toute sanctification. Empêcher cet effet, c'est se rendre coupable du péché contre le Saint-Esprit, qui est irrémissible en ce sens qu'il empêche la rémission même que Dieu veut opérer dans les âmes. Nous perdons le fruit de la rémission des péchés par deux moyens: par présomption ou par une trop grande espérance, et par

1. Ledieu parle aussi, il est vrai, du sermon de 1702 ; mais c'est moins une analyse qu'un compte-rendu. [Journal, I, 291.)

2. Dans une lettre du 8 juin 1692, à M'"^ de Lusancy, il s'était borné à dire : « Ceux qui travaillent [à purifier le cœur, afin de voir Dieu,] sont bien éloignés de ce péché contre le Saint-Esprit, qui ne se remet jamais. Personne ne sait quel il est; mais il consiste principalement dans la malice, dans l'aveuglement, dans l'endurcissement. » En 1701, après avoir de nouveau médité la question, il s'avance davantage.

désespoir ou manque d'espérance. — Dieu est si bon qu'il me pardonnera mon péché : pourquoi donc me mettrais-je tant en peine de m'en corriger? — Un autre dit: J'ai tant multiplié mes péchés que je ne puis en espérer de Dieu le pardon : je n'ai donc qu'à les continuer ! Voilà les deux raisons pourquoi le péché contre le Saint-Esprit est irrémissible, qui ont fait le partage et le sujet (sic) du discours de la Pentecôte. Un mot du Jubilé vers la fin du discours ('). /)

La fête de la Toussaint préchée par Bossuet six fois en sa cathédrale de Meaux (1684, 1685, 1686, 1687, 1693, 1701)) "^ nous a rien laissé de bien intéressant à recueillir. Nous savons toutefois par Rochard qu'en 1685, son texte fut Regmiin Dei int7'a vos ^j/(Luc., xvil, 21) ; et, après VAve Maria, il fit une très belle homélie sur les huit Béatitudes. » Notre annaliste ajoute que Bossuet « ordonna un jeûne pour le samedi, afin que Dieu inspirât aux hérétiques de se convertir. Il ordonna aussi des prières de Quarante heures. » Plût au ciel qu'on n'eût jamais entendu ni appliqué autrement la révocation , toute récente de l'édit de Nantes (-) ! Du reste, en dépit de la rigueur des ordres de la cour, nous verrons l'évêque de Meaux allier dans sa conduite personnelle un zèle que les laïques admirèrent, et une mansuétude qu'ils trouvèrent souvent excessive (^).

Dès le surlendemain, 3 novembre, ayant dit la messe du Saint-Esprit, il fit, selon Rochard, <i une charmante et belle exhortation, dont le texte était : Rogate Doininnm messis \itit tnittat operiarios in viessem suaiii\ (Matth., ix, 38) ; » et il eut, selon le même témoin, « la consolation de voir plusieurs protestants convertis. » « Il était infatigable, ajoute le narrateur, et d'un zèle sans pareil. » En cette circonstance, il avait parlé cinq quarts d'heure, «et chacun fut ravi de l'entendre. »

\ I. Ledieu, Journal, I, p. 183.

( 2. 20 octobre 1685.

5 3. C'était l'avis du lieutenant-général de Ménars ; du médecin Rochard, etc.

En 1693, la prédication que nous mentionnons pour la fête de tous les Saints n'est point relatée dans nos comptesrendus : nouvelle preuve qu'ils sont incomplets. C'est Bossuet lui-même qui annonce dans une lettre à Mme d'Albert, qu'il prêchera le i^^ novembre (') sur cette Béatitude : « Bioiheureux ceux qui ont faim et soif de la justice^ etc.: Qu'est-ce que \ cette faim et cette soif? qu'est-ce que ce rassasiement ? »

I.edieu nous donne l'analyse du sermon de 1701 : Non l omnis gui dicit mihi : Domine, Domine, intrabit, etc. {Matth., ! VII, 21.) Les trois points de ce sermon sur la Toussaint furent : « la nécessité des bonnes œuvres pour le salut ; j, quelles elles doivent être ; et combien invariables (-). » Cette | dernière partie, à ce qu'il paraît, avait été particulièrement \ touchante. Bossuet y commentait, comme il savait le faire, deux passages de l'Apocalypse (ch. Il et m) sur la réprobation dont est menacé le relâchement et la tiédeur. Le texte sacré « parle d'un homme qui avait de bonnes œuvres : Laborem, patientiam, etc. (il, 2) ; il lui manquait d'y persévérer et de les rendre invariables. En voici le moyen : c'est de reprendre sa première charité qu'il a laissée ralentir (11, 4) : Caritatejn primani reliquisti (il, 5)... Prima opej'a fac... A ; quoi il joignit (ajoute Ledieu) VAurum ignitum, probatum, \ du ch. III, (v. 18), qui est la charité même. Et de là il finit par une vive exhortation pleine de tendresse sur la charité, qui est la vie du chrétien, qui rend ses œuvres invariables, et sans laquelle il n'y a vie ni vertu chrétienne, comme dit | saint Paul (/ Cor., XIII, i, 2,) ; appuyant sur œs sonans, et sur ? cymbalum tinniens, et sur nihil sum, quoique avec les dons merveilleux des langues, des prophéties, des mystères ; — j qu'il fallait donc s'affermir dans l'amour de Dieu pour être ) véritablement chrétien, et établir en soi le règne de la charité, pour pouvoir mériter le royaume éternel, etc. »

I. Il parle à la vérité dans cette lettre des occupations qui le retiendront à Dammartin jusqu'à la Toussaint. Mais c'est sans préjudice du retour pour la fête. Nous le voyons en effet à Meaux le 31 octobre et les jours suivants, — (Voy. aussi lettre du 8 nov. 1680, à sœut Cornuau : mention d'un sermon inconnu.)

Ce sermon avait presque inspiré de l'enthousiasme à" Ledieu: « Voilà donc, s'écrie-t-il, le caractère de ce discours si digne de M. de Meaux. . . Toute sa vie, M. de Meaux a prêché i l'amour de Dieu; il l'a inculqué dans son Catéchisme ; il en a \ .1 soutenu la nécessité contre Jurieu dans ^ç^?, Avertissements ; et \ 1 enfin à l'âge de soixante-quinze ans, la voix (') très affaiblie, :, \ il recueille les restes de ses forces pour exciter les cœurs à ■ 1! l'amour de Dieu, dans un sermon de la béatitude éternelle. »

Plusieurs panégyriques de saints furent prononcés dans j

la dernière époque. Tous sont perdus, sauf celui de saint j

Paul que nous avons mentionné ci-dessus (■): 6Vzr/VrtJ" 672m/2 i

, urget nos. Ainsi il faut regretter les panégyriques de saint |

i Jacques le Mineur (i<^'" mai 1684), de saint Etienne, patron de j l'église cathédrale (3 août 1684) (^), de saint Cyr et sainte

\ Julitte (15 juin 1688), de saint Benoît, à Jouarre (11 juillet |

\ 1693), de saint Matthieu, à la clôture de l'assemblée de '

1700 (^), de sainte Libiaire (1701). Ajoutons à ces panégy- ; riques prononcés dans les Visites pastorales, celui de saint

! Bernard, chez les Bernardines de Pont-aux-Dames, en 1689, \

et la même année, celui de saint Augustin, dans l'église des \

chanoinesses de Notre-Dame, à Meaux. Ledieu rapporte (5) |

•' que l'orateur, ayant entrepris de montrer en deux points « ce \ ;. que la grâce a fait pour saint Augustin, et ce que saint

I Augustin a fait pour la grâce, » se laissa si bien entraîner ,

par un sujet qui lui était si cher, « qu'en une heure et demie j

I il ne put expliquer que la première proposition. » Son texte j

\ avait été : Gratia Dei sum id quod sum, et gratia ejus in me \

\ vacua non fuit. {1 Cor., XV, 10.) j

'; I. La voix revint l'année suivante (1702). '

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