Cf. YiiwgkvQ, Bourdaloue, sa vie et son temps, ç
2. Le P. Lauras {Bourdaloue, sa vie et ses œuvres, I, 202) ne veut à aucun prix qu'il s'agisse de Bourdaloue dans le /A Dialogue sur l'éloquence. A son avis Fénelon parle d'un prédicateur imaginaire, il fait une charge de prédicateur. Nous ne comprenons pas qu'on puisse hésiter cependant, quand on entend l'évêque de Cambrai dire du prédicateur qu'il critique : « Il faut reconnaître que la chaire lui a de grandes obligations ; ill'a tirée de la servitude des déclamateurs, » etc. Il s'agit bien, on le voit, d'un personnage vivant ; et je ne doute pas que ce ne soit Bourdaloue.
CONCLUSION. [sy^l 373
tes communes qu'elles sont, et ce sont celles dont elle ne peut atteindre les bornes, parce qu'elles touchent à l'infini : le temps, par exemple, et les révolutions qu'il amène, la rapidité de la vie et la succession des âges. Un philosophe aura bientôt dit que tout est passager et périssable ici-bas ; mais un orateur chrétien, qui a pour but de frapper fortement ses auditeurs de cette pensée, peut s'arrêter longtemps sur cet objet (O--- » Cherchons quelque part dans Bossuet cette même pensée qu'un philosophe aura bientôt exprimée, mais sur laquelle, nous dit-on, il convient à l'orateur de s'arrêter longtemps. En voici un exemple, qui est au plus tard de 1656.
« Que recherchons-nous, s'écrie-t-il, parmi tant d'emplois ? Pourquoi gouvernons-nous notre vie par des considérations étrangères ? — Je veux la passer dans les grandes charges. — Mais que nous sert de faire une vie publique, puisqu'enfin nous ferons tous une mort privée? — Mais si je me retire que dira le monde ? — Et pourquoi voulons-nous vivre pour les autres, puisque chacun doit enfin mourir pour soi-même ? O folie ! ô illusion ! ô troubles et empressements inutiles des enfants du siècle ! Chère sœur, rompez ces liens : démêlez votre cœur de la multitude, et que vos forces se réunissent pour la seule occupation nécessaire : Porro tinuin est necessa- \
' rium. C'est ma seconde partie (2), » etc.
Y a-t-il donc ici peu de souffle oratoire, parce qu'il y a beaucoup de concision.'' Un orateur selon le cœur de La Harpe { manquerait-il à gémir et à soupirer sur cette folie, cette j illusion des «enfants du siècle? » Ainsi il parlerait sans doute au cœur qui <i n'aime pas tant la concision que l'esprit. »
j Bossuet n'en a pas jugé ainsi (3) : s'est-il trompé? Disons
: I. Lycée, 11^ partie, liv. II, ch. -i.", sect. 3.
' 2. Vè.\Mx&:Martha, Martha, sollicita es..., 8 sept. 1656 (peut-être même de 1655).
\ 3. Je ferai remarquer qu'il n'a pas tourné court par stérilité de pensées : son manus-
\ crit (à Limoges) nous le montre ajoutant d'abord cette phrase avant l'exclamation :
il ô folie, etc. : « Heureux {hureiix, orthographe qui va être bientôt abandonnée) ceux qui, dégagés des erreurs du siècle, commencent déjà leur mort dans leur
j vie !... » C'était le germe d'un développement, peut-être d'un de ces contrastes entre
[ la mort du juste et la mort du pécheur dans lesquels Massillon excelle, et que Bossuet
plutôt que l'instinct du génie et une expérience précoce l'avertissaient déjà que qui vient dédire une vérité dans toute sa force ne doit pas la reprendre, s'il n'a l'intention de l'affaiblir. Qu'un écrivain de talent, qui trouve des raisonnements plausibles, mais rien de souverain, rien de décisif en soi, recoure par compensation aux procédés recommandés, rien de mieux ; mais qu'on n'y oblige pas ceux qui savent trancher dans le vif, et qui, à l'heure voulue, vont droit à la difficulté, la résolvant comme Alexandre dénouait le nœud gordien.
Quand Bossuet n'aura pas eu ce pressentiment, comme ici, du premier coup ('), il l'aura plus tard lorsqu'une nouvelle occasion ramènera sous sa plume des pensées qui étaient entrées déjà dans ses discours antérieurs. M. Gandar en signale un bel exemple dans le sermon du Louvre sur la Prédication évangélique^ comparé à celui de l'année précédente sur la Parole de Dieu (2). Après avoir tantôt accueilli, tantôt rebuté des emprunts à sa première rédaction, l'orateur montre la revanche que prendra la vérité sur ceux qui l'auront méprisée : «Ah ! te trouverons-nous partout, ô vérité persécutante .^ Oui, jusqu'au fond de l'abîme ils la trouveront, spectacle horrible à leurs yeux, poids insupportable sur leurs consciences,flammestoujoursdévorantes dans leurs entrailles.» « Il serait trop facile à Bossuet, remarque le docte critique, de développer cette peinture : il n'aurait garde d'en affaiblir l'effet en lui donnant l'étendue démesurée d'une digression ou les couleurs banales du lieu commun. » Il s'empresse en effet de conclure : « Qui nous donnera, chrétiens, que nous soyons touchés de la vérité, de peur d'en être touchés de cette manière furieuse et desespérée? » Tel Démosthène
d'ailleurs a plusieurs fois esquissés lui-même. Ici il eftace impitoyablement. Sa concision, si elle est une faute, est donc un péché de vialice, tout ce qu'il y a de plus ine.vcusable.
1. M. Gandar a justement remarqué que les sermons du Carême des Minimes, (1663) sont facilement reconnaissables à leur longueur [Rossuet orateur, p. 305), que la fécondité va jusqu'à l'exubérance (p. 312). Jusque-là le jugement est incontestable, Bossuet lui-même ayant noté en plusieurs endroits : Abrégez. Mais l'ensemble de cette belle station ma semble traité bien rigoureusement par le critique.