Ms. de la collection de M. Choussy
I. Voy. pour plus de détails les Études de M. Floquet, I, 246-251. — Le savanthistorien n'avait pas hésité à déclarer que la date, 19 octobre 1654, inscrite surlaZ^//r^ à M. de Thiolet, était inexacte, et qu'il fallait lire 1653. Il a été reconnu depuis que cette date n'est pas de la main de Bossuet.
de la vie que dans le Péché d'habitude, un peu plus dans le Panégyrique de saint Go'gon que dans Xz. Brièveté de la vie. A la fin des études théologiques de Bossuet (165 r et commencement de 1652), l'application du système est rigoureuse. Elle dure avec le même caractère pendant les premiers mois de son séjour à Metz (1652). Mais déjà on aperçoit quelques symptômes de relâchement, et les particularités les plus significatives vont s'effacer les unes après les autres, de sorte que, dès la fin de 1653, dans un ensemble d'aspect phonétique.les \ formes étymologiques feront de fréquentes réapparitions. ^
Cette date nous fournit d'ailleurs une contre-épreuve décisive. Au mois d'octobre de cette année, Bossuet, député à Stenai et à Verdun, par l'Assemblée des Trois Ordres de Metz, pour défendre les intérêts de la capitale lorraine contre les exigences des agents de Condé('), écrit une lettre, la seule de sa jeunesse qui nous ait été conservée. M. Floquet j l'a publiée dans ses savantes Études. J'avoue que l'ortho- • graphe employée par cet érudit, ordinairement si bien ren- . seigné, m'a causé longtemps une grande perplexité : c'était j l'orthographe commune du xvil^ siècle, sans aucun mélange ] des formes phonétiques. Serais-je réduit à imaginer que | Bossuet, selon qu'il écrivait pour lui-même ou qu'il s'adressait 1 à un correspondant, suivait tantôt l'orthographe des réforma- j teurs et tantôt l'orthographe commune.? Sans être absurde, | une telle hypothèse n'aurait guère offert de vraisemblance. Restait une ressource : douter par exception en cette circonstance du témoignage de ce savant écrivain, et reviser \ l'orthographe proposée par M. Floquet sur celle de l'original, ■ conservé aux archives de Metz. L'examen fut favorable à mes prévisions ; et comme cette précieuse lettre fut, à cette occasion, reproduite en fac-similé par les soins de MM. de Tinseau et Thiel, l'un chanoine de Metz, l'autre professeur au
Grand Séminaire de cette ville, il sera désormais possible à chacun de constater les différences qui existent entre l'othographe du manuscrit et celle de la lettre imprimée. Voici les principales :
Floquet^ Etudes^ III, 526. Orthographe du tus. de cette an-
Lettre àM.de Thiolet ( Oct. i6jj). cienne lettrede Bossîiet (Oct.1653).
Envoyezje vous envoyé, payer. Enuoiez, ie uous enuoie, paier.
j'ai receu cette lettre. i'ay receu ceste lettre.
Cette nouvelle rigueur. Ceste nouvelle rigueur,
nous a donnés. nous a donnez.
vous aura pu dire. uous aura pu dire.
comme il. comm' il (3 fois).
il prétend,je crois,je vois,j'ai creu. il prêtent, ie croi, ie uoi, i'ay cru.
prompte résolution, vostre résolu- pronte résolution, nôtre résolution, tien, (ailleurs : uostre).
le temps, quelque temps. le tans, quelque tans.
il peut. il peust.
comme il me l'expliqua. comm' il me l'expliquast.
l'intention. l'intantion, l'intention.
Cependant j'attendrai, attendre. Cepandant i' atandrai, atandre.
Conclure, etc. Conclurre, etc.
A côté des formes, la plupart phonétiques, que nous rétablissons, un grand nombre d'autres indiquent le retour au système étymologique, qui commençait à poindre : nostres, {nôtre i fois) nostre, semble, s' arreste,ceste,ines}}ie,relascherJio}ineste, estait, etc. (').
En i654,nous trouverons constamment le mélange des deux orthographes, jusqu'à ce qu'en 1655 l'auteur rompe à peu près complètement avec le système phonétique. Sur une durée de plus de cinquante ans que présente sa carrière ora-
I. De même, dans le manuscrit de r Exaltation de la sainte Croix, écrit un mois avant cette lettre, et dans le !<='• Cœci vident {2^ dimanche de l'Avent, 18,821, f. 148), écrit six semaines après, ceste reviendra à côté de cete ; connoistre, paroistre, il paroist, à côté de il parest, paressez, ils paressent, disparêtra ; temps (rare) à côté de tans. Tertullian, ayant reparu par inadvertance, est remplacé par Tcrtullien, fréquemment employé.
toire.ce système n'aura donc régné qu'environ sept ans (1648- 1655), avec des fortunes diverses, timide d'abord, mais bientôt triomphant, puis menacé d'une prompte décadence par son isolement même.
C'est précisément dans ces oscillations entre les divers degrés de rigueur dans l'application du système, qu'il y a pour ces sept années une donnée chronologique très sûre et très précise. Ainsi on peut, en s'appuyant sur des exemples dont la date connue d'ailleurs permet d'éviter jusqu'à l'apparence d'un cercle vicieux, établir les règles suivantes :
10 Tout manuscrit exclusivement phonétique est antérieur à 1653, du moins au milieu de cette année ;
2° Un manuscrit oii les formes phonétiques dominent se placera dans cette année, — elle est très féconde, — en tenant compte des indications liturgiques ;
30 Pourront se placer en 1654 les œuvres qui contiennent un mélange des deux systèmes, à doses à peu près égales.
40 Attribuer à 1655 ou 1656, en optant d'après les circonstances connues et d'après la valeur des œuvres, les discours où les rares vestiges d'habitudes phonétiques ne seront plus que des rechutes involontaires.
A partir de 1656,1a question se simplifie,l'orthographe étant désormais étymologique dans son ensemble. Mais s'il ne se rencontre plus de différences générales, il sera possible encore d'apercevoir des particularités assez instructives. La forme Imreux, par exemple, reparaîtra encore quelquefois, isolément, { il est vrai, jusqu'en 1659 (0- Un autre fait, plus important, | doit être signalé. Je veux parler des différentes manières ). d'écrire l'adjectif démonstratif, ^^/, au féminin. Ce petit mot, | d'un emploi si fréquent, est orthographié successivement : — \ . ceste, forme primitive, employée jusqu'à (') la fin de 1649 : à |
i I. Surtout quand l'auteur aura sous les yeux un manuscrit plus ancien contenant |
j cette forme (Reprise du sermon sur la loi de Dieu; 2« sermon pour le jour de J
j \' Exaltation de la sainte Croix J. l
2. Exemples, dont la date est connue au moins approximativement : Péché d'habi- j
tude; Brièveté de la vie ; saint Gorgon. j
Il6 DEUXIÈME PARTIE.
cette époque Bossuet écrit au masculin cest (i) ; — cête, sans mélange d'autre forme, de 1650 (-) au commencement de 1653 ; cette orthographe correspond au triomphe du système : phonétique dans tout l'ensemble de l'écriture ; — cête et ceste, \ alternativement, dans la plus grande partie de 1653, avec les \ autres symptômes de retour aux traditions étymologiques ; — • ceste, de 1654 à 1659 ; — en cette dernière année, cette appa- \ raît, mais ceste échappe encore quelquefois à la plume de l'au- I teur. La forme cette ne se j-encontre pas une seule fois (3) 1 avant 165c ; elle se rencontre seule de 1660 à 170^. \ A l'appui de ces deux points, dont l'importance comme j donnée chronologique n'échappera, je pense, à personne, je I ne veux apporter que des œuvres dont la date soit déjà con- ? nue. Parcourons d'une part les sermons de la Providence [ (1656), du Rosaire (1657), de la Satisfaction, dans la Mission I donnée à Metz en 1658, et Voraison funèbre de Henri de \ Gornay (4), prononcée dans le mois de novembre de cette \ année: nous lirons à toutes les pages: ceste raison, ceste union ; ! ceste égalité, ceste vérité, etc., sans aucune exception. D'autre I part.feuilletons au hasard n'importe lequel des discours incon- ! testablement postérieurs à 1659: le Carême des Minimes \ (1660), celui des Carmélites (1661), ceux du Loîivre, en \ 1662, de Saint-Getmain, en 1666 ; les Avents à la cour, en 1665 et 1669 : nulle part nous ne verrons de retour à la forme abandonnée : on ne rencontrera plus que celle qui est encore f aujourd'hui en usage, c'est-à-dire cette.
\ Avant d'appliquer en détail ces principes aux œuvres conservées, concluons tout cet exposé par une remarque, qui se
1. Concurremment avec cet. f Félicité des Saints. — Brièveté de la vie.)
2. Veille del'Aswinption, 1650. De même tous les sermons ^vide supra J qui suppriment le / dans la conjugaison interrogative (1651-1653). — Une seule fois ceste%Q glisse dans le sermon de la .'Nativité de la sainte Vierge, qui porte cête partout ailleurs.
3. Chez Bossuet ; car on la trouve dans des lettres autographes de saint François de Sales. C'était la seule qu'employait Peletier du Mans, dans son orthographe phonétique, en i^so.
4. Ms. à Juilly. Pour la date, voy. ¥\oqwe\., Étada..., I, 516, qui cite l'acte de décès j d'après les registres de Saint- Maximin de Metz.
sera sans doute présentée d'elle-même à la perspicacité du lecteur.
Les principales modifications qu'a subies l'orthographe de Bossuet, correspondent exactement à ses principaux changements de résidence. Au sortir de rhétorique, il apporte à Paris (1642) l'habitude de l'orthographe commune, l'orthographe étymologique, à laquelle l'avaient formé ses premiers maîtres, les Jésuites de Dijon. x'\yant sans doute trouvé au collège de Navarre des logiciens qui préconisent le système phonétique ; il en essaye, s'y façonne insensiblement, et, quand il part pour son canonicat de Metz (1652), il est acquis à la méthode des réformateurs. Cependant il ne s'obstinera pas à marcher contre le courant général ; bientôt il revient par degrés à l'orthographe dite étymologique. En 1656, le retour est un fait accompli. Il ne reste plus à modifier que quelques points de détail. Enfin, lorsqu'en 1659, sans renoncer à son domicile légal de Metz, et sans abandonner les œuvres de cette ville, il s'en choisit un autre à Paris, au doyenné de Saint-Thomas du Louvre, il dépouille encore son écriture d'un reste d'archaïsme, condamné par l'analogie : quand il écrivait autrefois cest au masculin, il était logique d'écrire au féminin ceste ; mais l'orthographe de Vaugelas ayant prévalu pour cet (sauf un accent inutile), il se décide pour le féminin cette, qui en vient régulièrement. C'est ainsi que la constitution définitive de son orthographe, qui consiste dans un retour pur et simple à l'usage commun (') de son siècle, correspond au début de l'époque de Paris, c'est-à-dire de la grande époque de son éloquence.
I. Je me garderai bien d'entrer dans la question infinie de l'orthographe de tous les auteurs du xviie siècle. (Voy. Collection des Gra7ids écrivains : Remarques sur l'orthographe de Corneille, de Racine, de la Bruyère, de Sévigné, etc.) — J'appelle ici orthographe commune celle qu'on rencontre dans la majorité des livres imprimés à Paris, à partir de i65o. — Il n'e5t psut-être pas inutile de noter que Bossuet resta fidèle à 1' i et à 1' tt consonnes (minuscules), même au commencement des mots.
Il8 DEUXIÈME PARTIE.
Article 2^ — Classification des œuvres existantes, sermons et fragments de sermons, jusqu'à l'époque de Paris (1659).
D'APRÈS les principes qui viennent d'être énoncés, nous rangerons dans l'ordre suivant les deux cent trente-cinq sermons, méditations, ou fragments de sermons, qui nous ont été conservés :
1° Époque de Navarre, 1642-1652, qui comprendra 11 pièces.
2° Époque de Metz, r^ partie, 1652-1656 : 31 —
3" Interruption du séjour de Bossuet à Metz, en 1656 et 1657:13 —
4° Fin de l'époque de Metz, 1657-1659 : 14 —
5° Époque de Paris, i'''^ partie, jusqu'au Carême du Louvre : 47 —
6° Époque de Paris,2"'''partie, jusqu'au Carême deSt-Germain:4o —
7" Époque de Paris, 3*^ partie, jusqu'au sacre de Bossuet : 43 —
8" Sermons de M. de Condom : 6 —
g" Sermons de M. de Meaux : 30 —
Les cinq derniers paragraphes, dont l'importance est capitale, feront l'objet d'un second chapitre. Celui-ci va s'achever par le tableau des époques de Navarre et de Metz.
§ I. Époque de Navarre, 1642-1652.
ARRIVE à Paris, le jour même du retour de Richelieu mourant ('), 17 octobre 1642, Bossuet, âgé de quinze ans, était entré au collège de Navarre, pour y faire, sous des maîtres renommés, ses études de Logique et de Théologie, et en même temps, pour fortifier, en les reprenant en sous-œuvre, ses études littéraires. Ne serait-il pas bien intéressant de retrouver quelques débris des premiers essais oratoires de cet écolier de génie, d'avoir un spécimen de cette éloquence si précoce, admirée à l'hôtel de Rambouillet et à l'hôtel de Vendôme, comme à l'intérieur du collège ? Quelque hasardée que puisse paraître l'assertion, j'en signalerai un fragment dans les œuvres de Bossuet.
— Exorde d'un sermon décoller écrit par Bossuet vers 1643.
(Manuscrit de M. Choussy.) On a vu plus haut (^) qu'il existe certain exorde, qui, I. Floquet, Études..., I, 71 et suiv... — 2. Ch. second de la Ire partie, p. 51.
en. I. NAVARRE ET METZ. IIQ
remanié en 1665, est devenu l'ouverture de l'Avent du Louvre (Sur le jugement dernier). Le texte très intéressant que nous lisons sous les corrections de cette époque dans le manuscrit de M. Choussy, est, à mon sens, ce que nous avons de plus ancien dans les œuvres de Bossuet, Ne pouvant éclaircir toutes les questions que soulève cette pièce si curieuse, sans entreprendre une dissertation, qui nous arrêterait dès le début, je me borne ici à enregistrer la conclusion, en renvoyant à un Appendice spécial, où le fragment sera reproduit dans sa forme primitive, avec les explications que le lecteur a le droit d'exiger.
La singularité même de cet antique fragment nous oblige à le faire remonter aussi haut que possible. Nous irons jusqu'en 1643, lorsque Bossuet était dans sa seizième année. Ce n'est point ici, à la vérité, le sermon entendu par Voiture à l'hôtel de Rambouillet, si tôt et si tard ; mais ne serait-ce pas une épave d'une autre œuvre du même temps, celle-là composée à loisir et à tête reposée, et dont le souvenir, moins souvent rappelé, nous a toutefois été conservé par l'histoire ? « On parle, disent les Mémoires de Ledieu ('), d'un autre sermon de cette sorte, fait (c'est-à-dire prononcé) en présence de Vévêqne de Lisienx et [de] deux évêques de ses amis, dont ils furents si contents, que M. de Cospéan (-) promit au prédicateur de le présenter à la Reine, afin qu'il lui récitât ce sermon-là même, tant il estimait son talent, et avait envie de le faire connaître. »
M. Floquet, précisant davantage (3), place la scène à l'hôtel de Vendôme, et explique que c'était Cospéan qui, cette fois, avait assigné à l'écolier sublime le sujet qu'il devait traiter,
L'évêque de Lisieux ayant eu ordre, sur les entrefaites, de se retirer dans son diocèse, et sa disgrâce ayant suivi celle des
z.OuCospéau. Les deux formes se rencontrent ; il semble que ce soit la moins autorisée qui a prévalu. — Ce prélat qui avait beaucoup de littérature, donna pendant cette année de précieux conseils au jeune orateur.