‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inéditsChapitre 90 sur 243 · Études..., I, p. loi · texte numérisé non relu

Études..., I, p. loi

Vendôme, en septembre 1643, « le dessein du sermon qui devait être récité devant la Reine, manqua, » comme s'exprime Ledieu. Mais ce sermon n'en était pas moins composé, et le jeune auteur avait dû y mettre tout le soin dont il était capable. On comprend qu'il n'ait pas dédaigné d'y emprunter en substance l'avant-propos de 1665. Cette fois encore Anne d'Autriche ne pourra l'entendre, empêchée qu'elle sera alors par sa dernière maladie.

— Sermon résumé, sur le Péché d'habitude, vers 164.6.

(MSS., 12.822, f. ITO.)

M. Gandar, qui ne connaissait pas le manuscrit dont nous venons de parler, regardait celui-ci comme le plus archaïque | de tous, sans exception ('). Bossuet lui-même a écrit en tête j ces trois mots, effacés plus tard, peut-être par les éditeurs : M. de Sarlat. Ils contiennent une indication qu'on ne doit pas dédaigner. Ils ont inspiré à M. Jacquinet, dans ses Prédicateurs dii xviic siècle avant Bossuet ('), cette conjecture que cet opuscule, placé par les éditeurs au vendredi de la T" semaine de Carême, était le résumé d'un sermon de Jean de Lingendes, \ évêque de Sarlat, avant d'être transféré au siège de Mâcon. « La conjecture, dit M. Gandar est des plus spécieuses. » ^

Ces pages doivent par conséquent avoir été écrites de 1645 i à 1647 ; car ce fut dans ces trois années consécutives que M, \ de Sarlat prêcha le Carême {f) devant Anne d'Autriche. \

A son tour, Lingendes ira écouter Bossuet, lorsque celui- \ ci prononcera, aux Feuillants, le panégyrique de saint Joseph, [ en 1657. j

— Méditation sur la Brièveté de la vie, 1648. \

(Mss. 12.822, f. 370.) \

Cet opuscule, et les vingt-quatre lignes qui le précèdent au manuscrit, pourraient, selon M. Gandar, se placer soit en

I. Bossuet orateur , p. 7. — 2. Pa?e 256. — 3 Gazette de France. — Cf. Hurel, Les Orateurs sacrés à la cour de Louis XIV, Introd. , XI.

septembre 1648, soit en septembre 1649, soit même en mars 1652, c'est-à-dire à l'époque de l'une quelconque des ordinations de Bossuet.

La date intermédiaire, celle de 1649, a eu les préférences du critique. Elle doit pourtant être écartée, aussi bien que celle de 1652, d'après la comparaison de l'orthographe ('), avec celle d'un sermon daté, le Panégyrique de saint Gorgon (9 sept. 1649).

D'ailleurs ces notes de retraite remontent manifestement au moment décisif où le jeune lévite va prendre l'engagement suprême du sous-diaconat (sept. 1648). C'est bien l'occasion par excellence d'une rupture complète avec cette vie antérieure qui avait encore été partagée jusque-là entre Dieu et le monde (2). Rien de plus touchant que la sévérité avec laquelle le fervent lévite se reproche ce partage.

Avec quelle humilité il dit à la Sainte Vierge (3), après l'avoir, pour ainsi dire, convaincue du bien fondé de sa demande par un raisonnement en forme, qui sent son écolier de théologie: « Souffrez que j'aie recours à votre intercession et que je vous prie de faire en sorte auprès de votre Fils qu'il anime ce reste de vie spirituelle que le péché m'a laissé malgré sa malice... » Et lorsqu'il écrit un peu plus loin, dans la méditation même, cet examen impitoyable : « Combien de temps voudrais-je avoir effacé de ;/^(?;/ adolescence? et qziand Je serai plus âge\ combien encore} Voyons à quoi tout cela se réduit..,, » n'indique-t-il pas assez clairement qu'il ne fait que sortir de l'adolescence ? La préoccupation de rompre définitivement avec le monde par l'engagement irrévocable du sous-diaconat, partout visible dans cet écrit tout intime, éclate tout haut à la fin dans ces paroles :

1. Le / euphonique est caractéristique ici. Il est redoublé dans notre méditation; est iilf uaut z7f— jamais supprimé : reste iilf — Dans \& Panég. de S. Gorgon, 1649 et dans toute l'année 1652, il est supprimé presque constamment : y a-il'? etc.

2. Avant cette époque, il s'était laissé conduire quelquefois au théâtre (Ledieu, Mémoires, p. 24). Jamais il n'y retournera /^/(^zV. y. 11 parait même, d'après les terribles Maximes et réflexions sur la Comédie, en avoir gardé un fort mauvais souvenir.

Page 1