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conque est détaché de tout et de soi-même, retrouve tout et soi-même en Dieu, » risquent alors aussi d'être soupçonnés de panthéisme.
Les panthéistes d'Allemagne se sont trompés, sans contredit, en identifiant ce qu'ils concevaient ou rêvaient avec ce qu'ils connaissaient ou pouvaient savoir. Ils ont eu tort de mépriser cette distinction salutaire entre la libre pensée et la science fidèle, distinction qu'avait indiquée Pope en demandant :
fFhat can we reason^ butfrom what ive know ?
Ils se sont plu à confondre l'a priori purement idéal de la poésie avec l'a priori de la réalité, que révèle la seule expérience; puis à conclure, de cette confusion même, que ce qu'ils voyaient dans leur intelligence, d'une manière irrésistible, existait nécessairement aussi dans l'intelligence divine, et par suite dans son œuvre totale, l'univers. Prétention insoutenable, méprise manifeste, où l'on oublie que le type accompli delà connaissance humaine est l'ouvrage successif de toutes les générations, et non la propriété exclusive de tel individu, à une époque donnée : multi pertransibuntj et aurjehitur scientia. Mais que de fragments précieux, impérissables, au milieu de cette abondance de combinaisons colossales! A-l-on jamais été plus noblement entraîné par cet amour qui ravissait Malebranche, cet « amour de l'ordre universel tel qu'il existe de toute éternité dans la raison divine, où toute raison créée le contemple^ ? » C'est l'ordre moral que
* Malebranche, Traite de morale.
LMRODUCTION.
Fichte célèbre ; c'est Tordre à la fois physique et liislorique, l'ordre du beau, l'ordre esthétique, dans les deux parties de la création, la nature et la société, que chante en quelque sorte Schelling. C'est un ordre logique. Tordre d'un raisonnement tour à tour spirituel et matériel, d'un jugement qui se sert tantôt de notions et de mots, tantôt d'êtres et de faits, que Hegel s'attache à démontrer. Toutes ces sortes d ordres leur sont les marques et les effets de la présence divine, cette présence même, l'essence même de Dieu. Ils pouvaient se contenter de dire : un ordre parfait ne peut être que l'ouvrage de l'esprit parfait, une action divine. En concluant qu'il est la nature de Dieu, la Divinité tout entière, ils ont dépassé les limites de leurs prémisses, ils ont trop prouvé. Mais ces excès d'abstraction et d'argumentation ne diminuent pas le prix des peintures qu'ils ont faites de l'ordre, cette unité de la législation universelle. On surpassera rarement l'énergie avec laquelle Fichte pénétrait, à travers les éléments moraux de la civilisation , dans la sphère du progrès interne et social, du droit et de la charité; sphère si différente de la vie animale et égoïste, si propre à nous initier à l'origine et à la destination de l'humanité. Quelles vues admirables sur la dignité de l'homme, sur la majesté de la loi dont, pour sa gloire, l'homme est l'organe et le serviteur! Schelling s'illustra par d'autres mérites : il tira la spéculation du labyrinthe d'une psychologie à la fois idéaliste et sceptique, il la rendit à la réalité et à la vie, il rapprocha étroitement des beaux-arts la religion et la science,
INTRODUCTION
il fit considérer le mouvement de la nature physique même comme un riche et profond travail d'art, il força la philosophie à tenir compte de cette nature autant que de l'esprit, du réel autant que de l'idéal, il tâcha de montrer que l'un et l'autre domaine est soutenu et régi par une même intelligence, par une raison infinie et absolue, qui les transfigure tous les deux, en s'y épanouissant, et qui les développe, par un progrès continu, en vue d'un modèle accompli; il essaya enfin d'établir, en interprétant la mythologie et le christianisme, que l'histoire religieuse parcourt aussi des phases et des degrés qui se tiennent intimement, et dont l'enchaînement rationnel proclame un Dieu libre, ayant créé par amour jusqu'à la nécessité. Afin d'achever et de régulariser cette suite de vues originales, Hegel s'attacha surtout à représenter l'influence divine dans l'histoire comme une évolution de la pensée infinie, procédant sous forme de faits; et la marche des choses, comme l'application naturelle et progressive de deux principes, la liberté et l'humanité. En religion même, où nous aurons souvent à le contredire, il démontra plus d'une vérité. Il porta le dernier coup à cette opinion frivole que la foi est l'ouvrage de l'imposture cléricale, ou du calcul politique. H fit voir que l'esprit humain ne peut se passer de croyances, et que les phases principales de la religion aboutissent au christianisme, leur couronnement et leur perfection. Après avoir critiqué la manière dont Hegel concevait l'essence de la religion, ou dont il classait tous les cultes historiques, il faudra se rappeler avec quelle